GOMME ANIMALE
poudre blanche, exempte d’azote, qui répondàla formule G*1 2 H20010quand elle a été portée à 120°, à C12H20Ol0.2H2O quand elle a été desséchée dans le vide sec. Elle attire l’humidité atmosphérique et prend alors un aspect gommeux et translucide ; elle se gonfle au contact de l’eau, avec laquelle elle donne une solution sirupeuse qui mousse fortement par l’agitation et tient la mousse durant toute une journée. Elle est insoluble dans l’alcool et dans l’éther, non colorée par l’iode, et dévie très légèrement la lumière polarisée à droite. Elle forme, avec les hydrates métalliques (Fe03H3,Cu02H2, etc.), des combinaisons définies et insolubles dans certaines conditions; ainsi, sa solution alcaline donne, avec le sulfate de cuivre, une coloration bleu clair qui fait place au précipité de la combinaison basique, sous l’influence de la chaleur. Ces précipités se redissolvent dans les acides dilués, et l’addition d’alcool en précipite la gomme animale seule. La gomme animale résiste à l’action des sucs digestifs; par l’ébullition avec les acides minéraux étendus, elle donne une matière sucrée réductrice, mais non fermentescible.
La gomme animale peut être extraite de tous les tissus, organes ou liquides, qui contiennent de la mucine vraie, de la paralbumine bu de la métalbumine (Voir plus loin). Ainsi, Landwehr a pu en retirer du tissu pulmonaire où elle constitue peut-être l’hydrate de carbone signalé par G. Pouchet dans le poumon des phtisiques (C. fl. Acad, des Sc., 1883, p. 1, n°8 20 et 21), des glandes à mucus diverses, de la synovie, du contenu d’un kyste colloïde, du tissu muqueux embryonnaire, etc. Il en a constaté la présence dans l’urine (1), et Freund (2) a pu en extraire, du sang normal humain, 0,013 et 0,017 p. 100, et 0,018 à 0,0203 p. 100 du sang du bœuf.
Mucus des invertébrés
Tous les mollusques sécrètent un liquide onctueux, gluant, transparent ou opalescent, incolore ou jaunâtre. On a étudié le mucus de la limace et celui de l’escargot des vignes (Braconnot).
Pour préparer la mucine des invertébrés ou limacine, on prend <ies limaces ou des escargots de vigne débarrassés de leur coquille, qu’on coupe finement avec des ciseaux, broie avec du sable ou du verre pilé, et épuise par l’eau bouillante ; les liqueurs filtrées, réunies, sont additionnées d’acide acétique; le précipité de mucine, mis en digestion dans de l’acide acétique dilué, est ensuite lavé àl eau pure, puis dissous dans l’eau de chaux, et le liquide est filtré. On précipite de nouveau par l’acide acétique étendu, et lave encore à l’acide, puis à l’eau, le précipité floconneux gris brunâtre (Eicliwald) (3).
La mucine ainsi obtenue se présente, à l’état humide, sous l’aspect de flocons grisâtres qui se gonflent dans l’eau sans se dissoudre, et possède toutes les propriétés de la mucine d’origine humaine ou animale. Cependant elle serait exempte de soufre, d’après Eichwald.
(1) Landwehr, Centralbl. f. d. med. Wiss., 1885, n* 21, p. 369.
f2) Freund, Centralbl. f. Physiol., 1892, p. 345.
(3) Eichwald, Ann. d. Chem. u. Pharm., t. CXXXIV, p. 1771.
Hilger (1) a retiré, par l’ébullition avec l’eau, de l’enveloppe cutanée des holothuries, une substance albuminoïde qui parait identique à la mucine d’Eichwald
Matière muqueuse des nids d'hirondelles
Les hirondelles des Indes et de Chine construisent leurs nids en se servant comme matière agglomérante, d’une sorte de mucus qui s’écoule à ce moment de leur bec. C’est à cette matière que les nids d’hirondelles doivent leurs propriétés comestibles et leur valeur, du moins dans les pays d’origine où ils sont considérés comme un produit délicat, digne seulement d’un véritable gourmet.
