CALCULÉS POUR
(C2H&Az)2.2HCl.PtCli
(t) Leichtenstern a trouvé presque constamment les cristaux de Charcot dans les fèces des cas très nombreux de vermiase intestinale (ankylostome, anguillules, ascarides lombricoïdes, oxyures, toenia saginata et solium) qu’il a pu observer, et les considère comme un signe diagnostique caractéristique de l’affection ; les cristaux de Charcot ne disparaissent complètement des fèces que quand il y a expulsion complète des vers intestinaux. Ces cristaux se distinguent au microscope de ceux d’acides gras par leur solubilité aussi bien dans les acides que dans les alcalins {D eu tse h. med. Woch., 1892, n« 26).
(2) Poehl, Berl. klin. Wochensch., 1891, n" 39, 40 et 43, et C. R. Acad, des Sc., t. CXV, p. 129, 1892.
Il y a donc une différence absolue entre la formule exacte de la spermine et celle de l’éthyléninine ; car le rapport du nombre d’atomes de carbone à celui dés atomes de l’azote, qui est de 5 à 2 pour la première, n’est que de 4 à 2 dans l’éthyléninine. Ajoutons, pour terminer, que Mendelejeff a également constaté des différences tranchées dans l’ensemble des propriétés des deux corps.
Présence de la spermine dans l’organisme, origine, rôle physiologique.
L’étude chimique et physiologique de la spermine a fait l’objet, de 1890 à 1894, des recherches exclusives de Poehl, de Saint-Pétersbourg, qui a résumé ses résultats et formulé ses conclusions dans un long mémoire intitulé: Action de la spermine sur les échanges de matière dans les auto-intoxications en general et la diathèse urique en particulier (t), après de nombreuses communications tantà l’Académie des Sciences, de Paris qu’aux divers journaux scientifiques allemands et russes.
Poehl a constaté la présence de la spermine surtout clans le testicule et la prostate, mais aussi dans le corps thyroïde, le thymus, le pancréas, la rate, les ovaires, ainsi que dans le sang, dont il est un élément normal. Elle m’est donc pas spéciale à l’homme, et se trouve également répandue dans l’organisme
L’extrait testiculaire de Brow.n-Sequard, dont l’action tonifiante et dynamogène (2) est indéniable, renferme, outre des matières albuminoïdes, de "la lécithine, de la nucleine et des leucomaïnes nombreuses, une quantité notable de spermine (Tarclianoff, Maximowitsch) à laquelle Poehl (3) attribue son activité. Il se base sur une longue série d’expériences et d’observations pour émettre l’opinion que la dissémination de celte base a une signification physiologique importante, et qu’elle doit intervenir activement dans les actes de la respiration intime des tissus. Son action stimulante, surtout à l’égard du système nerveux doit être attribuée à une accélération des oxydations qui assure la destruction complète des produits de désassimilation dans l’économie.
Voici, résumés dans l’ordre qu’il a adopté lui-même dans une de ses dernières communications sur le sujet, les divers arguments que Poehl invoque pour démontrer l’influence manifeste de la spermine sur les processus d’oxydation
(1) Poehl, Zeitsch. f. klin. Medic., t. XXVI, n“ l et 2, 1894, Sondern Abdruck.
(2) Poehl, Petersb. med. Wochensch ., 1890, n° 31, p. 271.
(3) Brown-Sequard, C. B. Acad, des Sc., t. CX1V, p. 1237, 1891. Voici, d’ailleurs, fana lyse d’un extrait, titré au préparé d’après les indications du regretté physiologiste-
analyse d’un liquide testiculaire brown-séquardien
Sérurn-albumine et fibrine . 0,020 pour 100
Hémialbuminose et peptone . 0,000 —
Nucleine et lécithine . 0.810 —
Graisses et cholestérine . 0,004
Cendres . 0,138
Acide phosphorique . 0,046
L’hypoxanthine, la guanine, l’adénine, la cré qualitativement, mais non dosées (Poehl, D.
