MATIÈRES ALBUMINOÏDES
Les matières albuminoïdes qui peuvent passer dans les urines sont ; la sérine, les globulines, la fibrine, l’hémialbuminose, les peptones. Tantôt on n’y trouve qu'un seul de ces éléments, tantôt ils sont associés en nombre variable soit l’albumine et la globuline, ou l’albumine et la fibrine, k ces matières albuminoïdes |)ropreinent dites l’on doit joindre la mucine contenue en très faible proportion dans Turine normale.
A. All>iiiiiiue.
a. Conditions d’apparition dans Vitrine.
L’espèce de matière albuminoïde qui passe dans les urines est constituée par de la sérine. Elle peut s’y trouver quelquefois, mais en quantité très minime, aussi bien en l’absence de toute affection rénale que d’un trouble physiologique quelconque, surtout à la suite d’efforts musculaires considérables ou de repas copieu.K (rarement plus de 0,1 p. 100 (Leube, E. Bull, Fürbringer, etc.).
Sous certaines influences pathologiques, l’urine peut contenir de l’albumine, principalement à la suite de maladies du rein (néphrite, dégénérescence amyloïde, etc.), mais aussi, et sans avoir une aussi grave signification, à la suite de troubles de la circulation, provenant, par exemple, d’affections cardiaques, d’emphysème pulmonaire ou de certains troubles nerveux, comme l’apoplexie cérébrale, l’épilepsie, le delirium tremens, etc. (albuminurie par augmentation de pression', troubles de circulation dans lesquels le rein n’est pas plus altéré, <lu moins au début, que dans les cas d’albuminurie transitoire qu’on observe chez certains individus sains. L’albumine passe encore dans les urines à lu suite de certaines maladies du sang, telles que : fièvres de longue durée (albuminurie fébrile) maladies fébriles et infectieuses (pneumonie, fièvre typhoïde, typhus, scarlatine, etc.), empoisonnements par l’arsenic, le plomb, le phosphore, l’acide oxalique (t),lcs sels biliaires (certaines formes d’ictère), et autres substances analogues, et dans le cas d’anémie, de leucémie et de choléra. Enfin l’urine peut devenir albumineuse par suite de son mélange avec les sécrétions pathologiques des voies urinaires, ou d’un épanchement de chyle dans ces mêmes voies.
La quantité d’albumine contenue dans l’urine des néphritiques peut atteindre ’o p. 100 et même plus, bien que rarement. Dans d’autres cas d’albuminurie, la proportion descend bien au-dessous du chiffre précédent; ainsi dans la dégénérescence amyloïde des reins, on trouve rarement plus de 0,5 p. 100 d’albumine, quelquefois même 0,5 seulement p. 1000. L’émission totale des 24 heures peut renfermer de 1 jusqu’à 20 grammes d’albumine et plus.
b. Procédés de recherche.
On doit toujours opérer sur un liquide limpide et au besoin clarifié par filtralion. Dans la recherche de l’albumine, on ne prend ordinairement aucune
(I, Fiœnkel, Maly’s Jahrsbericht, t. XI, p. 219.
8t ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GARNIER ET SCHLAGDENHAÜFFEN.
précaution pour la différencier de la globuline avec laquelle elle présente, certaines propriétés caractéristiques communes et qui peut coexister avec elle dans l’urine. Il en résulte que la présence de l'albumine conduit à soupçonner également celle de la globuline qui d’ailleurs ne se retrouve, qu’à titre exceptionnel, isolément dans l’urine, mais presque toujours associée à la serine. Si donc l’on veut reconnaître d’une façon rigoureuse la sérine, on devra s’assurer, au préalable, de la présence ou de l'absence de la globuline, et dans le premier cas, éliminer celle-ci par des procédés qui seront décrits plus loin (p. 87).
1» Coclion. — Pour trouver dans l’urine des quantités moyennement faibles d’albumine variant de 0,0a à 0,a p. tOO, on en porte une dizaine de centimètres cubes à l’ébullition dans un tube à essai. Puis, que l’on ait ou non obtenu un précipité, on acidulé francbement te liquide par de l’acide nitrique, dont il ne faut généralement que le dixième ou le vingtième du volume de l’urine. L'albumine coagulée se sépare sous forme de flocons.
