‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 584 sur 722 · AUTEUR · texte numérisé non relu

AUTEUR

Chiens .

id. .

Mouton

id.

id.

Cobayes

moyenne.

Pain de chien.

Pain et beurre.

Foin.

Foin et fèves.

Foin seul.

Pomme de terre.

L’influence de l’alimentation se fait également sentir sur les sulfates minéraux dont la proportion augmente notablement avec le régime carné, le soufre de l’albumine (de 0,5 à 1,5 p. 100) donnant, par oxydation, de l’acide sulfurique qui est résorbé et saturé dans le sang dont il diminue l’alcalinité, tandis que, comme conséquence, il relève l’acidité de l’urine ; inversement, on observe une diminution des sulfates avec un régime végétal. Une partie de l’acide sulfurique provient certainement des aliments et des boissons dans lesquels il préexiste en petite quantité; d’après Kunkel, on retrouve dans les urines, à l’état d’acide sulfurique, de 60 à 70 p. 100 du soufre ingéré, le reste passant dans1 les fèces.

L'influence acidifiante des aliments albuminoïdes à l’égard du sang est compensée, chez les omnivores, par les carbonates alcalins qui résultent de la combustion, dans l’organisme, des sels alcalins à acides végétaux que contiennent les aliments végétaux et qui saturent plus ou moins complètement l’acide sulfurique dérivé des substances protéiques ; chez les carnivores, Gautier (3) fait remarquer que le même résultat se produit grâce à l’ammoniaque qui provient de l’oxydation de l’albumine, de telle sorte que le sulfate d’ammonium prédomine dans les urines de ces animaux; malgré cela, nous devons retenir que c’est le régime carné qui donne le maximum d’acidité aux urines.

La moyenne d’excrétion journalière de ls,,5 à 3 grammes de SO3 représente 0'r,09 par heure, et 0"’, 032 par kilogramme de poids vif en vingt-quatre heures. L 'excrétion horaire est d’ailleurs variable avec le moment de la journée, ainsi qu’il résulte des chiffres suivants qui prouvent que le maximum a lieu l’après-

midi et le minimum le matin:

Quantité de SO3 excrétée par heure : l’après-midi. . . . OR'',108

la nuit . 0Br,070

le matin . 0k”, 063

Elle varie cependant considérablement chez le même individu, à des inter-

(1) Müller, Berl. klin. Wochensch., 188", p. 438.

(2) Hoppe-Seyler, Zeitsch. f. pliysiol. Ch., t. XII, p. 1-, P- lu,

(3) A. Gautier, Ch. biol., 1892, p. 633.

ACIDE SULFURIQUE, SULFATES 1013

valles de temps peu éloignés: ainsi deux heures après une sécrétion de 0BP,163 (à l’heure), on ne trouve plus que 0BP,002 et 0sp,016 après 0sp,317.

La quantité d’acide sulfurique éliminée par la femme est un peu plus faible que chez l'homme, surtout pendant la grossesse.

A l’état normal, l’excrétion sulfurique est influencée par les causes suivantes :

1° Elle montre une notable augmentation après l’ingestion d’acide sulfurique, de sulfates et de composés soufrés facilement oxydables, tels que la cystine ou la cystéine (Goldmann (1), expériences sur des chiens) et, pour une partie aussi, la taurine, au moins chez le lapin. Les sulfates alcalins (Na2 3 4SOi), ingérés, passent en entier dans les urines jusqu’au prorata des deux tiers de la quantité normale qu’elles contiennent ; au-delà de cette limite, une partie de l’excédent passe encore par les reins, mais la majeure partie est évacuée par le tube digestif (Sick) (2). L’acide sulfurique libre est également excrété par l’urine dont il augmente l’acidité, bien qu’il détermine une augmentation de la proportion de potassium, sodium et ammonium, mais en quantité insuffisante pour saturer l’excès d’acidité du liquide ;

