Transfusion du sang
D’après Landois, les premières tentatives d’échange direct du sang d’un individu à un autre, de vaisseau à vaisseau, remontent à l’époque de Cardanus(1556). Plus tard, en Angleterre, en 1638, à la suite de la découverte de la circulation, Potter eut le premier l’idée d’opérer la transfusion, que le physicien Boyle et l’anatomiste Power (1663), réalisèrent un grand nombre de fois sur des animaux (2). Deux ans après, J.-B. Denis (3) pratiquait, à Paris, avec succès, la transmission directe du sang d’agneau dans les veines d’un malade de 15 à 16 ans, épuisé par vingt grosses saignées. Mais comme de nouvelles tentatives furent fréquemment suivies d’accidents graves, souvent mortels, la transfusion fut en général abandonnée pendant le siècle dernier, et ce n’est qu’à partir de 1830, environ, que la question a été reprise et soumise à une expérimentation physiologique très étendue.
Les premiers essais ont montré que la transfusion directe, de veine à veine, entre individus de la même espèce, est en général bien supportée, puis Prévost et Dumas (4), Dififeubach (5), firent voir que la transfusion du sang défibriné, peut procurer à l’organisme récepteur les mêmes avantages, et, de plus, qu’elle met à l’abri du danger des coagulations fibrineuses, toujours à craindre dans la transfusion directe (6). Mais, d’autre part, la transfusion du sang défibriné, ayant été suivie dans un certain nombre d’expériences (7) de transsudations sanguines dans le poumon, l’intestin, la transfusion directe fut de nouveau recommandée (8). Enfin, Ponfick (9), Worm-Müller (10), s’efforcèrent de démontrer que la transfusion du sang défibriné et la transfusion directe, lorsqu’elles sont bien, conduites, sont également inoffensives et procurent à l’organisme récepteur les mêmes avantages. Il paraît cependant démontré que l’injection de sang défibriné peut provoquer des accidents graves. Armin Kôhler (11) a observé que si l’on fait une saignée à un lapin et qu’on lui injecte dans les veines le sang ainsi obtenu après l’avoir défibriné, on provoque des coagulations étendues et mortelles. Ce fait peut s’expliquer en admettant que le sang défibriné contient un excès de ferment de la fibrine capable de provoquer la coagulation du fibrinogène du sang
(1) Pour l’histonque de cette question voy. : Landois, Die Transfusion des Blutes, Leipzig, 1875. — Uollct, Physiol. d. Blutes, etc., in Hermann' s Handbuch. d. Physiol., t. IV, Impartie, p. 141. — E. von Bergmann, Die Schicksale der Transfusion im letzten Decennium, Berlin, Hirschwald, 1883.
(2) Cité d'aiirôs Landois, Traité de Physiologie, trad. française de Moquin-Toudon, Paris, 1892,
(3) J.-B. Denis, Philosophical transact., 1867, n» 27, 22 juillet.
(4) Prévost et Dumas, Ann. de Chim. et Phys., t. XVIll, p. 294, 1821.
(5) Diffcnbach, Die Transfusion des Blutes, Berlin, 1828.
(6) J. Millier, Ilandb. d. Physiol., t. 1, p. 137, 1833. — Bischoff, Arch. f. Anal. u. Physiol., 1835, p. 347. — Panum, Virchow's Arch., t. XXVII, p. 240 et 433, 1863, et t. LXllI, p. 1, 1875.
(7) Magendie, Leçons sur le sang, Paris, 1838.
^8) Minier, Sitzungsber. d. Wien. Acad., t. LVIIl (2), p. 893, 1868.
(.9) Ponfick, Virchow’s Arch., t. LXII, p. 273, 1874.
(10) Worm-MüIIer, Transfusion u. Plelhora, Christiania, 1875, p. 64.
^tli A. Kôhler, Inaug.-Dissert., Doriiat, 1877.