TENSION DE L’OXYGÈNE DANS LE SANG ARTÉRIEL
sang, passant en 2 minutes et demi dans un tube tonométrique à 10,36 p. 100 d’oxygène, portèrent la tension de ce gaz à 10,44 p. 100. De cette expérience Herter conclut que la tension de l’oxygène dans le sang est un peu supérieure à 10,36 p. 100 d’une atmosphère, c’est-à-dire à 78””, 8 de mercure. Mais supposons que la tension primitive de l’oxygène dans le sang ait été en réalité beaucoup plus élevée, et soit de 136““, comme le veut Chr. Bohr, et calculons combien une chute de pression de 136 à 78““, 7 peut faire perdre d’oxygène à 290“ de sang (que nous supposerons à 14 p. 100 d’hémoglobine).
Pour ces deux tensions les états d’équilibre calculés d’après les formules de Hufner, sont respectivement :
Pour 136"'“ Pour 79”“
Hémoglobine . - . 0", 24
Oxjhémoglobine . 13 ,76
Lorsque la pression tombe de 136 à 79"”, il y a donc, pour 100“ de sang, 13,76 — 13,S8 = 08',18 d’oxyhémoglobine qui se transforment par dissociation en hémoglobine, en abandonnant un volume d’oxygène égal à :
ce qui fait pour 290“ de sang 0“,82 d’oxygène (2). Cette quantité de gaz va se diffuser dans l’atmosphère d’un tube tonométrique dont le volume peut être évalué à 100“ environ (3). La proportion d’oxygène va donc être portée de 10,36 p. 100 à 11,18 p. 100 et sa tension de 79 à 84"",9 de mercure seulement (4), bien que dans le sang la tension primitive fût égale à 136"“. Encore faut-il admettre que, durant le court espace de temps qu’a duré le contact du sang avec l’atmosphère du tonomètre, le gaz et le liquide ont pu se mellre parfailement en équilibre de tension.
Il faut remarquer d’ailleurs combien, sous ce rapport, nos expériences .se font dans des conditions moins favorables que celles que réalise la circulation pulmonaire. Dans le poumon, comme le fait observer Zuntz, les capillaires sanguins ont à peine le diamètre d’une hématie; chaque globule vient donc frôler immédiatement la mince paroi qui le sépare de l’air alvéolaire. Dans nos expériences de
(1) En admettant avec Hüfner que 1«' d’hémoglobine peut fixer 1“,58 d’oxygène.
(2) Théoriquement, il faudrait ajouter encore la quantité d’oxygène que le plasma dissout en moins lorsque la pression tombe de 136 h 79"", mais cette quantité est tout à fait négligeable.
(3) Herter ne donne à ce sujet aucune indication numérique ; il note simplement que son appareil est analogue à celui de Strassburg. Or, dans l’appareil de Strassburg le sang coule simultanément dans deux tubes tonométriques dont la capacité doit être, d’après les indications de l’auteur, d’environ 65'" pour chacun d’eux. On peut donc admettre pour l’atmosphère du tonomètre, faute d’indications plus précises, le chiffre moyen de 100“; l'approximation reste suffisante pour qu’on puisse apprécier à quel ordre de grandeurs appartient la variation absolue qu'aurait subie la composition de cette atmosphère dans l’hypothèse où nous nous sommes
(41 Ou plus exactement la tension finale serait un peu inférieure à ce chiffre pour des raisons faciles à comprendre.
saturation, au contraire, une agitation, fût-elle très énergique, ne réalise qu’un contact infiniment moins intime, même si l’on suppose que tout le liquide sanguin a pu être réduit en gouttes tombant librement dans l’atmosphère oxygénante. Chacune de ces gouttes mesure en effet environ 50“’“' et contient environ 250 millions de globules. De la périphérie au centre de cette sphérule, il faut donc se représenter environ 400 globules rangés les uns derrière les autres et devantentrer de proche en proche en échange de diffusion avec l’atmosphère environnante !
Si l'on se reporte maintenant aux conditions dans lesquelles se fait une expérience tonométrique, on conçoit aisément comment des tensions élevées, telles que 136”” d’oxygène, peuvent être complètement méconnues à cause de la faiblesse du volume de sang employé. Ce volume a été en moyenne, dans les expériences de Herter, de 290". Il est facile de montrer qu’il aurait fallu le prendre environ lOfois plus fort pour obtenir un résultat net dans les conditions où s’était placé Herter. L’atmosphère du tonomètre était en effet, au début de l’expérience, à 78””, 7 de pression d’oxygène, c’est-à-dire à 10,36 p. 100 d’oxygène. Supposons qu’on y introduise du sang dans lequel la tension est de 136”“. A cette tension correspond une atmosphère contenant 17,89p. lOOd’oxygène. Donc le sang n’aura traduit au tonomètre sa véritable tension que lorsqu’il aura cédé à celui-ci :
d’oxygène. Mais comme pour une chute de pression de 136 à 79”", 100" de sang (à 14 p. 100 de matière colorante) ne peuvent perdre que 0",284 d’oxygène, on voit finalement que les 7", 53 d’oxygène ne pourront être fournis que par environ 2.650" de sang.
On saisit ici la raison pour laquelle les résultats de Chr. Bohr dépassent si considérablement ceux de Herter. Dans les expériences de Bohr, des masses considérables de sang passaient successivement au contact de l’atmosphère tonométrique, puisque dans un de ces essais la circulation du sang dans l’appareil fut maintenue pendant 22 minutes et demie.
Des tensions élevées, telles que Chr. Bohr les a mesurées pour l’oxygène, peuvent donc très bien exister dans le sang artériel. C’est ce qui ressort aussi des expériences tonométriques de L. Frédéricq (1), dans lesquelles le passage du sang à travers l’appareil durait une heure entière et où l’on put mesurer des tensions de 12,77 p. 100 (97“" de mercure) et de 14,80 p. 100 (112””) (2). Les chiffres de Strassburg et de Herter doivent donc être considérés comme trop faibles, mais c’est la seule conclusion précise qui se dégage de ces recherches, car les expériences de Frédéricq démontrent clairement avec quelle lenteur
(1) L. Frédéi’icq, Centralbl. f. PàysloL, t. VII, p. .33, 1893. — Les expériences de Frédéricq ont été faites à l’aide d’une méthode aussi simple que précise. Le tonomètre employé est un tube de verre engage dans un réfrigérant de Liebig, dans lequel circule de l’eau à 38'’. Dans le tube, an fait arriver du sang artériel d’un chien auquel on a injecté 0'i'’,23 de propeptone ])ar kilogramme de poids vif, afin de snpprimer la coagulation. Le sang, après avoir traversé le tonomètre, retourne à l’animal. Au bout d'une heure, on détache l’appareil et on fait passer les gaz qu'il renferme dans une burette à gaz où s’opère l’analyse.
(2) On rapportera plus loin (voy. p. 296 et 321) des expériences relatives à la tension des gaz dans les tissus et qui démontrent indirectement l’existence de hautes tensions d’oxygène dans le plasma sanguin. Voyez en particulier les analyses de gaz de la salive par Pflüger.