II. — CALCULS URINAIRES
Les conditions de production des calculs urinaires dans la vessie ou les bassinets sont celles qui président à la formation des sédiments, avec cette différence que la solidification de la matière saline qui devient moins soluble ou insoluble, s’effectue par cristallisation autour d’un centre d’attraction solide déposé dans les voies urinaires, soit naturellement (fragment de mucus, petit caillot sanguin, etc.), soit artificiellement (débris de sonde, grain de blé, etc., introduit dans la vessie). Dans ces conditions, l’accroissement du calcul se fait le plus souvent par couches concentriques nettement visibles sur une coupe transversale, et aboutit à la formation de concrétions plus ou moinsvolumineuses, plus ou moins denses, plus ou moins dures, suivant la nature de la substance qui les constitue. Les couches concentriques sont quelquefois séparées les unes des autres par une mince épaisseur d’une matière étrangère, de mucus par exemple, qui agglomère ces couches entre elles.
Les calculs sont le plus souvent homogènes, c’est-à-dire formés d'une seule substance à l’exclusion presque complète d’autre matière : calculs d’urates, de phosphates terreux, d’oxalale de chaux ; plus rarement la nature des couches peut alterner, une couche de phosphate de chaux recouvrant par exemple une couche d’acide urique, une couche d’oxalate de chaux se trouvant intercalée entre deux couches uriques. Cependant, certains calculs volumineux sont constitués, dans la partie centrale, d’un très gros noyau d’une matière déterminée, xanthine par exemple, tandis que la périphérie, très épaisse également, est formée uniquement de phosphates terreux. Cette disposition montre deux natures de cristallisations bien différentes qui se sont succédées ; la première phase a donné naissance, dans une urine acide, à la concrétion xanthique; mais celleci a déterminé, par sa présence, une irritation de la vessie, une cystite avecmodification consécutive de la réaction du contenu qui, d’acide, est devenu alcalin et a provoqué la précipitation des phosphates terreux. Ceux-ci, en s agglomérant autour du premier calcul rose de xanthine, ont ainsi provoque la formation de la nouvelle couche extérieure blanche et de nature phospliatique.
Les concrétions urinaires sont plus ou moins denses, plus ou moins dures ; de tous, ce sont les calculs d’oxalate de chaux qui sont les plus lourds, par suite de leur extrême compacité, et aussi les plus durs ; aussi résistent-ils à la litlio— tritie ; les plus légers et les plus friables sont les calculs de phosphates terreux ; les concrétions uriques tiennent le milieu entre les deux variétés précédentes. Les concrétions pliosphatiques sont d’ordinaire gris blanchâtre à la coupe, et d’aspect terreux homogène ; les calculs uriques, toujours colorés par le pigment urinaire, sont gris jaunâtre ou jaune brunâtre avec structure nettement concentrique ; ceux d'oxalate de chaux sont plus ou moins foncés, avec couches con-
(1) Voir : Analyse chimique des liquides et des tissus de l'organisme, p. 140.
centriques le plus souvent mal définies, et surface souvent colorée en brun par des pigments sanguins.
Nous allons dire quelques mots de chaque variété de calculs urinaires, en les plaçant dans l’ordre décroissant de fréquence, c’est-à-dire commençant par les calculs uriques et terminant par ceux de xanthine et de cystine.
1° Calculs uriques. — De beaucoup les plus nombreux, les calculs uriques sont jaune rougeâtre quand ils sont frais, jaunâtres une fois désséchés. Leur volume peut atteindre celui d’un petit œuf de poule. Leur surface est lisse et leur dureté assez grande, pas assez cependant pour qu’ils soient réfractaires à l’action du lilholriteur. Divisés par la scie, ils présentent toujours une structure confusément cristalline, mais formée de couches concentriques très nettes, de couleurs variables et alternant du gris jaunâtre au brun. Leur poussière est jaune et se dissout plus ou moins facilement dans une grande quantité d’eau bouillante ; par le refroidissement, la solution laisse se reprécipiter des cristaux blancs d’acide urique et d’urates acides. En effet, outre l’acide urique libre les calculs uriques renferment quelquefois de l’urate acide de potassium, les urates acides de calcium et de magnésium, plus rarement le sel ammonique.
La formation de ces calculs dépend de conditions diverses, parmi lesquelles les plus importantes sont la richesse de l’urine en acide urique et le pouvoir dissolvant très variable de l’urine pour l’acide urique, lequel est le plus souvent indépendant du degré d’acidité du liquide. On comprend, dès lors, le rôle des alcalins à doses un peu élevées, qui interviennent pour assurer la solubilité de l’acide urique, en outre de leur aide éminemment favorable à l’action oxydante de la spermine (Poehl) ; cependant, s’ils peuvent éviter la formation ou arrêter l’accroissement des calculs uriques, on ne peut espérer qu’ils exerceront leur action dissolvante sur les calculs une fois formés.