ie ont élé r
SPERMIiV'E
intra-organique qu’elle suractive en restituant au sang son énergie oxydante momentanément diminuée :
1° Transformation, par la spermine, de la poudre métallique de magnésium en magnésie, au contact d'un chlorure demétal lourd (or, platine, cuivre, mercure) et oxydation, avec coloration bleue, de la résine de gaïac en présence d’une trace de sang (Poehl) (1);
2° L’injection de spermine libre ou à l’état de chlorhydrate augmente le pouvoir oxydant du sang, ou le lui restitue dans les cas de diminution notable des oxydations physiologiques sous l’influence d’agents chimiques tels que le chloroforme et l’alcool [Richet], le protoxyde d’azote, la strychnine, les acides libres, les éléments urinaires pathologiques, ou après section de la moelle [Quinquaud] (Expériences de Tarchanoff) (2) ;
3° L’injection de spermine produit une action tonique observée par maints praticiens, dans les opérations chirurgicales graves, et surtout dans les affections nerveuses compliquées d’anémie, neurasthénie, hémiplégie, histéro-épilepsie, méningite chronique, périencéphalite, tabes, — dans le scorbut, le diabète, la cachexie (3) ;
4° Cette injection est rapidement suivie d’une augmentation notable du rapport de l’azote de l’urée à l’azote total de l’urine, lequel, de 87 p. 100 à l’état normal, monte, chez l’individu sain, à 96 p. 100. En même temps on observe, outre l augmentation rapide de l’urée, une diminution des leucomaïnes urinaires, ou bien une augmentation brusque et passagère des leucomaïnes bientôt suivie de l’augmentation définitive de l’urée et, comme conséquence, de la diminution corrélative des leucomaïnes (Poehl) (4) ;
5° Par sa présence, la spermine paralyse les phénomènes de réduction qui accompagnent, dans ses cultures, le développement du microbe du choléra, et supprime la coloration rouge caractéristique du bacille (Poehl) (5).
Il semble donc qu’on puisse admettre, avec Poehl, que la spermine, sous sa forme soluble et active, ait pour rôle, dans les conditions normales, d’entretenir dans un état satisfaisant l’énergie oxydante du sang qui irrigue les divers tissus et d’assurer la destruction des produits de déchets de ces tissus, particulièrement des leucomaïnes dont l’accumulation se traduit par des effets désastreux pour l’organisme. Par son action toute de présence, elle remplit le rôle d’un ferment destiné à régulariser les oxydations intérieures du corps, ferment
(1) Poehl, C. R. Acad, des Sc., t. CXV, p. 129, 1892.
(2) Tarchanoff, Bull, de la Soc. des médec. russes, 7 février 1891.
Ï3) Poehl, loc. cit., p. 321.
(4) Poehl, loc. cit., p. 318. Poehl effectue les dosages d’urée et de leucomaïnes dans l’urine de la manière suivante : 100 centimètres cubes d’urine sont additionnés de 25 centimètres cubes d'acide chlorhydrique, 15 centimètres cubes d’eau et 10 centimètres cubes d’une solution d’acide phosphomolybdique à 10 p. 100; le précipité qui se forme, envisagé comme formé exclusivement de phosphomolybdate des diverses leucomaïnes, est recueilli et consacré au dosage de l’azote dont les résultats sont admis, par convention, être à peu près proportionnels aux quantités absolues d’alcaloïdes urinaires ;
dans le filtratum, qui représente l’urine diluée à — , on dose l’urée parl’hypobromite de soude.
(5) Poehl, Berl. klin. Woch., 1893, n" 36.
dont l’existence avait été entrevue auparavant par Traube, puis par A. Gautier
Cette fonction de la spermine est sous la dépendance immédiate du degré d 'alcalinité du sang qui doit être telle qu’elle reste en liberté (spermine active de Poehl) ; mais que survienne telles maladies dans lesquelles l’alcalinité du sang est diminuée, ainsi que Kraus l’a constaté dans beaucoup d’affections et cela par suite d’une augmentation dans la destruction des principes immédiats de nos tissus qui contiennent du soufre et du phosphore, lesquels passent dans le sang à l’état d’acide sulfurique etphosphorique libres, augmentation provoquée par une variation morbide locale, et, dès lors, la spermine en circulation dans le sang perdra son activité par suite de sa transformation, au contact de l’acide phosphorique, en phosphate de spermine insoluble et inerte (spermine inactive de Poehl). Effectivement, l’on ne constate la présence, dans le sang, des cristaux de Charcot-Leyden que dans les maladies accompagnées d’une diminution des oxydations intra-organiques. La diminution de l’alcalinité du sang et, corrélativement, la mise en inactivité de la spermine transformée en phosphate de spermine insoluble constituent donc, suivant Poehl (1), le moment étiologique de beaucoup de maladies ; et dans ces cas, l’action manifestement bienfaisante de beaucoup d eaux minérales alcalines doit être attribuée uniquement au relè vement de l’alcalinité du sang.
