PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DE L’OXYHÉMOGLORINE
mination de solubilité faite par Bücheler (1) sur les cristaux du sang de cheval :
100" d’eau dissolvent, à 0”, d’oxvhemoglobine.
Les diverses oxyhénioglobines sont plus solubles dans les dissolutions très étendues de carbonates alcalins que l’eau pure et ces dissolutions semblent être plus stables. Le carbonate de potassium introduit jusqu'à refus dans ces dissolutions en précipite la matière colorante sans altération. L’eau salée dissout également l’oxyhémoglobine, bien que des dissolutions suffisamment concentrées de chlorure de sodium n’enlèvent pas de matière colorante aux globules. L’alcool, l’éther, le chroroforme, ne dissolvent pas l’oxyhémogiobine. Au contact de l’alcool absolu les cristaux se transforment, sans aucune décoloration, en une modification insoluble dans l’eau, la parahémoglobine (voyez plus loin).
Malgré les différences qu’on vient de signaler, les dissolutions des diverses oxyhémoglobines présentent les mêmes réactions spectrales, ce qui semble indiquer que les groupements atomiques dont dépendent ces réactions optiques, sont les mêmes dans ces diverses matières colorantes (2).
Toutes les oxyhémoglobines en dissolution pas trop concentrées (de 0,1 à 0,S p. 100 environ), ou simplement les sangs correspondants convenablement
étendus d’eau, présentent un spectre caractéristique, décrit d’abord par Hoppe- Seyler(3) et ensuite par Stokes (4). Entre les lignes D et E de Fraunhofer apparaissent deux bandes caractéristiques. La plus voisine de D est plus étroite et a des contours plus nets que la seconde. En même temps l’extrémité violette du spectre est fortement obscurci jusqu’au voisinage de la ligne F. La figure 1,
(1) Bücheler, Inaug. -Dissert. Tübingen, 1883, p. 9.
(2) Yon Noordea, Zeitschr. f. physiol. Chem., t. IV, p. 9. — Hoppe-Seyler, ibid., p. 480. — Jaquet, Inaug.-Dissert. Bâte, 1889, p. 23.
(3) Hoppe-Seyler, VirchSw’s Arch., t. XXIU, p. 446, 1862, et t. XXIX, p. 233 et S97, 1864.
(4) Stokes, Philos. Mag., 4” série, t. XXVIII, p. 391, 1864.
33 EKCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBUSG.
que nous empruntons à Rollet (1), montre mieux que toutes les descriptions, les variations que présente le spectre de l’oxyhémoglobine avec des concentrations croissantes ou, ce qui revient au même, avec des épaisseurs croissanles du liquide observé. On a porté en abscisses les distances relatives des lignes de Fraunhofer, en ordonnées les poids d’oxyhémoglobine p. 100. En déplaçant dans cette figure une ligne droite, parallèlement k ah, et de bas en haut, on a successivement tous les spectres que l’on obtient avec des dissolutions de concentration croissante observées toutes sous une épaisseur de 1 centimètre. Du reste l’image représentée parla figure en question peut être observée telle quelle au spectrocope, si la dissolution est introduite dans une auge prismatique, l’arête du prisme étant disposée normalement à la fente.
Cette figure montre que pour des concentrations très faibles (environ 0,003 p. 100), la première bande seule est visible. Puis, pour une concentration plus forte, apparaît la deuxième bande, en même temps que l’extrémité violette du spectre commence à s’obscurcir. Les deux bandes s’élargissent ensuite de plus en plus, mais la première beaucoup plus lentement que la seconde, puis les deux bandes se confondent en une bande unique bordée de rouge d’un côté et de vert de l’autre. Enfin, l’obscurité venant de la partie violette du spectre finit par rejoindre la bande unique, et le spectre se trouve réduit à la région du rouge.
L’observation purement qualitative ne peut donner qu’une idée approchée de la marche réelle de l’absorption (1). La spcctrophotométrie (2) seule peut fournir ici des données précises. L’étude photométrique du spectre d’absorption du sang a été faite pour diverses espèces animales par Vierordt (3) , à l’aide de son spectrophotomètre à plages juxtaposées. Lambliog a repris cette étude avec le spectrophotomètre à franges de Trannin, appareil infiniment plus précis que celui de Vierordt, surtout quand il s’agit de photométrie comparée dans diverses régions spectrales (4).
Voici les résultats qu’il a obtenus avec un sang de cheval dilué au 1/tOO et observé sous une épaisseur de 1 centimètre. La richesse en hémoglobine du liquide dilué était d’environ ls--,2 à le',3 p. 1000.
(1) Rollet, Blut und Blulbewegung , in Hermann’s Handbuch d. PhysioL, t. IV, !'• partie, p. 48. Leipzig, 1880.
