‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 629 sur 722 · SÉCRÉTIONS ACCESSOIRES · texte numérisé non relu

SÉCRÉTIONS ACCESSOIRES

Le sperme pur se mélange successivement :

1° Dans son trajet dans le canal déférent, au liquide visqueux et gris jaunâtre des glandules contenues dans les parois de ce canal ;

2° Pendant son séjour dans les vésicules séminales où il se trouve collecté dans l’intervalle des éjaculations, au liquide brunâtre, crémeux et non visqueux que sécrètent les parois de ces vésicules; ce liquide contient beaucoup d’albumine de petits coagulums solubles dans l’acide acétique, et des éléments épithéliaux •

3» Au liquide prostatique, blanc laiteux/alcalin, qui contient de 1 à 2 p. ioo de

SPERME ÉJACULÉ

matériaux fixes constitués surtout par de l’albumine, de la spermine (1) et du chlorure de sodium, et qui est assez abondant chez l’homme, particulièrement au moment de l’éjaculation ;

4“ Au liquide des glandes de Cowper, déversé dans le canal de l’urèthre, filant, visqueux et alcalin.

SPERME ÉJACULÉ

Le mélange, en proportion variable, des produits divers énumérés ci-dessus au sperme pur du canal déférent, constitue le sperme tel qu’il sort du canal de l’urèthre, dans l’éjaculation.

C’est un liquide blanchâtre, filant, visqueux, d’une odeur particulière rappelant celle du gluten frais, d’une saveur salée ; il n’est pas homogène et se compose d’une partie demi-solidifiée sous forme d’îlots blancs, opaques, mous et gélatineux, nageant dans un liquide limpide et filant; cesilôts sont extrêmement riches en spermatozoïdes. Abandonné à l’air, il se prend en une masse gélatineuse qui se fluidifie à nouveau, puis se solidifie après évaporation de la partie aqueuse en donnant un résidu cassant qui empèse le linge. Projeté dans l’eau, le sperme se contracte en flocons blancs, élastiques, très adhésifs, une partie restant en solution.

La réaction est neutre ou faiblement alcaline ; cependant, chez le taureau, elle est acide, alors même que le tissu testiculaire présente une réaction alcaline.

Principes chimiques constituants du sperme

Les principes chimiques contenus dans le sperme des mammifères sont l’eau, des matières albuminoïdes : mucine et spermatine, albumine , propcptone et albuminate alcalin, de la spermine, de la lécithine et de la nucleine (Miescher) (2), de la cërébrine et du protagon (Fourcroy, Vauquelin, Gobley) qui proviennent sans doute des spermatozoïdes, de Y hypoxanthine et de la guanine (Piccard), de la cholestérine, des graisses, enfin des sels minéraux, chlorures, sulfates ■ phosphates et carbonates alcalins.

La cérébrine, que beaucoup de physiologistes considèrent comme un des éléments du liquide spermatique, n’a pu être isolée par Miescher dans le produit du taureau et du saumon. La laitance du saumon contient, en outre, un principe qui lui est spécial, la protamine, et qui s’y trouverait en combinaison avec la nucleine (Miescher).'

(1) La présence de la spermine à l’état libre, dans le liquide prostatique alcalin, explique l’odeur caractéristique de sperme de cette sécrétion spéciale (Poehl, D. med. Woch., 1892, n- 49, p. 1125).

(2) Miescher, Les spermatozoaires de quelques vertébrés, Ver h. d. nat. Geselsch. zii Basel., t. VI, p. 1 et 138, 1874.

Propriétés chimiques du sperme et des spermatozoïdes

Abandonné à l'évaporation spontanée sur une lame de verre, le sperme de l’homme donne naissance à des cristaux monocliniques, d'autant plus gros et plus nombreux que l’évaporation est plus lente. Ces cristaux ont la forme de prismes à quatre pans avec faces terminales rhomboédriques, ou de doubles pyramides clinorhombiques à quatre faces. On les a pris longtemps pour une combinaison de matière albuminoïde (Gorup-Besanez) avec des phosphates, et Gorup-Besanez (t) va môme jusqu'à admettre que le blanc d'œuf jouit de la môme propriété; il est reconnu aujourd’hui que ces cristaux, dits de Charcot- Leyden, sont constitués par du phosphate de spermine. Charcot, le premier en avait signalé la présence dans le sang des leucocythémiques.