L’intervention de la spermine se montre efficace surtout dans les affections du système nerveux dont l’état d’irritation explique suffisamment l’inactivité de celle qui circule dans le sang; en effet, le tissu nerveux, normalement alcalin sous l’influence de phénomènes d’irritation, prend une réaction fortement 'acide (Funke, Ranke, Afanasieff), probablement par suite de la mise en liberté d’acid phosphorique ou phosphoglycérique qui provient du dédoublement de la léci thine et sature partiellement, diminue notablement, en tous cas, l’alcalinité d ' sang qui le traverse et l’irrigue, d’où résulte, au contact de l’acide phosphorique produit de déchet du tissu nerveux, la précipitation de la spermine contenu dans le sang, à l’état de phosphate (cristaux de Charcot). On conçoit le concours heureux qu’apporte, à l’injection de spermine, l’ingestion d’eaux alcalines dans des conditions favorables à leur absorption (estomac vide) ; en même tem S qu’elles relèvent l’alcalinité du sang et créent un milieu éminemment favorable pour l’exercice de la fonction catalytique de laspermine injectée, elles favorisent la redissolution du phosphate de spermine et le retour à l’activité de laspermin normale qui était immobilisée dans un état d’inertie complète. Mais l'intervenf 6 des alcalins n’est pas indispensable au bon résultat de l’injection de la sperminiT l’augmentation même des oxydations pouvant faire remonter l’alcalinité du ’ jusqu’à la normale. En effet, l’apport d’oxygène diminue la production dans l’organisme, de l’acide lactique et du phosphate monopotassique qui contri'bn S
L’abaissement de l’alcalinité du sang peut tenir non seulement à mélange aux produits d’irritation du tissu nerveux, mais à une insuffisance dan0 les oxydations intra-organiques (Krause, Witkowsky,Swiateski, Horbaczewski S
! S*., t. CXV1, p. 647>
PROTAMINE
consécutive à la vie anaérobie des tissus mous qui a été démontrée par A. Gautier (1).
Quelle est l’origine de la spermine dans l’économie animale? où se produit-elle et aux dépens de quels éléments? Poehl se base sur la présence constante de la spermine observée par lui dans les tissus à nucleiue pour admettre qu’elle fait partie du groupe des bases xanthiques qui résultent du dédoublement physiologique de cette nucleine. Leyden (2) a constaté, le premier, la corrélation qui existe entre l’apparition, dans l'organisme, des cellules éosinophyles et des cristaux de phosphate de spermine qui s’accompagnent partout, dans la moelle osseuse, la rate, le sang leucémique, c’est-à-dire là où il produit une accumulation spéciale des globules blancs ; il y a donc certainement un rapport intime et même une certaine proportionnalité entre les cristaux de Charcot-Leyden et les cellules éosinophyles, ce qui vient corroborer l’opinion de Poehl que la spermine est un produit de décomposition de ces cellules, c’est-à-dire d’éléments riches en nucleine.
PROTAMINE
C9H«AzS03
La protamine est une base oxygénée que Miescher (3) a découverte dans la laitance mûre du saumon du Rhin et qui paraît lui être spéciale ; car on ne l’a trouvée ni dans la laitance de la carpe, ni dans le sperme du taureau. Elle serait unie, dans la laitance, à la nucleine, sous forme d’une sorte de combinaison saline dans laquelle la nucleine serait l’élément acide.
