‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 581 sur 722 · ACIDE CHLORHYDRIQUE, CHLORURES · texte numérisé non relu

ACIDE CHLORHYDRIQUE, CHLORURES

aiguës ou chroniques accompagnées d’albuminurie ; accumulés dans les tissus, ils passent momentanément en plus grande quantité dans l’urine, en même temps que l’eau, sous l'influence des diurétiques.

Une augmentation considérable des chlorures urinaires s’observe dans tous les cas pathologiques où il y a eu, au début, une rétention du sel marin par l’organisme : c’est elle qui constitue l’excrél.ion épicritique des maladies fébriles aiguës dont il vient d’être parlé. Elle devient particulièrement forte en suite de la résorption d’exsudats ou de liquides hydropiques qui ont immobilisé de grandes quantités de chlorures, lesquels passent abondamment dans l’urine dès que s’établit la diurèse. C’est ainsi que Vogel a trouvé dans les urines d’un malade, pendant trois jours consécutifs, 33 grammes (correspondant à 55 de chlorure de sodium), 28 et 21 grammes de chlore.

Le diabète insipide est également accompagné d’une excrétion très forte des chlorures pouvant monter jusqu’à 29 grammes de chlore en vingt-quatre heures (Vogel) ; la cause n’en est pas due uniquement au volume considérable d’urine, puisque, dans le diabète sucré, Frerichs n’a pas trouvé de modification appréciable des chlorures.

Brueff ( 1 ) a vu une augmentation considérable des chlorures allant jusqu’à 29,r,6 par jour dans le prurigo. L 'hépatite interstitielle est également accompagnée de superexcrétion du chlore (Stadelmann) (2).

La fièvre intermittente seule est accompagnée d’une élimination plus considérable du chlorure de sodium pendant l’accès; Vogel a trouvé, dans ces cas, 0sr,15 de ISaCl par heure, avant l’accès, 4sr,12 pendant la fièvre et 0sr,06 le lendemain.

Dans les maladies chroniques, on constate presque toujours un parallélisme entre l’ingestion du sel, l’excrétion des chlorures et le volume des urines; mais le plus souvent, il y a diminution dans la quantité absolue, par suite d’une nutrition générale languissante et d’une alimentation rendue insuffisante par le défaut d’appétit ; il en est ainsi dans tous les états anémiques et cachectiques , dans la phtisie, le scorbut, la leucémie, la diathèse cancéreuse, etc. Cependant Schôpp (3) a observé, dans le cancer, une diminution manifeste de l’excrétion des chlorures comparativement à la quantité ingérée, surtout dans les cas d’ulcération des néoformations dont les produits liquides sont riches en chlore (1,15 p. 100); cette diminution s’accentue proportionnellement au développement du néoplasme.

h' empoisonnement saturnin chronique réduit les chlorures jusqu’au tiers de la quantité normale (Gaucher) (4). En général, les poisons qui provoquent la destruction des globules rouges augmentent l’excrétion des chlorures (Kast) (3).

En résumé, en se plaçant au point de vue plus spécial du médecin praticien, on peut dire que l’activité d’excrétion des chlorures est en raison inverse de la gravité de l’affection au moment considéré, dans les cas de maladies aiguës ; dans les maladies chroniques, elle renseigne sur l’état de la digestion et de la

(1) Brueff, Wien. med. Wochensch., 1871, p. 552.

(2) Stadelmann, Arch. f. /clin. Med., t. XXXIII, p. 526, 1883.

(3) Schopp, Deutsch. med. Wochensch., 1893, p. 1155 et 1213.

f l) Gaucher, Schm. Jahrbuch., n“ 195, p- 122.

(5) Kast, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. XII, p. 267, 1888.

nutrition générale qui sont encore satisfaisantes quand le chiffre des chlorures reste compris entre o et 10 grammes, mais dont l’insuffisance est manifestée par une chute des chlorures au-dessous de b grammes.

Rapport de l’urée au chlorure de sodium. — Poehl (I) a eu l’idée d'étudier les variations du rapport de l’excrétion du chlorure de sodium à. celle de l’urée dans les urines normales et pathologiques.

Chez l’individu sain, vivant dans des conditions normales, avec un régime mixte, sans exagération de la consommation de sel, le rapport en question est égal à 1/2, c’est-à-dire que l’excrétion de l’urée est double de celle du chlorure sodique.

La diminution de ce rapport et, par suite, des chlorures de l’urine est toujours liée à des états pathologiques divers, particulièrement à ceux dans lesquels les oxydations internes sont diminuées, où il y a accumulation de leucomaïnes xanthiques, créatiniques, ptomaïnes, etc., c’est-à-dire auto-intoxication plus ou moins prononcée. C’est dans ces cas que la spermine, en relevant le coefficient d’oxydation, détermine une augmentation rapide de l’excrétion des chlorures et le rapprochement du rapport précédent de la valeur normale 1 / 2.