2° Une augmentation considérable est la conséquence, ainsi qu’on l’a dit précédemment, de 1 ingestion très abondante de viandes quelconques dont le soufre (0,5 à 1,5 p. 100 de substance) oxydé passe dans l’urine à l’état d’acide sulfurique; 1 augmentation se manifeste plus ou moins vite, tantôt quelques heures déjà après le repas, d’autres fois seulement après douze ou vingt-quatre heures, probablement par suite d’une durée très variable de la digestion. L’alimentation végétale produit, au contraire, une diminution de l'excrétion sulfurique (Glare). Bunge (3) a, d’ailleurs, trouvé les chiffres .suivants, suffisamment caractéristiques des deux régimes différents, pour l’excrétion des vingt-quatre heures, chez un homme adulte et sain :

Acide sulfurique total en SO*

Alimentation exclusive de viande . 4BP,674

— pain . 1 265

3° L’inanition fait baisser beaucoup l’excrétion de l’acide sulfurique, et surtout celle des sulfates minéraux ; Millier (4) a trouvé, chez le jeûneur Cetti, la proportion des sulfoconjugués notablement augmentée ; la quantité de phénol, très minime au premier jour, atteignit, le huitième et le neuvième jour de jeûne, jusqu’à sept et huit fois l’excrétion moyenne habituelle de l’homme sain, et l'acide sulfurique conjugué qui, au premier jour, n’était que de 2 p. 100 du soufre total, monta au huitième jour jusqu’à 30 p. 100.

4° Enfin,' il existe un certain nombre de circonstances dans lesquelles des variations se produisent, sans qu’on puisse encore déterminer avec précision les conditions de leur apparition. Ainsi, tandis qu’on admet une augmentation sous

(1) Goldmann, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. IX, p. 269, 1885.

(2) Sick, in Iloppe-Seyler, Physiol. Ch., p. 877.

(3) Bunge, Ch. biolog. Trad. franc., 1891, p. 313.

(4) Muller, Berl. klin. XYochensch., t. XXIV, p. 433, 1887.

l’influence de l’exercice musculaire, Laehr (I) a constaté également une augmentation par le reposai! lit, et une diminution de 1/16 environ, comme pour l’urée pendant le sommeil. Les boissons aqueuses très abondantes restent san« influence (Grüner et Clare).

Les sulfates alcalins pris à dose minime, mais pendant longtemps, produisent une certaine diminution de l’excrétion sulfurique, probablement en suite d’une rétention par l’organisme.

Influence des agents médicamenteux. - Certains agents médicamenteux ont une action manifeste sur l’élimination sulfurique urinaire, qui augmente sous l’influence de fortes doses de morphine (Eliassow), du bromure de potassium (Schulzc), du salicylate de soude (augmentation de 10 à 20 p. 100, Kumagawa) de l’antifébrine, après le bain russe (Godlewsky). La saccharine (Rey) aussi bien que le sulfonal (Smith) sont sans action.

Les sulfoconjugués sont plus que doublés après l’ingestion d’ichlyol ; - :=1 1 ' A io

au lieu de - avant l’absorption (Baumann etSchottin) (2); le naphtol-p produit

également une diminution des sulfates fales (Mauthner); la tyrosine ingérée (Brieger).

qui sont remplacés par des naphtolsulfait encore hausser les sulfoconjugués

Variations pathologiques

Les observations sont encore bien peu nombreuses que l’on a faites sur let variations qu’éprouve l’excrétion urinaire de l’acide sulfurique à l’état patholo-

La proportion d’acide sulfurique augmente :

Presque toujours dans les maladies fébriles aiguës, pneumonie, rhumatism affections aiguës du cerveau et de la moelle, où elle suit une marche à peu prè ’ parallèle à celle de l’excrétion azotée. Fürbrînger (3) a trouvé que le maximum de l’excrétion a lieu dans la pneumonie et dans la myélite aiguë ; voici, d’ailleu ses chiffres exprimés en SCPH1 2 3 : ’ ls’

Dans la fièvre. Fièvre disparue, diète

Pneumonie . 3&r,51 1,47

Myélite . 2 62 1,52 ■

On voit que la quantité de sulfate diminue pendant la convalescence des affec tions fébriles, pour ne remonter que lorsque l’alimentation du malade devient

(1) Laehr, Allg. Zeilsch. f. Psych., t. XLVI, p. 28G.