La substance fondamentale de celte sécrétion, la néossine, s’obtient en épuisant les nids d’hirondelle successivement par l’eau, puis par l’alcool bouillant • il reste en moyenne 90 p. 100 d'une matière gélatineuse, transparente, que là dessiccation rend blanche, d’aspect corné, mais friable.
La néossine se gonfle dans l’eau et devient transparente, surtout à l’ébullition mais ne se dissout pas dans l’eau, pas plus que dans l’alcool, l’acide acétique* les acides minéraux dilués et les alcalis très étendus ; elle n’est soluble que dans les alcalis et l’ammoniaque. La solution alcaline, traitée par l’acide chlorhydrique, donne un précipité soluble dans un excès de réactif.
Par sa composition centésimale, la néossine se rapproche assez de la mucine bien qu’elle contienne un peu de carbone en plus et d’azote en moins.
PARALBUMINE
Scherer (2) a donné le nom de paralbumine à une substance albuminoïde qu’il a trouvée dans certains liquides de kystes ovariques et qui leur donne une consistance épaisse, mucilagineuse et filante. Hilger (3) l’a extraite plus tard des sérosités de 1» cavité péritonéale. Le liquide des vésicules de de Graef serait une solution de paralbumine presque pure, d’après Waldeyer (4). Voici les caractères essentiels de cette matière :
1° Coagulation incomplète de la solution à la température de l’ébullition même après avoir acidulé avec précaution par l’acide acétique; — 2° solubilité dans l’eau du précipité alcoolique, même après plusieurs jours de contact avec l’alcool concentré et lavage réitéré à l’alcool sur le filtre ( caractères distinctifs de l'albumine) ; — 3° précipitation de la solution aqueuse par l’acide acétique et redissolution du précipité dans un excès d’acide organique ( caractère distinctif de la mucine ).
La solution aqueuse de paralbumine ne précipite pas toujours par saturation
(1) Hilger, Arch. f. Physiol., t. III, p. 169.
(2) Scherer, Ann. d. Ch. u. Pharm., t. LXXXII, p. 135.
(3) llilger, Ann.d. Ch. u. Pharm., t. CLX, p. 338.
(4) Waldeyer, Jafo-. f. Thierch., 1811.
PSEUDO-MUCINE, MUCOÏDE, MÉTALBUMINE H03
avec le sulfate de magnésium, mais par l’acide azotique, le cyanure jaune et l’acide acétique, le sublimé, le sous-acétate de plomb et le tannin.
Le précipité fourni par l’alcool renferme, outre un corps albuminoïde, une substance soluble dans l’eau avec opalescence, comme le glycogène ; l’ébullition de cette solution aqueuse ou du précipité alcoolique, avec l’acide sulfurique étendu, donne un liquide qui réduit la solution cupro-potassique et brunit au contact de tapotasse caustique (Hoppe-Seyler (1), Plosz (2), Obolensky) (3).
Eichwald se base sur les divers caractères de la paralbumine pour soutenir que, loin de constituer une espèce chimique définie, elle est formée par un mélange d’albumine, de mucine et d’une matière mucoïde, mélange que l’on trouve d’ordinaire dans les kystes ovariques. Plosz et Obolenski la considèrent comme un mélange d'albumine avec un corps voisin de la mucine, que Hammarsten dit être le mucoïde ou pseudo-mucine (métalbumine de Scherer) que nous allons étudier immédiatement.
Quant à la métalbumine trouvée par Scherer dans des liquides d’hydropisie et de kystes ovariques, et qu’un certain nombre de caractères rapprochent de la paralbumine, elle s’en distingue en ce qu’elle n’est pas précipitée par le cyanure jaune acétique, et qu’elle ne donne qu’un léger trouble, à chaud, par l’acide acétique. Elle a été étudiée à nouveau par Hammarsten, qui a reconnu qu’elle se rapproche de la mucine et lui a donné le nom de pseudo-mucine ou de mucoïde.
