LA LYMPHE ET LE CHYLE
GÉNÉRALITÉS
Le sang est au point de vue anatomique un liquide albumineux et salé, tenant en suspension des éléments figurés. Au point de vue physiologique, il est, du moins chez les animaux supérieurs, l’intermédiaire par lequel l’organisme opère ses échanges avec le monde extérieur. Le sang reçoit, en effet, du milieu extérieur des matériaux de nutrition qu’il apporte aux tissus; ceux-ci, à leur tour, déversent dans son sein des produits de déchet qui sont portés au dehors. Le sang est donc bien, comme l’a si clairement défini Cl. Bernard, le milieu intérieur, dans lequel vivent en réalité ces organismes.
Mis en mouvement par un appareil moteur central, le liquide sanguin circule dans un système de conduits clos de toutes parts, et dans lequel le sang se meut toujours dans la même direction, mais en prenant dans les divers territoires de ce réseau des compositions variables. Considérons le courant sanguin chez l’homme ou chez un mammifère. Au sortir du cœur droit, le sang, réuni en un courant unique, présente une composition déterminée qui est celle du sang veineux. Conduit par l’artère pulmonaire dans le poumon, le courant sanguin se divise de proche en proche en ramifications capillaires qui ont toutes la même signification physiologique, et qui aboutissent finalement aux veines pulmonaires. Celles-ci ramènent le liquide au cœur gauche. De la, le sang réuni de nouveau en un courant unique est distribué par l'arbre artériel aux diverses parties du corps, et une deuxième fois le courant sanguin se distribue en une infinité
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de capillaires, les capillaires généraux, mais qui n’ont plus comme dans le poumon une signification physiologique unique. En effet, le sang charrié par ces capillaires est réuni de proche en proche dans des troncs veineux de plus en plus volumineux, mais le liquide sanguin qui est collecté par ces veines présente une composition variable selon le territoire vasculaire considéré : le sang veineux provenant du muscle diffère de celui que fournissent le rein, le foie, le cerveau, etc. Même après la réunion de ces divers courants de retour, le liquide sanguin ne présente pas encore une composition unique, définitive et pouvant être opposée à celle qui caractérise le sang dans le cœur gauche et dans l’aorte, car avant de pénétrer dans le cœur, le courant veineux reçoit encore un liquide de composition spéciale, la lymphe, qui représente une dérivation du courant sanguin principal.
En effet, dans les capillaires, une partie du liquide sanguin transsude à travers les parois de ces conduits et se déverse dans les espaces lymphatiques. Ce liquide transsudé est repris par un S5'stème de vaisseaux particuliers, les vaisseaux lymphatiques, qui viennent s’aboucher dans l’angle de réunion des veines sous-clavières avec les jugulaires internes par deux troncs, le canal thoracique et la grande veine lymphatique droite. — Ajoutons que la lymphe qui revient des capillaires de l’intestin a une composition spéciale due aux produits particuliers fournis par la digestion. On lui a donné le nom de chyle.
Ce n’est qu’après avoir subi cette dernière modification que le sang veineux total est définitivement constitué. Le sang présente donc au cours de ce double circuit des modifications nombreuses. La plus importante, sans contredit, résulte des échanges gazeux, qui s’accomplissent dans le poumon, d’une part, dans l’intimité des tissus, d’autre part, et dont l’ensemble constitue les phénomènes de la respiration. L’étude de la respiration se relie donc étroitement à celle du sang. — Enfin, on peut rattacher au sang et à la lymphe, les sérosités et les transsudais. Ce sont des liquides qui dérivent directement ou indirectement du sérum sanguin et qui sont rassemblés dans diverses cavités du corps.
Du court exposé qui précède découle naturellement le plan que voici :
Nous étudierons d’abord dans le présent livre (livre 1), le sang dans sa composition générale et ses propriétés, ses variations physiologiques, locales et générales, ses altérations pathologiques.
Le livre II sera consacré à l’étude de la respiration.
Le livre III comprendra celle de la lymphe et du chyle, à laquelle on rattachera l’étude des sérosilés et des transsudais, tant normaux que pathologiques-
ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — L.4MBLING. — LE SANG. — CARACTÈRES GÉNÉRAUX. 3