Le sperme frais, délayé dans l'eau chaude, puis additionné d'une assez grande quantité de magnésie calcinée pour pouvoir obtenir un filtratum clair, donne une solution que l’acide azotique trouble faiblement, mais qui est abondamment précipitée par le ferrocyanure acétique. Çette solution additionnée à 1/6 de son volume de chlorure de sodium en solution saturée, puis d'acide acétique jusqu’à réaction acide, est chauffée longtemps, puis filtrée bouillante; le filtratum absolument exempt d’albumine donne, avec la* plus grande netLeté, toutes les réactions de la propeptone (Posner) (2). La présence de cette propeptone dans le sperme est absolument indépendante de celle des spermatozoaires (Posner) (3).

Le sperme (de la carpe, du saumon), épuisé par l’éther, laisse un résidu insoluble, d’aspect gras, dont les cendres acides au tournesol contiennent de l’acide phosphorique (Frerichs) (4).

Par l’agitation du sperme de saumon avec un mélange d’eau et d’éther, les spermatozoïdes se rendent à la surface de séparation des liquides d’où on peut les extraire; la solution aqueuse possède une réaction alcaline et contient, outre des matières organiques, particulièrement des albumines, les sels minéraux du sperme. On peut encore séparer les spermatozoïdes sous forme d’un dépôt blanc volumineux en traitant la laitance de saumon par l’acide acétique sans excès ou par les solutions de chlorure de potassium ou de baryum (Miescher).

L’incinération du sperme, dans des conditions spéciales, donne un résidu (S p. 100) dans lequel on reconnaîtrait encore la forme des spermatozoaires (Valentin) (5).

Les spermatozoïdes extraits du sperme par le procédé de Miescher sont loin d’être purs ; on n’est pas encore arrivé à les isoler convenablement et dans un état permettant une analyse rigoureuse.

Leurs mouvements, assez puissants pour déplacer des cristaux calcaires dix fois plus gros qu’eux, persistent pendant vingt-quatre heures sur le cadavre et sept à huit jours après leur introduction dans les organes génitaux féminins-

(1) Gorup-Besanez, Ch. physiol., trad. franc., t. I, p. 637.

. (2) Posner, Berl. klin. Wochensch., 1888, n” 21.

(3) Posner, Centr. f. d. med. Wiss., 1890, n° 27.

(4) Frerichs, Todd’s Cyclop. of anat. a Phys., London, 1850, p. 680

(5) Valentin, Bepert. f. d. Physiol., t. I, p. 34.

SPERME ÉJACULÉ

ils sont favorisés, en effet, par les sécrétions normales des organes sexuels de la femme comme, d’ailleurs, par les solutions alcalines suffisamment diluées. Les solutions fortement alcalines ou acides même faiblement, les sels métalliques, 1 alcool, 1 éther, le chloroforme, les phénols en général, les essences, en particulier 1 essence de menthe, le sirop de sucre, l'urine, les sécrétions pathologiques utérines ou vaginales trop acides ou trop alcalines, l'eau elle-même, une température trop basse ou au-dessus de 53°, ralentissent ces mouvements et font disparaître tout signe de vitalité des spermatozoaires ; le café, la coca, l’albumine, 1 urée, la glycérine et le sucre en solutions diluées, le chlorure de sodium, la morphine et les narcotiques, le curare paraissent être sans influence. Ils résistent longtemps à la putréfaction, et l’on a pu les retrouver dans une urine putride, même au bout de trois semaines (Donné).

Les spermatozoïdes sont légèrement colorés en jaune par les acides sulfurique et azotique, en rouge par le réactif de Millon ; ils sont dissous, mais incomplètement, par les acides minéraux concentrés et par l’acide acétique, par l’ammoniaque, plus facilement par les alcalis, surtout à chaud, mieux encore par les solutions à 10 ou 15 p. 100 de chlorure de sodium ou de nitrate de potasse qui agissent d’abord sur les têtes, puis seulement sur les queues, et donnent une masse gélatineuse transparente dans laquelle le microscope ne révèle plus trace d organisation, et dont l’eau détermine la contraction en une masse filamenteuse (Miescher).

Miescher, à qui l’on doit la découverte de la protamine dans la laitance du saumon, n’en a pas constaté la présence dans les spermatozoïdes du taureau, mais a montré que leur corps se compose d’au moins trois substances : — 1° une nucleine exempte de soufre, pour la moitié ou le tiers de la masse totale ; — 2° une albumine libre ou en combinaison phosphorique avec la lécithine ou la cérébrine, et — 3° une matière organique très riche en soufre.

Analyse du sperme

Les analyses du sperme sont rares et très souvent incomplètes; les plus anciennes, dues à Vauquelin (homme) et à Kôlliker (taureau et cheval), ne donnent que les proportions d’eau, de résidu fixe, de matières grasses et de sels :

Page 1