(2) Cette observation s’applique notamment 4 la figure l.Il est clair que l’absorption ne commençant pas brusquement, lorsqu’on passe d’une région claire à une région sombre, c’est par une série de teintes de plus en plus sombres, et non par une ligne unique, qu’il eût fallu sur cette figure marquer ce passage. C’est ainsi qu’il ne faudrait pas croire que pour 0,6 p. 100 de matière colorante, il persiste entre les deux bandes, comme la figure semble l’indiquer, une région d’absorption nulle, et que pour 0,7 p. 100 les deux bandes se sont fondues en une bande uniformément obscure. L’examen de la figure 2 montre immédiatement, et sans qu’il soit nécessaire d’insister plus longuement, ce que la figure 1 a de trop schématique sous ce rapport.
(3) Voyez l’exposé de cette méthode dans une autre partie de l’Encyclopédie (Analyse chimique des liquides et tissus de l'organisme, par Garnier et Sehlagdenhauffen, p. 16 et 138) et dans ; Lambling, Arch. de physiologie, 1888, p. 389.
(4) Vierordt, Die Anwendung des Speetralapparates, elc. Tttbingen, 1873, p. 110, et Die quantitive Spectralanalyse in ihrer Anwendung auf Physiologie, etc. Tübingen, 1876, p. 53.
(5) Lambling, Revue biologique du Nord de la France, t. I, n' S, 1889.
l'IîOPRlÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES UE L’OXYHÉMOGLOBINE.
Absorption de la lumière par le sang de cheval dilué.
Piégions spectrales désignées
par leurs longueurs d onde.
Intensités lumineuses restantes en centièmes de l’intensilc primitive.
4 Première bande.
5 Deuxième bande.
Au delà de la région b, l’absorption continue encore à décroître jusqu’au milieu de l’espace qui sépare les lignes E et F où il se produit vers X = 804 un
nouveau minimum d'absorption, puis la courbe remonte assez lentement jusque vers la ligne G où l’extinction devient sensiblement complète. D’ailleurs, les mensurations photométriques deviennent très difficiles dans ces régions.
34 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — L.4MBLINC.
Pourtant, avec l’aide de la photographie, d’Arsonval (1) a pu démontrer l’existence d’une bande d’absorption très large s’étendant de G jusqu’au delà de II^ et allant de X — 430 à X = 393.
En examinant ces résultats, et surtout en construisant la courbe des absorptions lumineuses {fig. 2) (2), on comprend aisément pourquoi la première bande est à bords plus nets que la deuxième. On remarquera également que, dans la région de la première bande, l’absorption est un peu plus forte que dans celle de la seconde, qui d’ailleurs disparaît la première par la dilution. Vierordt était arrivé à une conclusion opposée dans son étude photométrique du sang des mammifères ; mais Lambling a montré que ce résultat tient à l’infériorité de l’appareil de Vierordt, vis-à-vis du spectrophotomètre à franges (3). Notons encore que les régions comprises entre les ordonnées mn et op correspondent respectivement aux plages
D32E — Do4E (X = 563 — 531) et D63E — D84E (X = 545 — 534),
pour lesquelles Ilüfner et ses élèves et d’autres observateurs , ont déterminé les rapports d’absorption Aj et A„ de l’oxybémoglobine, nécessaires pour le dosage de cette substance par voie spectropholométrique. On a donné ailleurs une liste des principaux résultats qui ont été obtenus (4), et l’on a montré
(1) A. (l'Arsonval, ArcA. de physiol., t. XXII, p. 340. — Voy. aussi : Crabe, Inaug.- Dissert., Dorpat, 1892.
(2) On a porté en abscisses les longueurs d’ondes et en ordonnées les intensités lumineuses restantes en centièmes de l’intensité lumineuse primitive.
(3) Lambling, Revue biologique du Nord de la France, t. I, n” 5, 1889. — Voyez aussi la note de la page 67.
(4) Voy. t. IX, Analyse chimique des liquides et tissus de l'organisme, par Garnier et Schlagdcnhauffen, p. 28 et 168. — Quelques indications complémentaires sont devenues nécessaires ici. En terminant la description des divers speetropliotomètres, ces auteurs font remarquer que la valeur des rapports d’absorption des diverses matières colorantes varie assez notablement, selon la nature de l’appareil employé. Le tableau suivant donnera une idée de l’étendue de ees , variations pour les valeurs de Ao et A^.
(Von Noorden, Zeitschr. f. physiol. Chem., t. IV, p. 9. — Büchelcr, Dissert, inaug. Tübingen, 1883. — J. Otto, Zeitschr. f physiol. Chem., t. VII, p. 57; Pflüger's Areh., t. XXXVI, p. 12, 1883. — Lambling, Thèse. Naney, 1882, p. 133). — JIM. Garnier et Schlagdenbauflon font remarquer que la raison de ces variations, atteignant ainsi une grandeur théoriquement indépendante de l’appareil employé, nous échappe encore totalement. J’ai signalé, depuis