Dans ce procédé, l’acide azotique remet en dissolution les sels terreux, carbonates et phosphates, que la chaleur peut précipiter dans une urine neutre ou alcaline (t); il empêche la coagulation de la mucine qui y est soluble (insoluble dans l’acide acétique), et celte de l’hémialbuminose qui reste en dissolution dans les azotates alcalins formés, tant que le liquide est chaud. Par contre, il provoque la précipitation de l’acide urique et des urates acides de certaines urines, sous forme d’une poudre colorée et non de flocons. On distingue d’ailleurs facilement l’acide urique de l’albumine coagulée en ce que celte dernière, recueillie sur un filtre, peut être caractérisée par une de ses réactions de coloration ou par la précipitation, sous l’influence du cyanure jaune, de sa solution acétique faite à chaud. On peut éviter le dépôt d’acide urique, en étendant l’urine de trois ou quatre volumes d’eau avant la coction.
L’acide azotique peut aussi provoquer la séparation d'acides résineux et balsamiques qui passent dans les urines à la suite de l’usage de térébenthine, de résines et de baumes divers (copahu, styrax, tolu); mais ces composés se différencient de l’albumine avec la plus grande facilité par leur solubilité dans l’alcool.
Le procédé qui vient d’être décrit présente un inconvénient, bien qu’il perraetle de trouver jusqu’à 0,01 et même 0,005 d’albumine p. tOO (Laache) (2). Il se pcul que de faibles quantités d’albumine échappent à la recherche, par suite d’une dissolution partielle de l’albumine coagulée dans l’acide nitrique à chaud, dissolution consécutive à une décomposition sous l’influence du réactif. Pour remédier à cette cause d’erreur, il faut se garder soigneusement de chauffer de nouveau l'urine après addition de l’acide, ou de mélanger l’acide avant la coction.
2” Acide azotique à froid (Ileller). — Dans un verre à pied contenant 30''
(1) Ces phospliatos sont tenus en dissolution en partie par l’acide carbonique, ce qui explique leur prcciiutation par la c'naleur iBrett); mais la cause principale de cette réaction serait due à la transformation du phosphate acide de chaux, au commencement de la fermentation ammoniacale de l’urine, en phosphate neutre bicalcique soluble a froid, mais dissocié à chaud en phosph ite acide soluble et en phosphate tricalcique (Caries, Journ de chhn. et pharm., t. XllI. p. .<9'.
(â) Laache, Guide pratique pour Vanalijse des urines, trad. de Francotte, Paris, Rruxclles.
ANALYSE DES URINES. — ALBU.Ml.NE.
environ d’urine, on verse aii fond, à l’aide d’une pipette, de l’acide azotique concentré de façon que les liquides ne se mélangent pas. Il se forme à la surface de séparation des deux liquides un trouble qui va en augmentant de bas en haut,.s’il y a de l’albumine dans l’urine (abstraction faite des colorations qui se produisent presque toujours). Cette réaction excessivement sensible, réussit même avec des traces d’albumine (0,025 p. 1000, suivant Almen).
Au-dessus de l’anneau formé par le coagulum d’albumine, il s’en produit souvent un autre dans les urines concentrées et riches en urates. Cet anneau ne peut être confondu avec celui de l’albumine, car ils ne peuvent se juxtaposer, l’acide urique étant soluble dans un excès d’acide azotique, do sorte que les deux anneaux sont toujours séparés par une couche d’urine transparente.
Les urines riches en urée se troublent sous l’influence de l’acide azotique comme si elles étaient albumineuses, mais au bout d'un certain temps, le précipité formé d'azotate d’urée devient cristallin.
Dans ce dernier procédé de même que dans celui de la coction, les acides résineux de l’urine sont déplacés de leur combinaison, et donnent un précipité qui se différencie de l’albumine coagulée par sa solubilité dans l’alcool. Dans certains cas, rares il est vrai, on peut trouver, dans l’urine, de l’albumine dont le coagulum nitrique se redissout dans l’alcool; mais alors le procédé de la coction indiquera nettement la présence de l’albumine (Garnier) (1).
3" Acide acétique et chlorure de sodium. — L’urine albumineuse, franchement acidulée par l'acide acétique, puis additionnée d’un huitième de son volume d’une solution saturée de chlorure de sodium et chauffée, donne un précipité floconneux d’acidalbumine provenant de la sérine.
Ici encore il peut se former un précipité d’acide urique aux dépens des urates.
En traitant l’urine par très peu d’acide acétique et un grand excès de sel marin, l’hémialbumine qui peut être présente devient insoluble.
4” Acide acétique et cyanure jaune. — On peut déceler des traces d’albumine dans l’urine, 0,002 p. 100, suivant Ilofmeistcr, en ajoutant au liquide un excès d’acide acétique, puis quelques gouttes de cyanure jaune : il se forme un précipité floconneux et épais d’albumine insoluble.
