COMPOSITION DE LA LAITANCE DES POISSONS OSSEUX
Eau .
Albumines .
Lécithine .
Cérébrine .
Protnmine .
Nucleine .
Cholestérine .
Graisses .
Matières extractives.
Sels .
(Gobley)
(Miescher)
Les cendres de la laitance de carpe étaient formées, suivant Gobley, de chlorures alcalins 0,38, sel ammoniac 0,0't8, sulfates alcalins 0,140, phosphates terreux 0,522, et contenaient donc plus de la moitié de leur poids de phosphates.
Il y a lieu de remarquer la présence, dans le sperme des poissons, des principes immédiats que l’on trouve dans le cerveau et le jaune d œuf, et particulièrement des substances organiques phosphorées diverses, lécithine, cérébrine et nucleine, ainsi que de la cholestérine.
Étude des principes constituants du sperme
Des principes immédiats, qui constituent le sperme, un assez grand nombre ont déjà été étudiés ailleurs, tels, par exemple, la lécithine, la cérébrine et le protagon, la nucleine et la cholestérine, etc. (voir cerveau et bile) ; il ne nous reste à parler que de ceux qui sont spéciaux à cette sécrétion, c’est-à-dire, parmi les matières albuminoïdes, de la spermatine, et parmi les substances basique*, de la spermine et de la protamine.
SPERMATINE
La spermatine paraît spéciale au sperme des mammifères ; c’est une matière albuminoïde naturellement soluble dans l’eau, non coagulée par la chaleur mais précipitée par l’alcool, l’acide acétique et le ferrocyanure acétique ; le pré'
SPERM1NE
cipité acétique se redissout facilement dans un excès de l’acide organique ; le précipité alcoolique non desséché se redissout également dans l’eau. Après dessiccation, la spermatine devient insoluble dans l’eau qui la gonfle seulement, mais elle peut être dissoute par les acides et les alcalis dilués.
SPERMINE
CSH'SAzü
Généralités. — La spermine est une substance alcaloïdique qui se trouve non seulement dans le sperme, mais aussi dans le produit de sécrétion de beaucoup d’autres glandes, dans le sang, et qui constitue, d’après Poehl, le principe actif du liquide testiculaire de Brown-Séquard.
Charcot avait signalé, dans le sang des leucocythémiques, l’existence de cristaux particuliers que Leyden, Vulpian et Robin retrouvèrent dans d’autres affections (cristaux de Charcbt-Leyden, cristaux de l’asthme de Bôttcher), et sur la nature desquels on discuta longtemps; on les prit d'abord pour une combinaison d’une matière albuminoïde avec des phosphates minéraux, parce qu’ils contiennent de l’acide phosphorique et sont colorés en rose par le réactif de Millon. Schreiner en constata la présence, en 1878, dans le sperme desséché, et reconnut qu’ils sont constitués par le phosphate d’une base nouvelle qu’il arriva à isoler, et à laquelle il donna le nom de spermixe et la formule CTPAz. Plus tard, Ladenburg et Abel (1) identifièrent la spermine avec 1 ’éthylèninine de synthèse C2H! = Azll, et le premier admit que les cristaux de Charcot-Leyden sont le résultat de l’union de la spermine avec le phosphate de chaux et répondent à la formule :
xJPhCHv
Plus tard encore, on a cru à l'identité de la spermine avec la diéthylèninine ou pipérazine CW>Az2 (Ladenburg) (2); ce qui a, d’ailleurs, été contesté successivement par Sieber (3), Hofmann (4), Ma.jert et Schmidt (5), et enfin par Poehl (6), qui a démontré que la spermine est absolument différente de 1 éthylèninine et répond à la formule Cr’H'2Az2, qui ne diffère que par CH'2 de celle de la pipérazine.
Préparation de la spermine. —Les testicules oula glande prostatique de jeunes bœufs ou de chevaux sont dilacérés et épuisés par l'eau acidulée; le liquide,
. (1) Ladenbourg et Abel, Ber. d. d. chem. Gesellsch., t. XXT, p. 758, 1888.
(2) Ladenburg, Ber. d. d. chem. Gesellsch., t. XXIII, p. 3740, 1890.
(3) Sieber, Ber. d. d. chem. Gesellsch.. t. XXIII, p. 326.
(4) Hofmann, Ber. d. d. chem. Gesellsch., t. XX11I, p. 3297.
(5) Majert et Schmidt, Ber. d. d.chem. Gesellsch., t. XXIV, p. 241, 1891.
(6) Poehl, Berl. klin. Woch., 1891, n" 39, 40 et 43.
débarrassé des matières albuminoïdes par la coction, est additionné d'acide phosphotungstique qui détermine la précipitation de laspermine. Le précipité de phospholungstate de spermine, délayé dans l’eau, est décomposé par la baryte qui met la base en liberté ; le liquide filtré, évaporé à sec, donne un extrait qu’on épuise par l’alcool absolu qui dissout la spermine et la laisse comme produit final, par la distillation. On la purifie en décolorant sa solution aqueuse par le noir animal, et la précipitant de nouveau à l’état de phospholungstate qu’on décompose encore par la baryte, et achevant comme précédemmen (Poehl) (1).