PSEUDO-MUCINE, MUCOÏDE, MÉTALBUMINE
Hammarsten (4) a constaté trois fois la présence de la métalbumine de Scherer sur quarante liquides de kyste de l’ovaire qu’il a examinés ; il l’a isolée par précipitation au moyen de l’alcool, dissolution dans l’eau, filtration et nouvelle précipitation par l’alcool ; son analyse élémentaire et ses caractères lui ont permis, dès ce moment, de la différencier des matières albuminoïdes et de la rapprocher de la mucine dont elle se distingue cependant par certaines réactions ; de là le nom de pseudo-mucine qu’il propose de substituer à celui de métalbumine.
Plus tard, il en a repris l’étude approfondie, que nous allons résumer d’après ses derniers travaux (5).
Préparation. — On part du liquide d’ascite ou du contenu d un kyste de l’ovaire dont on élimine l’albumine par la coction à 100°, en présence d'un peu
(1) Hoppe-Seyler, Traité d'anal, chimique.
(2) Plosz, Tub. med. chem. Unters.,t. IV, p. 517.
(3) Obolensky, Arch. f. Physiol., t. IV, p. 364.
(4) Hammarsten, Jahr. f. Thierch., t. XI, p. 11,1881.
(5) Hammarsten, Zeitsch. f. physiol. Ch., mars 1891, p. 202, et Jahr. f. Thierch., t. XX, p. 419, 1890.
d’acide acétique ; le filtralum, neutralisé exactement par la soude, est concentré au bain-marie, filtré à nouveau pour éliminer quelques flocons d'albumine, et enfin précipité par l’alcool. Le précipité, lavé, redissous dans l’eau, est encore précipité par l’alcool. La matière insoluble, mise en solution aqueuse, est débarrassée de toute trace de chlorure sodique par la dialyse, filtrée à nouveau au besoin et précipitée par l’acide acétique (a), lavée, redissoute dans le moins possible de polasse, encore reprécipitée par l’acide acétique, lavée à l’eau et enfin séchée.
L’eau-mère, séparée du premier précipité acétique de pseudo-mucine formé dans le liquide dialysé (a), contient une autre matière albuminoïde précipitable par un grand excès d’alcool de ses solutions concentrées par évaporation, la mucine-albumose.
Les proportions de substance mucoïde trouvées ainsi, par l’auteur, dans les liquides d’ascite, sont toujours extrêmement faibles, 0*r, 10 environ p. 100, et quelquefois moins encore, de telle façon qu’il devient impossible d’en réussir l’extraction.
Propriétés de la pseudo-mucine. — Elle a l’aspect d'une poudre grise, insoluble dans l’eau pure, mais soluble en présence d’une quantité excessivement minime d’acide ou d'alcali. La solution est précipilée par l’acide acétique dilué, par le cyanure jaune acétique ou chlorhydrique;. le précipité se redissout dans un excès de réactif. La pseudo-mucine est précipitée par le chlorure ferrique et l’acétate neutre de plomb, par le réactif de Tanrel (IK.HgI1 2.HCl), mais non plus par le sublimé corrosif. Elle est colorée en rouge, avec coagulation, par le réactif de Millon, et donne la réaction du biùret.
Par l’ébullition prolongée avec l’acide sulfurique dilué ou l’acide chlorhydrique à 2 p. 100, elle se dédouble, comme la mucine, en acidalbumine et en un principe qui réduit les solutions cupro-potassiques, précipite l’acétate de plomb ammoniacal et la phénylhydrazine, mais est inactif à la lumière polarisée-, et que Landwehr (1) envisage encore comme le produit de l’hydratation de la gomme animale.
La mucine-albumose est très soluble dans l’eau ; sa solution ne précipite ni par saturation avec le chlorure de sodium, ni par addition d’acide acétique à la solution saturée de sel, mais par le sulfate d’ammonium, et réduit aussi la liqueur cupro-potassique après ébullition avec l’acide chlorhydrique à 2 p. ioo.
La pseudo-mucine et la mucine-albumose sont toutes deux sulfurées ; leur composition élémentaire, comparée à celle de la mucine d’Eichwald, est la suivante :
Pseudo-mucine. Mucine-albumose. Mucine d'Eichwald
Paijkull (2) a constaté ultérieurement la présence de la pseudo-mucine ou
Carbone. . .
