IV. FORMATION DE LA SALIVE
La salive n’est pas un simple liquide de transsudation provenant du sang.. Tandisquele sang, riche en matières albuminoïdes, necontient ni mucine, ni sulfocyanate, ni ptyaline, ces derniers composés sont les éléments caractéristiques de la salive. Ces divers principes sont évidemment élaborés dans les glandes salivaires qui puisent dans le sang les éléments nécessaires à ce travail de néoformalion, lequel se compose de deux actes bien distincts : le premier, acte préparatoire, est constitué par une simple filtration du plasma sanguin, sous la dépendance directe de la circulation et, par suite, de l’innervation vaso-motrice;, le second, acte de sécrétion proprement dit, met en œuvre l’activité spéciale des-
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cellules glandulaires; il est indépendant de la circulation et régi par les nerfs glandulaires spéciaux, ce qui explique pourquoi la pression du liquide salivaire, dans le canal excréteur, est souvent plus grande que celle du sang qui se rend à la glande (Ludwig).
Donders admet que la mucine est le produit de régression finale des enveloppes épithéliales des cellules glandulaires, dissoutes par les éléments alcalins de la salive. Cette hypothèse est d’autant plus plausible que Stædeler a démontré qu’en traitant la matière des épithéliums et les éléments muqueux par de l’acide sulfurique dilué, on obtient des quantités à peu près égales de tyrosine. Cependant les glandes parotidiennes, qui sécrètent un liquide absolument exempt de mucine, présentent une constitution histologique très analogue à celle des autres glandes salivaires, et, à part ce dérivé azoté, fournissent des produits de sécrétion identiques par leurs principes constitutifs.
Quant au sulfocyanate de potassium, on ignore aussi bien son origine que son rôle physiologique. On a prétendu qu’il n’existait pas dans la salive de l’homme dont la bouche est absolument saine, et qu’il n’apparaîtrait que dans les cas de cane dentaire et chez les fumeurs. D’après Leared, il proviendrait du sang qui en renferme toujours une petite quantité.
Serait-il un produit d’excrétion définitive, un résidu cadavérique, un caput mortuum? ou aurait-il, par son action antiseptique, à prévenir ou retarder la putréfaction de la salive? Ce ne sont là que des hypothèses. Les travaux de Bruylants éclairent d’un jour nouveau cette question litigieuse, et semblent démontrer que 1 acide sulfocyanique provient des matières albuminoïdes en voie de tranformation.
Influence de la circulation sur la sécrétion salivaire. — CL Bernard a montré que si l’on provoque une abondante sécrétion de la glande sous-maxillaire de la corde du tympan, la glande reçoit une quantité de sang beaucoup plus considérable que quand elle ne fonctionne pas; et cependant, chose bizarre, la veine qui provient de la glande est distendue par un sang très abondant et rutilant comme le sang artériel ; il contient plus d’oxygène et moitié moins d’acide carbonique que quand il sort de la glande au repos.
L inverse se produit quand l’excitation porte sur le rameau du sympathique; la circulation sanguine est ralentie dans la glande, de sorte que le sang veineux est, celte fois, plus foncé qu’au repos.
L afflux du sang est évidemment nécessaire pour la genèse des éléments constitutifs et caractéristiques de la salive; sous son influence, les cellules des glandes salivaires subissent des modifications dans leur vitalité, qui se traduisent par un changement dans la nature des liquides sécrétés. On a cependant observé que le maximum dans la sécrétion salivaire ne coïncidait pas avec le maximum de la vitesse circulatoire du sang dans la glande.
Becker et Ludwig, qui ont émis en partie les considérations qui précèdent, ont montré que la pression du liquide salivaire, dans les conduits excréteurs de la glande, était souvent plus considérable que celle du sang de la carotide.
Ludwig fait remarquer, en outre, qu’à des variations de pression sanguine correspondent des variations de température résultant de modifications calori fiques subordonnées au fonctionnement variable des éléments glandulaires; la
température du liquide sécrété par le canal de Warthon est, en effet, d’environ 1°,5 plus élevée que celle du sang de la carotide.
Nous n’avons guère parlé, jusqu'à présent, que de l’influence accélératrice des excitations nerveuses sur la sécrétion salivaire ; nous avons cependant mentionné l’existence d’une salive paralytique sous-maxillaire, consécutive à la section des branches nerveuse de la glande, ou à l’action, sur leurs plaques terminales, de l’injection du curare. Il semble résulter, de quelques expériences de Pawlow, que certains phénomènes réflexes peuvent arrêter ou diminuer la sécrétion salivaire.