PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DE L’OXYHÉMOGLOBINE
comment ces recherches photométriques ont permis d’établir l’identité, au point de vue optique, des dissolutions d’oxyhémoglobine pure et des dissolutions de sang provenant de la même espèce animale.
On sait, en effet, que le quotient des coefficients d’extinction que présentent les dissolutions d’une matière colorante dans deux régions spectrales est constant et égal à l’inverse du quotient des rapports d’absorption relatifs à ces mêmes régions.
Si A, et A„' désignent les rapports d’absorption de l’oxyhémoglobine dans deux
cette époque, quelques-unes des causes auxquelles on doit rapporter les écarts observés (Lambling, Sur les variations du rapport d'absorption des matières colorantes avec la nature de l’appareil photométrique, in Revue biologique du Nord de la France, t. I, n“ 6, 1889).
On remarquera que, malgré ces variations, le rapport ^ est resté sensiblement constant
lorsqu’on passe d’un appareil à l'autre. Cela tient à. ce fait que les mensurations dans les diverses régions spectrales sont également affectées par les différences existant entre les appareils photométriques des trois instruments précités, qui tous trois sont des appareils à plages juxtaposés. Il n’en est plus de même lorsqu’on passe aux appareils à plages superposées et à franges, fondés sur un principe tout à fait différent. C’est ainsi qu’avec le spectrophotomètre de Trannin, j’ai trouvé pour les sangs de eheval, de bœpf, de mouton, de pore et de chien des valeurs du quotient allant de 1,58 à 1,61. Cette différence tient principalement à ce fait que dans les appareils à franges l’observation peut porter sur des plages spectrales beaucoup plus étroites que celles qu’impose en général à l’observateur la nature même des appareils à faisceaux juxtaposés. Ainsi, la région spectrale D32E — D54E (X = 565 — 551) relative b Aq, et comprise dans la figure 2 de la page 33 entre les ordonnées m et n, parait à Toeil d’un éclat uniforme, lorsqu’on l’examine au spectroscope de Hüfner, et cependant la figure précitée montre qu’il n’en est rien. C’est que l’œil fait, b Tinsu de l’observateur, une sorte de moyenne entre les intensités lumineuses qui se succèdent de m b n. Il résulte de Ib pour les coefficients d’extinction une valeur trop forte. Au contraire, dans l’appareil b frange, on saisit nettement, grâce b la précision avec laquelle Tœil localise le phénomène de la disparition des franges, le minimum que la courbe indique au milieu de la région mn. C’est sur la région très étroite et très précise de ce minimum, c’est-b-dire Ib où les franges disparaissaient en premier lieu et non pas sur l’ensemble de toute la plage, que portent les mensurations avec l’appareil de Trannin. Il en résulte nécessairement pour Sq des valeurs plus faibles. On remarquera, au contraire, que dans la région de la deuxième bande {D63E — D8iE; X=: 545 — 534) compnise sur la figure entre o et p, l’absorption est b peu près uniforme. L’appareil b faisceaux juxtaposés de Hüfner et Tapparcil b franges de Trannin devaient donc fournir Ib des valeurs de b peu près identiques. Conséquemment, le quotient — = devait être plus faible pour le premier appareil que pour le second.
Lé même raisonnement s’applique b des appareils qui, tout en étant b faisceaux juxtaposés, seraient munis de prismes b pouvoirs dispersifs beaucoup plus considérables que celui des prismes habituellement employés dans les appareils de Hüfner ou de Vierordt. C’est Ib sans doute ce qui arrive pour l’appareil de Dupré, dont s’est servi Cherbuliez. Cet auteur a déterminé les valeurs de Aj et A'„ pour les plages A = 553 — 558 et X = 536 - 541. La première de ces plages, bien plus étroite que celle qu’imposait b Hüfner le moindre pouvoir dispersif de son prisme, serre de très près le minimum que marque notre courbe entre m et n. Tout le raisonnement qui précède s’applique donc encore, et Ton pouvait prévoir une valeur plus forte pour le quotient—^. C’est ce qui a lieu effectivement ; Cherbuliez a trouvé pour ce quotient 1,537. (valeurs extrêmes 1,577 — 1,490) avec Toxyhémoglobine de cheval. (Lambling, Étude photométrique du spectre d'absorption du sang, etc., in Revue bioloqique du Nord dé la France, 1. 1, n" 5, 1889. — Cherbuliez, Thèse de la Faculté de Médecine de Paris, 1890, p. 73).
