TRANSFUSION DU SANG
de l’animal récepteur. Mais on sait aussi par les expériences d’AI. Schmidt et de ses élèves, qu’il faut des solutions de ferment de la fibrine extrêmement concentrées pour provoquer des coagulations mortelles (t) (voy. p. 155). Et, d’autre part, il semble bien que les accidents observés par A. Kohler ne sont pas un phénomrène constant. Forster (2), après avoir observé chez le chien dans deux transfusions de sang défibriné, des accidents mortels très rapides, prit la précaution de filtrer le sang deux fois de suite, à travers un linge fin, avant de l’injecter; et dans ces conditions, les animaux ne présentèrent aucun signe de malaise, ni aucun phénomène anormal du côté des urines. Landerer (3) a montré enfin que l’on peut parer au danger provenant de la présence du ferment de l.a fibrine dans le sang défibriné, en mélangeant ce dernier à cinq volumes d’eau salée, préalablement saturée d’acide carbonique. Dans ces conditions, la transfusion n’est suivie d’aucun accident. La transfusion du sang total de veine à veine semble, en définitive, exposer à un moindre danger que celle du sang défibriné. Le point important est ici d’éviter les coagulations pendant le trajet d’une veine à l’autre. Wright (4), mettant à profit les observations d’Arlhus (voy. p. 160), recommande de recevoir le sang à transfuser dans le dixième de son volume d’une solution d’oxalate de sodium à 1 - 2 p. 100. Le sang reste ainsi parfaitement liquide et a pu être injecté à des chiens sans aucun accident.
Lorsque le sang injecté provient d’un animal de la môme espèce, on constate que les nouveaux globules paraissent conserver entièrement leurs fonctions, même lorsque le sang est défibriné par le battage (Prévost et Dumas), et c’est surtout à leur présence que l’on doit attribuer les bons effets obtenus par la transfusion, car les autres matériaux du sang injecté se détruisent ou s’éliminent assez rapidement. Au bout de 2 à 3 jours, d’après Worm-Müller, le sang est revenu à son volume primitif, l’excès d’eau s’étant éliminé par le rein. Les albuminoïdes apportés par le sérum du sang injecté sont éliminés sous la forme d’urée, car un chien à jeun excrète, après injection de sang dans les veines, beaucoup plus d’urée qu’après introduction de la même quantité de sang dans le tube digestif (Tschiriew) (3), ou qu’après injection de sérum dans les veines (Forster) (6), (Landois). Le bénéfice en globule est au contraire durable. On en a constaté la réalité en comparant le pouvoir colorant (Lesser) (7), ou la richesse globulaire du sang primitif (Worm-Müller) (8), du sang injecté et du sang modifié par transfusion. Tschiriew a constaté chez un chien soumis à des expériences de transfusion, que le bénéfice en globules est encore sensible 12 et 22 jours après l’injection : car le poids total des matériaux solides se trouvait encore considérablement augmenté, alors que le résidu fixe du sérum était re-
(l'i Des injections de sérum pi’oduiraiont également des accidents (Rollet, /oc. cit.), fait qui est contesté par Albertoni (Maly's Jahresb., t. VU, p. 128, 1877).
(2ï Forster, Zeilschi'. f. Biol., t. XI, p. 496, 1875.
(3) Landerer, Arch. f. exp. Path., t. XV, p. 426.
■ (4) Wright, Brit. med. Journ., décembre 1891.
(5) Tschiriew, Maly’s Jahresb., t. V, p. 227, 1875.
(6) Forster, Zeitschr. f. Biol., t. XI, p. 496, 1875.
(7) Lesser, Ber. d. sdch. Ges. d. Wiss., t. XXVI, p. 166, 1874.
(8) Worm-Müller, Transfusion u. Plethora, Christiania, 1875, p. 9.
ENCyCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.
devenu, très vite, sensiblement le même qu’avant la transfusion. D’ailleurs ce fait de la conservation des globules injectés explique bien la restauration puissante obtenue souvent en clinique à la suite de transfusions de sang heureusement conduites. On peut même de la sorte provoquer expérimentalement une véritable polyhémie par transfusion. Worm-Müller, Lesser, ont montré en effet que grâce à la dilatation des capillaires, le système circulatoire peut loger un surplus considérable de sang — jusqu’à 82-83 p. iOO de la masse normale — sans élévation ■sensible de la pression artérielle et sans accidents. Ce n’est que pour une dose de 143 p. 100 et au delà, que les accidents graves apparaissent (Worm-Müller). iLes transfusions copieuses sont suivies de perte d’appétit et d’une tendance à la iproduction d’hémorrhagies dans les muqueuses. Chez l’homme, on constate IS à .30 minutes après la transfusion, une réaction fébrile plus ou moins intense.
D’après les expériences de Milne Edwards (1), de Landois (2), la transfusion du «an g provenant d’une espèce très voisine, est suivie des mêmes effets que l’introduction du sang provenant de la même espèce animale. Le cheval et l’âne, le •chien et le renard, le lapin et le lièvre, peuvent sans inconvénient échanger leur sang. Il n’en va pas de même lorsqu’on injecte à un animal des quantités notables de sang provenant d’un autre animal d’une espèce très différente. Il se produit dans ces conditions de l’hémoglobinémie (dissolution de l’hémoglobine dans le plasma), de l’hémoglobinurie (3), des transsudations sanguinolentes dans les cavités céreuses, dans les bronches, dans l’intestin, des accès de suffocation et même la mort par asphyxie. La cause de ces accidents réside principalement dans la dissolution des globules du sang de l’animal par le sérum (ou le plasma), du sang transfusé ou inversement. La résistance des globules vis-à-vis du sérum d’un sang étranger est très variable. Ceux du lapin sont très peu résistants. Ceux du chien le sont au contraire beaucoup plus; aussi cet animal supporte-t-il la transfusion du sérum de mouton, de bœuf, de cheval, sans présenter d’accidents sérieux. Cette destruction peut être très rapide; elle est terminée au bout de quelques minutes pour les globules de lapin ou d’agneau introduits dans le sang de chien. Le sang de mouton se détruit très rapidement au contact du sang humain. L’hémoglobine dissoute est en partie transformée en matières colorantes biliaires. L’excès s’élimine en nature par les urines. Mais cette hémoglobinémie a d’autres conséquences plus graves, qui sont des coagulations étendues provoquées par la dissolution du stroma des globules rouges eux-mêmes ou par la destruction des globules blancs, dont l’hémoglobine détermine la dissolution. En outre, avant de se dissoudre, les globules s’agglutinent en petits amas visqueux qui obstruent les capillaires, d’où la coloration bleuâtre de la peau, la dyspnée, la rupture de petits vaisseaux dans les bronches, les engorgements dans les canalicules du rein, etc. (4).
Cette action globulicide du sérum, a été rapprochée par Daremberg (5), de l’action bactéricide. Elle disparaît entièrement lorsqu’on chauffe le sérum con-
11) Milne Edwards, Leçons sur l’anat. et la physiol. comparée, Paris, 1857, t. I, p. 326.
12) Landois, Beitrage zur Transfusion des Blutes, Leipzig, 1878, p. 20.
(3) Ponfiek, loc. cit.
1 1) Landois, Traité de Physiol., p. 182.
iô) Daremberg, Semaine médicale, 1892, n" 51.