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Anémies

On sait, depuis longtemps, que dans les diverses formes de l’anémie, le sang est surtout atteint dans ses corpuscules rouges, mais ce n’est que tout récemment que les travaux de Duncan, de Malassez et surtout les recherches considérables de Hayem (1), ont établi que ces altérations portent à la fois sur la qualité et la quantité des hématies.

La diminution du poids des globules rouges au cours de l’anémie, a été

(1) Voy. le travail très étendu de Hayem, Du Sang et de ses altérations pathologiques, Paris, 1889, pp. 403, 614, etc.

•m ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. - LAMBLING.

reconnue dès les premières recherches de Becquerel et Rodier (1), d’Andral et Gavarret. Le poids des globules secs tombe, d’après Becquerel et Rodier, à 100- 120 p. 1000 dans l’anémie du premier degré, à 80 p. 1000 dans l’anémie d’intensité moyenne, à 40-80 p. 1000 dans l’anémie profonde. Corrélativement, le poids du fer se trouve considérablement abaissée, soit dans un cas, à O*', 310 p. 1000, au lieu de Os',55. A cette diminution s’ajoutent des changements dans les caractères anatomiques, et surtout dans le pouvoir colorant des hématies. Le globule rouge qui, à l’état normal, peut être considéré, approximativement, comme un étalon coloré constant, ne conserve pas cette fixité à l’état pathologique, comme le croyait YVelcker, et cette modification constitue un des caractères les plus importants du sang dans l’anémie.

Tandis que le diamètre moyen des globules normaux est, d’après Hayem, de 7[i.,5, on voit ce diamètre tomber, dans l’anémie, à 7[j., à 6[j.,S, à 6[x et même audessous. A côté de ces petits globules apparaissent un nombre variable de globules géants d’un diamètre de 10, 12 et môme 14, a. Ces variations de diamètre, même lorsqu’elles paraissent légères, orU une influence considérable. Hayem a calculé que si l’on admet que le globule normal de 7[jl,5 représente un volume d’environ 66, a", celui de 7[j. n’a plus qu’un volume de 57[jl“, celui de 6[ji,S un volume de 49iA" et celui de 5[x un volume de 42ii". On peut se rendre compte de la sorte que lorsque le diamètre des globules descend à 6;a,3, 100 globules d’un tel sang ne valent plus que 65 globules normaux, et comme le pouvoir colorant de chaque globule est en outre considérablement affaibli, on voit immédiatement combien la valeur individuelle de chaque globule peut s’abaisser considérablement audessous de la normale.

Le nombre des globules peut présenter dans l’anémie une diminution énorme. Dans l’anémie intense on le trouve, d’après Hayem, oscillant entre 4.000.000 et 800.000 globules, et dans les cas d’aglobulie extrême, il tombe au-dessous de 800.000 globules. Laache (2) signale des cas d’anémie pernicieuse avec 360.000 globules et où la reconstitution du sang put être obtenue.

La forme des globules dans les cas d’anémie est souvent allongée, leur consistance paraît diminuée. Mais ce qui frappe surtout dans l’examen d’une préparation microscopique de sang d’anémique, c’est le caractère déjà signalé plus haut, de l’irrégularité des dimensions globulaires.

Les globules paraissent en outre plus ou moins décolorés. Cette diminution Aa pouvoir colorant d'ahorà signalée par Duncan, est aujourd’hui bien établie grâce aux travaux de Malassez, Hayem, Laache, etc. Elle apparaît nettement lorsqu’on compare le pouvoir colorant et la richesse globulaire du sang anémique à ceux du sang normal (voy. p. 185 et 186). Ainsi dans un cas de chlorose avec anémie au 3' degré (voy. plus bas), Hayem a obtenu les chifires suivants :

Nombre de globules rouges par millimètre cube. ... N =2.900.000 Puissance colorante exprimée en globules sains. . . . R = 1.307.000 Valeur individuelle de chaque globule . G = 0,52

Mais il peut arriver aussi, dans les cas d’anémie intense, que la valeur indi-

(1) Becquerel et Rodier, Traité de chimie pathol., Paris, 1854, p. 50.

(2) Laache, iialy's Jahresb., t. XllI, p. 139, 1883.

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viduolle de chaque globule atteint, et, dans certains cas, dépasse même légèrement l’unité, par suite de la présence d’un grand nombre de globules géants. Laache (toc. cit.) a vu dans l’anémie pernicieuse la valeur individuelle des globules s’élever jusqu’à 4,08. Ajoutons que les dosages directs d’hémoglobine confirment les résultats fournis par l’étude du pouvoir colorant du sang. La richesse du sang en matière colorante tombe fréquemment à 6-7 p. 100, et même au-dessous.

