SUEUR
Sulfates . .
Traces
Alcalis comptés p» qnndp
Somme des matières organiques .
Ainsi que nous l’avons déjà vu auparavant, la comparaison de ces résultats montre la différence complète qui existe entre les deux excrétions. Elle permet également, comme le dit Gautier (1), de constater que la sueur est un mode puissant d’élimination des alcalis, puisque, pour un gramme d’alcali éliminé par les urines, il y a l‘r,67 par la sueur sous le même volume.
Cloëz (2) a trouvé, dans le résidu de la calcination de la sueur humaine (s afin' pour 100 parties :
EXCRÉTIONS CUTANÉES ; SUEUR
COMPOSITION DES CENDRES DE LA SUEUR (CLOEz)
Carbonate de potassium . 31,82
Sulfate — . 11,76
Chlorure — . 16,02
Chlorure de sodium . 38,54
Pertes . . 1,36
On doit à E. Harnack (1) des recherches récentes sur la composition de la sueur et la teneur relative en chlorure sodique des divers liquides de l'économie. Il a opéré sur la sueur d’un rhumatisant obtenue dans un bain de vapeur ; deux bains lui ont donné respectivement 710 centimètres cubes de liquide en une heure et 595 centimètres cubes en deux heures. Les deux liquides avaient sensiblement la môme composition ; nous nous bornerons, par conséquent, à donner l’analyse du premier échantillon :
Densité . 1005,8
Extrait sec (pour 1000 parties). 9,1
Matières organiques . 2,4
Chlorure sodique . 5,2 '
Phosphate de chaux . 0,2 j
Phosphate de magnésium . 0,1 > Soit 6,6 de sels minéraux.
Acide sulfurique . 0,6 I
Potasse . 0,5 /
Disons, en passant, que l’urée représentant environ moitié des matières organiques et 13 p. 100 du résidu sec, l’auteur en déduit que, dans ses observations, il s’est produit une excrétion horaire moyenne de un gramme d’urée environ.
Harnack a dressé un tableau des proportions de chlorure de sodium, eu valeur absolue et par rapport à 100 de résidu solide, contenues dans les divers liquides de l’économie ; voici quelques-uns de ses résultats :
Les chiffres de la première colonne montrent que, dans les liquides les plus dilués de l’économie humaine, les sels minéraux transsudent à peu près dans la même proportion que les contient le plasma sanguin ; mais ceux de la deuxième fournissent la preuve que, de tous ces liquides, la sueur est le plus riche relativement en chlorure sodique, bien qu’elle soit le plus dilué.
(t) E. Harnack, Forschr. d. Med., 1893, p. 91, et Jahr. f. Thierch., t. XXIII, p. 260, 1893. -
Variations physiologiques de composition de la sueur
La composition de la sueur varie dans un certain nombre de circonstances physiologiques qu’il est intéressant de passer en revue :
a) Influence du mode de sécrétion. — Plus la sécrétion sudorale est abondante et se prolonge, plus elle s’appauvrit en éléments organiques ternaires, acides gras et graisses, mais beaucoup moins en matières salines; ainsi, elle est d’autant plus concentrée et moins aqueuse que la sécrétion est moins considérable; tandis que les premières parties sont relativement riches en acides gras et produits organiques et de réaction acide, les dernières ne contiennent plus guère que des sels minéraux et sont alcalines. La quantité d’urée augmente avec le volume de la sueur, sans cependant lui être proportionnelle (Funke).
b) Variations locales. — Alors que l’odeur particulière de la sueur de certaines régions du corps semble indiquer la présence de produits odorants différents (acides gras et bases volatiles), l’analyse démontre des différences très sensibles dans la proportion des éléments inorganiques. Tandis que le résidu sec de la sueur des pieds donne 4 p. 100 de cendres, celui de la sueur des aisselles n’en donne que 2,4 (Funke) ; pour 39 de potassium contenu dans 100 parties de cendres de la sueur de l’aisselle, on en trouve 37 dans la sueur des pieds (Schotlin). La sueur des aisselles, de l’aine, des pieds est toujours alcaline et plus riche que celle d’autres parties du corps en principes odorants, graisses et acides gras, et sels minéraux. L’odeur de la sueur tient à la fois à la nature des acides gras qu’elle renferme, et peut être, pour certaines sueurs sinon agréable du moins non désagréable, à la présence d’éthers butyrique, valérique, caproïque, etc., de bases volatiles (méthylamine, triméthylamine), et d’un produit volatil sulfuré d’odeur alliacée, d’origine indéterminée (Gautier).
