MODIFICATIONS PATHOLOGIQUES DU TISSU DE LA RATE
A côté d’une quantité de fer considérable (1), on retrouve dans la rate les métaux accidentels introduits dans notre économie par l’alimentation, le cuivre, le plomb, le zinc, etc.
On ne sait pas grand’chose des modifications imprimées à la composition chimique de la rate par les affections pathologiques.
Dans la leucémie, la rate, considérablement augmentée de volume par suite d’un accroissement de la pulpe et de ses éléments morphologiques, devient exceptionnellement riche en hypoxanthine et acide urique, ce qui correspond certainement à l’augmentation considérable des globules blancs et à la destruction des globules rouges, et renferme de la gélatine qui passe dans le sang.
Chez un diabétique, Kühne (2) n’a trouvé que peu de glucose, sans matière glycogène, dans la rate.
Dégénérescence amyloïde. — De tous les organes glandulaires, la rate est l’un de ceux qui subit le plus facilement la dégénérescence amyloïde, caractérisée par le dépôt, sous forme d’îlots, d’une matière cireuse qui se substitue aux éléments cellulaires primitifs; cette matière, d’un aspect vitreux, terne, assez dure, est formée par des amas de corpuscules arrondis, à couches concentriques comme les grains d’amidon, mais très volumineux et souvent accompagnés de cholestérine cristallisée.
On la rencontre dans la pie mère et dans l’enveloppe séreuse à l'origine des nerfs, dans le foie, le poumon, la rate, les reins, les capsules surrénales, la prostate, la glande pinéale, dans la tunique des vaisseaux.
Par ses propriétés physiques et chimiques, la substance amyloïde se rapproche et s’éloigne, à la fois, des matières albuminoïdes et de la matière amylacée.
Comme les matières albuminoïdes, elle contient de l’azote (15,5 p. 100) et du soufre (1,9 p. 100); elle se dissout dans l’acide chlorhydrique concentré, et la solution étendue d’eau donne un précipité qui ressemble beaucoup au chlorhydrate de syntonine (Hoppe-Seyler). Elle donne la réaction de l’acide xanthoprotéique; sa solution dans l’acide sulfurique, additionnée d’une parcelle de sucre, donne la coloration violette de Pettenkoffer; sous l’influence des alcalis, elle se transforme en albuminate alcalin; mais elle est aussi réfractaire aux ferments digestifs qu’aux microbes de la putréfaction (Kühne et Rudneff) (3); c’est, d’ailleurs, sur celte dernière propriété qu’est basée son procédé de préparation.
Elle se rapproche des matières amylacées d’abord par sa constitution histologique, puis par l’action de la teinture d’iode qui la colore en brun rouge ou violet sale, et du mélange d iode et d’acide sulfurique qui donne une coloration violette on bleue; mais elle ne donne pas de sucre, pas plus avec les diastases qu’avec les acides étendus (Schmidt).
La substance amyloïde résulte certainement d’une métamorphose régressive des matières albuminoïdes; d’ailleurs, Friedreich a signalé la présence d’une matière analogue dans les caillots fibrineux anciens.
(1) Lire Kriiger, Sur la richesse en fer du foie et de la rate aux Biol., t. XXVII, p. 439-458, 1890.
(2) Kühne, Arch. f. Pathol. Anat., t. XXXII, p. 536.
(3) Kühne et Rudneff, Arch. f. Pathol. Anat., t. XXXIII, p. 66.
divers âges, Zeitsch. f.