AMMONIAQUE
grande quantité d’alcali dans les urines (O8', 88) qu’avec le régime mixte, et celuici en donne plus encore que le régime végétal, dans lequel la proportion d’ammoniaque tombe à O5', 4 pour les vingt-quatre heures. Chez un chien soumis successivement aux trois régimes différents, Caranda a trouvé que les proportions d’ammoniaque respectives étaient entre elles dans le rapport suivant : 2,4: 1,53 : 1,0.
Cette production d’ammoniaque en excès, chez les carnivores qui ne reçoivent pas assez de sels de potasse ou de soude capables de se transformer en carbonates, favorise l’élimination de l’acide urique produit en grande quantité et qui, sans cela, s’accumulerait dans le sang (A. Gautier) (1).
L’ingestion d’acides libres, minéraux ou organiques, pourvu que ceux-ci ne soient pas transformés dans l’économie en acide carbonique, détermine, chez l’homme et les carnivores (Walter (2), Hallervorden) (3), une augmentation de l’ammoniaque urinaire, tandis que les alcalins agissent d’une manière inverse (Coranda, Munk et Salkowski). Si, au contraire, on fait ingérer soit du carbonate ammonique, soit d’autres sels ammoniacaux à acides organiques combustibles, on détermine une augmentation proportionnelle de l'urée chez les mammifères, de l’acide urique chez les oiseaux, sans influencer sensiblement l'élimination de l’ammoniaque. Les sels ammoniacaux à acide minéral fort (sulfate, chlorure) ou à acide organique incombustible augmentent la teneur de l'urine en ammoniaque (Neubauer et Feder).
Chez les herbivores, l’action des acides et des alcalis est précisément l'inverse ■de ce qui se produit chez les carnivores (Salkowski) (4).
L'ammoniaque contenue dans les urines a deux origines bien distinctes: une partie, qui atteint au maximum 0sr,5 pour vingt-quatre heures, provient des ingesta solides et liquides et de l’air inhalé par les poumons ; dans des conditions anormales, cette partie de l’ammoniaque excrétée peut augmenter notablement par suite d’ingestion de sels ammoniacaux, de préparations ammoniacales, ou de certains condiments riches en ammoniaque, comme le raifort, ou après l’inhalation de la fumée de tabac. L'autre source de l'ammoniaque, et la plus importante, est la décomposition des matières albuminoïdes dans la désassimilation physiologique ; nous avons vu que la théorie la plus généralement admise aujourd’hui veut que l’albumine donne, comme produit final ultime, de l'ammoniaque et de l’acide carbonique qui, par leur union, forment le carbonate d’ammonium dont l’urée résulterait par une déshydratation (p. 738). 11 est donc naturel qu'une minime partie du sel ammoniacal échappe à cette transformation et passe en nature dans les urines.
Variations pathologiques. — A l’état pathologique, on a constaté une augmentation absolue, aussi bien que par rapport à l’urée, de l’excrétion ammoniacale dans l'hcpatite interstitielle (2,6 fois plus), dans la cirrhose (Hallervorden et Sta-
(1) A. Gautier, Chim. biolo<)., 1892, p. 634.
(2) Walter, Arch. f. exp. Pathol., t. VII, p. 148.
1.3) Hallerworden, Arch. f.exp. Pathol., t. XII, p. 237,1880.
(4) Salkowski, Virchov's Archiv, t. L1II, p. 1, 38 et 486.
delmann) (1) par suite de la lésion du foie, siège de la transformation physiologique de l’ammoniaque en urée ; aussi est-ce dans les maladies du foie que l'on voit l’ingestion d’acides exercer l’influence la plus grande sur la sécrétion urinaire de l’ammoniaque ;
Dans les maladies fébriles aiguës (typhus, tuberculose, fievre récurrente, pneumonie) et proportionnellement à l’intensité de la fièvre (Duchek, Ilallervorden) probablement à la suite de la formation pathologique d’une quantité d'acide beaucoup plus forte qu’à l’état normal et que l’alcali neutralise dans le sang préalablement à leur excrétion rénale ;
Dans le diabète (Hallervorden (2) Stadelmann) (3), surtout avec application du régime carné exclusif, auquel cas Minkowski a trouvé jusqu’à 2 grammes et 2*r,S d’ammoniaque dans les vingt-quatre heures, peut-être pour la même raison que précédemment, ce qui expliquerait l’influence du carbonate de soude qui, en saturant les acides produits en excès (acide lactique, acide glycuronique, etc.) diminue l’élimination de l’alcali par les urines (Wolpe) (4).
L’ammoniaque diminue dans la leucémie splénique (Hallervorden, Stadelmann Leube) et dans quelques cas de néphrite (Leube).
Les maladies chroniques paraissent, en général, sans influence sur l’élimination de l’ammoniaque (Leube, Hallervorden).
L’excrétion ammoniacale est augmentée à la suite de l’ingestion de la morphine à hautes doses (Eliassow) (S), diminuée, au contraire, sous l’influence de l’eau chargée de protoxyde d’azote (Ritter) (6) et des bains froids, alors que les bains chauds sont sans action, malgré la diurèse et l’hypersécrétion de l’urée (Hallervorden).