‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e sectionChapitre 102 sur 273 · ALTÉRATIONS PATHOLOGIQUES DU SANG · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS PATHOLOGIQUES DU SANG

Les premières recherches précises sur la chimie pathologique du sang coïncident avec cette renaissance des doctrines humorales qui, préparée par les grandes découvertes de Lavoisier en chimie et en physiologie, s’est affirmée en France de 1830 à 1843. A cette époque, la pathologie, lasse du solidisme de Broussais et des exagérations de cette école, cherchait des voies nouvelles, et, sous l’influence des progrès de la chimie animale, revenait peu à peu à des théories franchement humorales. L’hématologie pathologique surtout bénéficia de cette nouvelle orientation des idées. C’est l’époque des belles recherches de Denis, de Becquerel et Rodier, d’Andral et Gavarretsur la composition du sang à l’état normal et pathologique, et il faut se reporter aux publications d’il y a cinquante ans pour se rendre compte de l’enthousiasme avec lequel furent accueillis ces travaux, premières bases positives d’une théorie humorale vraiment scientifique. On sait combien a été courte cette résurrection de l’ancien humorisme, ainsi rajeuni par les découvertes de la chimie pathologique, mais que l’invasion triomphante du microscope dans les sciences médicales et le développement rapide et brillant de la pathologie cellulaire devaient si promptement étouffer. Aussi bien l’anatomie pathologique allait offrir aux doctrines médicales, et pour une période de près de quarante ans, une base autrement solide que cet humorisme uniquement appuyé sur une chimie pathologique à ses débuts, et par suite encore si hésitante et si incomplète dans ses affirmations.

Aujourd’hui, sans méconnaître l’importance des données morphologiques, la médecine est revenue visiblement à des doctrines humorales. L’altération morphologique des éléments cellulaires cesse d’être considérée comme le signe unique et la cause première de l’accident pathologique.

MALADIES DU SANG

Nous concevons clairement que l’état pathologique ne se traduit pas nécessairement par une altération morphologique, et que longtemps avant de marquer son état de souffrance par des modifications extérieures, visibles au microscope, une cellule peut être atteinte dans sa physiologie, c’est-à-dire dans sa nutrition, dans ses échanges avec le milieu intérieur, et, par suite, que les altérations chimiques.de ce milieu peuvent, dans certains cas, constituer le premier facteur pathologique. Par là, l’étude chimique des humeurs, nécessairement reléguée au second plan par les conceptions purement anatomo-pathologiques de nos prédécesseurs, a repris une importance nouvelle. D’autre part, les doctrines microbiennes, qui cependant ne paraissaient pas au premier abord destinées à favoriser les progrès de la chimie animale, sont venues, elles aussi, rajeunir l’intérêt de ces recherches. On sait, en effet, l’importance considérable qu’a prise aujourd’hui la question du chimisme des humeurs dans toute la pathologie des maladies infectieuses, et le lien chaque jour plus étroit qui nous est révélé entre la constitution chimique des humeurs et le mécanisme de l’infection, de l’immunité naturelle ou artificielle, de la vaccination. Enfin les travaux de Gautier sur les leucomaïnesjceux de Bouchard sur les altérations de la nutrition et les autointoxications, sont venus élargir encore le champ des doctrines humorales et ont contribué, à leur tour, à rendre à l’étude chimique des humeurs, et spécialement à celle du sang, l’importance qu’elle avait prise un instant avant le triomphe de la pathologie cellulaire.

Nous étudierons, dans ce chapitre, les altérations du sang :

1° Dans les maladies du sang (anémie, leucémie);

2" Dans les troubles de la nutrition (rhumatisme, goutte, diabète, obésité), — exposé auquel nous rattacherons le peu que l’on sait sur la dyscrasie du sang dans le scorbut, le purpura, etc.;

3° Dans les maladies fébriles et les affections infectieuses (pneumonie, tubercolose, fièvre typhoïde, fièvres éruptives, choléra, etc.);

4“ Dans les maladies avec lésions organiques diverses (maladies du rein, du cœur, du foie, etc.).

§ I. Mal.vdies du sang.

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