2° Calculs phosphatiques. — En général volumineux et souvent irréguliers de forme, leur surface est assez lisse, grisâtre, leur densité beaucoup moindre qne celle des précédents ; ce sont les plus friables de tous, les calculs ; leur cassure est blanche ou grisâtre, poreuse et leur poussière blanche ; la surface de section n’est guère cristalline, sauf pour le phosphate ammoniaco-magnésien. Prenant toujours naissance dans une urine alcaline, ils sont formés des phosphates terreux de ce liquide précipités à l’état de phosphate ammoniaco-magnésien et de phosphate tricalcique, avec une très minime quantité de carbonate de chaux Quelquefois on observe des calculs dans lesquels prédomine de beaucoup l’Un ou l’autre des phosphates terreux; ceux de phosphate ammoniaco-magnésien sont blancs, d’aspect cristallin à la coupe, et leur poudre fond quand on la chauffe, en dégageant de l’ammoniaque et laissant un résidu de pyrophosphate de magnésium ; les calculs de phosphate de chaux, blancs ou grisâtres ont cassure terreuse, et leur poudre ne fond pas, ni ne dégage d’ammoniaque qua^^ on la calcine. Souvent les deux phosphates forment des couches alternant1 dans un même calcul. es
Les calculs phosphatiques exigeant, pour leur production, une urine aie V il suffit, pour en empêcher la formation, arrêter leur accroissement et mg*16’ provoquer leur dissolution partielle, de recourir aux limonades à acide miné01!6
CALCULS URINAIRES
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qui combattront l’alcalinité de l’urine et, en lui restituant son acidité normale désagrégeront les calculs déjà formés et les réduiront en une gangue sédimenteuse pour laquelle l’urèthre sera suffisamment perméable.
3° Calculs d’oxalate de chaux. — Ces calculs, encore nommés calculs muraux à cause de leur surface extérieure mamelonnée rappelant l’aspect d’une mûre sont les plus denses, les plus compacts, les plus durs et les plus dangereux de tous les calculs. En effet, ils sont formés d’oxalate cristallin et dur, fortement cimenté par une gangue organique, et leur surface irrégulière, hérissée d’aspérités, irrite continuellement la vessie, provoque un suintement continuel de mucus et de sang qui agrègent la masse des cristaux et colorent la surface en brun plus ou moins foncé. Leur cassure est nettement cristalline, de coloration variable du gris au brun, suivant la quantité de pigment sanguin incorporé; leur poussière est insoluble dans l’acide acétique, soluble seulement dans les acides minéraux.
Les calculs muraux joignant à une dureté extrême, que la lithotritie n’arrive pas à vaincre, une insolubilité complète dans les acides organiques, ne peuvent être éliminés delà vessie que par l’opération de la taille ; les limonades à acides minéraux restent sans efTet sur eux.
4° Calculs de carbonates terreux. — Assez fréquents chez les herbivores dont 1 urine, dite jumenteuse, est troublée par du carbonate de chaux, ils sont fort rares chez 1 homme ; on ne connaît qu’un seul calcul de carbonate de magnésium. En revanche, le carbonate de chaux accompagne souvent les phosphates terreux dans les calculs phosphatiques.
5° Calculs de xa ntbine. — Ces calculs, dont on compte les exemplaires connus à ce jour, sont fort rares. Le premier, signalé par Marcet (t), présentait une couleur cannelle (d'où le nom de la xanthine) et une texture lamellaire. Liebig et Wohler ont analysé un calcul de xanthine qui pesait 18 à 20 grammes. Un autre calcul, analysé par Hoppe-Seyler (2) qui y a trouvé 97 à 98 p. 100 de xanthine, sans trace d’hypoxanthine, acide urique et guanine, montrait une stratification concentrique, une cassure d’un brun clair avec éclair cireux. Gobel a constaté la présence de la xanthine dans certains bézoards orientaux. Lebon (-3) a étudié un calcul très curieux, formé d’un noyau de xanthine avec trace d’urate de chaux, de coloration brun cannelle, amorphe, prenant l’éclat de la cire par le frottement et constituant la masse principale, enveloppé d’une couche d’oxalate de chaux de 1 millimètre d’épaisseur, puis d’une dernière couche superficielle de même épaisseur, de phosphates tricalcique et ammoniaco-magnésien mélangés.
Un autre calcul extrait par la taille, de la vessie d’un garçon de quinze ans, a été étudié par Garnier (4). Il est formé d’un noyau olivaire très régulier, de dimensions axiales 38 et 20 millimètres, constitué par des couches concentriques de xanthine très régulièrement emboîtées et alternativement brun lilas et lilas
(1) Marcet, Ann. de Ch. et de Ph. (2), t. XIII, p. 14, 1820.
(2) Cité par Wurtz, Chimie biologique , p. 789.
(31 Lebon, C.R. Acad. d. Sc.,t LXXIII, p. 47.