Hydrogène.
Azote .
(1) Landwk, Zeitsch. f ■ phys. Ch., t. VIII, p
(2) Paijkull, Jahr. f. Thierch ., t. XXII, p. 5î
COLLOÏDINE
mucoïde, avec prédominance de la mucine-albumose', par le procédé de Hammarsten, dans seize liquides d’ascite, trois exsudats pleurétiques et cinq liquides d’hydrocèle ; quatre fois seulement il a pu tenter une préparation de mucoïde avec succès.
L’albumine de l’œuf de poule contient également une substance mucoïde, cvomucoïde, qui sera étudiée en son temps (Môrner, Salkowski, voir p...)
COLLOÏDINE
On. a donné le nom de matière colloïdale au produit muqueux ou gélatineux trouvé dans certains néoplasmes pathologiques; elle est en général insoluble aussi bien dans l’eau froide que dans l’eau bouillante qui ne la gélatinise pas, dans l'alcool, l’éther, dans l’acide acétique froid ou chaud.
L acide azotique concentré la colore en jaune, puis la dissout; elle se dissout également dans la potasse ; le réactif de Millon la colore en rouge brun.
Quelquefois, elle est diffluente et molle, et peut alors se dissoudre dans l’eau; la solution n’est pas coagulée par l’ébullition.
Wuitz (1) a analysé la matière gélatineuse d’un cancer colloïde du poumon; elle était insoluble dans l’eau et, par évaporation au bain-marie, laissait une matière blanche sous forme d’écailles, que l’alcool et l’éther bouillants réduisaient en une matière pulvérulente. Cette dernière se transformait de nouveau en une gelée pai le contact prolongé de l’eau; la gelée donnait, avec les alcalis, une solution que l’acide acétique précipitait.
La colloïdine soluble a été extraite par Gautier, Cazeneuve et Daremberg (2), d une tumeur colloïdale de l’ovaire, par l’ébullition avec l’eau, dialyse de la solution obtenue et précipitation par l’alcool.
Le précipité de colloïdine se redissout dans l’eau ; la solution n’est pas coagulée par la chaleur, ni précipitée par l’acide acétique ou les sels métalliques, mais par le tannin et l’alcool. Le réactif de Millon la colore en rouge. Par la dessiccation, elle donne une masse amorphe, vitreuse, semblable à la gomme arabique.
Voici le résultat de l’analyse élémentaire de la colloïdine :
Wurtz. G. C. et D.
Carbone . 48,09 46,15
Hydrogène . 7,47 6,95
Azote . 7,00 6,00
Oxygène . 37,44 40,80
La colloïdine renferme beaucoup moins d’azote que la mucine et beaucoup plus d’oxygène. Sa composition la rapproche de la chitine (Wurtz). Gorup-Besanez (3) se base sur la production de la mucine par les mollusques
(1) Wurtz, Virchov's Arch., t. IV, p. 203, 1852.
(2) Gautier, Cazeneuve et Daremberg, Bull, de Soc. chim. (2), t. XXII n ua
(3) Gorup-Besanez, Ch. pkysiol., t. I, p. 617. F
110g ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GARNIER
aux tissus plus ou moins colloïdaux, pour émettre l’opinion que la matière colloïde doit finir par donner du mucus à la suite de transformations successives.
Il nous reste, pour terminer l’élude des sécrétions et excrétions, à nous occuper de l’histoire chimique des deux éléments ou germes qui interviennent dans la génération sexuelle destinée à assurer la conservation de l’espèce chez les animaux supérieurs. Ces deux germes sont : l’élément mâle ou spermatozoïde, contenu dans le sperme du mâle, et l’élément femelle, œuf ou ovule, dont la réunion, dans l’acte de la fécondation, a pour résultat le développement de l’ovule et la formation de l’embryon.
Nous allons donc étudier successivement le sperme, liqueur fécondante du mâle, et Yovule que porte la femelle ; nous y adjoindrons le lait, liquide nourricier du nouveau-né des mammifères.