c) Influence de l’alimentation. — On a vu précédemment que, suivant Moriggia, la sueur des herbivores serait toujours alcaline, et celle des carnivores acide. L’ingestion des aliments et surtout la nourriture animale augmente la quantité de sueur; il en est de même, et d’une façon encore plus marquée, de l’ingestion de boissons, surtout chaudes et alcooliques. D’après Meissner, 1 alimentation végétale diminue notablement la proportion d’urée contenue dans la sueur.
d) Influences fonctionnelles. — La quantité de sueur est notablement augmentée par tout ce qui active la circulation générale et surtout la circulation cutanée, ou appelle le sang à la peau, ainsi : l’exercice musculaire, les bains chauds, les bains de vapeur ou d’étuve, la chaleur artificielle (étuve sèche, insolation). Les impressions psychiques, crainte, honte, douleur, provoquent une sudation anormale, froide, visqueuse et localisée. 11 existe une corrélation bien marquée entre les deux excrétions cutanée et urinaire; la quantité d’urée contenue dans l’urine diminue en raison inverse de l’intensité de la transpiration cutanée cette diminution restant indépendante de celle de l’eau de l’urine (Leube) (i)’
e) Influences extérieures. — On a vu que l’élévation de la température de
(1) Leube, Arch. f.path. Anat., t. XLV11I, p. 181 ett. L, p. 301; Arch, f. klin Me.l t. VI. d. 55. ' ”•
EXCRÉTIONS CUTANÉES ; SUEUR
la peau par les bains chauds ou de vapeur provoque une transpiration abondante; il en est de même de la température de l’air atmosphérique. En outre, l’état hygrométrique faible, l’agitation de l’air qui accélèrent l’évaporation à la surface de la peau, sont éminemment favorables à la sécrétion sudorale qui disparaît au fur et à mesure de sa production. Il en est tout différemment après les orages ou les pluies des journées chaudes en été; la sueur prov oquée par la température extérieure et l’activité du corps produit une sensation particulière de gêne, par suite de son accumulation à la surface de la peau, le calme de l’air extérieur et son état hygrométrique très élevé suspendant l’évaporation superficielle.
f) Excrétion de substances odorantes ou thérapeutiques. — Certaines matières odorantes sont éliminées par la sueur, ainsi les essences d’ail et d’oignon, l'asa fœtida, etc. ; il en est de même de beaucoup de substances médicamenteuses, par exemple les huiles essentielles, le camphre, l’alcool, les iodures, les arsenicaux et les antimoniaux, le sublimé, les acides succinique, tartrique, benzoïque, le sulfate de quinine, etc.
L’élimination des arsenicaux par la peau se fait sous le même degré d’oxydation que la préparation ingérée (Bergeron et Lemaître) ; l’arséniate de fer se décompose en arséniate de potassium qui va à la sueur et en métal qui passe dans l’urine ; l’acide hippurique apparaît dans la sueur après absorption d’acide benzoïque ou de baumes qui contiennent des éthers de cet acide (baume de Tolu, du Pérou), ainsi que sous l’influence du régime lacté.
Sueurs pathologiques
On ne connaît encore qu’un très petit nombre de faits relatifs aux modifications imprimées à la composition de la sueur par les affections pathologiques.
Elles peuvent subir des changements de teinte et devenir jaunes et même rouges dans l’ictère, bleues dans certaines affections ganglionnaires ou du foie ; les sueurs bleues de la chromidrose doivent leur coloration à un corps voisin de l’indigo (Bizio); on a signalé aussi des sueurs noires et des sueurs de sang, rouges (Gendrin) (1). Dans un cas de tétanos traumatique, la sueur contenait une matière verdâtre insoluble dans l’éther, virant au rouge sous l’influence des acides et repassant au vert au contact des alcalis (Schwarzenbach).
Le pigment de la sueur de la chromidrose a été étudié par Robin (2); il remplit les glandes sudoripares sous l’aspect d’une substance bleu noirâtre semiliquide, formée de grains ardoisés microscopiques de trois millimètres au maximum de diamètre, insolubles dans les acides et l’ammoniaque, colorés en bleu foncé par l’acide sulfurique, décolorés par l’acide nitrique et par les réduc-
(1) Iîématidrose, voir l’article de Chomel, Dictionn. en trente vol., et le Traité des Maladies cutanées de Hébra, traduit par Doyon, Paris, 1872, p 93.
