‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 2)Chapitre 72 sur 722 · A. SAUVE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

A. SAUVE PATHOLOGIQUE

Nos connaissances relatives aux changements de composition de la salive, hors l’état de santé, sont des plus rudimentaires.

La quantité de la salive diminue dans certains cas; des frayeurs, des émotions violentes peuvent même la faire disparaître. La sécrétion diminue, en général, dans les maladies fébriles et surtout dans les affections de l’estomac; de là la sécheresse de la bouche et du palais, une perversion consécutive du goût, et le dépôt, sur la langue, d’enduits épithéliaux et muqueux plus ou moins épais; ces phénomènes sont surtout prononcés dans la fièvre typhoïde.

Certaines substances diminuent aussi la sécrétion salivaire; tels sont les narcotiques comme les opiacés et les alcaloïdes des solanées.

La sécrétion salivaire est, au contraire, augmentée et devient même quelquefois très pénible, à la suite de traitements spéciaux. Les iodiques et les mercuriaux agissent ainsi, de même que le jaborandi et son principe actif, la pilocarpine. La salive contient alors des produits de sécrétion, consécutifs à une véritable inflammation des muqueuses buccales et pharyngiennes. Le ptyalisme accompagne d’ailleurs toujours les affections aiguës ou chroniques, primitives ou secondaires, de la muqueuse pharyngo-buccale.

Au début de la salivation mercurielle, le liquide, toujours alcalin, est plus riche en mucine et en principes solides que la salive normale; à côté de beaucoup de matières grasses et d’albumine, on ne trouve que rarement du sulfocyanate alcalin. A ce moment, les gencives gonflées et douloureuses sont bordées d’un liseré livide qui devient blanchâtre; plus tard, la salive est plus limpide et contient du sulfocyanate et du mercure.

Le métal paraît être exclusivement contenu dans les éléments épithéliaux qui abondent dans la salive des hydrargyrés, et non en dissolution dans le liquide (Kuhne); Lehmann soutient le contraire. D’ailleurs, Kiihne fait remarquer qu’en injectant dans les veines d’un chien divers sels métalliques, tels que ceux de fer et de mercure, jamais on ne trouve le métal correspondant dans la salive sousmaxillaire.

Wright a analysé un liquide de salivation mercurielle ainsi composé ;

DIGESTION. — ALTÉRATIONS PATHOLOGIQUES DE LA SALIVE. Liquide de salivation mercurielle.

Albumine et albuminates alcalins . 7,77 (|) 0,6

Mucus, cellules . 3 55 g g

Acilles g>'as . 6/74 0^4

Lactates, phosphates, chlorures alcalins . 7,53 2 4

Ptyaline . „ , ’g

La salive paralytique, celle qui s’écoule en quantité quelquefois énorme de la bouche des aliénés et surtout de ceux qui sont atteints de paralysie générale, et celle qui est due à l’action d’un sialagogue (jaborandi), sont très pauvres en principes solubles, déterminés par rapport au volume du liquide. Malgré cela, la somme des produits excrétés par la salive, dans un même laps de temps, est beaucoup plus considérable qu’à l’état normal; ce qui explique l’efficacité du sialagogue dans le traitement de certaines affections (empoisonnement saturnin, mal de Bright, etc.), quand on veut détourner, vers la salive, les éléments d’une sécrétion qui ne se fait pas ou qui ne se fait plus physiologiquement.

Chez les hystériques et quelques aliénés, la salivation, plus abondante, donne un liquide tantôt aqueux et fluide, d’autres fois épais et visqueux; dans le premier cas, Stark pense qu’il est sécrété sous l’influence du trijumeau et du facial, et qu il est dû, dans le second, à l’irritation du sympathique. Cette hypothèse est rendue plausible par les résultats des expériences physiologiques de Cl. Bernard.

L’hypersécrétion réflexe de la salive se manifeste encore pendant le travail de la dentition, dans l’odontalgie, pendant la période nauséeuse qui précède le Vomissement, et chez les femmes, pendant la grossesse ou la suppression des menstrues.

Les iodures et bromures alcalins, le chlorate de potassium, le plomb et l’antimoine sont éliminés par la salive.

On a dit avec quelle facilité les bromures et iodures apparaissaient dans cette sécrétion, avant même qu’on en puisse constater la présence dans les urines; ces sels remplacent alors, dans la salive, une quantité correspondante des chlorures alcalins normaux.