Dans cette réaction, aucun des éléments constituants de l’urine normale n’est précipité. L’hémialbuminose donne un précipité soluble à chaud, ainsi qu’avec les sels neutres. L’acide urique déplacé par l’acide acétique ne se sépare qu’après quelques heures.
5“ Procédés divers. — On a proposé encore d'autres réactions pour rechercher l’albumine dans l’urine, mais elles ne sont guère recommandables, soit qu’elles aient été insuffisamment étudiées, soit qu’elles donnent des précipités avec d’autres substances normalement contenues dans l’urine (mucine, etc.). Méhu, Tidy et Lewis ont proposé l’emploi du phénol; Rees et Almen celui de l’acide tannique. Galippe, Hager, Esbach et Johnson ont préconisé l’acide picrique; Bouchardat, Cadier, Tanret et Geissler, l’iodure de mercure et de potassium; Gaudail, le nitrate mercurique. D’autres ont eu recours aux acides métaphosphorique, trichloracétlque, phosphomolybdique et phosphotungstique.
(1) Journ. de pharm. et de chim., 1883, t. VI, p. 339.
86 EN'CYCLOPÉDIE CHIMIQÜE. — GARNIER ET SCHLAGDENHAEFFEN.
6“ Réactifs portatifs de l’albumine (1). — Il peut être très utile au médecin ne posséder dans sa trousse des réactifs lui permettant de rechercher immédiatement r.-ilbumine au lit du malade. De tous ceux qui ont été proposés dans ce but ( papiers réactifs, acides solides, acides en solution), les plus commodes sont les suivants :
a) Papiers réactifs de Tanret, formés de bandelettes de papier à filtre blanc, trempées, les unes, dans une solution concentrée d’acide citrique, les autres, dans une solution de sublimé corrosif traité par un excès d’iodure de potassium jusqu’à redissolution du précipité rouge d’abord formé. On ajoute à l’urine suspecte une bandelette de chaque sorte, on agite et l’on observe s’il se produit ou non un précipité ou un trouble.
b) Tablettes au cyanure jaune, constituées par un mélange de ferrocyanure de potassium et d’acide citrique. On en arrose un fragment pulvérisé avec de l’urine et l’on agite. 11 se produit une opalescence, nette encore avec des traces d'albumine (Pavy).
c. Séparation de l’albumine et des globulines.
Les réactions qui viennent d’être décrites étant communes à l’albumine et aux globulines, on caractérisera la sérine en précipitant d’abord la globuline par la saturation de l’urine à la température ordinaire au moyen du sulfate de magnésie. Le liquide filtré, soumis à la coction, donnera un précipité floconneux s’il renferme de l’albumine.
d. Élimination de l'albumine.
Nous avons vu que certaines opérations exigeaient l’élimination préalable de l’albumine de l'urine. Pour ce faire on peut, suivant les cas, employer l’une ou l’autre des méthodes suivantes :
1° Coction vers 100». — Si l’urine est fortement acide, on la chauffe telle quelle; si elle est faiblement acide ou alcaline, on lui ajoute goutte à goutte de l’acide acétique dilué jusqu’à ce qu’elle présente la réaction acide normale, puis on porte à l’ébullition. La coagulation de l’albumine est bien réussie quand la substance se sépare sous forme de flocons nageant dans un liquide parfaitement transparent.
Par ce procédé on élimine, en même temps que l’albumine, la mucine et la globuline, mais non l’hémialbuminose.
2° Emploi de l’alcool. — Addition au liquide de trois à quatre volumes d’alcool à 9S” qui précipite même des traces d’albumine.
3» Procédés divers. -On peut encore additionner l’urine d’une solution
saturée de sel marin au 1/8, aciduler fortement par l’acide acétique et chauffer. Si l’on n’ajoute pas trop de sel au liquide, acidulé sans excès, l’iiémialbuminosc devient insoluble. Quant à la globuline, elle est toujours précipitée. La précipitation est ainsi complète à froid, au bout de lo à 20 minutes.
Enfin on se sert de sels métalliques, en choisissant de préférence ceux qui ne redissolvent pas le précipité d’albuminate métallique. L’acétate ferrique, le
(1) Laacho, loc. cit., p. 72.
ANALYSE DES URINES. — GLOBULINES
sulfate de cuivre et l’acétate basique de plomb, conviennent parfaitement pour précipiter complètement l’albumine ; ils entraînent également la globuline et l’hémialbuminose.