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régions specfrales, s, et les coefficents d'extinction d’une dissolution quelconque de la même subtance, dans la même région , il vient donc :
Or, l’observation montre que ce quotient est sensiblement le même pour les dissolutions d’oxyhémoglobine et pour des dissolutions de sang provenant de la même espèce animale, résultat qui démontre ce premier fait, à savoir que le spectre du sang tel que nous le connaissons n’est dû qu’à une seule substance qui est l’oxyhémoglobine. En second lieu, bien que les valeurs de Aj et de AJ varient d’une espèce animale à l’autre, le quotient reste sensiblement constant ainsi qu’il ressort du tableau que voici (I) :
Notons enfin que, d’après S. ïorup, l’addition d’un peu de carbonate de sodium à la dissolution aqueuse de 1 oxyhémoglobine déplace légèrement les bandes d’absorption. {Maly's Jahresb., t. XVll, p. 120.)
Il devient par suite infiniment probable que le groupement atomique qui détermine les phénomènes de couleur est identique dans les diverses oxyhémoglobines malgré les différences de composition, de solubilité, etc..., signalées plus haut(t).
l’iioruiÉTÉs CHIMIQUES. — L’oxyhéiiioglobine bien desséchée peut être chauffée sans décomposition jusqu’à 110-115°. A 160° ou un peu au delà, elle se décompose en dégageant une odeur de corne brûlée et laisse après calcination complète un résidu d’oxyde ferrique.
l/oxyhémoglohine est une substance très altérable. Sa dissolution aqueuse est coagulée à 70-80“ avec production d’hématine. Abandonnée à l’air à la température ordinaire, cette dissolution présente très rapidement les réactions de la
(1) Vuy. la note (4) de la page .34.
(à) Lambliiig a trouvé pour quelques vertébrés inférieurs (grenouille, cyprin doré, anguille) et chez un invertébré (lombric}, un quotient notablement plus faible (Lambling, Revue biologique du Nord de la France, t. I, n° 5, 1889).
PROPRIÉTÉS PHYSidUÉS ET CHIMIQUES DE L’OXYHÉMOGLOBLNE. 37
méthémoglobine. Les alcalis caustiques qui, en solution très étendue, ladissolvcnt très facilement, l’allèrent rapidement à un plus fort degré de concentration. De la même manière l’alcool fort qui la précipite de ses dissolutions aqueuses, sans la décomposer d’abord, l’altère ensuite très rapidement.
La plupart des acides minéraux, même très étendus, précipitent l’oxyhémoglobine en la décomposant.
L’acide acétique très concentré se comporte de même, mais l’acide acétique moins concentré, l’acide oxalique, l’acide tartrique et l’acide phosphorique la décomposent sans précipitation. Elle n’est précipitée ni par l’acétate, ni par le ■sous-acétate de plomb (1), tandis que la plupart des autres sels à métaux lourds — et principalement ceux qui se décomposent facilement en acide libre et en sel basique — la précipitent avec décomposition.
Le nitrate d’argent ne produit pas immédiatement On précipité avec les dissolutions d’oxyhémoglobine, mais seulement après que la matière colorante a été décomposée.
L’oxyhémoglobine a les propriétés d’un acide faible ; du moins, elle se comporte ainsi, d'après Preyer (2), vis-à-vis du papier de tournesol. Schmidt (3) et Rollet(4) rapportent que dans l’électrolyse du sang, elle se dépose inaltérée au pôle positif et à l'état cristallisé 1 Enfin, Preyer et lloppe-Seyler ont montré que le mélange d’hoxyliémoglobine et de carbonate de sodium en dissolution dégage de l’acide carbonique lorsqu’on le soumet à l’action du vide.
L’oxyhémoglobine (ou l’hémoglobine) ajoutée à un mélange d’essence de térébenthine ozonisée et de teinture de ga'iac produit une coloration bleue. On admet qu'elle se comporte ici comme ozoraophoî’e, c’est-à-dire qu’elle transporte l’ozone de l’essence de térébenthine sur la résine de ga'iac (Schœnbcin, .\lmen. Dis). Mais d’après KoYvalewsky (.3), il s’agirait ici, non point d’ozone, mais d’un produit d’oxydation de l’essence de térébenthine. D’après Pflüger, l’oxyhémoglobine pourrait agir aussi comme producteur d’ozone [Ozonerreger), c’est-à-dire qu’elte aurait la propriété de transformer l’oxygène de l’air en ozone. Si on laisse, en effet, sécher une goutte d’une solution de ga'iac sur du papier, et qu’on ajoute du sang dilué (de cinq à dix fois), il se produit une tache bleue. L’expérience réussit également, en dehors du contact de l’air, avec du sang saturé d’oxyde do carbone.
