‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e sectionChapitre 137 sur 273 · I II · texte numérisé non relu

I II

Sérum . 50,3 vol. p. 100 57,3 vol. p. 100 de CO^

Caillot . 42.4 — 31,2 —

Le caillot devait renfermer à la vérité une certaine quantité de sérum, mais ces expériences n’en établissent pas moins qu’une notable fraction de l’acide carbonique est attribuable aux globules.

Quant aux expériences de L. Frédéricq, elles ont consisté à recueillir du sang de cheval (sang de la Jugulaire) à l’abri de l’air à 0°, et à doser au bout d’une heure l’acide carbonique contenu dans les couches supérieures du plasma qui s’était séparé et dans les couches inférieures des globules déposés. Il a trouvé ainsi :

Plasma . 71,4 vol. p. 100

Globules . 49,6 —

Mais Zuntz (3) fait remarquer que ces chiffres ne représentent pas la véritable distribution de l’acide carbonique dans le sang durant la vie, car le refroidissement à 0° influe d’une manière variable sur la dissociation des combinaisons de l’acide carbonique et modifie par suite la distribution de ce gaz. C’est ce que démontrent en particulier les essais de Gaule, qui a trouvé que la tension que présente, à des températures élevées, l’acide carbonique du sérum séparé du sang à 0° est notablement plus faible que la tension de ce même gaz dans le sang primitif, aux mêmes températures.

Voyons maintenant sous quelle forme l’acide carbonique est contenu dans le sang. Ce liquide renferme une certaine quantité de ce gaz à l’état de dissolution physique, mais cette portion ne représente qu’une fraction très faible de la quantité totale. En effet, la tension de l’acide carbonique dans le sang, mesurée à l’aérotonomètre, est en moyenne, d’après Strassburg :

(1) Zuntz, Centralbl. f. d. med. Wissensch., 1867, 529.

(2) L. Frédéricq, Recherches sur la constilution du plasma sanguin, Paris, 1878.

(3) Zunlz, Blutgase und resp. Gaswechsel, in Hermann’s liandb. d. Physiol.

ENCYCLOPÉDIE CflIMIüUE. - LAMBLING.

Pour le sang artériel .... de 2,8 p. 100 d’une atmosphère ou de 21,28"™ de mercure.

— veineux .... de 5,4 — — — 41,04 —

Il suit de là qu’en prenant comme coefficient d’absorption du gaz carbonique le chiffre de 0,56, qui est certainement trop fort (voy. p. 257), on trouve que la quantité de gaz physiquement dissoute dans 100" de sang est en moyenne :

Pour le sang artériel de . 1",56

— veineux de . 3 ,02

Le reste, soit 40 à 45'’"* p. 100, est donc retenu dans le sang sous la forme de combinaisons chimiques, que nous devons étudier maintenant.

De bonne heure la fixation do l'acide carbonique par le sang a été comparée à l’absorption de ce gaz par des dissolutions de carbonate de sodium, avec formation de bicarbonate.

ConW + Go* + IFO = 2Co3XaH.

Mais déjà Lothar Meyer, qui a fait le premier ce rapprochement (1), avait signalé des différences considérables dans la manière dont se comportent le sang et les bicarbonates alcalins, différences que Setschenow, Pflüger, Zunlz et d’autres observateurs achevèrent de mettre en lumière.

Notons en premier lieu un certain nombre de faits, d’une importance capitale, et qui se présentent tout d’abord à l’observation

1° Lorsqu’on prépare une dissolution de bicarbonate de sodium, dont le titre corresponde sensiblement au titre alcalimétrique du sang, et qu’on soumet ce liquide à l’action d’une pompe à mercure même très puissante, on constate que même à 40°, et en prolongeant l’opération pendant plusieurs jours, on ne parvient à enlever qu’un peu plus de la moitié de l’acide carbonique faiblement combine (2), soit donc un peu plus du quart de la quantité totale (3).

2" Le sérum sanguin (du chien) contient une quantité d’alcali qui suffit pour .fixer, sous la forme de bicarbonate, plus de 50'°* d’acide carbonique pour 100“ de liquide. Or, sous l’action d’une pompe à mercure suffisamment puissante, on peut enlever au sérum presque tout son acide carbonique, et soit les 4/5 ou

(1) Les travaux de Fernot sur l’absorption de l’aeide carbonique par les solutions de phosphate de sodium sont antérieurs à ceux de L. Meyer (voy. p. 259), mais on montrera dans la suite que ce sel est très peu abondant dans le sang, ce qui diminue, pour l’exposé des faits qui nous occupent ici, l'intérêt pratique des recherches de Fcrnet. On reviendra d'ailleurs plus loin sur ces recherches.

