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THÉORIE PHYSIQUE DE LA FILTRATION

du moins, il est impossible de concevoir le courant l}'mphatique comme provenant uniquement du sang. En effet les éléments cellulaires abandonnent à la lymphe leurs produits de déchets. Or, ceux-ci ne passent pas, des cellules dans les espaces lymphatiques environnants, sans qu’il y ait en même temps passage d’eau. 11 est difficile d’admettre que la teneur en eau des tissus est toujours la môme, et comme ceux-ci sont très riches en eau (75 p. 100 en moyenne), on peut concevoir cette excrétion des produits de déchets, de la cellule vers les espaces lymphatiques, comme accompagnée d’un courant de liquide qui, dans certaines conditions, peut être considérable. 11 y aurait donc lieu de considérer la lymphe comme formée par le mélange d’une liêmolymphe {Blutlymphe) provenant du sang, et d’une histolymphe {Gewebslymphe) provenant des tissus.

Celte distinction faite, voyons comment on explique la production de la lymphe aux dépens du sang.

§ 11. La théorie physique de la filtration.

Dans cette théorie, défendue surtout par Ludwig et ses élèves, et encore aujourd’hui très généralement acceptée, on considère la lymphe comme le résultat d’une simple filtration du liquide sanguin à travers les parois des capillaires, et le courant lymphatique comme un courant latéral du courant sanguin. 11 ressort en effet d’un grand nombre de travaux (1) que la production de la lymphe augmente lorsque l’on vide par des pressions ou frictions convenables les conduits lymphatiques (2), ou lorsqu’on augmente la pression dans les capillaires sanguins par rétrécissement ou ligature des veines. En d’autres termes, si P est la pression du sang dans les capillaires, p la pression de la lymphe dans les espaces lymphatiques, la quantité de lymphe produite augmente ou diminue avec la grandeur de la différence P — p.

On voit que sous cette forme la théorie est purement mécanique. C’est un même liquide qui par voie de filtration est offert à tous les éléments anatomiques et dans lequel ceux-ci puisent selon leurs besoins.

Les premières difficultés sont apparues, lorsqu’on a examiné l’influence exercée par la pression artérielle sur la production de la lymphe. 11 semble a priori que cette influence doive être directe, et par suite facile à constater. Il n’en est rien en réalité. Ce n’est qu’à la suite d’une série de recherches (3), et à travers toutes sortes de difficultés, qu’il fut établi que l’augmentation de la pression artérielle fait croître la quantité de lymphe produite. Encore la lymphe produite (dans les membres postérieurs du chien) ne put-elle être recueillie que par expression, car il ne se produisait pas de courant spontané, et de plus cette

(t) W. Tomsa, Sitzungsber. d. Wien. Acad, math.-phys. Abth., t. XLVI. — Paschutin, Ber. d. math.-phys. Classe d. k. sdchs. Gesellsch. d. Wissenseh. zu Leipzig, 21 février 1873. — H. Emminghaus, ibid., 26 juillet 1873.

(2) C’est-à-dire lorsqu'on diminue la pression do la lymphe.

(3) Rogowioz, Pflüger’s Arch.,t. XXXVl, p. 252. — Mensorides, Over den Invloed van act. Hyperœmie op den Lymphstrom, ütrcclit, 1886. — Dourdouffi, Arch. slaves de biol., t. 111.

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augmentation restait — chose inattendue — bien inférieure à celle que provoque la stase veineuse.

Heidenhain (1) a repris cette étude en déterminant l’influence exercée par les pressions aortiques sur les quantités de lymphes fournies par le canal thoracique. Ces expériences ont montré que si dans certains cas on voit la quantité de lymphe croître et décroître avec la pression aortique, dans d’autres, au contraire, on ne saisit aucun parallélisme, et, chose plus singulière encore, lorsque la pression aortique est annulée, le courant lymphatique fourni par le canal thoracique, loin de s’arrêter, continue encore pendant 1 à 2 heures. Et ce n’est pas une lymphe déjà formée, une provision accumulée, qui s’écoule ainsi après la fermeture de l’aorte, car le liquide produit change rapidement de caractères. Il perd presque entièrement son aptitude à la coagulation spontanée t il devient opalescent, il s’enrichit en matériaux solides (c’est-à-dire en matières albuminoïdes). Ce n’est qu’au bout de quelque temps que ce courant s’arrête complètement.

Lorsque au contraire on obture la veine porte, on produit, outre une hyperhémie considérable de l’intestin et un léger abaissement de la pression artérielle, un écoulement au moins quadruple de lymphe. Mais cette lymphe, bien que très riche en globules rouges, s’est appauvrie en matériaux solides.

Enfin, en liant la veine cave au-dessus du diaphragme, on obtient, outre une anémie de l’intestin (2), un écoulement de lymphe plus rapide encore que dans le cas de la ligature de la porte. Cette lymphe est pauvre en globules rouges et plus riches en matières solides.

Si l’on rassemble ces données on voit qu’elles sont difficilement conciliables avec la théorie purement mécanique de la filtration. On sait en effet que dans la filtration à travers des membranes : t” la quantité de filtrat varie dans le même sens que la pression; 2" la quantité d’eau filtrée croît plus vite ou diminue plus vite avec la pression que la quantité d’albumine filtrée; en d’autres termes avec une pression diminuée le liquide devient plus concentré, avec une pression augmentée, plus étendu (3).

Or, des trois séries d’expériences que l’on vient de citer, une seule a fourni des résultats conformes aux deux conditions que l’on vient d’énoncer. Par fermeture de la veine porte la quantité de lymphe augmente, et la richesse de son sérum en albumine diminue. A la vérité il reste assez difficile dans l’hypothèse d’une simple filtration, d’expliquer pourquoi la lymphe est devenue en même temps plus riche en globules rouges, et l’on peut se demander pourquoi le plasma sanguin n’a pas pu transsuder là où des éléments figurés aussi gros que des globules pouvaient passer. Mais on pourrait à la rigueur trouver une explication plausible à ce phénomène.

Il est beaucoup plus difficile d’expliquer pourquoi la suppression de la pres-

(1) Heidenliain, Pflüger's Arch., t. XLIX, p. 209, 1891. — C’est à ce mémoire — remarquable non seulement par les faits inattendus qu’il apporte, mais cneorc par les problèmes nouveaux qu’il pose — que nous empruntons tout cet exposé. Voy. aussi l’analyse de Lambert, Revue générale des sciences pures et appliquées, 30 mai 1894.

(2) Pour l’explication de ce fait très inattendu, voy. le mémoire original, p. 234.

(3) Runeberg, Arch. d. Heilk., t. XVIII, p. 1.

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