‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 582 sur 722 · L’URINE DES 24 HEURES CONTIENT · texte numérisé non relu

L’URINE DES 24 HEURES CONTIENT

D’ACIDE PHOSPHORIQUE Ph205

Alimentation végétale spéciale aux Japonais.

ls',151

Alimentation japonaise mixte .

Alimentation conforme aux habitudes euro¬

péennes .

L’excrétion de l’acide phosphorique ne se produit pas uniformément dans les différentes heures de la journée; elle atteint son maximum, comme celui des chlorures, après le principal repas (0,28 à l'heure), diminue pendant la nuit (0,21 ) mais n’arrive au minimum que dans la matinée (0,1 i), c’est-à-dire après le réveil (Edlefsen (2), Beaunis).

Le travail musculaire augmente l’acide phosphorique urinaire (Lehmann Mosler, Klug et Olsavszky) quoi qu’en aient dit Peltenkofer et Voit ainsi que Byasson, qui lui contestent cette action. Lehmann a reconnu qu’elle ne se manifeste qu’après le travail. L’acide provient, dans ce cas, des tissus dans lesquels les phosphates se localisent sous leur forme ou sous celle de la nuclëine des noyaux cellulaires, jusqu'à ce que la désassimilation normale des éléments cellulaires vienne les remettre en liberté.

D’après Mossler et Byasson (3), l’activité cérébrale déterminerait un accroissement très sensible de la sécrétion phosphatique. Cette opinion, partagée par Sülzer et Strubing, est encore très controversée aujourd’hui, et il semble à Gautier que l’augmentation que l'on a cru observer n’est probablement due qu’à une alimentation plus abondante. Cependant l’acide phosphorique est le produit normal et incontestable de ladésassimilalion de la lécithine presque spéciale au tissu nerveux.

Comme le chlorure de sodium, les phosphates peuvent, dans certaines circonstances, être retenues avec énergie dans l’intimité des tissus de l’organisme, de telle sorte que leur excrétion tombe momentanément à peu de chose • ainsi, après une excrétion passagère et exagérée de 0'r,216 d’acide phosphorique par heure, Vogel a pu constater une diminution allant jusqu’à O*1 2 3, 084. Il est vrai que ce genre de recherches présente des difficultés particulières, par suite de l’élimination d’une partie assez notable de l’acide phosphorique par les intes-

(1) Kumagawa, Virehov’s Archiv , t. CXVI, p. 408, 1889.

(2) Edfefsen, D. Arch. f. klin. Med., t. XXIX, p. 417, 1881.

(3) Byasson, Essai sur la relation entre l'activ. cérébrale et la composit. des urines Paris, 1868 .

ACIDE PHOSPHORIQUE, PHOSPHATES

tins (de 1 /S à 1/4 de la proportion contenue dans les urines, Haxthausen), puis avec les cheveux et l’épiderme.

La suppression complète des aliments détermine une augmentation de l’excrétion phosphatique, consécutive sans doute à la combustion du tissu osseux, ce que démontre, d’ailleurs, la variation proportionnelle de la chaux et de la magnésie et la perte de poids du tissu osseux chez les animaux inanitiés (Chossat, Bidder et Schmidt). Aussi, le rapport de l’acide phosphorique à l’azote de 1 urine, primitivement de 1 à 7, monte-t-il, au dixième jour de jeûne, à 1 /4 (Munk) (1).

Les boissons aqueuses très abondantes suractivent l’excrétion de l’acide phosphorique, comme celle du chlore et de l’urée ; cette action, beaucoup trop forte pour être due uniquement à un phénomène d’entraînement, doit être attribuée, pour une notable part, soit à l’augmentation des phénomènes d’assimilation et de désassimilation cellulaire, soit à une augmentation de l’activité sécrétoire des reins, et plus probablement aux deux à la fois.

Excré“on en 24 hcurea d'acide phosphorique (Genth) (2)

Après ingestion de 2 à 4 litres d’eau. 3&r,0 à 4&r 3

Après abstention d'eau. . . # ogr ■y ^ «jgr q

On a voulu admettre une relation entre les proportions d’acide phosphorique et d’azote excrétées par les urines ; elle serait d’environ 18 p. 100 (Lépine) (3). Wurtz (4) émet un doute à l’égard de la réalité de ce rapport dont Bischoff (S) avait le piemier fait mention. Ce' dernier admettait, en effet, que les phosphates de 1 urine provenaient exclusivement de la désassimilation des matières albuminoïdes de notre économie, de telle sorte que azote total et acide phosphorique des urines devaient varier parallèlement, monter ou diminuer simultanément. Les recherches ultérieures de Pettenkofer et Voit, puis celles de Bidder et Schmidt, enfin celles de Lépine semblaient venir à l’appui de cette conclusion ; mais les travaux de Engelmann, de Weiske et de Forster lui sont absolument contraires.