(2) Baumann et Schottin, Monatsh. f. pvakt. Devinât., t. IX, p. 261 1883

(3) Fürbrînger, Virch. Arch., t. LXX111, p. 39 et Cbl. f. d. m'ed. Wiss., 1877, p. 48

ACIDE SULFURIQUE, SULFATES

très abondante. Cette diminution persistante doit être attribuée, d’une part, à ce que la sécrétion biliaire (taurine) reprend son activité, et à ce que les albuminoïdes ingérés doivent tout d’abord réparer les pertes subies par les tissus, sous l’influence de la fièvre.

Dans les affections chroniques et, tout particulièrement, dans la leucémie, pour laquelle on a trouvé une moyenne journalière de 2sr,46 contre lsp,51 chez un individu bien portant (Fleischer et Penzoldt) (1), et même 5er,8 au dernier jour d’un cas aigu (Ebstein) (2), dans le diabète sucré (Gaethgens) (3) et le diabèt e insipide, dans le cancer de l’œsophage avec inanition (Cario) (4), dans l’ atrophie musculaire progressive (lîamberger), l'eczéma (Beale) ;

Dans les premiers jours de l’ empoisonnement par l’acide sulfurique, 2«r,5 à dans des cas graves, dans l'intoxication expérimentale par le phosphore (Cazeneuve) (5).

On a trouvé une augmentation relative des sulfoconjugués urinaires dans le typhus, la péritonite, la tuberculose intestinale et d’autres maladies qui s’accompagnent d une résorption plus faible ou imparfaite des produits de la digestion, éminemment favorable au développement des fermentations putrides dans 1 intestin (Hoppe-Seyler) (6) ; il en est de même des affections de l’estomac dans lesquelles les aliments font un séjour prolongé dans le ventricule et contiennent souvent d abondants produits de fermentations anormales. La stagnation simple des matières fécales (constipation) ne provoquerait pas d’augmentation.

L augmentation se produit encore dans l’ inflammation rénale avec diète lactée (de deux à huit fois plus qu’à l’état normal), dans la néphrite hémorrhagique, dans 1 ictère avec rétention de la bile (Biernacki) (7).

La QUANTITÉ d’acide SULFURIQUE DIMINUE :

Ainsi qu’on l’a vu précédemment, dans la convalescence des maladies fébriles aigues, dans le cancer de l’œsophage dès qu’on soumet le patient à une alimentation artificielle (Cario), dans l'empoisonnement par l'acide sulfurique, après l’augmentation des premiers jours, à cause de l’inanition qui en résulte (1 gramme à 1«‘,S SO’'H2 au troisième jour), dans l'ictère catarrhal (Biernacki), tandis que les sulfoconjugués augmentent, dans les maladies chroniques des reins, en même temps que l’acide phosphorique.

Dans la gravidité, le rapport ^ ^ ^ est plus petit qu’à l’état normal, mais

remonte dans les derniers moments de la grossesse, par suite de l’augmentation de l’acide sulfurique A ; après l’accouchement, A est encore plus faible qu’à l’état normal, mais il continue à remonter graduellement en même temps que le rap- Port ~ ^ - (Pinzani) (8).

(1) Fleischer et Penzoldt, D. Arch. f. klin. Med., t. XXVI, p. 368.

(2) Ebstein, D. Arch. f. klin. Med., t. XLIV, p. 346.

(3) Gaethgens, Centrabl. f. d. med. Wiss ., 1867.

(4) Cario, Jahr. f. Thierch., t, XVIII, p. 282, 1888.

(5) Cazeneuve, C. R. Acad, des Sc., t. LXXXIX, p. 990.

(6) Hoppe-Seyler, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. XII, p. 15, 1888.