Pour expliquer l’existence de ce rapport, à l’état normal, Poehl admet que l’excrétion de l’urée se fait normalement sous la forme soit du sel doublé [urée + chlorure de sodium + eau] ou sous celle de chlorhydrate d’urée

ACIDE PHOSPHORIQUE, PHOSPHATES

L’acide phosphorique est contenu dans les urines en proportion bien moindre que l’acide chlorhydrique. Les chiffres moyens donnés par les divers auleuis sont assez variables ; l’homme adulte et bien portant excrète, en vingt-quatre heures, une moyenne d’anhydride Ph2Os, de 3sr,S d’après Vogel et Huppert, de 2*r,3 (2 grammes à 3B',b) d’après A. Gautier, 2", 8 (2*r,5 à 3S',5) d’après Beaunis soit, pour ce dernier, environ 0Br,044 par kilogramme de poids vif; mais ces chiffres peuvent être notablement dépassés, par exemple à la suite d'une alimentation animale surabondante.

Un tiers environ de cet acide phospliorique est uni à la chaux et à la magnésie et l’urine étant acide, on doit admettre, avec Liebig, qu’elle renferme les phosphates acides solubles (PhO^CaH-* et (PhO!)2MgH i, ainsi que les sels neutres solubles dans l’acide carbonique PhO'CaH et PhCPMgH'. Ce sont ces derniers qui se précipitent quand on porte à l’ébullition une urine neutre ou peu acide • le précipité très ténu reste en suspension dans le liquide et se redissout par addition d'une trace d’acide acétique (distinction de l’albumine). Quand on alcalinise une urine, la plus grande partie de l’acide phosphorique se précipite à l’état de

(1) Poehl, Zeilsch. f. klin. Mcdic., 1894, t, XXVI, fasc. 1 et 2.

ACIDE PHOSPHORIQUE, PHOSPHATES lOOü

phosphate calcique et de phosphate ammoniaco-magnésien, en entraînant la quantité totale des bases terreuses, à moins qu’il n’y ait des carbonates ou bicarbonates présents ; car la proportion de Ph1 2 305 contenue dans les urines dépasse généralement celle qui est nécessaire pour saturer la chaux et la magnésie. Il reste en dissolution du phosphate disodique PhO*Na2H ; c’est, d ailleurs, le sel qui, comme on le sait depuis longtemps, se dépose en cristaux par 1 évaporation spontanée de l’urine putréfiée et filtrée ; mais il ne préexiste pas dans 1 urine acide, qui contient normalement le phosphate monosodique PhO-'NaH* (peut-être avec un peu de PliO'KH2) dans lequel on retrouve environ les deux autres tiers de l'acide phospliorique des urines, dont une très minime partie est peut-être combinée à l'ammoniaque, à la créatinine et même à l’urée (Huppert), tandis qu’une dernière est excrétée sous la forme d’acide phosphoconjugué (voir acide phosphoglycérique, p 878).

D après Ott (j), les proportions d’acide phospliorique excrétées à l’état de sels bibasiques PhOLW2!! et de sels monobasiques PhO'MH2 seraient entre elles comme 4 : 6.

Variations physiologiques

L élimination des phosphates est moindre chez la femme (2sr,6, Yvon et Berlioz) que chez l’homme (3", 2 Y. et B.), plus faible encore pendant la grossesse, ainsi que chez les enfants pendant la période de croissance. L'excrétion chez 1 enfant, par rapport à celle de l’adulte, serait dans le rapport de 1 à 2, 7-3, 3 (Cruse) ; c’est vers l’dge de trente ans que l’adulte excrète le plus d'acide phospliorique dans ses urines; de là, la proportion va én décroissant constamment jusqu’à l’extrême vieillesse (Beaunis) (2).

L’acide pliosphorique urinaire provient directement ou indirectement de l'alimentation carnée, les herbivores n’en excrétant que des traces, parce que leurs fourrages ne contiennent que des phosphates terreux très difficilement solubles dans les sucs de l'intestin et peu assimilables. Son élimination est donc augmentée par un régime très animalisé, ainsi que par le vin, la bière, les carbonates et phosphates alcalins, les condiments, tandis quelle diminue par une alimentation riche en corps gras ou en alcool. Les trois quarts environ, ou 73 p. 100 de l’acide phosphorique ingéré avec les aliments, passent dans les urines; le reste, non absorbé, est rejeté dans les fèces.

Nous ne citerons pas tous les chiffres qu’on a trouvés et donnés comme preuve de cette origine alimentaire des phosphates de l’urine; ils sont, en effet, peu comparables, parce qu’ils proviennent d’individus de poids différents soumis aux régimes alimentaires les plus variés, et surtout parce que les méthodes de détermination diverses sont souvent d’une exactitude très relative. Nous nous bornerons aux suivants, dus à Lelnnann (3) :

(1) Ott, Zeilscli. f. physiol. Ch., t. X, p. 1, 1886.

(2) Beaunis, Physiologie, 3“ édition, 1888, p. 170.

(3) Lehmann, Virchov's Arckiv, t. LXV1, p. 240.

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