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CHAPITRE I

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU SANG

Malgré les caractères physiques et chimiques variables que présente le sang suivant le territoire vasculaire considéré, ce liquide offre néanmoins un ensemble de propriétés constantes que l’on retrouve en dépit de ces variations locales. Une étude physique et chimique du sang tolal, tel qu’on l’obtient par exemple, en tuant un animal par la saignée, est donc possible : elle s’impose même pour des raisons sur lesquelles il est inutile d’insister. La description des caractères spéciaux aux sangs partiels (sang veineux, sang artériel, sang de la veine porte, des veines sus-hépatiques, etc...), viendra compléter ensuite ce tableau d’ensemble.

§ I. Caractères physiques du sang.

Le sang est un liquide légèrement visqueux et moussant facilement. Sa couleur varie du rouge sombre au rouge clair. Le sang qui a été abandonné à luimême pendant quelque temps, est rouge foncé en couche épaisse; en lames minces, il est nettement dichroïque et soit rouge à la lumière réfléchie et verdâtre à la lumière transmise : ce sont là les "caractères optiques du sang veineux. Au contraire, agité à l’air. Te sang est monochroïque, même en couches minces; il est d’un rouge vermeil éclatant, et présente alors l’aspect du sang

i ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE, — LAMBLING.

artériel pris dans le cœur gauche par exemple. — On verra plus loin, à propos de l’étude des globules, à quelles réactions spectroscopiques correspondent ces différences extérieures de coloration.

Le sang est opaque, même en couches minces , comme il est facile de s’en assurer en étendant une très petite quantité de sang sur une lame de verre. Cette coloration et cette opacité sont dues à de petits corpuscules porteurs d’une matière colorante rouge, et dont la densité diffère de celle du liquide interglobulaire.

Lorsqu’on examineen effet une gouttelette de sang au microscope, on y trouve une multitude de corpuscules rouges, les globules î’oupes ; c’est à ces corpuscules que le sang doit la propriété d’être une matière colorante opaque, c’est-àdire capable de couvrir. Lorsque par un artifice quelconque, on détruit ces globules, la matière colorante rouge passe en dissolulion dans le liquide sanguin, et celui-ci devient transparent ou tout au moins translucide, et paraît à la lumière réfléchie d’un rouge beaucoup plus foncé que le sang en nature (1), Le sang est alors dit laqué.

Le microscope révèle, en outre, la présence d’autres éléments figurés, les globules blancs. Ils sont incolores et beaucoup moins nombreux que les globules rouges. Enfin, on distingue encore dans le sang deux autres catégories d’éléments figurés. Ce sont : 1° les hématoblastes de llayem, ou plaquettes sanguines de Bizzozero, petits éléments discoïdes incolores; 2° des granulations très fines, dites granulations hématiques. C’est à l’ensemble de ces éléments, mais principalement aux globules rouges, qu’est due l’opacité du sang.

La saveur du sang est salée. Elle est due aux sels que le sang tient en dissolution.

Son odeur {halitus sanguinis), encore que peu prononcée chez certains animaux, est pourtant caractéristique pour chaque espèce animale. Elle rappelle en général l’odeur des exciéments, plus exactement celle de la sueur de l’animal. Elle est assez tenace, si bien que l’oxyhémoglobine du globule rouge, même après plusieurs recristallisations, la conserve encore très nettement. Elle paraît due à la présence d’acides gras volatils (Denis, Mateucci) (2), et est exaltée nettement par l’addition d’acide sulfurique tiède (Barruel) (3). Bien que ce phénomène soit extrêmement net pour certaines espèces de sang (sang de porc, sang de lièvre, par exemple...), son utilisation en médecine légale est difficile et expose à des erreurs graves (Schmidt, Brücke, A. Florence) (4).

La densité du sang est en moyenne chez l’homme de 1.035 à 1.060 , avec des

(1) Ce phénomène tient à ce fait que, dans le sang en nature, la quantité de lumière réfléchie est considérable par suite de l’opacité du liquide. La dissolution des globules augmente, au contraire, la quantité de lumière transmise, au détriment de la quantité réfléchie. Le sang parait alors plus foncé ; tout comme un cristal transparent de chromate de potasse parait à la lumière réfléchie d’un jaune beaucoup plus foncé que la poudre opaque résultant de la trituration du cristal.

