Durée minima de l’expérience
Pour dresser le bilan des échanges nutritifs d’un organisme, il faut connaître, pour un laps de temps déterminé, les apports dont a bénéficié cet organisme et les pertes qui correspondent à ces apports. Cette correspondance est évidemment une des conditions essentielles de l’expérience, et il est certain, a priori, qu’elle ne saurait être obtenue pour une période trop courte, réduite à quelques heures par exemple. Si l’observation porte, au contraire, sur un assez grand nombre de .jours, les difficultés que présente la délimitation exacte du commencement et de la fin de l’expérience perdent beaucoup de leur importance. Il importe peu qu’au début de l'e.xpérience une petite portion des urines ou des excréments recueillis corresponde à des apports alimentaires appartenant encore à la période antérieure à l’observation, ou au contraire qu’à la fin de l’essai, une fraction des mômes excreta soit négligée, parce quelle n’aura été éliminée qu’après la clôture de fexpérience. Ces erreurs, outre qu'elles se compensent parfois réciproquement, n’intluent pas sensiblement sur les résultats, si fessai a duré un assez grand nombre de jours.
En va-t-il de même lorsque l’e.xpérience est ramenée à une période plus courte, et notamment à la période habituellement adoptée des 24 heures ? Disons immédiatement que pour les herbivores, il est impossible de s’en tenir à des e.xpérieuces d'aussi courte durée. Ces animaux mangent d’une façon presque continue ; leurs aliments séjournent souvent pendant très longtemps dans l’intestin; l’élimination des fèces correspondant à uns alimentation déterminée se prolonge pendant un grand nombre de jours, si bien que les essais à longue
(1) Pour la bibliographie, voy. l'ouvrage de Voit, p. 53.
(2j Voy. au livre consacré à l'étude de la Respiration, p. 330.
période s’imposent ici absolument. Chez le carnivore, et en particulier chez le chien, les difficultés de cet ordre sont beaucoup moins considérables. On arrive facilement à faire avaler à cet animal, en une seule fois, et au début de la période, sa pâtée des 24 heures. D'autre part, on montrera dans un instant qu’on peut avec quelques précautions recueillir assez exactement les urines et que, par une voie détournée, le même résultat peut être approximativement obtenu pour les fèces. Mais ici se pose cette importante question de savoir si les déchets correspondant aux aliments ingérés sont tous arrivés à l’excrétion au moment où se terminent les 24 heures.
En ce qui concerne l’acide carbonique (et sans doute aussi l’eau), la chose paraît probable a priori, et elle a été largement confirmée par maintes expériences. La production et l’élimination de l’acide carbonique sont deux phénomènes qui se suivent de très près. Pour les déchets urinaires, Voit a montré que leur excrétion peut être considérée comme terminée aussi au bout des 24 heures, à la comlilion d’observer strictement certaines précautions.
Ainsi, chez le chien qui reçoit sa pâtée au début des 24 heures, on peut compter qu’au bout de celte période la digestion est terminée, que les fèces sont, sinon éliminées (1), du moins formées, et que l'état d’inanition est derechef rétabli. Ce qui le démontre, c’est qu’on voit l’animal, pendant des mois entiers, consommer jour par jour la même pâtée. Voit a pu donner quotidiennement à un chien : pendant 21 jours, l.bOO grammes de viande; pendant 8 jours, 2.000 grammes de viande ; pendant 58 jours, bOO grammes de viande avec 200 grammes de grains ; pendant 99 jours, 658 grammes de pain avec 304 grammes de lait, etc. Il est clair que, si ces apports quotidiens ne s’étaient pas trouvés digérés au bout de 24 heures, il se serait produit une accumulation de déchets qui se serait manifestée à un moment donné. D’autre part, lorsque l’animal est mis en état d’équilibre azoté, ou peut retrouver très régulièrement dans l’urine des 24 heures, et à quelques centièmes près, l’azote des ingesta. Mais ce résultat ne s’obtient que .si les quantités d’eau consommée ne subissent aucune variation brusque. Nos tissus retiennent, en effet, d’une manière constante, sensiblement la même quantité des divers déchets. Ainsi le muscle contient toujours à peu près la même proportion d’urée ou de créatinine, ou d’autres produits intermédiaires, mais si la quantité d’eau qui traverse l’organisme vient à augmenter brusquement, il en résulte une lixiviation plus active de ces tissus (2), et l’excrétion des matériaux de déchets présente aussitôt des irrégularités sensibles.
Chez l’homme qui est habitué à prendre ses aliments des 24 heures en plusieurs fois, les choses se présentent moins simplement. Néanmoins, si l’on a soin de faire prendre le dernier repas environ 12 à 14 heures avant la fin de l’expérience (soit donc à 6 ou 7 heures du soir, l’expérience se terminât le lendemain matin à 8 heures), on peut compter que l’excrétion des déchets sera terminée pour la fin de l’essai.
(1) On verra plus loin que cette élimination peut se faire attendre très longtemps.
(2) Inversement, dans les cas d’eedéme, il y a rétention de produits azotés dans les liquides épanchés, puis, lorsque l’œdème disparait, on assiste du côté de l'urine à une débâcle d’azote.
détermination des recettes et des dépenses de l’organisme 427
Au surplus, ce n est que pour certains essais assez limités que l'on peut borner 1 observation à une seule journée, et encore faut-il que le sujet soit préparé à l'expérience par une période préliminaire de i lusieurs jours. Par exemple, il faut que le sujet, par une nourriture appropriée, ait été mis en état d'équilibre azoté, ce qui nécessite toujours une observation préalable de plusieurs jours, ou bien il faut le prendre à l’état de jeûne complet et à une période où l’excrétion minima d’azote est nettement installée. Si à ce moment on fait intervenir l’agent à étudier (aliment, toxique, etc.), la période correspondante des 24 heures, ou peut-être seulement les périodes subséquentes, révéleront par les modifications des déchets afférents ù chaque période l'action immédiate ou éloignée du facteur étudié.
Mais, le plus souvent, toute expérience sur les échanges nutritifs comporte une durée plus longue. En général, il faut compter une période préliminaire de 3 à 5 jours pendant laquelle l’organisme du sujet doit arriver peu à peu à un état déterminé, par exemple, celui de l’équilibre azoté. Puis commence la période expérimentale proprement dite, qui doit être au moins de 3 à 4 jours. Vient, enfin, une période finale pendant laquelle l’organisme est replacé dans les conditions de la période préliminaire, et que fou fait bien de prolonger jusqu’au moment où le bilan nutritif de la période préliminaire se sera rétabli (t). On va voir que cette manière de faire permet d’obvier à des irrégularités difficiles à éviter dans le recueil des déchets de chaque période de 24 heures.