PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET CHIMIQUES DE L’HÉMOGLOBINE OXYCARBONÉE
proviennent des dissolutions concentrées, circonstance qui est due sans doute à des proportions différentes d’eau de cristallisation. Les hémoglobines oxycarbonées sont en général moins solubles dans l’eau et dans l’alcool aqueux que les oxyhémoglobines correspondantes. Dans l’alcool et dans l’éther, les cristaux se conservent sans altération pendant des mois; dans l’eau, ils deviennent rapidement amorphes et perdent leur biréfringence (1).
Spectre d’absorption et constantes spectrophotométriques. — Le sang traité par l’oxyde de carbone prend une couleur rouge cerise, analogue à celle du sang saturé d’oxygène, mais plus claire et plus éclatante. Cette coloration persiste pour ainsi dire indéfiniment et résiste, comme on le verra dans un instant, même aux putréfactions les plus énergiques. Au spectroscope, le sang oxycarboné présente une image spectrale qui paraît au premier abord identique à celle de l’oxyhémoglobine. Mais un examen plus approfondi permet de saisir des différences qualitatives et quantitatives sensibles. A concentration égale, les deux bandes de l’hémoglobine oxycarbonée sont plus pâles, leurs bords plus effacés, plus lavés. Enfin il pas.se une plus forte proportion de lumière bleue. D’autre part, les deux bandes sont un peu rejetées vers le violet, ainsi que l’établissent les mesures de Hoppe-Seyler (2), de Cherbuliez (3). Voici les limites indiquées par Hoppe-Seyler pour deux solutions d'hémoglobine oxycarbonée, la première un peu plus concentrée que la seconde, mais dont les concentrations absolues n’ont malheureusement pas été déterminées :
Première bande. Deuxième bande.
A = 082,0 — 561,6 X = boO,o — 522,2
Les inaxima d’absorption correspondent pour l’hémoglobine oxycarbonée à :
X = 569 et 538,
tandis que pour l’oxyhémoglobine, on les trouve à :
X = 578 et 541.
De plus, l’espace clair qui sépare les deux bandes est, à concentration égale, beaucoup moins brillant pour l’hémoglobine oxycarbonée que pour l’oxyhémoglobine. Enfin les contours des bandes sont plus ternes, plus estompés pour la première que pour la seconde.
Les rapports d’absorption de l’hémoglobine oxycarbonée dans les régions spectrales D32E — D53E-et D63E — D84E sont, d’après Bücheler (4) et Külz(5):
(1) Lachowicz et Nencki, Ber. d. d. ckem. Gesellsch., t. XVIII, p. 2129, 1883.
(2) Hoppe-Seyler, Zeitsek. f. physiol. Chem., t. XIII, p. 496, 1889.
(3) Cherbuliez, Thèse de la Faculté de Médecine, Paris, 1890, p. 60.
(4) Bücheler, Dissert, inaug., Tübingen, 1883, p. 24.
<5) Külz, Zeitsch. f. physiol. Chem., t. VII, p. 386, 1883.
36 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.
Sang de cheval . 0,001124
Sang de porc . 0,00113
L’appareil employé était celui de Hiifner (premier modèle) (1). On remarquera ici encore la constance du quotient des rapports d’absorption. Ajoutons que la connaissance de ces rapports d'absorption, combinés avec ceux de l’oxyhémoglobine, permet le dosage spectrophotomélrique simultané des deux matières colorantes (2j. (Voy. t. IX, Analyse chimique des liquides et tissus de l’organisme, par Garnier et Schlagdenhauffen, pp. 28 et 168.)
Propriétés chimiques. — L’hémoglobine oxycarbonée se sépare nettement de l’oxyhémoglobine par sa plus grande stabilité. Bien desséchés, les cristaux d’hémoglobine oxycarbonée n’abandonnent pas d’oxyde de carbone lorsqu’on les chauffe dans le vide (Iloppe-Seyler). Mis en contact avec du sang, l’oxyde de carbone déplace rapidement l’oxygène de sa combinaison avec l’hémoglobine. Pourtant, la saturation complète ne se produit qu’avec une assez grande lenteur et par des agitations réitérées avec de nouvelles quantités de gaz pur, ainsi qu’en témoignent les essais de L.-G. de Saint-Martin (4). D’autre part, c’est à tort qu’on a considéré jadis la dissociation en hémoglobine et en oxyde de carbone comme impossible. Donders (4) et Podolinski (5) ont montré que, même à 0°, un courant d’oxygène, d’acide carbonique, d’hydrogène ou d’air, enlève constamment de l’oxyde de carbone à du sang oxycarboné. Le gaz déplacé par l’oxygène
(1) .Avec un spectroscopc particulier, pouvant être monté en spectrophotomètre de Hiifner (modèle 1889), L.-G. de Saint-Martin a trouvé pour les mêmes régions spectrales :
Aco = 0,001683