(2) 11 importe de fixer ici la valeur de certaines expressions. Lorsqu’on fait agir de l’acide carbonique sur du carbonate de sodium, il y a formation de bicarbonate d’après la formule

Co®Na« + Co* + HO* = Co3Ka*,Co3H* = 2 CoSNaH.

Comme le bicarbonate se dissocie assez facilement en carbonate neutre, Co’Na*, et en acide carbonique, on désigne l’acide carbonique ainsi séparé sous le nom d’acide demi-combiné, ou faiblement combiné, ou acide carbonique du bicarbonate, par opposition à l’acide carbonique du carbonate neutre, Co^Na*, qui est fixé par des affinités beaucoup plus énergiques.

(3) Zuntz, Centralbl. f. d, med. Wissensch., 1867, p. 529.

ÉTAT DE L’ACIDE CARBONIQUE DANS LE SANG, même les 9/10 de la quantité totale (1). La décomposition ne s’arrête donc pas au carbonate neutre; elle va plus loin absolument, comme si on avait ajouté un acide, mais en quantité insuffisante pour décomposer tout le carbonate neutre.

3° Avec le sang, le départ de l’acide carbonique est complet, pourvu que l’on continue l’opération pendant un temps suffisant, si bien que l’addition d’un acide ne provoque plus aucun dégagement de gaz carbonique. Il y a plus: Pflüger (2) a montré que le sang ainsi épuisé peut encore décomposer de notables quantités de carbonate de soude et en dégager l’acide carbonique. Ajoutons immédiatement qu’on ne saurait expliquer ce phénomène en admettant qu’au cours de l’extraction il s’est produit des principes acides (3), carie sang neutralise avant et après l’opération la même quantité d’acide et, de plus, agité avec de l’acide carbonique, il fixe, toutes choses égales d’ailleurs, une quantité de ce gaz sensiblement égale à celle qu’il contenait avant l’extraction (4).

4° La contre-partie exacte de ces expériences nous est fournie par l’étude comparative de l’absorption de l’acide carbonique par les solutions de carbonate de sodium ou par le sérum.

En soumettant à des pressions variables d’acide carbonique des dissolutions de carbonate de sodium d’un titre alcalimétrique égala celui-de sérum sanguin, Setschenow (3) a constaté que la tension en gaz carbonique pour laquelle la transformation du carbonate en bicarbonate est complète à 15" est d’environ 30mm (Je mercure. Plus récemment, Chr. Bohr (6), en étudiant la dissociation des

(Ij 11 faut, pour arriver ce résultat, des pompes puissantes, munies, comme celles de Pflüger, d’appareils à dessiccation très actifs. Dans ces conditions, le sang subit une concentration qui a pour effet, comme Ta montré Zuntz, d’augmenter la fraction d’acide carbonique séparable par le vide. De là les différences sensibles que Ton note entre les résultats des divers observateurs. Les résultats ci-dessous, de Schœff'er, comparés à ceux de Pflüger, en sont la preuve, en effet :

AC

DE CARDONIQl'E UU SÉBUM

SC dégageant sous l’action du vide

déplacé par un acide

Total

vol. p. 100

Schœffer. .| J,‘ .

Pflüger . „

(Zuntz, Centralbl. f. d. med. Wissensch., 1867, p. S29. — Pflüger, Veber die Kohlensàure des Blutes, Bonn, 1864, p. 11. — Schôffcr, Wiener acad. Sitzungsber., t. XLI, p. 389, 1860.)

(2) Pflüger, loc. cit., p. 6.

(3) Hoppe-Seyler, Centralbl. f. de. med. Wissensch., 1863, p. 63. — Schôffer, ibid., 1866, p. 657.

(4) Gaule. Du Bois-Reymond's Arch. f. Anal. u. Physiol., 1879, p. 469.

(5) Setschenow, Uém. de l'Acad. de Saint-Pétersbourg, t. XXVI, iT 13, p. 9 et 10, 1879.

(6) Chr. Bohr, Bulletin de l'Acad. roy. danoise, séance du 9 mai 1890.

