Propriétés chimiques des reins. — Lécithine-Albumine
Le parenchyme rénal absolument frais, débarrassé du sang par une injection d’eau glacée, possède une réaction alcaline qui fait rapidement place, par abandon dans le milieu ambiant, à une réaction acide, quelle que soit, d'ailleurs, celle de l’urine. Cette transformation, comme pour le foie, se fait d’autant plus vite que la température est plus élevée, et a été attribuée à une fermentation acide analogue à celle qui se produit dans les muscles et dans le cerveau.
Si l’on étudie plus attentivement les éléments constituants du rein, on s’aperçoit que cette acidité n’est probablement que la résultante différentielle de deux réactions opposées appartenant à deux éléments différents du rein. Nous avons
déjà cité les résultats expérimentaux de Dreser (1), qui a établi que le glomérule de Malpighi est alcalin, taudis que le contenu des tubes contournés est acide; en effet, en étudiant le passage de la solution ammoniacale de carmin (2) dans l’urine, après une injection dans le sang, on voit qu’elle ne colore par imbibition que 1 épithélium des glomérules et à peine le commencement des tubes contournés, à cause de la réaction normalement alcaline du glomérule, tandis que l’acide carnmnque précipité par le liquide acide des tubes contournés ne se fixe point sur les grosses cellules qui les tapissent. D’ailleurs, les dépôts d’acide urique et d urates acides que 1 on trouve quelquefois dans l’épaisseur de l’épitliélium granuleux des anses de Ilenle, ne peuvent se produire que dans un milieu acide et non alcalin.
Le tissu frais du rein possède, comme le parenchyme pulmonaire, la propriété de peptonifler l’albumine (Pœlil) (3).
Liebermann (4) s’est livré à une étude plus approfondie du parenchyme rénal au point de vue des éléments qui peuvent expliquer ses propriétés chimiques toutes spéciales, lesquelles le rapprochent de la muqueuse stomacale ; sa réaction acide ne diminue pas par un lavage à l’eau; un fragment de rein lavé à l’eau distillée, puis soumis à l’action d’un courant d’acide carbonique et lavé de nou veau, est encore plus acide qu’auparavant ; plongé dans la soude, puis lavé à l’eau jusqu’à ce que le liquide de lavage ne montre plus la moindre réaction alcaline, il bleuit cependant encore fortement le tournesol ; mais, soumis au cou rantde gaz carbonique, la réaction acide réapparaît de nouveau. La muqueuse stomacale se comporte de semblable façon.
A quel principe constituant le rein doit-il ces curieuses propriétés ? Le tissu rénal finement haché, digéré dans un suc gastrique artificiel, laisse un résidu insoluble; ce résidu, épuisé par l’eau, l’alcool, l’éther, dissous dans la soude re précipité par l’acide chlorhydrique, lavé de nouveau à l’eau, à l’alcool et à l’éther donne en fin de compte une masse très acide qui se comporte de façon très ana' logue à la lécithine-albumine du jaune d’œuf de Hoppe Seyler (1867), mais contient encore des impuretés dont, peut-être, un corps nucleinique, comme le produit analogue fourni par la muqueuse de l’estomac.
Cette lécithine-albumine ressemble beaucoup à la nucleine ; elle est insoluble dans les dissolvants neutres habituels ainsi que dans le suc gastrique, rougit fortement le tournesol, et laisse après calcination un charbon très acide Elle n’est pas colorée par les réactifs employés en histologie pour colorer les noyaux cellulaires. Traitée par le carbonate de soude, elle se liquéfie et donne un mélange fluide, mais ne filtrant pas, et auquel la dialyse enlève à peine la soude ; elle forme là une combinaison sodique qui bleuit le tournesol, mais ne fait pas effervescence avec les acides, preuve que la réaction alcaline n’est pas due à la soude ; cette combinaison est décomposée par l’acide carbonique Le lécithine -albumine décompose le phosphate bisodique même fortement alcalinisé; aussi obtient-on un filtratum de réaction acide après filtration d’une
(1) Dreser, Zeitsch. f. Biol., t. XXI, 1885.
(2) Wittich, Arch. f. mikr. Anal. t. XI, p. 77, 1875.
(3) Pcehl, Jahresb. f. Thierch., t. XII, p. 23, 1883.
(4) Liebermann, Pflüger’s Archiv, t. L, p. 55, et Jahr. f. Thierch., 1891, p 167
LES REINS
solution alcaline de phosphate de soude sur la lécithine-albumine. Il en est de même pour une solution d’urate de soude renfermant un léger excès de soude ; versée sur la lécithine-albumine ou tout simplement sur le résidu brut, lavé à 1 eau, à 1 alcool et à l’éllier, du tissu rénal digéré avec le suc gastrique, elle donne un flltratum à réaction franchement acide et le résidu sur filtre, malgré le passage, dans les deux cas, d’un liquide acide, garde une réaction fortement alcaline. Les faits qui précèdent sont très importants; en effet, la propriété caractéristique de la lécithine-albumine qu’ils mettent en évidence suffirait à expliquer, suivant Liebermann, par la présence de ce composé si voisin de la nucleine dans le tissu rénal, l’excrétion d’une urine acide fournie par le sang alcalin.