Extraction de la protamine. — La laitance de saumon recueillie en décembre est d abord épuisée par l’alcool bouillant qui enlève cholestérine et lécithine puis mise en digestion dans de l’acide chlorhydrique dilué à 1 p. 100 à plusieurs reprises successives de six heures de durée chacune ; tandis que le chlorhydrate de protamine se trouve exclusivement dans les deux premiers liquides, les autres, contiennent des bases xanthiques qui proviennent sans doute d’un commencement de décomposition de la nucleine. La solution acide de chlorhydrate de protamine est neutralisée en grande partie, puis versée goutte à goutte dans du chlorure de platine qui détermine la formation de grains cristallins de chloroplatinate de protamine insolubles dans l’eau et l’alcool, mais solubles dans l’acide chlorhydrique en excès, qu’on recueille et décompose par l’hydrogène sulfuré ; en reprécipitant encore une fois la base à l’état de sel platinique, on obtient le chlorhydrate absolument exempt de phosphore, qu’on décompose à son tour par 1 hydrate calcique tant que celui-ci se dissout ; l’alcool fort enlève le chlorure de calcium formé et laisse la protamine insoluble.
(1) A Gautier, Arch. de physiol ., janv. 1893.
(2) Leyden, Deutsch. med. Wissensch., 1891, n“ 38.
(3) Miescher, Jahr. f. Thierch., t. IV, p. 341, 1874.
Propriétés de la protamine. — Masse gommeuse, volatile avec décomposition partielle, très soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool et-l’éther ; la solution aqueuse, très alcaline, sature parfaitement les acides avec lesquels la protamine, qui est monobasique, forme des sels dont elle n’est pas déplacée par la magnésie. Le chlorhydrate et le nitrate, très solubles, ne cristallisent que difficilement par lente évaporation (Piccard) (1) ; leurs solutions sont précipitées par l’acide phosphotungstique, le ferrocyanure de potassium, le chlorure mercurique, l’iodure double de mercure et de potassium et par tous les réactifs généraux des alcaloïdes.
La protamine s’unit également aux bases métalliques, ainsi à l’oxyde d’argent avec lequel elle forme une combinaison insoluble.
Une solution aqueuse d’un sel de protamine, additionnée d’acide azotique, puis évaporée à siccité au bain-marie, laisse un résidu jaune citron qui passe au rouge par le contact de la soude caustique, puis au violet sous l’influence de la chaleur (réaction de la xanthine).
Quand on mélange une solution de chlorhydrate de protamine et une solution ammoniacale de nucleine, on obtient un précipité blanc, pulvérulent, dense formé de petites sphères microscopiques, transparentes, analogues aux noyaux cellulaires. Cette combinaison de nucleine et protamine renferme de 4 à 6 p. 100 de phosphore ; elle est soluble dans l’eau et l’ammoniaque et se gonfle au contact du sel marin.
Piccard a proposé une formule de la protamine, Cl6II33Az1 * 3CP(OH)2, différente de celle de Miescher, C9H20Az:iO2.OH, et qui répondrait mieux aux résultats de l’analyse centésimale.
Du sperme à l’état pathologique
Charcot et, après lui, de nombreux observateurs ont démontré la présence des cristaux connus aujourd’hui pour être du phosphate de spermine, dans le sang des leucémiques ; Neumann (21 a rattaché la production de ces cristaux à un état pathologique de la moelle osseuse. En effet, ils ne paraissent prendre naissance que dans les cas où les globules blancs du sang se distinguent par leur grosseur et l’abondance de leur protoplasma, et font défaut dans ceux, plus rares où le sang ne rencontre guère que de petits leucocytes avec contenu protoplasmique rare ; or, dans le premier cas, la moelle osseuse offre un aspect absolument semblable à du pus et contient de nombreux cristaux fusiformes de taille diverse, tandis que, dans l’autre, la moelle n'a éprouvé aucune modification apparente et ne renferme pas de cristaux.
Posner (3) a eu l’occasion de faire l’analyse d’un liquide de ponction de sper-
(1) Picard, Jahr. f. Thierch ., t. IV, p. 333, 1874.
■2) Neumann, Virchov's Arch., t. CXV1, p. 318, 1889.
(3) Posner, Cenlralbl. f. d. med. Wissensck., 1892, n* 13.