280 EN'CYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.

solutions de bicarbonate de sodium (1) à 37° a trouvé que pour une diminution de la pression de l’acide carbonique de 72 à 12””, il ne se dégage aucune quantité appréciable de gaz, et que même sous une pression de 0””,5 seulement, le carbonate de sodium a déjà fixé les deux tiers de l’acide carbonique nécessaire à sa transformation en bicarbonate.

Les choses se passent tout autrement pour le sérum sanguin. Là, la fixation chimique de l’acide carbonique n’est terminée que pour une tension supérieure à 300“" de mercure (2).

La conclusion la plus plausible que l’on puisse tirer de ces faits, c’est qu’à côté de l’alcali qui fixe l’acide carbonique, le sang contient une ou plusieurs substances à caractère acide, n’agissant pas sur le tournesol, mais pouvant néanmoins déplacer l’acide carbonique de ses combinaisons avec les bases, parce que chaque molécule de gaz carbonique déplacée est aussitôt éloignée du champ de la réaction par l’action du vide. Voyons quelles peuvent être ces substances et quel est leur rôle dans le phénomène de l’absorption et du dégagement de l’acide carbonique du sang.

Nous étudierons successivement :

1° L’absorption et le dégagement de l’acide carbonique du sérum;

2° L’absorption et le dégagement de l’acide carbonique des globules;

3“ Le dégagement de l’acide carbonique du sang total.

1° Pour ce qui regarde le sérum, examinons d’abord quelle est dans les matériaux salins de ce liquide la quantité de bases alcalines disponibles, et entre quelles substances ces bases doivent être réparties. Les cendres de d.OOOv de sérum de sang de chien se décomposent ainsi qu’il suit, d’après Bunge (3):

NaH).

CaO.

MgO Fc2 03 1.2 0»

On peut négliger, dit Bunge, à qui nous empruntons les calculs qui suivent, la petite quantité de potasse que contient le sérum, et qui d’ailleurs provient peutêtre en grande partie de la composition des globules blancs. On en peut dire autant de la chaux et de la magnésie, fixées sans doute très énergiquemeut par les albumines et les nucléo-albumine du sang, et l’on est ainsi conduit à admettre que l’acide carbonique doit être presqu’entièrement retenu par la soude. Sur les 4e°,34d de soude, 3s',463 suffisent pour saturer le seul acide énergique que le sérum contient en quantités notables et qui est l’acide chlorhydrique. La

(1) Les dissolutions employées renfermaient de 0,1 U 0,2 p. 100 de earbonate de sodium.

(2) Setsehenow, loc. cit.

(3) Bunge, Zeitsch. f. Biol., t. XII, p. 205, 1876, et Lehrb. d. physiol. Chem., 2” édition, Leipzig, 1889, p. 254.

ÉTAT DE L’ACIDE CARBONIQUE DANS LE SANG. 281

différence, soit donc 05',878 peut fixer 0e%623 d’acide carbonique, ou en volume, 316" de gaz avec formation de carbonate de sodium, et le double, soit 632", si la soude est tranformée en bicarbonate. Il viendrait donc pour 100" de sérum 63", 2 de gaz carbonique. Mais comme l’acide carbonique partage la soude disponible avec l’acide phosphorique — et avec d’autres substances encore, ainsi qu’on va le démontrer — la quantité de ce gaz ne peut atteindre un chiffre aussi considérable, et en fait 100" de sérum de sang artériel du chien ne contiennent que de 43-57 volumes d’acide carbonique.

Parmi les substances qui, dans le sérum, luttent avec l’acide carbonique pour la possession des bases, figure donc d’abord l’acide phosphorique. L’ahsorpllon de l’acide carbonique par les solutions de phosphate de sodium a été étudiée avec soin par Fernet (1), à une époque où l’on admettait dans le plasma la présence de quantités assez considérables de ce sel. Mais Sertoli (2) et Mroczkowski (3) ont montré que le sérum (de chien, de brebis et de bœuf) contient des quantités d’acide phosphorique si petites, que 100®'' de sérum ne peuvent fixer, par l’intermédiaire des phosphates, que de 0“,73 à 1",4 de gaz carbonique. Cette fixation consiste dans ce fait que l’acide carbonique transforme le phosphate bisodique en phosphate monosodique en produisant lui-même du bicarbonate de sodium, d’après l’équation :

PO^Na^H + Co5 -P IPO = PO‘NaIP -P Co^NalI.

On conçoit que cette formation du bicarbonate de sodium aux dépens de phosphate de neutre de sodium ne s’accomplisse que pour des tensions d’acide carbonique d’une certaine valeur, et supérieures à celle qui suffisent pour la formation du bicarbonate en partant du carbonate.

