‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 476 sur 722 · MODE DE FORMATION DES ÉLÉMENTS BILIAIRES · texte numérisé non relu

MODE DE FORMATION DES ÉLÉMENTS BILIAIRES

Ces expériences sont bien démonstratives de la production des matières colorantes de la bile dans le foie, puisque, après son élimination de la circulation, on ne retrouve nulle part ailleurs, dans l’organisme, les éléments biliaires auxquels cependant toute voie d’élimination est fermée.

Des recherches analogues ont été faites pour les acides biliaires.

Partant de ce point que le sang normal est exempt d’acides biliaires, bien qu’il semble a priori qu’il pourrait en contenir des traces infinitésimales provenant d’une résorption intestinale, Fleischl (1) a démonlré la présence très nette des acides biliaires dans le chyle extrait du canal thoracique d’un chien auquel il avait ligaturé le canal cholédoque; ce qui prouve que les éléments de la bile, ne pouvant plus s’écouler par leur conduit normal, pénètrent dans les lymphatiques du foie et, de là, dans le canal thoracique et dans le sang. Mais, par contre, le sang reste privé d’acides biliaires quand on a procédé à la ligature simultanée du canal cholédoque et du canal thoracique, bien que l’on trouve ce •dernier rempli de lymphe.

Ces résultats, confirmés par les observations de Minkowski etNaunyn (2), qui n ont jamais trouvé d’acides biliaires dans le sang après l’élimination du foie du système circulatoire, démontrent nettement que, de même que les matières colorantes, les acides de la bile prennent naissance dans la glande hépatique.

ien p us, le foie paraît avoir une action élective sur les pigments biliaires quand on les introduit dans le sang d’un individu sain, et quand la sécrétion de la bile s effectue dans les conditions normales; ainsi, quand on injecte directement dans le sang d un cluen porteur d’une fistule biliaire une solution de matières colorantes biliaires, on constate que la bile qui s’écoule par la fistule s’est enrichie en pigment et que l’urine n’en contient pas la moindre trace [(Tarchanoff (3) Vossius (4).] '

Cependant la production des matières colorantes biliaires peut s’effectuer, dans des conditions anormales, en dehors du foie. On a vu que l’hématoïdine des vieux foyers hémorrhagiques a été identifiée avec la bilirubine (S). Les injections de sang sous-cutanées ou intra-abdominales sont également suivies d’une transformation plus ou moins rapide de la matière colorante du sang en bilirubine {(Langhans (fi), Quincke (7), Cordua (8)]; v. Recklinghausen (9) a même observé une transformation analogue dans le sang de grenouille abandonné à luimême, hors de l’organisme, pendant un intervalle de temps variable de trois à ix jours. D ailleurs, a la suite des injections sous-cutanées de sang, ou après

contient pas la moindre trace [(Tarchanoff (3),

1 n*M,Ber d. k. süchs. Jes. d. Wissensch. Math, physik. Classe, 8 mai 1

(2) Mmkowski et Naunyn, Arch. f. exp. Path. u. Phann., t. XXI, p. 7, 1886.

(3) Tarchanoff, Pflugcrs Archiv., t. IX, p. 33» 1874

(4) Vossius, Arch. f. exp. Path. u. Pharm., t.’ II, p.'446, 1879.

. Y Y, il Vol 'T1 : R°bln’ C°mpL rend’ *• XLI> P- 506> 1855 i J*ffé, Virchow ’ P, 9 ’ ; Salkowski> H-S-, Med. Chem. Unters., t. III, p. 1136, 1868

(6) Langhans, Virchow’s Archiv t. XL1X, p. 66, 1870.

(7) Quincke, Virchow’s Archiv., t. XCV, p. 12S,'l884.

(8) Cordua, Ueber d. Resorptionsméchanismus v. Blutergüssen, Berlin, 1877.

(9) Recklinghausen, llandb. d. allg. Pathol, d. Kreislaufes u. d. Ernahrung

KNCYCLOP.

les extravasations sanguines de nature pathologique, on trouve toujours dans l'urine des quantités anormales d'urobiline. Or, celle-ci n’est qu’un produit de transformation de la bilirubine.

On voit encore la bilirubine apparaître en nature dans les urines, lorsque l’hémoglobine s’extravase des globules sanguins; mais comme il peut arriver que l’on observe, dans ce cas, soit de l’hémoglobinurie seulement, soit encore simultanément de l’hémoglobinurie et de la bilirubinurie, rien ne prouve qu’il y ait, dans le plasma sanguin, une transformation directe de la matière colorante du sang en pigment biliaire (i). Nous devons cependant mentionner l’observation de Minkowski et Naunyn (2) qui, ayant soumis deux oies, dont l’une privée de foie, à l’action du gaz hydrogène arsénié, virent la biliverdine apparaître au bout d’une demi-heure et persister en quantité notable pendant deux jours dans l’urine de l’oie non opérée, tandis que, chez l’oie sans foie, la biliverdine qui se montra au début, dans l’urine, disparut une demi-heure après l’intoxication remplacée par de l’hémoglobine; à ce moment, le sang ne renfermait pas non plus trace de pigment biliaire; il semble donc qu’on soit autorisé à conclure que, dans l’intoxication par l’hydrogène arsénié, la matière colorante biliaire qui apparaît dans l’urine provient du foie.

Nous clorons enfin la liste des faits nombreux déjà mentionnés qui tendent à prouver que le pigment biliaire, bilirubine, dérive de la matière colorante du sang, l’hématine, par les suivants.

La bile ne contient de pigment qu’autant que les animaux dont elle provient chez les vertébrés, possèdent de l’hémoglobine dans le sang; on n’a pu encore en découvrir chez les invertébrés. Ainsi l 'amphioxus, qui appartient aux vertébrés, est dépourvu de globules rouges'; son foie ne révèle aucune matière colorante (Hoppe-Seyler) (3).

Les cellules du foie lavé par injection aqueuse et privé de tous éléments solu blés et en particulier du glycogène, n’ont pas d’action sur une solution aqueuse de cristaux d’hémoglobine; le mélange, additionné d’une solution étendue de glycogène, perd, en deux ou trois jours, les propriétés spectroscopiques de l’hémoglobine et, de rouge, vire au brun clair; la glucose agit comme le glycogène' mais plus lentement, et paraît se transformer en même temps en glycogène* tandis que les cellules du foie paraissent s’enrichir en sels biliaires ces expériences dues à Anthen (4) et confirmées par Kallmeyer (5), mettent en relief l’action décomposante des cellules du foie sur le pigment sanguin, mais nréri tent d’être vérifiées et poursuivies pour démontrer le rôle que jouent le el ■ gène et, peut-êlre, les acides biliaires dans cette destruction.

J. Klein (6), poursuivant les recherches précédentes, a observé que l’albumine

(1) Consulter h ce sujet : Stadelmann, Arc h. f. exp. Palh. u. Pharm., t. XV, p 337

(2) Minkowski et Naunyn, Arch. f. exp. Palh. u. Pharm., t. XXI, p. 7; 1886' ’

(3) Hoppe-Seyler, Pflüger’s Archiv., t. XIV, p. 399, 1877.

(i) Anthen, Ueber die Wirkung der Leberzelle auf das llemoglobin Dissert •

Dorpat, 1889. ’ ' lnan8-,

(5) Kallmeyer, Ueber die Entstchung der Gallensduren und die Betheiliauna , ,

zellen, Dissert, inaug., Dorpat, 1889. 9 9 aer -

(6) J. Klein, Ein Beitrag zur Function der Lebersellen, Inaug. Dissert., Dorpat, 1890

Page 1