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LA RESPIRATION. — GÉNÉRALITÉS

de l’air, et qu’aucun animal ne peut vivre dans de Pair devenu incapable d’alimenter une flamme. Plus tard Robert Boyle (1627-1691), utilisant la machine pneumatique découverte par Otto de Guericke en 1650, montra que tous les animaux, même ceux qui vivent dans l’eau, et les insectes, etc., tombent en état de mort apparente quand on leur soustrait Pair et reviennent à la vie lorsqu’on leur restitue ce fluide, et J. Bernouilli compléta celte démonstration en 1690, en ce qui concerne les poissons, en montrant que ces animaux meurent dans Peau bouillie.

A cette époque, du reste, les découvertes touchant la respiration s’accumulent si rapidement qu’il semble que la vérité tout entière sur cet important phénomène allait être saisie cent ans avant Lavoisier. C’est d’abord Nicolas Le Fcvre (1660) qui, après avoir reconnu, comme son contemporain J. Rey, que la calcination des métaux augmente leur poids, attribue ce phénomène à la fixation d’un « esprit universel ». « Dans la respiration, dit-il. Pair ne rafraîchit pas seulement le sang, mais encore au moyen de l’esprit universel, il subtilise et volatilise toutes les superfluités de ce liquide. »

Presqu’à la même époque, le médecin anglais John Mayow(1669), par une intuition de génie bien plus qu’en partant d’expériences précises, énonce cette proposition que l’air n’est point un tout homogène, mais qu’il renferme des particules propres à engendrer le salpêtre et les acides, et à se fixer sur les corps en combustion et sur le sang dans la respiration. En faisant respirer un animal et brûler une bougie dans un espace clos, Mayow vit que les deux phénomènes s’accomplissent simultanément dans un temps qui est la moitié de celui dans lequel ils ont lieu chacun séparément, et il conclut : Credendum est animalia ignemque particulas ejusdem generis ex ære exhaurire. Ces particules spéciales de Mayow, particules nitro-æreæ, spiritus nitro-æreus, c’est l’oxygène que Priestley devait découvrir cent ans après. Mayow ajoute que ces particules, en pénétrant dans le poumon, amènent la rutilance du sang artériel et produisent la chaleur animale par une sorte de fermentation. Son compatriote l’anatomiste Thomas Willis (1661), adoptant l’idée de Mayow sur l’absorption d’un principe aérien qu’il nomme pabulum nitrosum, pendant la combustion et la respiration, admet que le sang s’échauffe par suite d’une combustion lente qu’il éprouve dans la respiration. D’autre part, Fracassati (1665) signale ce fait que le caillot noirâtre fourni par le sang veineux devient rouge au contact de l’air, et Lower (1669) constate, en ouvrant le thorax d’un animal, que le sang entre noir dans le poumon et en ressort rutilant, quand on entretient la respiration artificielle, qu’il reste noir au contraire, quand la respiration est suspendue, et il attribue la rutilance du sang à l’action de Pair et à la pénétration dans le sang de l’ esprit nitro~aêrien.

On voit donc que dès la seconde moitié du XVII' siècle, on était bien près de saisir le vrai sens des phénomènes de la respiration. Mais ces idées n’eurent point d’influence sur le développement de la chimie et de la physiologie. En effet, en chimie le règne du phlogistique allait commencer, et cette idée devait dominer les esprits jusqu’à Lavoisier. D’autre part, en physiologie, les iatromécaniciens, cherchant le point de départ de leurs doctrines dans des hypothèses mécaniques, allaient aboutir à des théories d’autant plus erronées, qu’elles

iiS ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.

étaient plus logiquement déduites de suppositions gratuites ou de faits incomplètement observés.

C’est en vain que dans tout le cours du XVIII” siècle les faits expérimentaux s'accumulent, plus nombreux et plus précis. Sous l’influence de l’idée sthalienne et des doctrines des iatro-mécaniciens, toutes les découvertes réalisées dans l’ordre des faits ne peuvent aboutir à une synthèse exacte. C’est en vain que J. Black, de Glasgow, démontre en 1757 la présence dans l’air expiré de l’ai?* fixe ou gaz sylvestre de van Helmont (acide carbonique). C’est en vain que Priestley, qui a tant fait pour la connaissance des gaz, institue, dès 1770 environ, d’importantes rechei'ches sur la respiration des animaux. 11 prouve que l’air fixe, l’air commun qui a servi à transformer les métaux en chaux (oxydes), et l’air vicié par la combustion d’une bougie, par la fermentation, par la putréfaction et par la combustion du charbon, font périr les animaux, aussi bien que l’air commun altéré par leur respiration. 11 montre, en outre, que l’air commun, ainsi vicié par la combustion du charbon ou parla respiration, contient de l'air fixe, et que pour rendre cet air respirable, il suffit de le tenir pendant quelques jours en contact avec une plante en pleine végétation.

11 comprit toute la portée de cette belle expérience et développa des idées très justes sur l’antagonisme des végétaux et des animaux considéré comme cause de l’invariabilité de composition de l’atmosphère. Plus tard Priestley découvrit l’oxygène qu’il appela air déphlogistiqué, et il montra que ce gaz entretient la respiration plus longtemps que l’air commun, mais en se chargeant peu à peu comme ce dernier d’air fixe. Enfin il fit voir par une série d’expériences très bien conçues et très démonstratives que l’air commun et l’air déphlogistiqué jouissent seuls de la propriété de rendre au sang veineux la couleur rutilante du sang artériel, et que celte action s’exerce même à travers une membrane organique humide, tandis que du sang rutilant artériel prend la couleur noirâtre du sang veineux, quand on le met en contact avec de l’air déphlogistiqué (azote), de l’air inflammable (hydrogène) ou de l’air fixe (acide carbonique).

11 semble qu’après des expériences aussi précises et une observation aussicomplète des phénomènes extérieurs de la respiration, la véritable théorie de la combustion respiratoire devait s’imposer à l’esprit de cet homme de génie. Mais embarrassé dans la théorie de Stahl, Priestley méconnut la signification des faits qu’il avait si bien observés et fit de la i-espiration un procédé phlogistique.

Tel était l’état de la question lorsque Lavoisier, après avoir établi la composition de l’air dans son expérience célèbre de la calcination du mercure et ruiné la théorie du phlogistique, se tourne du côté de la physiologie. Dès 1777 il ramène les phénomènes chimiques de la respiration à une combustion de carbone. Sous une cloche remplie d’air et renversée sur le mercure, il place de petits animaux, et après leur mort, il constate que leur respiration a consommé une partie de l’oxygène, n’a fait subir aucune modification à l’azote, et enfinqu’à l’oxygène disparu s’est substitué un volume sensiblement égal d’acide carbonique. Parvenu à ce point, il résume ainsi l’ensemble des faits observés (1) r

(1) Mémoires de l’Acad. des sciences, 1777, p. 183, et Œuvres de Lavoisier, t. II, p. 180.

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