Valeur relative de l’acide phosphorique urinaire à l'azote total. — On doit admettre aujourd’hui, comme le veut Zülzer (6) et comme il est absolument logique, de le faire, qu’une partie déterminée de l’acide phosphorique urinaire et proportionnelle à l'azote total provient de la décomposition des matières albuminoïdes ; par conséquent, le rapport entre les deux doit être fixe. Mais une autre partie de l’acide phosphorique résulte de la désassimilation de la lécithine si importante dans la formation des cellules diverses et si abondante dans le tissu nerveux dont elle est partie essentielle, et cette lécithine contient beau-

(1) Munk, Berl. kl. Wochensch., n»24, p. 432, 1887.

(2) Genth, Unters. üb. Wassertrinken, 1836.

(3) Lépine, Rev. mens, de méd. et chir., t. III, p. 163, 1879.

(4) Wurtz, Chim. biol., 1885, p. 741.

(5) Bischoff, Zeitsch. f. Biol., 1. 111, p. 309.

(6) Zülzer, Virchov's Archiv , t. LXYI, p. 223 et 282, 1873; consulter aussi, du même auteur: inters, ab. d. Sémiologie des Hurns, Berlin, 1884.

ENCYCLOP. CIIIM. (U

coup plus de phosphore que l'albumine (1) ; il en résulte que, suivant le degré d’inLensité avec lequel la lécithine participe aux phénomènes de mutation de matière dans notre organisme, les proportions de l’acide phospliorique à l’azote total coexistant varient dans de larges limites. Zülzer désigne ce rapport, essentiellement variable, par la dénomination de valeur relative cle V acide phosphorique urinaire, et base sur sa détermination un mode d’appréciation de la part que prennent les divers tissus et organes à l’assimilation et à la désassimilation générales. Edlefsen (2) a mis à profit la détermination du coefficient relatif de l’acide phosphorique dans un travail important sur l’excrétion des phosphates.

Cette valeur relative de l’acide phosphorique rapportée à 100 parties d’azote a été déterminée par Zülzer pour l’urine et pour divers aliments; nous lui empruntons, ainsi qu’à Edlefsen, quelques-uns de ses résultats :

(Zülzer)

les aliments (Zülzer)

Adulte sain, nourriture

mixte . 17-20 p. 100

Alimentation de sang. . 10

Viande de bœuf . 11

Cervelle . 32

Lait .

Pain .

Sang .

Viande de bœuf

Cervelle .

Os .

Urines des 24 heures, chez un adulte . 13,2 p. 100

Urines de 6 h. matin à midi . 8,8 ! de 6 h. m. à 6 h. s. 11 13

— de midi à 6 h. soir . 13,5 i

— de 6 h. soir à minuit . 15’4 { de 6 h. s. à 6 h. m. . . 15

— de minuit à 6 h. matin . 16,9 >

C’est chez le nourrisson que Zülzer a trouvé le rapport le plus considérable (jusqu’à 58,5 p. 100), ce qui tient certainement à l’alimentation lactée ; le minimum (jusqu’à 8.7 p. 100) a été observé, suivant les individus, entre trente-deux et quarante-cinq ans; il remonte ensuite un peu jusque dans la vieillesse. L’auteur conclut que le rapport moyen normal étant de 17 à 20 p. 100, toute valeur inférieure doit indiquer une prédominance de la désassimilation albuminoïde, tandis qu’une valeur supérieure correspond à une décomposition plus forte de la lécithine (et de la nucleine).

Influence des moyens thérapeuthiques. — Les divers agents ou moyens thérapeuthiques ont, sur l’excrétion des phosphates, une action plus marquée que sur celle des chlorures.

Produisent une augmentation des phosphates : l’alcool à haute dose (Keller), le sel de Glauber à hautes doses (v. Mering), le salicylate (Schreuder), l’acide

(1) A la lécithine, nous devons joindre, comme autre source importante de l’acide phosphorique, la nucleine que l’on trouve dans tous les noyaux cellulaires et accumulée tout spécialement dans le lait (nucléoalbumme), dans le cerveau, le foie et les globules blancs,

(2) Edlefsen, D. Àrch. f. klin. Med., t, XXIX, p. 409, 1881.