(7) Biernacki, Centralbl.f. d. med. Wiss., 1890, n” 49 et 50.

(8) Pinzani, Ann. dichim. e di form., 1893, t. XYIII, p. 129.

Une diminution relative porte tout particulièrement sur 1rs sulfoconjug-ués dans les fièvres paludéenne S, la variole , la pneumonie, le rhumatisme, la méningite, la fièvre typhoïde, la phtisie, la leucémie, Y anémie, la syphilis, la scarlatine, Y érysipèle la diphtérie, la pyohémie, et surtout le choléra, dans lequel Poucliet n'en a trouvé que des traces et souvent pas du tout.

Baumann (1) attribue le résultat négatif de Pouchet à une résorption intestinale momentanément nulle ou très faible; car Iloppe-Seyler (2) a constaté, dans le choléra, une augmentation considérable des sulfoconjugués urinaires qu’il rapporte à une production notable d’indol par le bacille spécifique.

La valeur diagnostique de la détermination de l’acide sulfurique contenu dans les urines est, en somme, nulle ou insignifiante à elle seule; mais associée à la détermination d’autres éléments de l’urine, en particulier de l’urée, elle peut servir à juger de l’activité relative des phénomènes d’assimilation et de désassimilation.

Valeur relative de l’acide sulfurique à l’azote total. — Comme pour l’acide

phosphorique, Zülzer (3) a déterminé la valeur relative de l’acide sulfurique ou rapport de cet acide à l’azote urinaire total ; elle est égale, chez l’homme sain à 20 p. 100.

SCPH1 2 3 4 5

Le rapport ^ ■■ ne subit que des modifications insignifiantes dans la fièvre, excepté en quelques éas où il augmente un peu (Fürbringer). Cependant Zülzer et, plus récemment, Cario (4) ont observé généralement une augmentation que l’on peut attribuer à la production directe de l’acide par la décomposition des albuminoïdes, et aussi, d’après Zülzer, à un ralentissement de la sécrétion biliaire avec afflux moindre de la bile vers l’intestin, mais que Edlefsen (5) rattache à la décomposition des matières albuminoïdes riches en soufre et contenant, pour 14 d’azote, 1,8 de S p. 100, ce qui correspond à 5'", 512 de SO*H2 et donne le rapport matières albuminoïdes telles que la paraglobu-

line et la nucléoalbumine des globules blancs.

La valeur relative de l’acide sulfurique diminue dans la convalescence des maladies fébriles aiguës, dans le scorbut où l’on observe, au summum de l’affection, une diminution de sept à douze centièmes, coïncidant avec une valeur relative de l’acide phosphorique de 11 à 13 p. 100 (Duchek, Hohlbeck, Stokvis, Zülzer), ainsi que dans la cyslinurie (Iviemann et Lœbisch), probablement par suite d’une hypersécrétion biliaire (Zülzer).

(1) Baumann, Zeitscli. f. physiol. Ch,, t. XVII, P- 54, 1893.

(2) Hoppe-Seyler, Berl. klin. Wochenscli., 1892, n° 43.

(3) Zülzer, Unters. üb. d. Semiol. d. llarns, Berlin, 1884.

(4) Cario, Jahresber. f. Thierch., 1888.

(5) Edlefsen, Mitth. cl. Ver. Schl. Uolsl. Acrtze, t. 111, p. 3, 1882.

LE SOUFRE NEUTRE URINAIRE

LE SOUFRE NEUTRE URINAIRE (1

Outre les deux formes d’acide sulfurique que nous venons d’étudier, acide à l’état de sels alcalins (sulfates, acide sulfurique A) et acide sulfoconjugué (acide sulfurique B), dont l’ensemble constitue le soufre acide de Salkowski (2', l’urine contient encore du soufre, soufre neutre du môme auteur, sous la forme de composés qui ne sont pas tous bien connus. Jusqu’à présent, sous le nom de soufre neutre, on compte :