Les réducteurs en solution neutre ou légèrement alcaline (sulfure d’ammonium, solation alcaline de tartrate stanneux ou ferreux) (6) ou encore la limaille de fer (7), le fer réduit (8), la poudre de zine transforment l’oxyhémoglobine en hémoglobine. La meme réduction se produit sous l’aelion de la putréfaction à
U) D'après Bertiii-Sans, l’oxyhémoglobiiie serait précipitée par le sous-acétatc de plomb, et rotte réaction ne saurait servir, comme l’indique Hoppe-SeyIcr,,à la séparation de la motliémoglobine et de l’oxyhémoglobine. (Bertin-Sans, Thèse, Montpellier, 1888, p. 108.)
(2) Preyer, Pflüger's Arch., t. I, p, 403,
(3) A. Schmidt, Hamalolog. Studien. Dorpat, 1865, p. 117.
(4) Rollct, Wiener Acad. Silzungsber., l. Eli, 2° partie, p. 246, 1843.
(5) Kowalewsky, Centralblat f. d. med. Wissensch., 188 ), p. 113.
(6) Slokes, Phil. Mag., 4” série, 1. XXVllI, p. 391.
(7) Rollet, Wien. Akad. Silzungsber., math.-naturwiss. Classe, t. LU, partie, p. 240, 1863.
(8) Ludwig et Schmidt, Silzungsber. d. Sachs. Ges. d. TUm., 1868, p. 12.
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l’abri de l’air, ou bien lorsqu’on soumet les dissolutions d’oxyhénioglobine à l’action du vide ou d’un courant de gaz inerte, comme l’hydrogène. Les cristaux humides, soumis à l’action du vide dégagent également de l’oxygène, mais en moindre quantité que pour les dissolutions de la matière colorante.
Un grand nombre d’observateurs ont essayé de déterminer la quantité d’oxygène que dégage 1 gramme d’oxyhémoglobine pour se transformer en hémoglobine ou, ce qui revient au même, la quantité d’oxygène qu’absorbe 1 gramme d’hémoglobine pour reproduire l’oxyhémoglobine (1). Ces déterminations ont été faites .soit par voie absorptiométrique, c’est-à-dire en agitant des dissolutions titrées d’hémoglobine avec un grand excès d’oxygène ou d’air atmosphérique et en mesurant la quantité d’oxygène disparu, soit par décomposition de l’oxyhémoglobine en hémoglobine et en oxygène, c’est-à-dire en mesurant le volume d’oxygène dégagé par une’ dissolution d’oxyhémoglobine saturée d’cxygène par agitation à l’air et soumise ensuite à l’action du vide de la pompe à mercure.
Dans quelques expériences, la dissolution, saturée d’oxygène atmosphérique, n’était soumise à l’action du vide qu’après agitation avec l’oxyde de carbone On tenait compte bien entendu, à l’aide d’un coefficient correcteur, de la quantité d’oxygène dissous physiquement dans le liquide.
Origine Volume d’oxÿgène
(le fix(i par Observateurs,
l’oxyhémoglobine. lOO”' de mat. eolor.
Chien . 168“ Hoppe-Seyler (2).
— . 155 Dybkowski (3).
— . . . . 162 Preyer (4).
— . 163 VVorm-Müller (5).
— . 158 - Hüfner (6).
Cheval . 172 Hüfner (7).
Porc . 168 Otto (8).
11 est intéressant de rapprocher ces résultats des chiffres que l’on obtient en calculant d’après les considérations théoriques que voici la grandeur cherchée. Si l’on admet qu’à un atome de fer dans l’hémoglobine correspond un atome d’oxygène, le poids d’oxygène p, qui fixent 100 grammes d’une hémoglobine contenant 71 p. 100 de fer, sera :
et si l’on adopte, par exemple, pour l’hémoglobine de chien, le chiffre de 0,43 p. 100 de fer donné par Iloppe-Seyler, il vient :
P =z 0»%12285 ou 8o",9 à 0“ et à 760.
(1) Le poids moléculaire de l’hémoglobine étant énorme par rapport à celui de l’oxygène, on peut confondre sans erreur sensible le poids de l’oxyhémoglobine avec celui de l’hémoglobine.
(2) Hoppe-Seylcr, Med. chem. Unlers. Tübingen, 1867-1869, p. 19.
(3) Dybkowski, ibid.,\). 117.
(4) Preyer, De Hœmoglobino observationes, etc. Bonn, 1866.
(5) Worm-Müller, Ber. d. sache. Gesellsch. d. Wiss., 1870, p. 351.
(6) Hüfner, Zeitschr. f. pkysiol. Chem., t. I, p. 329.
(7) Hüfner, Zeitschr. f. physiol. Chem., t. VIII, p. 359.
(8) Otto, ibid., t. VII, p. 64.