ACIDE PHOSPHORIQUE, PHOSPHATES

phospliorique et les phosphates solubles, l’acide lactique (Teissier) et l’acide borique (Forser) à hautes doses ; — déterminent, au contraire, une diminution, les bicarbonates de chaux et de magnésie (eau de Wildunger, Lehmann), le bromure de potassium (Schülze,Chittenden et Culbert) — par suite d’une réaction du sel sur le phosphate de sodium du sang avec mise en réserve du phosphate potassique formé (Politis) (1), ainsi qu’il résulte également, d’après Bunge (2), de l’action des citrate et chlorure potassiques, — la cinchonidine (Chittenden), l’injection sous-cutanée de cocaïne (Fleischner),' la quinine (Prior), les bains tempérés à 18° répétés (Sassetzki), les bains à 39-40° (Koch) et lesbains de boue (Kisch).

La saccharine est sans action (Rey) ; v.Jaksch prétend que l’alcool à haute dose produit une diminution des phosphates.

La valeur belati VE de l’acide phosphorique, ou rapport de cet acide à l’azote total des urines (Zülzer), est également influencée par un certain nombre de moyens thérapeuthiques. Elle est augmentée par le chloroforme, le chloral, l’éther, la morphine et le bromure de potassium, malgré leur action hyposténisante à l’égard du système nerveux, les acides minéraux et organiques (Zülzer et Strübing) (3), les courants continus (Bokai), les bains chauds d’une heure (augmentation de 17,2 à 37,2, Zülzer), les bains romains (de 16° à 28-33°) ■ Hoffmann), les bains russes (Godlewsky), la température froide de l’hiver (Lépine et Flavard), et, bien entendu, l’acide phosphorique et les phosphates. — Elle est diminuée, au contraire, par tous les agents qui déterminent un état d’excitation ■cérébrale, comme la strychnine, le phosphore, l’alcool à faible dose, l’essence de valériane, la liqueur ammoniacale anisée (Zülzer), par les bains froids (14°) très courts (de 16,2 à 13,9) (Zülzer) et par les bains d’eau alcaline sursaturée d’acide carbonique (Sotiers).

Variations pathologiques

L’excrétion phosphorique éprouve de notables variations sous des influences pathologiques diverses.

La quantité d’acide phosphorique contenue dans les urines des vingt-quatre heures augmente :

Dans la convalescence des maladies fébriles, et proportionnellement à la perte subie pendant la fièvre ;

Dans la période fébrile de la variole (Robin) et dans le choléra infantile (Môrner) ;

Dans la leucémie, surtout dans la forme aiguë où elle peut atteindre 7 grammes de Ph20« (Ebstein) ;

Dans la phosphaturie (Sendtner, Peyer) et le diabète insipide;

Dans la diabète sucré, où de Renzi a trouvé une moyenne d’excrétion de 5‘r,036 Ph205 ; dans certains cas où l’on observe les symptômes ordinaires du diabète, mais non plus les réactions du sucre, Teissier (4) a constaté une augmentation

(1) Politis, Zeitsch. f. Biol., t. XX, p. 193, 2" p.

(2) Bunge, Zeitsch. f. Biol., t. IX, p. 404.

(3) Zülzer et Strubing, Jahresb. f. Thierch., t. XVII, p. 402, 1887.

(4) Teissier, Thèse de Paris, 1876.

énorme de l’acide phosphorique atteignant jusqu’à 30 grammes dans les vingt-quatre heures, de là le nom de diabkte piiosphatique qu il a donné à cette affection spéciale ; il a même observé un cas curieux de marche inversement proportionnelle de la phosphaturie et de la glucosurie, analogue à la relation inverse entre l’excrétion du sucre et l’oxalurie constatée par Fürbringer (1).

Dans un certain nombre de maladies du système nerveux, l’épilepsie vraie qui se distingue ainsi de l’hystérie (G. de la Tourette et Cathelineau), la méningite surtout cérébro-spinale (Grimm), la munie avec délire aigu ou excitation (Mairet (2), bailler), la paralysie agitante (Chéron, Mossé et Barrai), dans l’état d’épilepsie’ après l’accès (Mairet) et dans un cas de rage (Robin). Dans le vertige épileptique, les phosphates terreux seuls augmentent, les sels alcalins prédominant au contraire dans l’accès, par suite de l’activité musculaire concomitante ; de même, Lépine et Jacquin (3) ont vu les phospliales terreux prédominer en dehors des accès, alors que les sels alcalins reprenaient le dessus après une série d’accès.

Dans certains cas de dyspepsie (Golding-Bird, Teissier), dans l’hypersécrétion gastrique où le chiffre normal peut être doublé (A. Robin et Lyon) (4) ;

Après les excès de coït (Ritter).

Page 1