COMPOSÉS ORGANIQUES
L 'hydrate de chloràl, souvent employé à l’intérieur comme hypnotique, subit, dans l’organisme, une transformation remarquable, découverte et étudiée par Musculus et v. Mering. Il passe dans les urines, en combinaison avec l’acide glycuronique, sous la forme d’acide urochloralique, des traces tout au plus échappant à cette transformation (Vitali et Tornali) (1). Le butylchloral est également éliminé sous la forme d’acide urobutylehloralique, homologue de l’acide urochloralique (Külz). L’urine qui contient ces dérivés dévie légèrement à gauche d’environ 1° (Borntrâger) (2), réduit la liqueur de Fehling, le sulfate d’indigo, mais ne donne pas la réaction de Bôttger.
L'iodoformc, absorbé après application externe ou ingéré par l’estomac, est transformé dans l’économie animale et éliminé par les urines sous la forme d’iodure alcalin et, un peu, à Fétat d’acide iodique (Harnack et Gründler, Quaedvlig, Zeeliuisen) (3).
Le sulfonal est éliminé un peu en nature; mais la majeure partie est transformée en acide éthylsulfonique HO.SOWH1 2 3 4 5 6 (W.-J. Smith) (4).
Les corps sucrés, glucose, saccharose, maltose et lactose, sont comburés complètement, à moins que leur ingestion n’ait été trop considérable, auquel cds il se produit de la glucosurie alimentaire. Injectés dans la circulation générale, ils passent sous leur forme primitive dans l’urine. Jaffé (5) a observé que, chez les chiens nourris avec du pain, la mannite se retrouve dans les urines.
2° Dérivés acides. — Les acides organiques sont partiellement brûlés, partiellement éliminés par le rein ; en revanche, leur combustion est complète quand ils sont ingérés sous Ja forme de sels des métaux alcalins, même de sels acides, et apparaissent dans l’urine sous la forme de carbonates qui peuvent modifier complètement la réaction du liquide, comme ils l’ont fait de celle du sang en remontant fortement son alcalescence.
L’ingestion des acides amidés de la série du glycocolle est suivie, pour la plupart, d’une augmentation, dans l’urine, de la proportion d’urée en laquelle ils semblent se transformer ; il en est ainsi du glycocolle (Schultzen, Nencki et Salkowski) (6), de la sarcosinc ou méthylglycocolle (E. Salkowski), de 1 alanine, son isomère. Mais une partie de ces acides amidés échappe à la transformation par une synthèse avec les éléments de la carbimide COAzH, se transforme en acides uramiques et passe ainsi dans l’urine (Voir Acides uramiques, p.^ 1065). L'ingestion de la sarcosine est, en outre, suivie de l’apparition, dans 1 urine, d’une petite quantité de méthylurée.
L'acide hydantoïque passe également dans l’urine, chez les lapins (Salkowski).
La taurine, ingérée volontairement ou résorbée dans l’intestin comme produit de dédoublement de l’acide taurocholique, s’unit aux éléments de 1 urée et se retrouve dans l’urine sous la forme d’acide taurocarbamique ou uramidoïséthio-
(1) Vitali et Tornali, Jahresb. f. Thierch., t. XV, p- 89, 1885.
(2) Borntrüger, Zeitsch. f. anal. Ch., t. XX, p. 314.
(3) Zeehuisen, Jahr. f. Thierch., 1893, p. 90-92.
(4) W. J. Smith, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. XVII, p. 1, 1892.
(5) Jaffé, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. VII, p. 297.
(6) Salkowski, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. IV, p. 55 et 101, 1880.
nique (p. 820) qui constitue, dans le soufre neutre urinaire, la partie difficilement oxydable (Salkowski) (1).
Dans la plupart des cas, les modifications chimiques éprouvées par les composés organiques que nous venons de passer en revue sont le résultat d’oxydations • en effet, par l’ensemble de ses réactions, l’organisme animal est un foyer d’oxydation, mais il s’y produit cependant, même à l’état normal, des réductionsainsi le ferricyanure de potassium est excrété à l’état de fêrrocyanure ; l’acide malique et l’asparagine sont transformés, en partie tout au moins, en acide succinique.