(4) Garnier, Arch. de physiol. norm. etpalhol., 1884, n” 6, 1S août.
clair, de j- de millimètre d’épaisseur, se laissant très facilement déboîter les
unes des autres. Leur substance amorphe, très dure et très fragile, prend le brillant de la cire pour le frottement. Ce noyau est enveloppé d’une couche de 5 à 8 millimètres d'épaisseur d’une matière blanche, crayeuse, constituée par un mélange de phosphate de chaux qui prédomine, de phosphate ammoniaco-magnésien avec un peu de carbonate de chaux. Voici, d’ailleurs, les données numériques de ce calcul encore plus remarquable que celui de Lebon, et dont la genèse probable, en deux phases distinctes, a été donnée précédemment (p. 1051):
Poids total . 58 grammes.
Volume total . ., . 37 cent, cubes.
Volume du noyau . 8 cent, cubes.
Densité moyenne . 1,56 —
Dimensions : Grand axe du calcul entier . 51 millimètres.
Petit — . 22 —
Grand axe du noyau ellipsoïde . 38 —
Petit — . 20 —
6° Calculs de cystine. — Ces calculs, encore fort rares, ont un aspect et des propriétés physiques toutes spéciales. De forme assez régulièrement ronde, ils sont d’ordinaire assez petits, de la dimension d’un pois environ, et souvent en nombre multiple dans la vessie (Czapeck) (1) ; cependant, on en a rencontré de la grosseur d’un œuf de poule et pesant 45 grammes (Ultzmann) et même 53 grammes (Beneke). Ils sont légers, blanc jaunâtre ou verdâtre, translucides à surface hérissée parles pointemeuts dés cristaux de cystine, faciles à entamer et à couper ; leur section montre une texture cristalline radiée et un éclat jaunâtre cireux.
La plupart de ces calculs sont constitués par de la cystine pure ; ils peuvent cependant avoir un noyau d’une autre substance, particulièrement d’acide urique, et, par réciprocité, l’acide urique peut entourer un noyau de cystine. Ils peuvent encore renfermer des phosphates terreux et de l’oxalate de chaux ; ce qui n’a rien d’étonnant, si l’on se souvient de la facilité avec laquelle les urines de cystine subissent la fermentation ammoniacale.
On a observé des calculs de cystine chez des enfants d’un an (Ultzmann), et on en a vu se produire également chez le chien.
7° Calculs mixtes. — Les calculs mixtes, encore assez fréquents, sont d’ordinaire formés de couches successives d’éléments divers, tels que acide urique oxalate de chaux et phosphates terreux, cystine ou xanthine et phosphates, etc Dans des cas très rares, on a également reconnu la présence, dans certains calculs, de bleu ou de rouge d’indigo.
8° Calculs de cholestérine. — Ce que l’on a dit précédemment de l’origine de la cholestérine, que l’on peut rencontrer exceptionnellement dans les sédiments
(1) Czapeck, Proff. med. Wochensch., 1888, n* 50, p. 545.
CALCULS URINAIRES
urinaires, explique la plus grande rareté encore des calculs de cholestérine. Horbaczewski (1) en décrit un, extrait par l’opération de la taille de la vessie d’une petite fille de six ans; ce calcul, très curieux, pesait 2S8r,5 et présentait la composition suivante :
Matières organiques. . . . 95,99
Sels minéraux . 0,55
Eau . 3,46
Le même auteur a constaté la nature graisseuse de cinq petits calculs de 0;r,5 chacun, extraits de la vessie d'un homme de cinquante-six ans; ils contenaient, pour 100 parties, 51,5 d’acides gras, 33,5 de graisses avec des traces seulement de cholestérine, 11,7 de matières organiques diverses, 0,8 de cendres et 2,5 d’eau.
Matériaux divers trouvés dans les calculs urinaires. — En dehors des éléments qui entrent dans la composition des calculs urinaires et qui permettent de les distribuer dans les classes décrites précédemment, on a encore signalé la présence accidentelle d’autres principes, tels que la silice, qui est cependant extrêmement rare dans les calculs de l’homme, mais peut se rencontrer dans la proportion de 71,05 p. 100 dans les calculs urinaires du mouton (Liebner) (2), la cholestérine qui formait la partie principale d’un calcul urinaire recouvert d une couche d’acide urique et d’origine féminine (Güterbock) (3), enfin une matière assez mal déterminée, molle et d’aspect gras, que Heller (4) a nommée urostéatite et qui serait un acide particulier, V acide lithurique C*>H3«Az20'7.HJ 0u C30H3liAz2b,8.H2, contenu à l’état de sel de magnésium dans des calculs mous de bovidés nourris avec du maïs vert (Roster) (5).
j Cholestérine . 95,84
I Matières diverses. . 0,15
(1) Ilorbaczewski, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. XVIII, p.335, 1893.
(2) Liebner, Ann. d. Ch. u. Pharm., t. CLXV, p. 104.
(3) Güterbock, Arch. f. Pathol. Anal., t. LXVI, p. 273.
(4) Heller, Arch. f. physiol. u. pathol. Ch., 1845, p. .
(5) Roster, Ann. d. ch. u. Pharm., t. GLXV, p. 104.