DOSAGE DES GLOBULES SANGUINS
On a tenté depuis une trentaine d’années de nombreux essais de dosage des globules rouges contenus dans une quantité déterminée de sang. Mais, laissant de côté tout ce qui sc rapporte rhistorique de la question, nous rappellei'ons seulement que les globules rouges des mammifères contiennent un tiers seule-
(1) Gazette hebdomadaire, 1875, n" 19.
ESCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — GARNIER ET SCHLAGDENHAUFFEN.
ment de leur poids d’éléments solides pour deux tiers d'eau et nous ne citerons dans les paragraphes suivants que les procédés de dosage qui donoeut de bons résultats. Ces procédés se réduisent à trois.
a. Dosage des globules humides, par la quantité de fibrine contenue dans le sang et dans le plasma (Hoppe-Seyler) (1).
Principe. — Les globules du sang abandonné au repos à une basse tempéra- ■ turc se tassent au-dessous du plasma qui surnage. On détermine les quantités de fibrine qui existent dans le sang total et dans le plasma et l’on s'en sert pour calculer le poids des globules humides.
Opération. — a) On recueille une grande quantité de sang dans une éprouvette entourée de glace; au bout d’un temps suffisant, on prélève 30 à 50" du plasma qui surnage les globules, et l’on y dose la fibrine d’après le procédé indiqué p. 155.
6) On dose la fibrine dans une nouvelle portion de sang, soit encore 30 à 50".
Soient f le poids de fibrine contenue dans le volume p de plasma et K la fibrinedu sang, P le poids du plasma total du sang S; la proportion suivante donne évidemment P :
P P A’ • r. fp = dou P = -L,
le poids des globules est par suite de S — P,
Remarque. — Les dosages qu’exige cette méthode doivent être effectués avec la plus grande précision ; car, à cause de la faible quantité de fibrine contenue dans le sang, les erreurs se trouvent considérablement multipliées.
En outre, le procédé exige que la fibrine se coagule lentement et que les globules se tassent rapidement. Il n’est donc applicable à l’état physiologique que pour le sang de cheval; mais il peut encore être utilisé pour le sang des individus atteints d’affections inflammatoires.
On obtient ainsi le poids total des globules rouges et blancs. En général, le miscroscope permet de voir si la proportion des globules blancs est négligeable, ce qui est le cas le plus fréquent, sauf pour le sang de la veine splénique, le sang pyémique ou leucémique.
p. Dosage des globules humides d’après la quantité d’hémoglobine et de matières albnminoïdes qu’ils renferment (Hoppe-Seyler) (2).
Principe. — Les globules sanguins sont insolubles dans les solutions de sel marin à 15 p. 100 au moins de sel, qui ne leur enlèvent ni hémoglobine ni ma-
(1) Traite d'analyse chimique appliquée à la physiologie, de Hoppe-Seyler, trad. française de M. Schlagdenhauffen, Paris 1877, p. 441.
(2) Z.OC. p. 442,
ANALYSE DU SANG. — DOSAGE DES GLOBULES
üèrcs albuminoïdes ; cette propriété permet donc de les séparer du sérum par tassement et lavage avec la solution salée. Cela posé, on détermine la quantité (A) d'hémoglobine et de matières albuminoïdes que renferment les globules d'une quantité déterminée de sang.
Dans une autre partie de sang, on dose la somme (B) de la fibrine, dos matières albuminoïdes et de l'hémoglobine. On on retranche la quantité (A) d'hémoglobine et de matières albuminoïdes, fournie par la première opération, ainsi que la proportion (C) de fibrine donnée par un dosage spécial ce qui fournit le poids des matières albuminoïdes (D) du sérum sanguin :
Enfin, comme l’analyse du sérum (s) décèle la quantité de matières albuminoïdes (d) qu’il renferme, on parvient à établir le poids total du sérum (S) au moyen de la relation suivante :
Le plasma total pèse S -1- le poids de fibrine donné par le troisième dosage. En retranchant son poids de celui du poids de sang entier correspondant, on obtient le poids des globules humides.