1° Des s ulfocyanures qui existent normalement dans l’urine et, dans les cas les plus favorables, ne représentent que un tiers du soufre non sulfurique (voir p . 880) ;

2“ Des dérivés de l'ackle hyposulfureux que Heffter (3) prétend avoir constamment trouvés dans l’urine humaine, ce qui est contesté par Salkowski (4) qui n’admet pas leur présence à l’état normal ; en tous cas, Strumpell (5) a pu caractériser l’acide hyposulfureux dans l’urine d'un typhique, et Schmiedeberg (6) ainsi que Meisner (7) le considèrent comme partie constituante de l’urine du cbat et, le plus souvent, de l’urine du chien. D’après Heffter, cet acide représenterait de 0 à 13,3 p. 100 du soufre urinaire total, la proportion variant avec l’alimentation ; les chiffres que rapporte l’auteur sont manifestement exagérés. Ainsi Presch, après les résultats de ses recherches au moyen de procèdes très délicats, conclut que 1’urine normale doit contenir moins de OS',01 d acide hyposulfureux au litre, si elle en contient ;

3° De l'acide suif hydrique qui n’existe que très rarement dans 1 urine où il peut prendre naissance par suite d’une fermentation particulière (Müllei (9), Rosenheim) (10). Il peut encore provenir d’une communication anormale entre le rectum et la vessie, d’une diffusion entre les deux organes (Betz) ou d une résorption préalable dans le sang (Senator) comme, par exemple, dans les cas de dilatation de l’estomac où Boas (11) et Zawadzki (12) en ont trouvé des traces dans Furine. Il n’apparaît pas dans l’urine des maladies liées à des processus de fermentation, non plus qu’après l’ingestion de sulfures alcalins ou 1 usage de bains sulfureux (Millier) ;

4° De la cystine , dont la proportion peut devenir assez notable pour conslituei une maladie spéciale, la cystinurie (voir p. 834) ;

(1) Consulter : Voirin, Variations physiologiques et pathologiques du soufre unnaire, Thèse de Nancy, 1894.

(2) Salkowski, Virchov's Archiv, t. LV1II, p. 472, 1873.

(3) Heffter, Pflûger's Archiv, t. XXXVIII, p. 476, 1886.

(4) Salkowski, Pflûger's Arch., t. XXXIX, p. 221,1887.

(5) Strumpell, Arch. d. Heilk., t. XVII, p. 397, 1876.

(6) Schmiedeberg, Arch. d. Heilk., t. VIII, p- 422, 1867.

(7) Meisner, Zeitsch. f. rat. Med. (3), t- XXXI, p. 322, 1868.

(8) Presch, Virchov's Archiv, t. CXIX, p. 148, 1890.

(9) Muller, Berl. klin. 1 Voch., 1887, p. 405.

(10) Rosenheim, Forschritte d. Med., t. V, p. 345.

(11) Boas, üeulsch. med. Wochensch., 1892.

(12) Zawadski, Centralbl. f. klin. Med., n° 50, 1894.

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GAKNIER

5° De la taurine, probablement sous la forme d’acide taurocarbamique (Salkowski) ;

6° Des corps à fonction alcalo'Ulique, dont l’un a été isolé et étudié par Guérin (1), en 1883, et l’autre, en 1891, par Mmo Eliacheff (2).

MM. Lépine, Guérin et Flavard donnent, au soufre acide, la dénomination plus exacte de soufre complètement oxydé, au soufre neutre, celle de soufre incomplètement oxydé, et subdivisent les composés de ce second groupe en deux variétés: ceux que le mélange d’acide chlorhydrique et de chlorate de potassium ou le brome en excès oxydent facilement (cystine, sulfocyanure, etc.), eteeux qui résistent à ces agents chimiques et ne sont décomposés que par la fusion avec le nitre (taurine). De là, la classification suivante des divers constituants du soufre urinaire total :

1° Soufre complètement oxydé (soufre acide des Allemands), qui comprend l’acide sulfurique des sulfates (ac. suif. A) et celui des sulfoconjugués (ac suif. B.) ;

2° Soufre incomplètement oxydé (soufre neutre des Allemands), subdivisé en : .

a) soufre facilement oxydable : cystine, acides sulfocyanique et hyposulfureux, etc., et : — b) soufre difficilement oxydable : taurine.