Si maintenant la masse d’acide carbonique en présence vient à diminuer, par exemple sous l’action du vide, la réaction inverse se produit aussitôt avec mise en liberté d’acide carbonique (4).

A côté de l’acide phosphorique agissent probablement tout un groupe de substances organiques faisant fonction d’acides faibles, et parmi lesquelles figurent en première ligne les matières albuminoïdes. Sertoli a fait voir le premier que la sérum-albumine, la globuline (5) (extraite du cristallin), bien que présentant encore toutes deux une réaction alcaline sensible, sont capables de décorn-

(1) Fci’net, voy. p. 259.

(2) Sertoli, in Iloppe-Seyler, Med. chem. Unters., 3" partie, p. 350, Tübingen, 1866.

(3) Morczkowski, Cenlralbl. f. d. med. Wissensch., 1878, p. 336.

(4) Le déplacement de l’acide phosphorique par l’acide carbonique et la réaction inverse peuvent facilement être démontrés par l’expérience que voici ; Une solution de phosphate bisodique, PO^Na^H, additionnée d’un peu de tournesol est bleue. Si l’on fait passer dans le liquide un courant d’acide carbonique, la coloration vire au rouge. Cette coloration n’est pas due k l’acide carbonique, comme on peut le démontrer par une expérience de contrôle, mais bien à la formation du sel monosodique, PO^NaH^. Si on abandonne la solution à l’air, ou plus rapidement si l’on chauffe, on voit le liquide reprendre sa coloration bleue, parce que la masse de l’acide carbonique ayant diminué, le phosphate monosodique reprend son second équivalent de soude.

(5) La sérum-globuline joue également le rôle d’un acide faible, tout comme cette globuline du cristallin. On sait que cette substance se précipite lorsqu’on sature le sérum d’acide carbonique, et le caractère acide de ce corps apparaît encore dans les expériences de Setschenow qui a montré que du sang débai-rassé de sa sérum-globuline se sature d’acide carbonique plus faci-

poser le carbonate de soude dans le vide, résultat que confirmèrent Hoppe- Seyler (1) et Setschenow (2). Seulement Hoppe-Seyler considère l’action des matières albuminoïdes comme étant quantitativement beaucoup plus faible que ne l’admet Sertoli. Setschenow a trouvé en outre que les graisses, ou plus exactement l’extrait étheré du sérum, agit également comme un acide faible, tandis que la lécithine se comporterait comme une base faible. — 1) est probable que d’autres corps se partagent encore avec l’acide carbonique les bases du sérum.

C’est cet ensemble de substances, encore incomplètement connues, qui font que, d’une part, la saturation du sérum par l’acide carbonique se fait moins facilement, c’est-à-dire s’achève pour des tensions plus élevées que lorsqu’il s’agit d’une dissolution de carbonate de sodium, et, inversement, c’est grâce à elles que l’évacuation de l’acide carbonique sous l’action du vide est plus près d’être complète avec le sérum qu’avec les dissolutions de carbonate de soude.

2* Dans les globules les phénomènes sont plus complexes. On constate d’abord, comme pour le sérum, que la quantité d’acide carbonique fixé varie avec la concentration du sang, la température et la pression (3). Quant au mécanisme même de la fixation , il faut admettre, comme pour le sérum, que l’acide carbonique se partage les bases alcalines disponibles avec deux ordres de substances : des substances minérales et des substances organiques.

Parmi les substances minérales, les phosphates alcalins, plus abondants dans les globules que dans le plasma, jouent probablement un rôle assez important, et les réactions qui se passent entre ces sels et l’acide carbonique sont celles qui ont été exposées plus haut pour le sérum.

Pour ce qui regarde les matières organiques, la globuline des globules n’exerce sans doute, à cause de sa masse très minime, qu’une influence tout à fait secondaire, mais il n’en va pas de même de l’hémoglobine qui, par sa masse, représente un facteur important, et qui possède des propriétés acides marquées. On en donnera des preuves plus loin, lorsqu’on étudiera le dégagement de l’acide carbonique dans le sang total.

Voilà donc les substances avec lesquelles l’acide carbonique se partage les bases des globules. Mais cet acide n’est pas fixé parles bases seulement; il paraît

lement qu’auparavant, c’est-à-dire pour des tensions d’acide carbonique plus faibles. (Setschenow, Arch. f. d. ges. Physiol., t. VUI, p. 1.)