Notons encore, d’après Hayem (1), les signes principaux qui caractérisent les divers degrés d’anémie. Au premier degré, il peut y avoir simplement aglobulie légère, mais le globule a conservé sa valeur normale. C’est l’oligoc/iromémie des auteurs sans oligocithémie. 11 peut arriver aussi que cette valeur est diminuée (oligocithémie) ; les valeurs de G oscillent entre 0,90 et 0,65, tandis que le nombre des globules est parfois supérieur à celui qu’exprime la puissance colorante du sang. Au second degré, dans l’anémie d’intensité moyenne, le diamètre moyen des éléments tombe à 7, a ou 7fx,b, leur nombre oscille entre 5 et 3 millions et la valeur de G entre 0,30 et 0,80 (moyenne 0,50). Les globules géants sont rares; les petits globules sont nombreux et finalement la caractéristique de l’état pathologique, malgré des différences individuelles, paraît être l’impossibilité, pour les globules jeunes, d’atteindre leur développement parfait. Au troisième degré, dans l’aglobulie intense, N oscille entre 4.000.000 et 800.000, R entre 2.000.000 et 800.000; mais G, par suite de la présence d’un nombre croissant de formes géantes, peut atteindre et même dépasser l’unité. Enfin le quatrième degré ou aglobulie extrême, est caractérisé par l’extraordinaire diminution du nombre des globules qui tombent à 800.000 et au-dessous. R est représenté par un chiffre maximum de 800.000, G oscille entre 0,88 et 1,70 (Hayem), il s’élève même à 4 (Laache). L’irrégularité des dimensions globulaires devient frappante. Les altérations des globules blancs en qualité et en nombre sont exceptionnelles et ne se rencontrent que dans les cas graves. D’après Hayem, ces globules sont parfois, dans l’anémie intense, teintés d’un peu d’hémoglobine {surcharge en hémoglobine) (2).

Ces diverses phases s’observent dans la chlorose, c’est-à-dire dans l’anémie des jeunes filles. Dans la chlorose tardive où d’autres états pathologiques viennent le plus souvent se greffer sur la chlorose primitive, les phénomènes peuvent être plus compliqués ; mais en ce qui concerne les altérations du sang dont l’étude rentre dans le cadre de cet ouvrage, nous n’avons rien de spécial à ajouter. Nous en dirons autant des chloro-anémies, terme général dans lequel Hayem comprend les cas de chlorose se compliquant à un moment donné de leur évolution — laquelle peut être fort longue — d’une autre maladie, capable par elle-même de produire de l’anémie, ou ceux au contraire où l’on voit la chlorose survenir plus ou moins tardivement à l’occasion ou dans le cours de diverses maladies (chloroanémie tuberculeuse, syphilitique, etc.). Les valeurs de N, de R et de G sont ici très variables (3). Enfin, les caractéristiques de l’anémie pernicieuse sont l’énorme diminution de N et l’augmentation de G déjà citées plus haut.

Sous ces diverses formes cliniques se retrouve donc un symptôme constant, qui

(1) Hayem, loc. cit., p. 410.

(^2) Hayem, Du Sajig, etc., pp. 383 et 417.

(3) Voyez le travail de Laache, loc. cit.

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est l’a.globiilie ou mieux l’hypoglobulie, qui ne peut résulter que d’une diminution dans la formation ou d’une destruction exagérée des éléments anatomiques du sang. Dans certains cas, on ne trouve, d’après Hayem, aucune preuve d'une destruction exagérée des hématies : il y a alors aglobidie simple. Chez d’autres malades, il se fait au contraire une destruction de globules hors de toute proportion avec la quantité d’éléments formés (anémie par déglobulisation), et ce phénomène paraît jouer le rôle le plus important. En effet le sang des chlorotiques est, à la vérité, quelquefois assez pauvre en hématoblastes, mais cet état n’est durable que dans les cas extrêmes. Le traitement, une bonne hygiène suscite facilement des poussées hématoblastiques qui indiquent, selon Hayem, que la fonction de régénération des globules a conservé une activité suffisante. -Au contraire la destruction des hématies paraît, dans certains cas, s’opérer avec une intensité et une rapidité extraordinaires, comme si la malade était atteinte d’hémorragies multiples et intenses. Corrélativement on observe dans la chlorose une urobilinurie d'origine hématique, d’après Hayem et^Winter (I), et ces décharges urobiliques correspondraient, d’après ces observateurs, avec des phases de destruction globulaire intense.