(2) Robin, Arch. gén. de méd., 1863; voir aussi, de Leroy de Méricourt, Mémoire sur la Chromidrose, Paris, 1864.
1080 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GAKNIEIV
teurs, reprenant leur coloration primitive par l’oxydation (Fook). Il contient du fer.
La réaction de la sueur devient fortement alcaline dans l’urémie, la goutte, le. typhus, reste acide, au contraire, dans le rhumatisme, le rachitisme et la scrofule la fièvre typhoïde, peut-être à cause de la présence d'acide urique ou d’acide lactique. Les sueurs visqueuses sont neutres ou alcalines.
L’urée augmente considérablement dans la sueur, à la suite d’affections rénales (urémie), dans le choléra et dans l'intoxication phosphorée (Bergeron et Ranvier), et peut cristalliser dans le voisinage des glandes, à la surface de la peau de la face (Scholtin, Landerer, Leube, etc.). Les sels ammoniacaux ont été signalés dans les sueurs de la rétention d’urine d’origine néphrétique scarlatineuse (ammoniaque libre, Deininger) et de la goutte.
On a trouvé, dans la sueur, de l’acide urique chez les malades atteints de calculs urinaires et les goutteux, de la glucose chez les diabétiques, de V albumine chez les rhumatisants (Anselmino), de Vacille lactique dans la fièvre puerpérale et la scrofulose, de l 'acétone dans deux cas de malaria, un de typhus, un de diabète et chez deux convalescents mis à la diète carnée (14 et 19 milligrammes par litre de sueur, Devoto) (1).
Chez les arthritiques, les matières minérales sont augmentées ; les phosphates augmentent après les accès de goutte, et la sueur contient, en outre, de l'oa;a/a<e de chaux (Garrod).
Origine, rôle physiologique de la sueur
L’absence de principes organiques spéciaux à la sueur montre qu’elle n’est qu’un produit de filtration, à travers une membrane organique, de la partie aqueuse et saline du sérum sanguin. C’est donc uniquement un produit d'excrétion ; et, malgré la faible proportion des principes qu’elle contient, son volume, assez notable dans les conditions normales, pouvant devenir considérable sous certaines influences thérapeutiques, lui attribue un rôle indéniable dans l’élimination des produits de déchets de l’organisme qui peut être utilisé dans des circonstances déterminées. Il faut remarquer, en outre, que, par son évaporation à la surface de la peau et l’absorption d’une certaine quantité de chaleur de volatilisation qu’elle emprunte à l’organisme, elle exerce une influence manifeste sur la régularisation de la température de l’économie ; c’est en fournissant à la peau l’eau nécessaire à l’évaporation superficielle que, en été, les travailleurs des champs peuvent résister à une chaleur torride.
Sueur dans la série animale
Nos connaissances sont très restreintes sur la composition de la sueur des animaux qui, jusqu’à présent, n’a guère attiré l’attention des chimistes, sauf en
(1) Devoto, Rev. gen. itat. di chim. med., 1890, n* 14.
EXCRÉTIONS CUTANÉES', SUEUR 1081
ce qui concerne le suint, produit d’évaporation de la sueur du mouton incorporé dans sa toison!
Gaube (1) a démontré que, tandis que la sueur humaine est acide, celle des chevaux, bœufs, chèvres, chats et porcs est alcaline ; la sueur du cheval contient une assez forte proportion d’albumine, 1,56 p. 1000, ainsi que des traces de diastase et de pepsine.
La présence de l'albumine dans la sueur du cheval, déjà indiquée par Leclerc en 1888, avait été confirmée de nouveau par Smith (2), qui étudia la sueur produite sous l’influence du travail ; le liquide trouble, jaune rougeâtre après filtration, très alcalin, de D = 1020, contenait, pour 100 parties: 0,5288 de matières organiques dont 0,43 de matière albuminoïde (sérum-albumine et sérum-globuline) et 5,0936 de cendres riches surtout en potasse (KOH = 1,2135 p. 100 et
NaHO=0, 8265). Alors que, dans l’urine, le rapport = rr-=* il devient j KOH 14.7 1,4b i
dans la sueur de l’animal ; la diminution d’excrétion des alcalis par l’urine est donc compensée, pendant le travail, par l'excrétion sudorale.