(2) Denis, Recherches exp., etc. Paris, 1830 ; Essai sur l'application à la chimie du sang, etc. Paris, 1838. — Matteucei, Ann., de chim. et de physique, t. LU, p. 137, 1833.

(3) Voy. A. Florence, Thèse, Lyon, p. 100.

(A) Schmidt, Diagnostik verdàchtiger Flecke, etc. Leipzig, 1818. — Brucke, Wiener med. Wochenschr., 18S7, p. 426. — A. Florence, toc. cit.

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU SANG

variations extrêmes allant de 1.032 à 1.069. Chez la femme, elle est un pou plus faible; elle oscille habituellement entre l.OoO et 1.055, mais elle peut s’abaisser à l.Oio’et s'élever à 1.060 (1).

La réaction est alcaline, c’est-à-dire que le sang agit sur les réactifs colorés comme un liquide alcalin, et qu’il bleuit, par exemple, te papier de tournesol sensible. Chez l’adulte, cette alcalinité correspond en moyenne, pour 100" de sang, à 206 milligrammes de soude (NaOH), d’après Drouin, à 218 milligrammes d’après Landois, à 182-218 milligrammes d’après Peiper(2). On verra plus loin que le sang est en réalité un liquide acide, nonobstant son action sur les réactifs colorés. Mis en présence d’un excès de soude, le sang est, en effet, capable d’en neutraliser une partie, grâce aux éléments acides qu’il renferme. Celte acidité vraie du sang correspond d’après Krauss (3) à 173-232 milligrammes de soude pour 100" de sang. On reviendra plus loin sur cet intéressant phénomène.

La température du sang est variable selon le territoire vasculaire considéré; elle oscille entre 36“,5 et 37“,8. — Sa chaleur spécifique, est de 0,97 — 1,07, très peu différente par conséquent de celle de l’eau.

Le phénomène physique le plus saillant que présente le sang est celui de sa coagulation. Très rapidement après sa sortie des vaisseaux, le sang subit, après deux à huit minutes, une modification remarquable ; le liquide sanguin sc prend en une masse gélatineuse de plus en plus consistante, et qui se contracte peuàpeu en expulsant un liquide coloré en jaune ou en jaune rougeâtre. Cé phénomène sera longuement étudié plus loin ; pour l’instant, on ne décrira ici que les divers aspects sous lesquels, il peut se présenter. En effet, selon que l’on intervient ou non, et de différentes manières, dans ce phénomène de la coagulation spontanée du sang, on provoque dans ce liquide des séparations de diverses sortes; les principaux matériaux qui le constituent se groupent différemment, et nous allons voir que cette dissociation fournit des cadres commodes pour l’étude si complexe de ce liquide.

Selon la manière dont on laisse s’accomplir le phénomène de la coagulation, le sang se sépare en :

1° Sérum et caillot-,

2“ Plasma et globules;

3° Sang défibriné et fibrine.

Voyons sommairement à quoi correspondent ces diverses séparations.

(1) Voyez à ce sujet ; Denis, Recherches expérimentales sur le sang, Paris, 1830, p. 236. — Andral et Gavarret, Ann. de chim. et de phys. (3), t. V, p. 327, 1812. — H. Nasse, Wagner's Handwôrlerbuch d. PhysioL, t. I, p. 131, 1812. — Becquerel et Rodier, Recherches sur la composition du sang, Paris, 1811, p. 22 et 27. — Schmidt, Charakteristik der epidemischen Choiera, Leipzig et Mittau, 1830, p. 31 et 33. — G.-S. Roy, Maly’s Jahresb., t. XV, p. 168. — Lloyd E. Jones, ibid., t. XV, p. 83. — R. Schmaltz, Deutsch. Arch. f. klin. Med., t. XLVn, p. 143, 1890.

(2) Voy. R. Drouin, Hémo-alcalimétrie, Thèse, Paris, 1892, p. 74.

(3) Krauss, Zeitsch. f. Heilkunde, t. X, p. 1, et Maly’s Jahresb-, t. XIX, p. 137. — R. Drouin, loc. cit., p. 75.

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§ II. Première séparation des matériaux constitutifs du sang.

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