Notons encore que les globulines manifestent aussi des propriétés basiques en ce sens qu’elles peuvent fixer de l’acide carbonique (Setschenow), mais cette propriété n’entre en jeu que pour des tensions en acide carbonique déjà très élevées. Au surplus, S. Torup nie l'existence de cette combinaison. {Maly's Jahresb., t. XVII, p. 115, 1887.)

(1) Hoppe-Seyler, Physiol. Chem., Berlin, 1881, p. 502.

(2) Setschenow, loc. cit.

(3) Voy. à ce sujet les tableaux de Setschenow et de Zuntz dans : Zuntz, Bhitgase und respiratorischer Gasicechsel, in Herviann's Handbuch der Physiol., t. IV, 2' partie, p. 74 et 75, Leipzig, 1882. — Notons seulement que d’après Zuntz on obtient des résultats diflerents selon que l’on traite le sang total par de l’acide carbonique pour opérer ensuite sa séparation en globules et en sérum, ou, au contraire, que l’on opère d’abord cette séparation pour faire agir ensuite le gaz sur les éléments déjà séparés. Il arrive en eil'et, dans le premier cas, que pour des tensions d'acide carbonique un peu élevée, cet acide soutire des bases alcalines aux globules et les sels ainsi formés diffusent incessamment dans le plasma.

ÉTAT DE L’ACIDE CARBONIQUE DANS LE SANG

l’ètre aussi par l'hémoglobine elle-même qui, à côté de ses affinités acides, manifesterait aussi des propriétés basiques. Cette intervention de l’hémoglobine, déjà signalée par Setschenow, a été nettement établie dans ces derniers temps par Torup et par Bohr, qui a décrit avec soin les propriétés de plusieurs variétés de carbohémoglobine. Ces combinaisons ont déjà été étudiées précédemment (voy. p. 62), et leur étude a montré que l’hémoglobine de chien peut fixer à 18° jusqu’à 6", 6 de gaz carbonique pour une pression en acide carbonique de 100““ de mercure (carbohémoglobine S). Bohr a constaté en outre que la courbe de dissociation de ces combinaisons a la même forme que celle qui représente la marche du dégagement ou de l’absorption de l’acide carbonique du sang sous diverses pressions, et comme la carbohémoglobine peut se trouver aussi bien dans le sang artériel presque saturé d’oxygène que dans le sang veineux (voy. p. 62), Bohr conclut finalement que cette combinaison joue un rôle essentiel dans la fixation de l’acide carbonique par le sang (1).

3° Revenons maintenant au phénomène du dégagement de l’acide carbonique contenu dans le sang total. Lorsque la tension de l’acide carbonique vient à diminuer dans le sang, le phosphate monométallique et les matériaux organiques à fonction d’acide faible (hémoglobine, globuline, etc.), réagissent sur le bicarbonate de soude; il se reforme aux dépens de ce sel du phosphate bimétallique et des combinaisons alcalines des dits matériaux, tandis que l’acide carbonique se dégage. D’autre part la carbohémoglobine se dissocie en hémoglobine et en acide carbonique, et enfin, si les globules viennent à se dissoudre, comme il arrive dans l’extraction du gaz à la pompe à mercure à 40° - 60°, l’hémoglobine arrivée au contact du sérum, agit à la manière d’un acide et achève la décomposition du carbonate (2).

Cette dernière réaction, signalée pour la première fois par Preyer(3), s’observe très nettement lorsqu’on ajoute de l’hémoglobine pure ou une purée de globules à une dissolution de carbonate de sodium soumise à l’action de la pompe à mercure. C’est elle qui explique pourquoi l’extraction de l’acide carbonique est complète avec le sang total, tandis qu’elle ne l’est point avec le sérum.

Ce rôle d’acide faible paraît appartenir surtout à l'oxyhémoglobine encore que sur ce point les indications fournies par les expériences ne soient pas très nettes. Holmgreen (4) Wolfberg (5) et surtoutPreyer ont montré que la saturation du sang par de l’oxygène rend plus facile le dégagement de l’oxygène, et cette opinion est généralement admise, bien qu’elle soit contredite par une expérience de Ludwig (6) qui a trouvé que du sang introduit dans un espace vide fournit la même tension d'acide carbonique, qu’il ait été au préalable saturé d’oxygène ou

(1) Voy. à la page 62 quelles sont les incertitudes qu’offre encore l’histoire chimique de la «arbohémoglobine.

