‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e section (volume 3)Chapitre 70 sur 206 · V. — SÉDIMENTS ET CALCULS URINAIRES · texte numérisé non relu

V. — SÉDIMENTS ET CALCULS URINAIRES

Les sédiments urinaires sont constitués par des [dépôts solides de matières organiques ou minérales, dont les uns existent tout formés dans l’urine au moment de l’émission, tandis que d’autres ne s’en séparent qu’après un certain temps. Selon que ces dépôts sont plus ou moins volumineux ou plus ou moins denses, ils se présentent sous forme de nuages, de poussières, de graviers ou <ic calculs. L’examen microscopique permet de les diviser en sédiments organisés et non organisés, normaux ou pathologiques.

Enfermée en vase clos aussitôt après son émission, l’urine normale se conserve indéfiniment sans altération sensible; elle abandonne seulement un léger dépôt floconneux de mucus contenant des cellules épithéliales qui proviennent des voies génito-urinaires et des corpuscules muqueux isolés. Au contact de l’air, elle prend une coloration plus foncée qui part de la surface (absorption d’oxygène), devient plus acide, et sous l’influence de l’acide acétique formé, laisse se déposer de i'acide urique et des urates acides de potassium, de sodium, d’ammonium, mé-

{!) Chibrel et Izarn, Acad, des Sciences, 1886, t. CII, p. 1172.

132 E^XYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GARNIER ET SCHLAGDENHAÜFFEN.

langés souvent à de l’oxalate de chaux sous forme de cristaux qui entraînent avec eux une partie de la matière colorante. Ces sédiments briquetés se redissolvent quand on porte le liquide à 40 ou 50°. A ce moment l’urine renferme des quantités considérables de microorganismes semblables aux globules de la levure de bière.

Quelquefois avant cette période de fermentation acide et sous l’influence du refroidissement, l’urine concentrée ou riche en urates donne spontanément et rapidement naissance à un dépôt cristallin d’urates acides, qui peuvent d’ailleurs provenir de la réaction sur les urates neutres normalement contenus dans l’urine, du phosphate acide de sodium qui se transforme en phosphate basique d’après la formule :

2 C° IP A7.4 OS.Na® -1- Ph 0‘ Na IP = Ph 0‘ Na» -P 2 C» IP Az» O».Na II ; de sorte qu’à côté de sables uriques jaune brun, l’iirine peut présenter, même dans la vessie, en dehors de toute fermentation, une réaction neutre ou alcaline t Voit et Hoffmann).

Au bout d’un certain temps, variable de deux jours à trois semaines, et quelquefois môme de quatre à cinq mois (Ritter), l'acidité de l’urine qui a passé par un maximum diminue progressivement, et le liquide devient neutre, puis rapidement alcalin. Sous rinfluence de la torula. ureic en chapelets de van Tieghcm ou plutôt du ferment soluble de Musculus, secrété par cette torulacée (Pasteur et Joubert), l’urée s’hydrate et se transforme en carbonate ammonique, à côté duquel Des- ^iaignes a trouvé des traces de triméthylamine qui proviennent sans doute de la neurine de Licbreich. En même temps les dépôts d’acide urique et d’urates se dissolvent, sauf l’urato d’ammonium dont la proportion augmente au contraire par suite de son insolubilité. Les carbonates et phosphates terreux se précipitent à l’état de sels neutres, de phosphates de chaux et ammoniaco-magnésien, sous forme de sédiment blanc qui renferment également de l’iirate d'ammonium, et le liquide se recouvre d’une moisissure épaisse.

La fermentation alcaline peut d’ailleurs se produire dans la vessie, bien que due à une torulacée spéciale, soit qu’un sondage y ait introduit le germe, soit qu’il y ait pénétré .spontanément (Pasteur). Ces urines peuvent donc renfermer, en suspension, le sédiment phosphatique, même au moment de leur émission.

On isole les dépôts urinaires en abandonnant l’urine au repos dans des vases coniques placés au frais. On décante le liquide surnageant, après tassement des éléments solides, et l’on en soumet à plusieurs reprises une gouttelette à l’examen microscopique; un grossissement de 300 diamètres est largement suffisant (I).

Les sédiments urinaires se divisent, comme on l’a vu, en deux groupes :

t° Sédiments non organisés renfermant des acides difficilement solubles : acide urique, acide hippurique et acides amidés; des composés neutres, peu solubles dans les liquides acides : cystine, xanthine, tyrosine, bilirubine, indigo et pigments divers; enfin, des sels peu solubles : urates acides, phosphates terreux, oxalate, carbonate et sulfate de chaux.

(1) Voir, pour les procédés de conscrvalion des sédiments urinaii’cs et de leurs prépai-ationsmicroscopiques, Neubauer et Vogel, Ancd. des urines, trad. française de Gautier, 1877, p. 322.

Page 1