Manuel opératoire. — l.a méthode comportant quatre opérations, on divise le sang en quatre parties :
a) On reçoit la première partie, 20 à .'50" environ dans un vase à fond plat que l’on ferme hei'inétiquement cl que l’on pèse. Puis on y détermine le poids (B) des matières all)imiino'ïdes et de l’hénioglobine de la masse totale du sang, d’après la méthode qui .sera décrite à propos de l’analyse du sérum (p. loo).
b) Une seconde partie, égale à la précédente, sert au dosage spécial de la fibrine (voirp. Itio) et en donne la proportion (C).
c) On élimine la fibrine d’une troisième portion du sang. Le battage terminé, on laisse refi’oidir le sang et l’on pèse; puis on verse le sang battu dans un flacon contenant 10 volumes de solution de sel au 1/10' de saturation. On abandonne au repos pendant 12 à 24 heures au bout desquelles on sépare le sérum dilué des globules qu’il surnage. On lave ces globules encore une ou deux fois avec la même solution saline, puis on les coagule par l’alcool et l’on détermine le poids total (A) des divers principes constituants des globules d’après le procédé déjà employé pour l’opération a).
d) Enfin, on abandonne à la coagulation dans un vase à large surface, mais couvert, une quatrième portion de sang, plus abondante que les précédentes; on décante une partie du sérum (s) dans lequel on dose encore les matières albuminoïdes (d) comme en a).
Tous ces résultats doivent être rapportés à 100 de sang total, avant d’entrer dans les calculs qui donneront la solution du problème.
Remarque. — Cette deuxième méthode fournit des résultats précis. Mais elle n’est applicable qu’aux variétés de sang telles que celui des oiseaux, des reptiles et des poissons dont les globules se séparent facilement après le mélange avec la solution de sel. Elle n’est plus applicable au sang des ruminants
et de porc; et bien qu'on ne puisse prévoir comment se comporteront les globules du sang de l’homme et des mammifères dans la solution salée, le procédé donne le plus souvent d'excellents résultats pour le sang humain.
Y- Méthode de Bouchard pour le dosage des globules humides.
Cette méthode très ingénieuse est fondée sur cette observation que le sang, mélangé à une solution de saccharose de densité 1.026 se coagule sans que les globules perdent sensiblement de leurs principes constitutifs. On compare ensuite la composition du sérum sucré à celle du sérum naturel et par un dosage complémentaire de la fibrine, on arrive à la détermination du poids dos globules humides.
Manuel opératoire. — L’opération comporte trois dosages.
a) Une première portion de sang (15 à 20 grammes) est abandonnée à la coagulation dans une capsule. Au bout de 12 à 24 heures, on dose par la pesée l’albumine contenue dans 4 grammes environ du sérum surnageant: soit (a) le poids d'albumine de 1 gramme de sérum pur.
b) Une deuxième portion de sang, égale à la première, est versée dans une capsule contenant 10 grammes de solution de sucre de U = 1.026 et abandonnée à la coagulation. On dose encore l'albumine du sérum sucré: soit (a') le poids de l'albumine de 1 gramme de sérum sucré.
c) Une troisième portion de sang est consacrée au battage et au dosage, de la fibrine (p. 135) dont la quantité est (f) pour 100 de sang.
Calcul. — Soit {x) la quantité inconnue de sérum contenu dans chaque capsule et (p) le. poids do solution sucrée ajouté au sang dans la deuxième capsule. Los quantités de sérum contenu dans chaque capsule contiennent respectivement ax et a' (x + p) d'albumine; et comme le globule n'a cédé aucun de ses éléments albumino'i’des au sérum sucré, les proportions d’albumine contenus dans chaque sérum sont égales. On a donc
d’où
Un ajoutant au poids du sérum ainsi trouvé et calculé pour 100 de sang, e poids de la fibrine calculé à l’aide do la troisième opération et retranchant cette somme du sang total, on obtient le poids des globules humides.