(2) D’après Gréhant et Quinquaud, l’influence exercée par les globules sur le dégagement de ■ l’acide carbonique serait une action purement pliysique, ])uisque la poudre de ijeopode ou de

peroxyde de fer produit le même effet. (Soc. de Biol., 1886, p. 218.)

(3) Preyer, Die Blulkryslalle, léna, 1871, p. 69.

(4) Holmgreen, Wien. acad. Silzungsber., t. NLVllI, p. 546.

(5) Wolfberg, P/lüger’s Arch., t. VI, p. 23, 1872.

(6) Ludwig, Wien. med. Jarb., 1865, p. 159.

284 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.

non. L’étude de cette question a été reprise récemment par B. Werigo au moyen d’une méthode nouvelle et très ingénieuse qui consiste à faire respirer à un même animal par exemple de l’hydrogène par le poumon droit et de l’oxygène par le poumon gauche et à observer les différences de tension de l’acide carbonique dans l’air exhalé à droite et à gauche. La méthode constitue un progrès réel dans la technique, mais l’interprétation des résultats obtenus est encore difficile et obscure (1).

En résumé, on voit qu’un grand nombre de substances interviennent dans la fixation de l’acide carbonique parle sang et que la complexité du phénomène est ici telle qu’il est provisoirement impossible de déterminer quantitativement la part qui revient à chacun de ces corps dans l’ensemble du phénomène.

C’est pour cette raison que l’on n’a pas insisté précédemment sur les variations numériques que présentent les quantités d’acide carbonique fixées par le sang sous des pressions croissantes ou décroissantes. Le sens seul du phénomène importe ici et non point, comme pour l’oxygène, la valeur exacte de ces variations. Pour l’oxygène, en effet, les tableaux I et III des pages 263-264, montrent, par exemple, que pour une pression en oxygène de 7S““, deux sangs, contenant l’un 14 p. 100 et l’autre seulement 4 p. 100 d’hémoglobine, contiennent sensiblement la même fraction de leur matière colorante (environ 96 p. 100), transformée en oxyhémoglobine et conséquemment, qu’ils se trouvent tous deux également près de leur point de saturation chimique pour l’oxygène.

Pour l’acide carbonique, au contraire, le résultat variera considérablement d’un sang à un autre, et il faut se contenter de noter ici la marche générale du phénomène. Quelques chiffres, empruntés à Zuntz et à Setschenow montreront que, pour des tensions élevées, il arrive un moment où la quantité d’acide carbonique chimiquement fixée par le sang n’augmente plus que très lentement, mais que cette limite de la saturation chimique se manifeste pour des tensions très variables (2).

Voici d’abord une série de déterminations de Zuntz, faites à la température du corps :

PRESSION DE l’a

GIDE CARKONIQÜE

ACIDE CABBONIQUE (A 0» ET A 76“) chimiquement combiné (en centièmes du vol. du sang)

en centièmes d’une atmosphère

en millimètres de mercure

(1) Werigo, Pflüger’s Arch., t. LI, p. 321, et t. LU, p. 194, 1892. — Zuntz, ibid., t. LU, p. 191 et 198, 1892.

(2) Voy. Zuntz, Blutgase und respiratorischer Gaswechsel, in Hermann’s Handbuch d. Physiol., t. IV, 2« partie, p. 74, Leipzig, 1882.

ÉTAT DE L’ACIDE CARBONIQUE DANS LE SANG

Les deux séries suivantes ont été exécutées à la température de 0°:

Voici enfin trois déterminations faites par Setschenow sur du sang de veau, à la température de :

Sur l’animal vivant, on voit de même la quantité d’acide carbonique fixé, augmenter avec la pression de ce gaz dans l’atmosphère inspirée; mais ici le phénomène se complique, en ce sens que la richesse du sang en acide carbonique s’élève d’abord pour baisser ensuite rapidement. Ainsi chez un chien respirant un mélange de 36,9 p. 100 d’acide carbonique avec 63,1 p. 100 d’oxygène, Zuntz (1) a trouvé dans le sang de l’artère fémorale :

Après 11/2 minute

Ce phénomène, que P. Bert (2) a également observé, tient à ce fait que l’acide carbonique soustrait incessamment des bases alcalines aux globules et que le bicarbonate de soude formé, diffuse dans le plasma et de là dans les tissus.

(1) Zuntz, Berliner klin. Woehenschr., 1870, n» IS.

(2) P. Bert, La pression barométrique, etc., p. 985.

89,6 p. 100 de CoS 92,8 —

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