B. Glolmliiies.
a. Conditions d’apparition dans l’urine.
Les globulines se trouvent presque toujours dans l’urine, à coté de la sérine, dans les deux formes d’albuminurie (I.ehmann, Edlefsen, Sénator). Cette assertion confirme l’opinion déjà ancienne de la présence de plusicm-s variétés d’albumine dans l’urine. Ilammarsten n’a constaté qu’avec peine, dans des cas très rares, la présence de traces seulement de globuline et plus rarement encore, une fois sur 40 cas, celle de la globuline sans albumine. Le même auteur a trouvé comme limites les chiffres de 8,13 à 60,24 p. 100 du poids total des matières albuminoïdes (1) ; mais les plus fortes proportions de cette substance ont été constatées par Sénator, dans des cas de dégénérescence amyloïde, de néphrite aiguë et de catarrhe vésical.
La globuline de l’urine paraît constituée, on majeure partie, par les deux globulines du plasma sanguin, c’est-à-dire par la sérumglobuline ou paraglobuline qui s’y trouve en plus grande proportion, et par la fibrinogène.
b. Procédés de recherche.
Les globulines ne peuvent être immédiatement caractérisées quand elles sont en présence de l’albumine; on doit, au préalable,les isoler par l’un des procédés suivants :
t“ On étend l’urine d’eau jusqu’à ce quelle marque 1002 ou 1003 au densimètre, puis on l’additionne avec précaution d’acide acétique dilué, tant que le précipité augmente par l’agitation. Ou bien encore on y fait passer pondant longtemps un courant d’acide carbonique (Lehmann, Sénator). Le précipité obtenu par le repos ne représente qu’une minime partie de la globuline contenue dans l’urine.
2° La totalité des globulines de l’urine est précipitée, suivant Ilammarsten (2), quand on sature à froid le liquide au moyen de sulfate de magnésie.
Les globulines isolées par décantation, après leur tassement, sont caractérisées par les réactions suivantes : insolubilité dans l’eau, solubilité facile dans le chlorure de sodium à 3 ou 10 p. 100, et dans les solutions étendues d’alcalis, de carbonates alcalins et d’acides, comme la protéine. Pour les caractériser nettement, on traitera leur solution dans le chlorure de sodium étendu, bien exempte de sérum-albumine, par les réactifs étudiés précédemment pour la ■substance isolée.
L'hémialbuminose ne peut être confondue avec les globulines, par suite de sa solubilité dans l’eau; d’ailleurs sa solution alcaline est très imparfaitement précipitée par l’acide caibonique.
c. Séparation de la fibrinogène et de la sérum-globuline.
€n peut distinguer la sérum-globuline de la fibrinogène en se basant sur leur
(1; Ncubauer etVogel, Anal, des Ilarns, 1881, p. 127.
2) Hamniarsten, Pflüger's Archiv., t. XVII, p. 431 et 447; t. XXII, p. 437.
KNCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GARNIER ET SCHLAGDENHAUFFEX.
différence de température de coagulation, sur les propriétés de leur solulion dans le sel marin, enfin sur leur participation à la production de la fibrine. I.es globulines doivent, au préalable, avoir été complètement débarrassées, par un lavage à l’eau, de la sérine qui les imbibe:
l” La solution dans la plus petite quantité possible de chlorure de sodium à 0 - 1 0 p. 100, chauffée avec précaution au bain-marie donne, entre b6 et 60°, un coagulum de fibrinogène; le liquide filtré, chauffé entre 75 et 80°, laisse la sérum-globuline se précipiter à son tour.
2° Une solution de sérum-globuline, même concentrée, dans le chlorure de sodium au l/IO', peut rester claire après addition d’un égal volume de solution saturée de sel marin, tandis que les solutions très étendues de fibrinogène sont précipitées complètement de leur solution salée, après saturation avec du chlorure de sodium solide; mais la saturation par le sel marin des liquides naturels qui renferment la sérum-globuline, ne la précipite plus quand on expose le mélange au froid.
3" Une solulion de fibrinogène fournit de la fibrine quand on y ajoute le ferment de la fibrine, sans que la sérum-fibrine prenne part à cette production (llammarsten). Si le mélange d’un liquide de transsudation, non spontanément coagulable (liquide d'hydrocèle ou du péricarde), et d'une solution de globuline de l’urine, fournit un coagulum après avoir été porté à 40°, cela prouve non pas la présence de la sérum-globuline dans cette solulion, mais celle du ferment de la fibrine (Sénator).