C’est au père Le Canu (1839) que l’on doit les premiers essais de détermination du soufre total urinaire ; il oxyde par 25 ou 30 grammes d’acide azotique l’extrait sec de 500 grammes d’urine, jusqu’à production d’un résidu blanc dans lequel il trouve une quantité de soufre, exprimée en SO'H1 2, variant de 0sr,988 à 3'', 730, soit en moyenne 2*', 173. Vauquelin, puis Renais (1846), dosent le soufre acide et le soufre neutre, entre lesquels le dernier trouve une différence de 1 /5 • mais ce niest qu’en 1860 qu’il est parlé du soufre incomplètement oxydé, par Voit, qui réclame, en 1874, la priorité de sa découverte, après l’apparition des travaux de Salkowski (1873) sur le soufre neutre, consécutivement à l’ingestion de taurine. Viennent ensuite les recherches de Falck (1875) sur l’influence de l’inanition, celles de Lépine et Guérin (1882) qui établissent la différence entre le soufre facilement et diilicilement oxydable et, avec Flavard (1880-1883), étudient les variations du soufre neutre, suivant l’état normal ou pathologique du foie, et en indiquent l’origine probable; celles de Spiro et Kunkelqui s’occupent de son excrétion chez le chien, de Presch (1890) qui démontre l’augmentation du soufre neutre urinaire après ingestion de fleur de soufre, enfin, en 1893, celles de Munk sur les jeûneurs Cetti et Breithaupt, et de Beck et Benedickt qui constatent une augmentation du soufre neutre sous l’influence du travail musculaire.

Dosage des diverses variétés du soufre urinaire. — Nous connaissons les procédés de dosage de l’acide sulfurique salin et sulfoconjugué (Anal. chim. deliquides et tissus de l’organisme, p. 60, dosage de l’acide sulfurique, 1° et 2D) nous n’avons qu’à indiquer, ici, comment on détermine le soufre total, ainsi qué

(1) Guérin, Thèse de pharmacie, Lyon, 1883.

(2) Eliacheff, Contribution à l’étude des matières non dialysables de l’urine (Soc h

biolog., 16 mai 1891). ’ ***

LE SOUFRE NEUTRE URINAIRE

le soufre neutre, et les variétés de soufre facilement ou difficilement oxydables

1° Soufre total. - On évapore à siccité, au bain de sable, dans une capsule dé platine, 50 ou 100 centimètres cubes d’urine additionnés d’un peu de carbonate de soude, et de 4 ou 8 grammes de nitre pur ; le résidu sec est calciné à feu nu et le résidu dissous, après refroidissement, dans de l’eau acidulée par l’acide nitrique ; le liquide filtré, réuni aux eaux de lavage du filtre, est porté à l’ébullition pour chasser les vapeurs rutilantes, additionné ensuite de chlorure de baryum et abandonné au frais. Le précipité de sulfate de baryum recueilli sur filtre est lave, puis calciné et enfin pesé avec les précautions habituelles. Du poids trouvé on calcule, soit en S, soit en SO!H2, tout le soufre contenu dans 1 litre d’urine.

2° Soufre facilement oxydable. — Dans l’urine complètement débarrassée du soufre acide ou soufre complètement oxydé à la température de l’ébullition, au moyen de 1 acide chlorhydrique et du chlorure de baryum, on précipite l’excès de sel baryLique par le carbonate de soude et filtre le liquide. Le ffilratum, additionné d’un excès d’acide chlorhydrique, puis de brome encore en excès (Lepine et Guérin), est chauffé au bain de sable jusqu’à décoloration, et enfin traite par le chlorure de baryum qui précipite, à l’état de sulfate barytique, tout le soufre facilement oxydable. Le brome est à préférer comme oxydant au chlorate de potassium, parce qu’il respecte la taurine que le chlore naissant décompose en partie.