On peut même attribuer à une plus forte teneur en lécithine-albumine des cellules que 1 urine doit traverser dans les reins, l’origine des infarctus uriques et des sables rénaux auxquels certaines personnes sont plus prédisposées que d’autres. Quant à l’urine des herbivores, elle doit son alcalinité et son trouble à ce fait que la lécithine-albumine de la paroi filtrante de l’urine ne suffit pas pour saturer la grande quantité d’alcali ou pour décomposer les sels à réaction alcaline que la nourriture végétale introduit dans l’organisme (Liebermann).
b. — Principes constituants des reins
Le parenchyme rénal renferme de l’eau, des matières albuminoïdes solubles et insolubles, parmi lesquelles la lécithine-albumine et une nucléo-albumine, des matières conjonctives, des graisses, des produits de désassimilation azotés qui indiquent une nutrition très active : leucine, tyrosine, xanthine, hypoxanthine, cystine, taurine, créatine, urée et acide urique ; de Vinosité, de la scyllilc, de l'oxalate de calcium, de la glucose, des sels minéraux et de l' ammoniaque .
Après lavage avec une solution de chlorure sodique à 0,75 p. 100, le tissu du rein renferme, d’après Gottwalt (1), les principes immédiats suivants, pour 100 parties:
Composition du tissu rénal (Gottwalt).
Sérine . 1,116 à 1,394
Globuline (2) .
Matières albuminoïdes solubles dans
C03Na2 .
Gélatine du tissu conjonctif. . . .
Total, .
Le rein contient de 82 à 84 p. 100 d’eau, d’après Frerichs.
Le tissu rénal cède à la glycérine certains ferments solubles précipitables par
(1) Gottwalt, Zeitsch. f. physiol. Ch. t. IV, p. 431.
'2) Halliburton (. Journ . of. physiol. t. XIII, et Jahr. f. Thierch., 1892. t. XXII, p. 26 reconnu que beaucoup de corps décrits avant lui dans les reins, le foie, le cerveau, etc.,
l'alcool et nommés histozymes ; l’un d'eux possède la propriété de dédoubler l’acide hippurique en glycocolle et acide benzoïque. On a voulu faire jouer un rôle à ces ferments dans la sécrétion de l’élément acide de l’urine dans les canaux contournés et dans l’anse de Henle.
Les tubes urinifères posséderaient une membrane propre constituée par une substance membraneuse analogue à celle qui forme la sarcolemme du muscle.
Kossel(l) a retiré du rein 0,068 p. 100 A' hypoxanthine qu’il rattache à la nucleine. D’après Cloetta, les reins du boeuf, exceptionnellement riches en inosite lui en ont fourni 1 p. 1000, comme, d’ailleurs, ceux de l’homme.
La scyllite a été trouvée dans les reins de poissons cartilagineux par Frerichs et Stœdeler.
La taurine extraite des reins par Cloetta n’existe pas dans l’urine où elle passe à l’état d’acide tauro-carbamique.
La cystine paraît spéciale au tissu rénal' où Cloetta l’a trouvée chez le bœuf ; Virchov en a rencontré une concrétion dans le bassinet ; on verra qu’elle se trouve quelquefois, bien que très rarement, dans les urines, à l’état de sédiments ou de calculs vésicaux.
L urée, 1 acide urique, ïoxalate de chaux, la glucose n’ont été trouvés dans le rein des mammifères qu’à l’état pathologique.
comme des globulines, laissent de la nucleine comme résidu de leur digestion ■’astrinn et sont constitués par de la nucleo-albumine. Il isole cette dernière par deux procédé!- 1° 1 organe dilacéré est délayé et macéré dans le chlorure de sodium concentré- 1 produit muqueux obtenu est versé dans un excès d’eau; la nucleo-albumine surna» tandis que la globuline et les débris de tissus gagnent le fond ; c’est ainsi que l’aute obtient le produit des cellules lymphatiques et du thymus ; — 2" la pulpe de l’organe Tt épuisée par macération aqueuse, et le liquide décanté, filtré, est précipité par l’acid acétique; le précipité obtenu qui constitue le « fibrinogène des tissus » de Woldrid 6 est constitué par un mélange de nucleo-albumine, lécithine et trace de mucine- on enlève la lécithine par l’alcool à 40°; on prépare ainsi la nucleo-albumine des reins' du foie et du cerveau. Les produits obtenus ne sont pas identiques, particulièrement nar leur teneur en phosphore; ils sont coagulés vers 60”, ne donnent pas la réaction azotique de la xanthoprotéose, et, par la potasse et le sulfate de cuivre, sont colorés en violet, jamais en rose. Leur solution dans un peu de carbonate de soude, traitée l’acide azotique, donne un précipité soluble en partie à chaud, mais non préciDité unie refroidissement (distinction des albumoses). "
(1) Kossel, Maly's Jahresber . t. XI, p. 108, 1881 ; et t. XII, p. 102, 1882.