LA RESPIRATION. — GÉNÉRALITÉS
« Il résulte de ces expériences que pour ramener à l'état d’air commun et respirablo l’air qui a été vicié par la respiration, il faut opérer deux effets : 1° enlever à cet air par un alcali caustique la portion d’acide crayeux aériforme (acide carbonique) qu’il renferme ; 2° lui rendre une quantité d’air éminemment respirable (oxygène) égale à celle qu’il a perdue.
« La respiration, par une suite nécessaire, opère l’inverse de ces deux effets, et je me trouve à cet effet conduit à deux conséquences probables et entre lesquelles l’expérience ne m’a pas encore mis en état de prononcer.
« Il arrive de deux choses l’une par l’effet de la respiration : ou la portion d’air éminemment respirable contenue dans l’air de l’atmosphère est convertie en acide crayeux aériforme en passant par le poumon; ou bien il se fait un échange dans ce viscère : d’une part, l’air éminemment respirable est absorbé, et, d*’autre part, le poumon restitue à la place une partie d'acide crayeux aériforme presque égale en volume. »
Après avoir posé dans son mémoire sur la combustion en général (1) et dans son grand travail sur la chaleur (2) (fait en collaboration avec Laplace) les fondements de toutes nos connaissances sur la production de la chaleur animale et l’origine de l’énergie chez les êtres vivants (3), Lavoisier (4) complète en 1783 ses recherches sur la respiration par une remarque nouvelle. Il avait déjà constaté que la totalité de l’oxygène disparu pendant la respiration ne se retrouve pas sous la forme d'acide carbonique. Des expériences plus précises lui montrèrent que sur 100 p. d’oxygène absorbé, 81 p. seulement sont expirées par l’animal sous la forme d’acide carbonique. Les 19 autres ne se retrouvent pas dans les produits gazeux de la respiration. Lavoisier crut pouvoir admettre que cet oxygène formait de l’eau avec de l’hydrogène fourni par le sang.
Ces découvertes mémorables furent complétées bientôt par toute une série de recherches établissant l’exactitude de la théorie deLavoisier pour toutes les catégories d’animaux. Tels sont les travaux de Vauquelin (5) sur la respiration des insectes et des vers; ceux de Spallanzani (6) sur les annélides, les mollusques, les crustacés, les insectes, les reptiles et les oiseaux ; ceux de Humboldt et Provençal (7) sur les poissons. En ce qui concerne les embryons, J. Mayow avait déjà émis l’avis qu’ils pos.sèdent une respiration analogue à celle de l’animal développé, hypothèse confirmée dès 1736, Réaumur qui fit voir qu’un enduit imperméable arrête absolument le développement de l’œuf de poule.
Lavoisier avait au début laissé en suspens une question très importante, celle du lieu où s’opère le phénomène de la combustion respiratoire. (Voy. plus haut.) Ce n’est que plus tard, dans son mémoire en collaboration avec Séguin (8),
(1) Œuvres de Lavoisier, t. H, p. 232.
(2) Ibid, t. II, ^p. 318.
(3) Voy. au début de cet ouvrage, p. 14.
(4) Œuvres de Lavoisier, t. II, p. 676.
(5) Vauquelin, Ann. de Chimie, t. XII, p. 173, 1792.
(6) Spallanzani, Mém. sur la respiration, trad. par Sennobier, Genève, 1803, et Rapport de l'air avec les êtres organisés, Genève, 1807.
(7) Humboldt et Provençal, Mém. de la Soc. d’Arcueil, t. Il, p. 339, 1809.
(8) Œuvres de Lavoisier, t. II, p. 180 et suiv.
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qu’il se prononça nettement sur ce point, et qu’il plaça dans le poumon même le siège de la production de l’acide carbonique et de l'eau. Quant à l’objection qui se posait aussitôt relativement à réchauffement du poumon, il essayait d’y échapper en supposant que le départ de l’acide carbonique dans le poumon a pour effet d’augmenter la chaleur spécifique du sang.
Plus tard Lagrange et Hassenfratz (1) développèrent les objections nombreuses qui se dre.ssent contre cette théorie, quand on compare la température des diverses parties du corps, mais les premières preuves expérimentales directes qu’on peut opposer à cette théorie furent apportées par Spallanzani (2), qui constata notamment que des limaçons exhalent dans une atmosphère d’hydrogène pur autant d’acide carbonique que dans l’air. D’autre part, en 1824, William Edwards (3) montra que si l’on introduit sous une cloche remplie d’hydrogène une grenouille que l’on a eu soin de comprimer sous le mercure afin de vider ses poumons, on trouve qu’au bout de huit heures l’animal a exhalé un volume d’acide carbonique supérieur à celui de son corps.
Il fallait donc accepter que le sang absorbe simplement l’oxygène dans le poumon pour le porter jusqu’aux tissus, et d’autre part, qu’il transporte en sens inverse l’acide carbonique produit au niveau des capillaires généraux. Mais cette conclusion ne pouvait être solidement assise que sur une connaissance précise des gaz du sang. On montrera dans le prochain chapitre que c’est tout près de nous seulement que la théorie de la respiration a pu recevoir sur ce point le complément qui lui manquait.
Dans l’étude des phénomènes de la respiration, on suivra le plan que voici :