30 Soufre difficilement oxydable. - On le dose par différence, en retranchant u poi s du soufre total la somme des diverses autres variétés de soufre déjà déterminées.

Origine du soufre neutre

Le soufre neutre provient certainement de la bile, pour la majeure partie, ainsi que le démontrent les expériences de Kunkel, Spiro, Lépine et Guérin : en effet, l’établissement d’une fistule biliaire chez le chien fait tomber le soufre neutre de 30-36 p. 100 à 20 p. 100 (Kunkel), tandis que l’ictère provoqué soit par la ligature du canal cholédoque, soit par l’augmentation artificielle de pression par injection d’eau, dans la vésicule biliaire, détermine une augmentation qui porte ce soufre jusqu’à 64 p. 100 (Lépine et Guérin), par suite d’une résorption plus considérable de la taurine de la bile qui est excrétée à l’état d’acide taurocarbamique; une augmentation analogue se manifeste, d’ailleurs, chez l’homme dans les diverses variétés d’ictère (Lépine). Mais le soufre difficilement oxydable ne disparaissant pas complètement de l’urine quand, par une fistule, on détourne la bile de l’intestin, il est évident que d’autres substances que la taurine concourent à sa production.

A 1 état normal, l’excrétion du soufre neutre se trouve donc en relation avec la proportion de taurine contenue dans la bile et avec les repas; en- effet, la digestion proprement dite coïncide avec le maximum de la sécrétion biliaire vers l’intestin, c’est-à-dire avec un minimum d’excrétion du soufre d’origine biliaire par l’urine, tandis que la résorption des produits de la digestion et des sucs digestifs qui leur sont mélangés a pour conséquence une augmentation du soufre neutre urinaire.

Le soufre d’origine biliaire ne représentant que 1/5 du soufre urinaire total, il en résulte que l’excrétion du soufre neutre n’est pas sensiblement influencée par des troubles de peu d’importance dans la sécrétion biliaire, alors qu’une diminution notable de cette sécrétion, consécutive à des troubles dans Information de ses principes et non à une entrave à son écoulement normal, ainsi qu’il arrive chez certains phtisiques à foie gras, se traduit par une augmentation relative du soufre acide.

Proportion et variations physiologiques du soufre neutre

Les moyennes de soufre neutre données par les divers auteurs sont assez variables; voici en effet, par rapport à 100 de soufre total, les chiffres qui représentent l’excrétion moyenne journalière d’un adulte en bonne santé -

15 p. 100 d’après Salkowski, 14 p. 100 dont 1/5 de S facilement oxydable d’après Stadthagen, 25,6 p. 100 d’après Heffter (1), avec un régime richement azoté (viande, lait, pain), 20 p. 100 dont 10 à 12 p. 100, soit environ moitié, en S difficilement oxydable d’après Lépine, Guérin et Flavard (2), 16,9 à 18,3 p. ioo d’après Beck et Benedickt (3), 10,7 p. 100 d’après Voirin; en résumé, l’adulte sain excrète une moyenne de 17 de soufre neutre urinaire sur 100 parties de soufre total.

La proportion de soufre neutre est de 30 à 43 p. 100 chez le chien (Heffter), de 11 p. 100 chez le mouton nourri de foin et de 14 p. 100 chez le même animal fourragé avec du foin et des fèves (Weiske), de 21 p. 100 chez le cobaye nourri de pommes de terre (Salkowski), et de 24,6 p. 100 chez le cheval.

Chez l’homme, les quantités de soufre neutre (et aussi de soufre acide) varient avec l’alimentation, le jeûne, le moment de la journée, l’activité musculaire enfin sous l’influence d’agents médicamenteux :

Le régime carné détermine une augmentation manifeste du soufre neutre aussi bien que du soufre acide, tandis qu’on observe une diminution avec un régime végétal ; voici, d’ailleurs, quelques chiffres empruntés à Voirin (4) ;

RÉGIME

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