C’est à la présence, dans la sécrétion salivaire, du plomb et de l’antimoine, qu’on rattache la coloration bleuâtre ou noirâtre des liserés qui peuvent alors apparaître au bord libre des gencives.

Dans 1 empoisonnement saturnin, les dents, particulièrement les incisives et les canines du maxillaire inférieur, sont entourées d’un liseré bleu foncé de 2 à 3 millimètres de hauteur; les gencives sont bordées du liseré caractéristique, brun noir, qui provient, ou de la sulfuration (Darcet) des poussières plombiques à leur entrée dans la bouche (liseré primitif de Jaccoud), ou de l’élimination du métal par les glandes buccales, comme dans le mercurialisme (liseré secondaire).

Il résulte des expériences de Salkowski que les glandes salivaires sont des

(1) Ce chiffre comprend : ptyaline, mucus et cellules.

organes destinés à l’élimination des sels potassiques; il a trouvé, dans 515 centimètres cubes de salive sécrétée par une personne atteinte de stomatite compliquée d’amygdalite, O*1', 697 de potassium pour 0,116 de sodium. Ce résultat concorde de tous points avec les observations de Kemmerich qui démontrent les salivations abondantes toujours consécutives aux empoisonnements par les sels potassiques; il explique également l’action prolongée d’une dose relativement faible de chlorate de potassium qui, ingéré dans un cas de stomatite mercurielle, passe dans la salive, rentre de nouveau dans la circulation générale par l’estomac, pour être encore rejeté par la salive.

La réaction de la salive peut devenir acide, à la suite d’affections inflammatoires des premières voies : la pleurésie, le rhumatisme aigu, l’encéphalite, la fièvre intermittente, la dyscrasie cancéreuse, le rachitisme, la phtisie, la dyspepsie l’ulcère rond de l’estomac et le diabète aigu ou très avancé.

Dans les fièvres, et notamment la fièvre typhoïde, la salive parotidienne peu abondante, possède une acidité prononcée à laquelle il faudrait rattacher les parotidiles qui sont fréquentes dans la fièvre typhoïde.

Dans le diabète, la réaction a été attribuée à l’acide lactique que contiendrait suivant quelques auteurs, la salive parotidienne. Cependant Limpricht n’a c * réussi à découvrir de l’acide lactique dans une telle salive. Le sucre réducteur8 qu’on y trouve en même temps, n’existe, suivant Cl. Bernard, que dans le mue ’ bronchique qui se mêle à la salive.

Le muguet des enfants consiste dans le développement, sur la langue d’un parasite microscopique, l’oïdium albicans, dont les spores exigent, pour v' Un une sécrétion acide du milieu buccal.

Les affections du foie déterminent quelquefois l’apparition de matières colorant biliaires dans la salive.

On a prétendu que la salive normale contiendrait de l’urée (Picard). Rabuteau a pu retirer, de 250 grammes de salive mixte, 0f>r,2o d’urée presque pure; ce qui serait deux fois moins d’urée que dans l’urine. L’apparition de l’urée, en assez iorte proportion, dans la salive des personnes atteintes du mal de Bright, est aujourd’hui démontrée. Ritter a pu extraire 4«-,t d’urée de 120 centimètres cubes de salive d’un malade qui n’excrétait plus, par la voie urinaire, que 3 à 7 grammes d’urée en vingt-quatre heures.

Dans le mal de Bright et dans la chlorose, la salive est pauvre en éléments minéraux, tandis que leur proportion est augmentée dans les phlegmasies Le poids des matières organiques est également diminué chez les chlorotiques augmenté au contraire dans les phlegmasies, où il peut être double ’

On a signalé la présence de la leucine dans la salive des hystériques.

Action toxique de la salive. — Dans certains états pathologiques, la salive paraît jouir de propriétés toxiques spéciales; du moins l’injection sous-cutanée de salive humaine, faite à des animaux, peut, dans des conditions mal déterminées produire chez ces derniers des accidents plus ou moins graves. Wright a constaté dans ce cas, chez les chiens, des difficultés de la déglutition et des vomissements et a même cru reconnaître des symptômes d’hydrophobie à la suite d’injections veineuses; Jacubowitch, Bidder et Schmidt ont repris ces recherches, mais n’ont obtenu que des résultats négatifs. Cela n’a rien d’étonnant, aujourd’hui

Page 1