SÉDIMENTS URINAIRES
dépôts avant de recourir à l’emploi du microscope, par des réactions extrêmement simples. Si par réchauffement de la niasse liquide à réaction naturellement acide dans laquelle ils sont en suspension, ils disparaissent, plus ou moins complètement redissous, ils sont constitués par des urates acides et étaient colorés en rouge brique ; s’ils persistent avec leur coloration primitivement blanc grisâtre, ils peuvent contenir mucus, pus, bactéries ou spermatozoaires ; dans le cas d’une urine alcaline, le dépôt grisâtre est dissous, à chaud, après addition d’un peu d’acide acétique, avec dégagement de bulles gazeuses s'il est formé de carbonates terreux, sans dégagement s’il est constitué par des phosphates; si, dans ces conditions, il n’est pas dissous, c’est qu’on a affaire à du pus.
Au point de vue clinique, la signification des sédiments urinaires est double : 1° ils donnent des indications sur les phénomènes de désassimilation dans l’organisme malade, et, par l’apparition de principes sédimentaires particuliers qui n’existent normalement que dissous et en petite proportion, tels que acide urique, acide oxalique, acide hippurique, etc., ils traduisent une production anormale de ces principes ; 2° ils permettent de reconnaître la nature et le siège de certains processus pathologiques locaux qui affectent les organes uropoïétiques.
C’est ainsi que la présence du pus dans une urine indique l’existence d’un processus purulent dans une partie ou immédiatement au contact des voies urinaires, que celle des cylindres urinaires correspond à certaines modifications . pathologiques du parenchyme rénal, que la composition chimique d’un sédiment salin renseigne sur la nature probable d’un calcul vésical dont la présence a été diagnostiquée préalablement. D’autre part, la présence d’un sédiment préexistant dans l’urine au moment de son émission est plus grave que celle d’un dépôt qui ne se forme qu’après le repos d’une urine qui était limpide au sortir de la vessie ; car elle constitue une prédisposition aussi favorable pour la production de calculs que fâcheuse pour celui qui en est le sujet. Ceci montre encore l’importance, pour le praticien, de renseignements précis sur l’état de limpidité de l’urine au moment de la miction et sur les conditions pathologiques qu'elle peut présenter ; il nous suffira de rappeler, à ce sujet, dans le cas d’urine sanguinolente, futilité qu’il y a, pour le diagnostic de l’origine du sang, de savoir dans quelles conditions s’effectue le mélange du sang à l’urine (Voir Anal. chim. des liquides et tissus de l’organisme, p. 16).
Traitement préalable de l'urine sédimentaire. — Quelquefois, malgré une filtration répétée, on n’arrive pas à obtenir une urine suffisamment limpide pour 1 examen chimique, ce qui se présente particulièrement en présence de bactéries qui passent avec persistance à travers les pores du papier. En pareil cas, Ultzmann (1) conseille d'agiter l’urine, dans un verre à expériences, avec deux ou trois centimètres cubes de carbonate de baryte en poudre, et de jeter le mélange sur filtre; le liquide passe limpide, celte fois, et non altéré dans sa composition chimique.
Pour éviter toute fermentation ou putréfaction de l’urine,- pendant quelle est
(1) Ultzmann, Vorl., 1 Hefl, Wien, 1888.
abandonnée au repos pour permettre la séparation des sédiments, et, en outre pour empêcher la précipitation, ultérieure à l’émission, d’un sédiment urique dont la formation ne fait qu’ajouter aux difficultés de l’examen microscopique du sédiment préformé, on peut additionner l’urine de 20 à 30 p. 100 d’une solution presque saturée de borax et acide borique à parties égales, obtenue en dissolvant 12 grammes de chaque produit dans 100 d’eau chaude et filtrant (Wendriner) (1). En présence de ce mélange, les urates précipités se redissolvent seuls, la précipitation des phosphates terreux par suite d’une fermentation ammoniacale est empêchée par l’acide borique libre, enfin les éléments organisés se tassent au fond du vase sans la moindre altération morphologique.
On peut avoir intérêt à assurer la conservation cl’un. sédiment urinaire organisé (épithéliums, cylindres, globules de pus), pendant longtemps. Voici le procédé que recommande Heitzmann (2) : après tassement du sédiment, on décante le liquide surnageant et additionne le résidu boueux de cinq à six fois son volume d’une solution aqueuse d’acide chromique à 0,5 p. 100 qu’on laisse en contact au moins trois semaines, mais en la renouvelant tous les deux jours pour éviter la formation de moisissures. Quand le sédiment a pris une teinte jaune verdâtre, on remplace la solution chromique par de l’alcool dilué, et l’on met à l’abri dans un flacon bien bouché où le dépôt urinaire peut se garder plusieurs années, à la seule condition de changer l’alcool tous les ans. On monte ensuite les préparations microscopiques dans la glycérine.
1“ Sédiments phosphatiques
Les sédiments phosphatiques sont constitués par des sels terreux et sont caractéristiques de la réaction alcaline de l’urine indispensable à leur formation. Si l’alcalinité est due à l’ammoniaque résultant de la fermentation de l’urée, le sédiment est constitué par un mélange de phosphate ammoniaco-magnésien et de phosphate tricalcique, dans la proportion de 67 du premier pour 33 du second, d’après Neubauer; la réaction est-elle provoquée par des alcalins autres que l’ammoniaque, c’est le phosphatique bicalcique PhCHCaH qui paraît se précipiter.
La présence de sédiments phosphatiques dans une urine constitue la phosphaturie, caractérisée par une urine à réaction alcaline, quelquefois neutre ou amphotère, avec trouble blanc grisâtre ou blanc verdâtre qui, d’ordinaire, se tasse assez vite en laissant un liquide surnageant clair, mais peu coloré. La densité est habituellement normale.
La dénomination de phosphaturie ne devrait être appliquée qu’aux cas où l’urine en présente les caractères au moment même de son émission, c’est-à-dire quand le trouble urinaire s’est déjà produit dans la vessie; mais, par extension, on la donne également aux cas où le trouble phosphatique ne se produit qu'après l’émission, pendant le refroidissement ou par le repos de l’urine.
(1) Wendriner, « entralbl.f . Bakleriol. , t. V, p. 290.
(2) Heitzmann, Centralbl. /'• klin. Med., 1889, n" 36, p. 624.