On a essayé, dans ces derniers temps, d’établir une relation entre la réaction du sang et les phénomènes de déglobulisation. E. Graeber a signalé le premier ce fait que chez les chlorotiques présentant l’oligochromémie sans oligocithémie sensible, le titre alcalimétrique est notablement augmenté. E. Peiper, Rumpf confirment ce fait. Dans une période ultérieure de la maladie, lorsque la chlorose aboutit à l’état anémique franc, le titre hémo-alcalimétrique s’abaisse au point que l’alcalinité devient à peine sensible (de Rienzi et Marotta, Mya et Tassinari, Rumpf) (2). Il serait sans doute prématuré de conclure de ces faits que le sérum du sang des chlorotiques possède vis-à-vis des globules rouges un pouvoir de destruction dû à l’exagération de l’alcalinité de ce liquide. Ce pouvoir globulicide paraît pourtant réel. Maragliano et Castellino l’ont constaté directement en mettant du sérum de chlorotiques en contact avec des globules de sang normal. Mais les expériences de Daremberg, celles de Buchner semblent bien montrer que l’alcalinité ne joue ici, de toute façon, qu’un rôle secondaire (voy. p. 218 et 123) (3).

Cette déglobulisation, qui est surtout intense dans V anémie pernicieuse progressive, se passerait, d’après W. Hunter (4) et Mott(.3), non pas dans tout l’arbre circulatoire, mais probablement dans le foie, qui, dans cette affection, présenterait les caractères suivants : 1“ une richesse extraordinaire en fer; 2“ la présence de quantités exagérées de pigment dans les cellules hépatiques ; 3» la production d’une dégénérescence graisseuse du centre des lobules et portant à

(1) Hayem, Du Sang, etc., p. 732.

(2) Voy. plus loin, p. 230, 232, etc., ce qui est relatif à la discrasie acide du sang dans les maladies par ralentissement de la nutrition. D’après von Jaksch, le sang des anémiques contient do fortes proportions d’acide urique (ilaly’s Jahresb., t. XXI, p. 4-12, 1891).

(3) Voy. pour de plus amples détails, comme aussi pour la bibliographie de cette question : R. Drouin, Thèse, Pai-is, 1892, p. 129 et suiv.

(4) W. Hunter, The lancet, 1888, p. 634. — Ce travail contient la bibliographie dos travaux antérieurs. — Voy. aussi Hayem, Du Sang, etc., p. 764.

(5) Mott, The lancet, 1889, p. 520, et 1890, p. 287.

MALADIES DU SANG

peu près sur le tiers de chaque lobule. Ces mêmes altérations se retrouveraient après l'injection de toluylènodiamine, un des dissolvants les plus redoutables du globule sanguin que nous connaissions. De plus, après l’intoxication par ta toluylènediamine, on retrouve dans l’urine de petits amas globuleux jaunâtres tout à fait semblables à ces amas de pigments que l’on trouve dans certains cas d’anémie pernicieuse aiguë accumulés dans les tubes contournés du rein. Enfin l’urine contient un excès d’urobiline. Pour Ilunter, la destruction des globules serait due à l’action d’un poison de nature infectieuse et qui serait résorbé par la surface intestinale.

En ce qui concerne le traitement de la chlorose, les préparations martiales, aidées par les mesures hygiéniques convenables sont restées le médicament par excellence de cette affection, bien que l'intervention directe du fer dans le phénomène de la reconstitution du globule ait été fortement contesté (voy. plus ^ haut, 1. 1, p. 135). Notons seulement ici que la quantité de fer à fournir à l’organisme est parfois considérable. Si l’on compte chez un adulte environ 3s'' de fer dans la masse totale du sang, on voit, d’après ce qui précède, que la quantité de fer que les globules doivent fixer est de dK'',S0 environ dans les cas ordinaires, et de 1*',75 à 2s%23 et même 2*', 50 lorsque l’anémie est intense. Sous l’influence du traitement ferrugineux (1), on voit, d’après Hayem,les hématoblastes très abondants dans le sang des chlorotiques diminuer peu à peu, tandis que le nombre des globules rouges augmente. Au début du traitement les formes jeunes sont très nombreuses, puis les globules se régularisent et acquièrent peu à peu la valeur normale. Quant aux globules géants, ils disparaissent de bonne heure.

Nous donnons ci-après un tableau résumant les résultats obtenus par Andral et Gavarret dans 12 analyses de sang portant sur 9 cas de chlorose (2) :

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