ACIDE UROCHLORALIQUE (trichloréthylglycuronique)
CSRHCPO® = CHO — (C1I0H)3 — CHO[C1 2CI:,H2 4] — COOI1
Cet acide, découvert par Musculus et v. Mering (2), se rencontre dans l’urine après ingestion de chloral; il a été extrait aussi en quantité notable de l’urine de chien par Külz (3).
Une dose de 4 à b grammes de chloral, par jour, est suivie de l’excrétion de 10 à 12 grammes d’acide urochloralique.
Extraction. — L’extrait sirupeux de l’urine, additionné d'acide sulfurique, est épuisé à, plusieurs reprises par l’alcool éthéré (1 p. 2) ; la solution distillée laisse un résidu qu’on neutralise par la potasse, évaporé à consistance d’extrait et reprend par l’alcool à 90° ; la solution filtrée, additionnée d’éther, donne un précipité d’urochloralate de potassium qu’on purifie par cristallisation aqueuse, en présence du noir animal. Le sel, additionné d’acide chlorhydrique, met en liberté l’acide urochloralique.
Propriétés. — L’acide . Urochloralique ■ cristallise en aiguilles groupées en étoiles, solubles dans l’eau et l’alcool, presque insolubles dans l’éther.
Il est lévogyre, réduit à chaud la liqueur cupro-potassique, brunit par ébullition avec la potasse, décolore l’indigo sulfurique, et se distingue de la glucose (ou lévulose) par son inactivité à l’égard des réactifs de Bôttger ou de Trommer (Borntrâger) (4). Monobasique, il forme des sels solubles et bien cristallisés avec la plupart des métaux et répondant à la formule C8H,0C1207M'.
Külz lui a attribué la formule C«H«C1»0T, à la suite de l’analyse de son sel
(1) Salkowski, Zeitsch.f. physiol. Ch., t. IV, p. 100.
(2) Musculus et v. Mering, Ber. d. chem. Gesellsch., t. VIJI, p. 662, 1875
(3) Külz, Centralbl. f. d. med. Wiss., 1881, p. 337, et Ber. d. ch. Gesellsch issi
(4) Borntrâger, Arch. Pharm. (3), t. XVI, p. 415.
ACIDE URÔCHLORALIQUE '
sodique; v. Mering (1) a proposé, comme seule exacte, la formule C8HHC120T, en se basant sur la décomposition de ce composé par l’ébullition avec l’acide sulfu^ rique ou chlorhydrique étendu, en acide glycuronique et alcool trichloréthylique :
C8FD<C1207 + H20 = CGH,0O7 + C2H3(C13)0
Ac. urochloraliquc g 'q trichlorétbylique.
L’ingestion du butylchloral est suivie de l’excrétion, par les urines, du sel potassique de I'acide uhobutylchloralique ou trichlorobutylglycuronique (Külz), qui prend naissance dans des conditions analogues à celles qui régissent la production du précédent.
B. — Composés de la série aromatique
Un certain nombre de corps de la série aromatique peuvent traverser l’économie et se retrouver inaltérés dans les urines, tels, par exemple, la plupart des alcaloïdes et diverses matières colorantes d'origine végétale ; mais beaucoup y subissent des modifications profondes avant d’arriver aux urines, modifications qui, à la différence de ce qui se passe pour beaucoup de corps de la sérié grasse, n’arrivent pas à. une simplification ou à une désagrégation moléculaire complète, et donnent, par des processus d’oxydation ou de synthèse, des composés plus complexes qui passent dès lors dans l’excrétion urinaire. De ces synthèses dans l’organisme animal, la première connue est celle de la transformation de 1 acide benzoïque ingéré en acide hippurique excrété (Wôhlèr, 1827), après uniorr préalable au glycocolle en un point de l’organisme aussi inconnu encore aujourd hui que l’origine certaine de ce glycocolle. Comme pour les corps de la série grasse, nous allons distribuer entre plusieurs classes les composés de la série aromatique qui doivent retenir notre attention.
1° Hydrocarbures. — La benzine est éliminée, après transformation en phénol, sous la forme d’acide phénylsulfurique (Baumann), et pourrait même, d’après Nencki et Giacosa (2), subir une oxydation plus avancée et se transformer en dioxybenzine ou pyrocatéchine :
CGHG 4- O2 = CfiHsOH + O = C6H'(OH)2
Benzine. Phénol. Pyrocatéchine.
qui est également éliminée à l’état de sulfoconjugué.