Suint
Le suint est une substance complexe, d’aspect gras, onctueuse, très odorante qui provient du dégraissage de la laine des moutons. Il contient, mélangé à des impuretés, le produit de l’évaporation de la sueur et des sécrétions cutanées des animaux, et, à ce titre, sa composition nous intéresse au point de vue de la physiologie comparée.
, C’est à Vauquelin (3) que l’on doit les premières recherches sur lés éléments constituants du suint; il y reconnaît la présence d’un savon à base de potasse qui domine, d’un peu de carbonate de potassium, d’acétate de potassium en proportion notable, d’une combinaison calcique à acide inconnu, d’une trace de chlorure potassique, enfin d’une matière animale odorante. En 1857 (4), Chevreul publie un long travail dans lequel il signale vingt-neuf substances diverses constitutives du suint; ce sont toujours les sels de potasse qui prédominent. C’est à Hartmann (1868) que l’on doit la première idée de la présence delà cholestérine que Schulze a réussi à isoler du suint en 1870 (5), en même temps qu’un autre alcool isomérique Y isocholestérine C3,!H''0, fusible à 137-138°.
L’étude prolongée du suint a conduit Maumené et Rogelet (6) aux conclusions suivantes: — 1° le suint de mouton est neutre; l’alcalinité que Vauquelin et Che- Vreul attribuaient à un excès de potasse est due au carbonate d’ammoniaque produit par une fermentation putride; — 2° le suint ne renferme, comme base, que de la potasse, avec des traces de chaux et de magnésie, et pas de soude ; — 3° le
(1) Gaube, C. R. de la Soc. de Biol., 1891, n" 115.
(2) Smith, Journ. ofphysiol., t. XI, p. 947, 1890.
(3) Vauquelin, Ann. de Ch., t. XLV1I, p. 276, 1803.
(4) Chevreul, C. R. Acad, des Sc„ t. LXIII, p. 130, 1857.
(5) Schulze, Zeitsch. f. Chem., t. VI, p. 453, 1870.
(6) Maumené et Rogelet, Bull, de la Soc. ch , t. IV, p. 472. 1865.
mélange des sels potassiques qui constitue la partie soluble du suint [suintate brut ) laisse, par la calcination, du carbonate de potassium mélangé de chlorure, sulfate et silico-aluminate de la même base, sans trace de soude.
Une toison de mouton, pesant en moyenne 5 kilos, fournit environ 0*8,800 de suintate brut, outre le mélange de cholestérine et d’isocholestérine avec des acides gras qui porte le nom de suint ine. Cette toison contient, en moyenne, pour 100 parties :
Laine . 40,00
Suintate sec. . 22,00
Suintine . 10,00
Eau . 22,00
Quant au suintate brut, il donne, par la calcination, 02 p. 100 de résidu contenant encore, pour 100 parties :
Carbonate de potassium . 86,78
Chlorure — . 0,18
Sulfate — . ; - 2,83
Silice, alumine, chaux, magnésie, acide phosphorique, oxydes métalliques de fer, manganèse, cuivre . 4,21
Le sulfate paraît provenir presque complètement d’un sulfoconjugué contenu dans la sueur du mouton.
Rogelet et Maumené ont insisté sur l’absence du sodium dans le suint. Leur conclusion, contraire à celle de divers observateurs qui ont trouvé de 3 4 p. 100 de soude dans les potasses provenant du suint, et à l’observation que le sodium doit se retrouver dans les sécrétions des moutons qui mangent des aliments salés (Chevreul), a attiré l’attention de Cloez(l) qui a démontré que, si le suint des moutons pâturant dans les prés salés contient une quantité assez notable de soude, cette base ne fait pas plus défaut dans le suint des animaux nourris loin de la mer, et se trouve toujours en relation quantitative avec la proportion de soude contenue dans les aliments (voir précédemment, Salin de la sueur humaine, p. 1077).
L’analyse du suint et la détermination précise de ses éléments organiques a été l’objet de nouvelles recherches de Buisine (2), qui a constaté que le résidu de la sueur du mouton contient parties égales de matières organiques et minérales et 3,4 p. 100 d’azote. Dans les matières organiques, on trouve de l’urée, du glycocolle, de la leucine et des homologues, de la tyrosine, du carbonate d'ammonium provenant d’une hydratation partielle de l’urée, des urate et hippuratc de potassium, la cholestérine et Y isocholestérine de Scliultze, enfin des acides gras dans les proportions suivantes :
EXCRÉTIONS CUTANÉES ; SUEUR