Propriétés de la spermine. — La spermine est un liquide sirupeux, incolore et inodore, à. réaction fortement alcaline, très soluble dans l’eau, l’alcool, insoluble dans l’éther, saturant parfaitement les acides avec lesquels elle forme des sels bien cristallisés, les uns solubles dans l’eau (chlorhydrate, azotate, sulfate), les autres insolubles (phosphate, phospholungstate). La solution saline est précipitée par le tannin, l’acide phosphotungstique, le nitrate d’argent, le chlorure de zinc.
Le chlorhydrate cristallise en lamelles quadratiques insolubles dans l’alcool absolu, l’iodobismuthale en cristaux microscopiques rouge rubis. Le chlorhydrate forme, avec les chlorures d’or et de platine, des sels doubles bien définis C5H12Az2.2HCl.PtGD et C*H(2Az2.2HCl.AuCl2.
La spermine provoque les oxydations par une action catalytique analogue à celle de la mousse de platine, c’est-à-dire par simple contact, et sans qu’elle éprouve elle-même de modifications qualitative ou quantitative (Poehl) ; ainsi une solution de son chlorhydrate, même diluée à • mise au contact de poudre de magnésium et additionnée de quelques gouttes de chlorure d’or, de platine, de cuivre, de mercuricum, détermine la formation de magnésie gélatineuse avec dégagement d’hydrogène et développement très net de l’odeur du sperme frais. De même, la spermine fait apparaître la coloration bleue de la résine de gaïae au contact d’une trace de sang; dans ces réactions, elle agit comme simple agent de transport de l’oxygène.
Phosphate de spermine. — De tous les sels que peut former la spermine, le plus intéressant, aussi bien au point de vue analytique qu’au point de vue biologique, est certainement le phosphate. Ce sel se prépare en traitant la solution de spermine par l’acide phosphorique ; il se précipite dès que la réaction devient neutre ou presque neutre. 11 existe à l’état cristallisé, mais aussi sous la form de précipité amorphe qui se transforme peu à peu en cristaux (Poehl) (2); cette combinaison est insoluble dans 1 eau, dans l’alcool, l’éther, le chloroforme ie chlorure de sodium et le sérum sanguin; soluble, au contraire, dans les acides et dans les alcalis, ainsi que dans l’ammoniaque. Sous l’influence de la chaleur*5 le phosphate de spermine jaunit vers 100° et fond en se décomposant vers 170»’ Il est coloré en rose par le réactif de Millon.
(f) Poehl, Petersl). med. Wochensch ., 1890, n° 31, etJahr. f. T hier ch,, p. 45 18g,
(2) Poehl, C. B. Acad, des Se., t. CXVI, p. 647, 1893.
SPERMINE
On a dit que ce phosphate constitue la matière des cristaux de Charcot-Leyden, ainsique l’aprouvéPoehl: — 1° par l’élude photomicroscopique des deux sortes, qui démontre l’identité des formes cristallines du phosphate de spermine du laboratoire et des cristaux naturels, aussi bien que — 2° par l’identité de leur point de fusion. On l’a trouvé dans le sang de la leucémie (Charcot), dans les crachats de l’asthme (Bôttcher), dans le pus de la pleurésie (Gravitz), dans les fèces des individus atteints de parasites intestinaux (Leichtenstern) (1).
Le phosphate de spermine ne possède plus l’action oxydante de la spermine en milieu alcalin ( spermine inactive de Poehl), et ne le reprend qu’en présence d’une quantité d'alcali suffisante pour le dissoudre et, sans doute, mettre la spermine en liberté ( spermine active de Poehl).
Réactions caractéristiques de la spermine. — 1° Liquide incolore, inodore et très alcalin ; — 2° précipitation de sa solution aqueuse par l’acide phosphorique ajouté jusqu’à neutralisation (cristaux de Charcot-Leyden, avec formes microscopiques spéciales) ; — 3° odeur de sperme humain frais développée après introduction de chlorure d’or et de poudre de magnésium dans la solutiou de spermine ; — 4° l’évaporation de la solution de spermine, additionnée d’alloxane, fait apparaître une coloration lilas rose du liquide et laisse un résidu rouge prononcé, que la soude fait virer au violet.
Constitution de la spermine. — Schreiner avait attribué à la spermine, qu’il avait découverte dans les cristaux de Charcot, la formule C2H5Az. Poehl et Mendelejeff (2) préparèrent les chlorures doubles de spermine et d’or ou de platine dont ils firent l’analyse élémentaire qui les conduisit à la formule CsH12Az2 ou CRH,3Az2. Le tableau suivant fait bien ressortir leurs résultats; la première colonne renferme les chiffres fournis par l’analyse, la deuxième ceux qui sont calculés en partant de la formule CsH)2Az2.2HCLPtCP, la dernière ceux que donnerait le sel double de l’éthyléninine de Schreiner C2H°Az: