‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 509 sur 722 · Physiologie du rein, sécrétion de l’urine · texte numérisé non relu

Physiologie du rein, sécrétion de l’urine

Les reins renferment une notable quantité de sang que Ranke* a trouvé être de 4 p. 100 de la quantité totale contenue dans le corpset de 10 p. 100 du poids de l’organe, en expérimentant sur le lapin ; ils sont traversés, dans les 24 heure S par un volujne énorme de ce liquide que l’on estime à environ 130 kil0S’ grammes. ( *

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La pression moyenne normale du sang, dans l'artère rénale, est de 120 à 140 millimètres; mais elle augmente sensiblement dans le glomêrule de Malpighi par suite du rétrécissement de l’orifice du vaisseau porte afférent comparé à celui de l'artériole afférente, et de l’existence du second réseau capillaire ramifié dans l’épaisseur de la couche corticale, autour des tubes de Ferrein ; il en résulte une exsudation, à travers la paroi des pelotons de capillaires artériels contenus dans chaque glomêrule, d’un liquide très aqueux qui doit constituer l’urine en suivant le trajet des tubes ur inif ères.

Ludwig ne fait intervenir, dans la formation de l’urine, qu’une action physique d’endosmose qui soulève de nombreuses objections, entre autres celle du passage immédiat dans l’urine de l’albumine d’œuf ou de la caséine après leur injection dans le sang, alors que le rein reste imperméable aux albuminoïdes normaux du plasma tout le temps que ses cellules épithéliales n’ont pas subi de troubles de nutrition ou d’altérations pathologiques.

Küss a prétendu que le liquide extravasé dans le glomêrule de la même façon que les diverses sérosités, ne serait également que du sérum, lequel se transformerait en urine durant son trajet à travers le tube urinifère, par suite d’une résorption des matières protéiques, au contact des cellules épithéliales des anses de Henle ; mais ceci n’explique pas la réaction acide de l’urine, outre qu’il est difficile d’admettre que les matières albuminoïdes soient résorbées de préférence aux éléments cristallisés tenus en solution dans l’urine.

II. Seyler a attribué aux cellules épithéliales des tubes urinifères un rôle important dans l’élaboration des matériaux constituants de l’urine en se basant sur la présence, dans celle-ci, de principes qui n’existent pas dans le sang, ou ne s y trouvent qu en proportions si faibles (urée et acide urique) qu’on peut difficilement attribuer leur passage à un simple phénomène de dialyse; ces substances urinaires peuvent même ne se trouver dans le sang qu’en quantité si minime que l’on ne puisse les déceler par l’analyse, et il doit se produire à leur égard le même phénomène que pour l’urée et l’acide urique dont les faibles quantités contenues dans le sang sont soutirées par le filtre rénal de façon à donner les chiffres élevés que l’on trouve dans l’urine ; d’ailleurs, ces principes ne se forment pas dans le rein, ainsi qu'on le démontrera pour chacun d’eux.

Bunge se déclare aussi partisan de l’activité sécrétoire spéciale des cellules épithéliales des reins. Il insiste sur la manière de se comporter absolument différente de ces cellules à l’égard de corps de même nature contenus dans le sang ; tels le sucre et l’urée tous deux solubles et dialysables, dont la seconde seule passe dans l’urine, le sucre, aliment précieux, restant dans le sang; tels aussi l’albumine de l’œuf ou la caséine et la sérine, matières albuminoïdes non dialysables dont la dernière, seule normale, reste dans le sang, les deux autres passant dans les urines après leur injection intra-veineuse. C’est par un procédé analogue que, si le sang est devenu trop alcalin après injection de sels de métaux alcalins à acides organiques, les cellules rénales lui enlèvent l’excès d alcali, tandis que si l’alcalinité normale a diminué par la mise en liberté des acides minéraux qui proviennent de la décomposition des matières albuminoïdes (SCMH2), des nucléines et des lécithines (Ph*Os), les cellules du rein dédoublent les sels neutres du sang en sels acides qu'elles sécrètent par l’urine

et en sels basiques qu’elles rendent au sang jusqu’à ce que son alcalinité normale soit rétablie.

Wurtz a fait remarquer que, si l’on considère la complication de l’appareil urinaire, la longueur, le contournement et la structure variée des tubes urinifères, on doit admettre que la sécrétion de l’urine ne consiste pas en une simple filtration ou exsudation, mais en un double travail d’excrétion et de concentra tion de la part de la substance corticale du rein. Et de fait, voici comment il semble qu’on puisse concevoir aujourd’hui, avec Bowmann, Witticli, Dunders et Heidenliain, le mécanisme de la sécrétion de l’urine.

Sous l’influence de la pression sanguine dans le réseau capillaire intra-glomérulaire, le sérum laisse transsuder surtout l’eau et les éléments cristallins solubles et facilement dialysables, c'est-à-dire les sels, pour gagner l’anse de Henle ; ce liquide s’engage dans les tubes contournés où, au contactées grosses cellules granuleuses qui les tapissent et qui seraient chargées de la sécrétion de l’urée, de l’acide urique et des matières xanthiques de l’urine, il entraîne ces matériaux dissous ou délayés avec lui. Plus loin seraient résorbés certains éléments, tels que l’albumine dont il est difficile de ne pas admettre une filtration si minime qu’elle soit, ainsi qu’une partie de l’eau. Cette théorie, basée sur la présence de cristaux d’acide urique et d’urates que l’on a trouvés engagés à l’intérieur des grosses cellules épithéliales des anses de Henle, chez les oiseaux dont la sécrétion urinaire demi-solide est presque exclusivement constituée par de l’acide urique à l’exclusion de l’urée (Wittich, Zaleski et Meissner (1 ), se trouve confirmée par le résultat des expériences de Heidenhain (2) et de Damsch (3) qui après l’injection de solutions alcalines d’acide urique dans la jugulaire de lapins* constatèrent que les tubes du rein et surtout ceux de la substance médullaire sont remplis de masses granuleuses d’urate de soude, tandis que les cavités glomérulaires en sont complètement exemptes.

11 reste à expliquer la réaction acide d’une sécrétion provenant du sang alcalin Le liquide de transsudation intra-glomérulaire est alcalin, et devient acide à tra vers les tubes contournés et les anses de Henle (Dreser). On fait intervenir dans cette transformation, non pas une simple diffusion qui semble peu probable quoi qu’en dise Maly, mais l’action propre des cellules épithéliales des tubes urinifères qui interviendraient par des ferments solubles particuliers, histozymes encore indéterminés.

La réaction de l’urine est liée, jusqu’à un certain point, à la sécrétion du su cgastrique dont l’acide chlorhydrique provient de la dissociation du chlorure sodique contenu dans le sang; en effet, l'acidité de l’urine diminue au moment de la sécrétion du suc gastrique, et fait même place à une réaction alcaline à la suite de lavages de l’estomac chez des chiens à fistule gastrique. Il en est de même dans les cas de dilatation de l’estomac, chez l’homme, après chaque lavage par la pompe stomacale ou le tube de Faucher; ce que l’on explique facilement par la non-saturation consécutive de l’excès d’alcali sodique resté-

(1) Meissner, Zeitsch. f. rationn. Med., t. XXXI, p. 183, 1867.

(2) Heidenhain, cité par Ebstein, la Goutte, trad. Chambard, Paris, 1889, p. 88

(3) Damsch, cité par Ebstein, la Goutte, trad. Chambard, Paris, 1889, p. 88 et sui

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dans le sang au moyen de l’acide du suc gastrique qui, au lieu d’être résorbé comme à l’état normal, est rejeté hors de l’économie.

Etant donné le rôle essentiel que joue la pression du sang dans l'artère rénale sur la sécrétion urinaire, on conçoit que toute cause modificatrice de cette pression aura une action de répercussion sur le volume et la composition de l’urine. C’est ainsi que le volume de l’excrétion urinaire augmente par la contraction a frigore des vaisseaux sous-cutanés, par l’obstruction de grosses artères, après l’ingestion de boissons aqueuses abondantes ou l’injection d’eau dans les veines, etc., diminue, au contraire, par l’action de la chaleur sur la peau, le ralentissement du cœur, les sueurs abondantes. Une action analogue résulte de l’activité spéciale de l’épithélium des canaux contournés mise en jeu par des produits divers dont les plus intéressants sont les diurétiques, acétate de soude, urée, etc. ; il semble même que chaque diurétique agit plus spécialement sur l’un ou l’autre des éléments constituants de l’urine.

La composition de l’urine est encore sous la dépendance du fonctionnement de l’excrétion rénale ; la ligature d’un uretère détermine la sécrétion, dans le rein correspondant, d’un liquide plus concentré, appauvri en acide phospliorique et en potasse, mais contenant autant de chlorure de sodium que l’urine provenant du rein indemne (Lépine et Aubert).

En résumé, les reins sont des organes de sécrétion qui ont pour but de débarrasser le sang des produits de déchets qu’il leur amène incessamment et de maintenir sa composition constante ; aussi, toutes les fois que les principes normalement contenus dans le sang s’y trouvent en excès ou que des corps étrangers y sont introduits, ces principes sont-ils éliminés principalement par le rein. Picard a démontré que le sang de la veine rénale contient moins d’urée que le sang de l’artère. Le chlorure de sodium, le sulfate et le phosphate de soude passent rapidement dans les urines après leur ingestion ; il en est de même de l’eau, des boissons abondantes, du glucose quand la proportion dépasse 3 p. 1000 dans le sang, et, comme l’a démontré Wcehler, de toutes les substances très diffusibles introduites dans l’organisme.

N’omettons pas d’insister sur le rôle essentiel des reins dans l’excrétion des leucomaïnes physiologiques, des toxines pathologiques, et l’action dépuratrice et antitoxique qui en est le résultat.

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