L 'acide picrique est excrété une partie en nature, une autre partie à 1 état d’acide sulfoconjugué, et une dernière probablement à 1 état d acide picramique (Karplus) (3).
Les deux éléments de la créosote , le créosol et le gaïacol, passent également dans l’urine sous forme d’acides sulfoconjugués ; après injection sous-cutanée,
(t) V. Mering, Zeitsch. f. physiol. Ch., t. VI, p. 480.
(2) Nencki et Giacosa, Jahresb. f. Thierch ., t. XI, p. 223, 1881. •
(3) Karplus, Zeitsch. f. klin. Med., t. XXII, p. 210, 1893,
l’éüminalion est terminée en vingt-quatre heures ; les lavements créosotés sont suivis d’une élimination, en nature, d’une notable partie de la créosote, 30 à 60 p. 100. On recherche les dérivés de la créosote dans l’urine par la distillation avec un peu d’acide sulfurique ; on agite un centimètre cube du produit avec un centimètre cube de chloroforme ; on ajoute un fragment de potasse, et l’on chauffe à 60° ; il se produit une coloration rouge (Imbert) (1).
Les homologues supérieurs de la benzine subissent également des oxydations mais, cette fois, de préférence dans les chaînes latérales qui se transforment en carboxyles et donnent alors des acides homologues de l'acide benzoïque ainsi :
Le toluène Le xylène
Le cymène La propylbenzine
Une oxydation analogue se produit sur les dérivés de substitution chlorés bromés et nitrogénés des hydrocarbures précédents, et donne des dérivés homologues, cette fois, des acides benzoïques substitués. Ainsi :
C°HS.CH3 devient l’acide benzoïque CCH4(CH3)2 devient l'acide toluique <C3H7
CW.CHOH ; C°ll,.CH3.COOH ;
C6H4|cH*3 devient l’acide cuminique. { CCIOH
C6H5.C3H7 devient l’acide phénylpropioniqueCW.CW.COOH.
La benzine monochlorée CCH4C1 donne le phénol chloré C6H4C1.0H ;
Le bromololuène C#H4Br.CH3 dévient l’acide bromobenzoïque C°H4Br.COOH ;
Le nitro toluène CcH4(Az02).CH3 devientl’acide nitrobenzoïque C°H4(Az02).COOH.
2° Composés à fonctions diverses. — Un grand nombre d’autres produits aromatiques, aldéhydiques, aminés, amidés, acétoniques, etc., subissent une transformation analogue dans les chaînes latérales greffées surle noyau C6H5, lesquelles se convertissent, par oxydation, en carboxyle COaH qui, restant uni à- C"HS, constitue l’acide benzoïque. Citons, comme exemple :
L’aldéhyde benzoïque La benzylamine La benzamide L’acétophénone L’acide cinnamique
Ici encore, nous pouvons donner un exemple d’un phénomène de réduction concomitant des oxydations habituelles à l’économie : l’ingestion aussi bien que l'injection sous-cutanée, chez le lapin, de la métanitrobenzaldéhyde CcH4(Az02).CH0, est suivie de l’apparition, dans les urines, de l’acide acétylamidobenzoïque C«H4(AzH2).COOH. Le processus de réduction ne peut évidemment prendre sa source dans l’intestin, mais seulement dans les tissus, après l’injec-
(1) Imbert, Bùll. gen. de thérap -, 1892, 15 juin.
C°Hs.CH2.AzH2
CW.CO.AzH2
CW.CO.CH3
CW. CH — CH.C02H, etc.
ACIDE L'ROCHLORALIQEE
tion sous-cutanée, et cependant l'injection de l’acide mélanitrobenzoïque donne lieu seulement à une excrétion d'acide nitrohippurique (R. Cohn) (1).
Tous les nouveaux acides, substitués ou non, obtenus par oxydation des carbures d’hydrogène, de leurs dérivés substitués, des autres composés aromatiques à fonctions diverses, sont éliminés par les urines, au moins en partie, sous la forme d’acides hippuriques, par suite de leur combinaison avec le glycocolle. Mais une partie des composés primitifs, échappant à l'oxydation, passe dans l’urine à l’état d’acides sulfoconjugués (hydrocarbures, phénols) et d’acides glycuroniques également conjugués (benzol, phénol, naphtol, camphre, etc., (Voir p. 868).
