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THÉORIE DE LA SÉCRÉTION DE LA LYMPHE

sion aortique ne provoque pas l’arrêt rapide du courant lymphatique. Celui-ci cesse bien au bout d’une ou deux henres, mais ce fait s’explique aisément, car les capillaires ne recevant plus de sang, il faut bien, quelle que soit la cause de la filtration de la lymphe, que le courant de lymphe finisse par s’arrêter. Mais si cette cause est la pression, comment expliquer qu’après la suppression de cette pression, la filtration continue encore pendant 2 heures?

Enfin la ligature de la veine cave produit une pression capillaire bien inférieure à celle qui résulte de la fermeture de la veine porte, et cependant le courant lymphatique, au lieu d’être moins rapide et moins abondant, est au .contraire beaucoup plus fort, et le produit obtenu est plus riche en albumine.

La théorie de la filtration pure et simple est ici évidemment en défaut. Est-ce à dire qu’il ne se produit aucun phénomène de filtration au niveau des capillaires? Heidenhain ne l’affirme pas, mais il fait remarquer que la résistance des membranes capillaires vivantes à la filtration nous est inconnue. Elle est peutêtre très forte. Tigerstedt a vu la membranne pulmonaire de la grenouille résister pendant la vie des pressions de 14 — lo"®' de mercure, tandis qu’après la mort la filtration se faisait sous des pressions beaucoup plus faibles.

Un autre ordre d’objection peut être opposé à la théorie physique de la filtration. 11 est tiré de la difficulté que l’on éprouve à se rendre compte de certains phénomènes de sécrétion. 11 n’est point rare de voir des vaches fournir en 24 heures 25“' de lait, contenant, à raison de 4 p. 100 de caséine, 1.000®' de matière albuminoïde. Or, la lymphe de la vache contenant, d’après Wurtz, 25 p. 100 de matières protéiques, ces 1.000®' de matières albuminoïdes correspondraient à 40“' de lymphe. Mais comme la lymphe ne cède pas certainement à la glande tout son contenu en albuminoïdes, c’est plusieurs fois 40“' de lymphe qui devraient être offerts à la glande pour faire face à la sécrétion de la caséine des 25“' de lait. On peut calculer de même, étant donnés la teneur du lait et de la lymphe en chaux, qu’il faudrait 263“' de lymphe pour fournir à la sécrétion de la chaux contenue dans la même quantité de lait. Or, tout ce que l’on sait sur la quantité do lymphe sécrétée par kilogramme de poids vif est en contradiction avec les résultats de ce calcul (1).

En présence de ces difficultés, Heidenhain s’est demandé si la cause du passage de la lymphe hors des capillaires sanguins ne réside pas dans ces capillaires eux-mêmes, et si la quantité et la composition de cette humeur ne sont pas réglés par l’activité propre de l’endothélium des capillaires, en d’autres termes si la lymphe n’est pas un produit de sécrétion des cellules des capillaires. Ce senties preuves à l’appui de celte nouvelle théorie qu’il nous reste à exposer.

§ III. La théorie de la sécrétiox de la ly.mphe.

Les faits nouveaux sur lesquels Heidenhain appuie celte théorie sont relatifs ù l’action d’un certain nombre de substances qui, injectées dans le sang, accé-

(1) On peut opposer au raisonnement de Heidenhain un certain nombre d’objections pour la discussion et la réfutation desquels nous sommes obligés de renvoyer au mémoire original.

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — L.4MBLING.

lèrent d’une façon considérable le courant lymphatique. Ces lymphagogues peuvent être divisés en deux groupes : les premiers n’agissent qu’à condition que les cellules des capillaires soient restées intactes, et leur action ne peut s’expliquer, comme on va le voir, que par une excitation directe de T activité sécrétoire de ces cellules; les seconds sont encore actifs, même lorsque ces cellules ont été altérées, c’est-à-dire lorsque les lymphagogues de la première catégorie sont devenus impuissants. Ils agissent en provoquant un afflux considérable, vers les espaces lymphatiques et le sang, de liquides empruntés aux tissus.

Les lymphatiques de la première catégorie ne sont pas des espèces chimiques définies. Comme les enzymes, ils ne peuvent être définis que par l’action parti-, culière qu’ils provoquent. Ce sont des extraits de muscles d’écrevisses, de moules (1), de têtes et de corps de sangsues, d’intestin ou de foie de chien, les peptones, le blanc d’œuf... Ces matériaux sont traités pendant quelque temps par de l’alcool à 97°, puis, lorsqu’ils sont déshydratés, on les sèche et on les réduit en poudre. En faisant un extrait avec 5 p. de poudre dans 100 p. d’eau, on obtient un extrait très actif. Avec 30 à 40" de ce liquide (contenant environ Oï',5 de matériaux solides), injectés dans le sang d’un chien, on observe déjà, au bout de quelques minutes, une augmentation énorme de la quantité de lymphe produite, et cette poussée persiste pendant plus d’une heure. Cette lymphe est peu ou pas coagulable; elle est plus riche en albumine, tandis que sa richesse en sels ne varie pas.

L’origine des matériaux solides dont s’enrichit ainsi la lymphe s’aperçoit clairement, si l’on examine parallèlement la composition du sang, dont la richesse en principe fixe est augmentée en même temps que sa teneur en hémoglobine. Évidemment le sang a abandonné une partie de son plasma aux espaces lymphatiques, ce qui a haussé sa richesse relative en globules, par conséquent en matière colorante et en matériaux fixes. Ce qui confirme cette explication, c’est l’examen simultané du sérum du sang, que l’on trouve appauvri en matières solides.

Ces phénomènes ne peuvent être expliqués pa/ la théorie de la filtration. L’augmentation de pression produite par l’injection est en effet minime et hors de toute proportion avec l’accélération du courant lymphatique. D’ailleurs, si par un rétrécissement partiel de l’aorte on fait tomber la pression artérielle au quart de sa valeur, et qu’on injecte ensuite le lymphagogue, l’action de ce dernier ne s’en produit pas moins.

11 faut donc admettre que les cellules des capillaires possèdent, pour la formation de la lymphe, une activité sécrétoire qui peut être augmentée par certaines substances. D’ailleurs l’analogie de ces phénomènes avec ceux qui se passent dans les glandes est manifeste. On sait que le renforcement de l’excitation de la corde du tympan, en accélérant la sécrétion salivaire, augmente aussi sa richesse en principes organiques. De môme, pour la lymphe, l’injection d’extrait d’écrevisse, par exemple, augmente l’abondance du courant en même temps que sa richesse en matériaux solides. L’occlusion temporaire de l’artère

(1) On remarquera que l’ingestion d’éerevisses et de moules est souvent suivie de poussées d'urticaires. Le rapprochement est intéressant.

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