Nous avons fait ailleurs l’étude des composés glycuroniques contenus dans l’urine normale, et indiqué tout au moins la production accidentelle des autres après l’absorption des divers composés aromatiques qui leur donnent naissance ; à propos de la cystine, nous avons parlé de la combinaison glycuronique de l’acide chloropliénylmercapturique, qui apparaît dans l’urine du chien après injection de benzol chloré dont une partie seulement, transformée pai1 oxydation en phénol chloré, est éliminée sous la forme d’acide chlorophénylsulfurique. Nous connaissons également le mode d’élimination des composés à fonction phénolique dans l’état de dérivés sulfoconjugués : il ne nous reste donc plus qu’à montrer que la synthèse de l’acide hippurique au moyen du glycocolle et de l’acide benzoïque, dans l’organisme animal, n’est qu’un cas particulier d’un processus général.
a. Acides hippuriques substitués
On a dit précédemment que c’est à Wôhler que remonte la découverte de la synthèse de l’acide hippurique dans l’économie animale, après l’ingestion d acide benzoïque. Celui-ci se combine au glycocolle pour donner naissance à 1 acide qui est caractéristique de l’urine des herbivores. Beaucoup d’autres acides de la série aromatique subissent, après leur ingestion, une transformation synthétique du même genre aboutissant à la production de dérivés substitués de 1 acide hippurique; les substitutions effectuées dans les acides originaires, ainsi que les isoméries de position, se retrouvent intactes dans les dérivés synthétiques correspondants, comme le montre le tableau suivant :
C6HS. C02H-)-CH2( AzH2) . C02H =- H20+C°H5.C0— AzH.CA2.COOH •
Ac. benzoïque. Glycocolle. Acide hippurique.
C«H<ClmC02H(2)+CH2(AzH2).C02H = H20+C<W.C1(,).C0(2)— AzH.CH2.C02H
Ac. orthochlorobenzoïque. Glycocolle. Ac. orthochlorohippurique.
C«W(Az02)m.C02H(3)+CH2(AzH2).C02H = H20+C<W(AzO2)()).CO(3)— Az.CH2.C02H
Ac. métanitrobenzoïque Glycocolle. Ac. mélanitrohippurique (Cohn).
C«H^(0H)h).C02H(<)+CH2(AzH2).C02H = H20+C«H'(0H).C0— AzH.CH2.C02H
Ac. paraoxybenzoïque. Glycocolle. Acide paraoxy hippurique.
(1) R. Cohn, Zeitsch. f . physiol. Ch ., t. XVIII, p. 133, 1893.
G»Hi(CH®).CO*H + CHa(AzH2).C02H
Ac. toluique. Glycocolle.
('6H'l(OCH3).GOaH -f CH2(AzH2).C02H
Ac. anisique. Glycocolle.
C»H<(C3H7).C02H + CH2(AzH2).C02H
Ac. cuminiquo. Glycocolle.
C6H3(CH3)2.C02H + CH2(AzH2).C02H
Ac. mésitylénique. Glycocolle.
C#H5.CH2.C02H + CH2(AzH2).GO»H
Ac. phénylacé tique. Glycocolle.
= H20 + C®H4(CH3)CO— AzlI.CH2.COaH
Ac. toluriquo (Kraut).
U20 + C6H,‘(OCH3J.CO— AzH.CHa.COaH
Ac. aniaurique (Grœbc et Schultien).
= H20 + G°H,(C3n7).CO — AzH.CH2.C02H
Ac. cuminurique (Jacobsen).
= il20 + C6H3(CH3)2GO— AzH. CH2. C02H
Ac. mùailyldnurique |Nenoki).
; H20 + C6H5.CH2.CO— AzH.CH2.COaH
Ac. phdnylacéturique (E. et H. Salkowski).
Après son injection sous-cutanée, chez le lapin, lapyridine apparaît également dans les urines sous la forme d'acide a-pyridinurique ; de môme l’acide (3-naphtoïque, ingéré parle chien ou le lapin, est excrété sous la forme d'acide $-haphturique, tandis que l’acide a passe non transformé (R. Colin) (I).
De tous ces acides de synthèse, à part l’acide hippurique, le plus intéressant est l’acide oxyhippurique ou salicylurique, par suite de l’emploi thérapeutique si fréquent de l’acide salicylique et de ses dérivés (salicyiate de soude, salol, etc.), à l’intérieur.