ORMAT10^■ ET DESTRUCTION DES MATIÈRES COLORANTES DU SANG
Si on arrête l’expérience au moment où la décoloration est achevée et qu’on agite le liquide de manière à mettre les leucocytes en suspension, puis qu’on ajoute une solution étendue de carbonate de sodium de manière à gonfler fortement les globules, ce qui rend le liquide transparent, on ne découvre au spec- U'oscope aucune trace d'oxyhémoglobine. Cette expérience démontre évidemment que les leucocytes n’ont pas simplement entraîné la matière colorante par précipitation, mais qu’ils l’ont décomposée. Par contre on peut constater que des leucocytes qui viennent de reproduire de l’oxyhémoglobine, la gardent incluse dans leur intérieur pendant quelque temps.
Les cellules de la pulpe splénique, purifiées par lavage prolongé avec une solution de sel marin, montrent un pouvoir de destruction et de synthèse trois à quatre fois plus intense. Une purée de cellules hépatiques, isolées d’une manière analogue, n’agit sur la matière colorante du sang qu’en présence du glycogène. L’extrait aqueux des cellules, ou le glycogène seul, n’ont point d’effet. Mais la marche du phénomène est ici tout à fait différente ; la décoloration du liquide n’est pas suivie d’une nouvelle formation du pigment sanguin. On peut constater que l’oxyhémoglobine est d’abord fixée par la purée des cellules qui se colore fortement et devient finalement d’un brun grisâtre foncé. A ce moment l’hémoglobine a complètement et définitivement disparu. Les nouveaux pigments qui se forment et dont l’apparition est ft*appante au microscope, ne présentent pas la réaction des matières colorantes biliaires et les globules blancs, ajoutés à la masse, sont impuissants à reproduire de l’oxyhémoglobine.
Les expériences que nous avons tenu à décrire ici, au moins en partie, avec quelques détails — car la méthode employée peut être des plus fécondes — viennent apporter un appui précieux aux constatations histologiques. Elles confirment, d’autre part, les résultats fournis par des recherches d’un autre ordre.
Si on examine, en effet, les organes qui passent pour être le siège de la destruction des globules rouges, on les trouve extrêmement riches en combinaisons ferrugineuses de divers ordres.
Le tissu hépatique, totalement débarrassé de sang par lavage des vaisseaux, est très riche en fer, et semble contenir ce métal sous la forme de combinaisons organiques dont les unes sont analogues aux albuminates métalliques et cèdent facilement leur fer aux liquides acides (liquide de Bunge), et dont les autres sont des sortes de nucléines ferrugineuses beaucoup plus résistantes (1).
La rate (2) contient également des matières organiques ferrugineuses.
Que ces matériaux servent à la production de l’hémoglobine des globules, au moins en ce qui concerne le fer, c’est ce que l’on est fondé à admettre depuis les recherches si remarquables de Bunge (3) sur la répartition du fer chez le nouveau-né et la mère.
Ces travaux ont établi, en effet, chez certaines espèces animales, qu’il existe dans le foie, au moment de la naissance, une réserve de matériaux organiques
(1) Zalesky, Zeitsch. f. physiol. Chem., t. X, p. 4S3, 1886.
(2) Lapicque, Compt. rend, de la Soc. de Biol. (9), t. I, p. 310, 1839. — Kriigcr, Zeitschr. f. Biol, (nouvelle série), t. IX, p. 439, 1890.
(3) Voy. dans la première partie de cet ouvrage, livre II, p. 141, 139, et Lambling, Rev. gén. des sciences pures et appliquées, n“ du 13 avriM892.
ferrugineux et qui mettent le nouveau-né à même de faire les frais de 1 accroissement très rapide de sa masse sanguine dans les premiers âges de la vie. Cher la mère aussi, dès avant la conception, il existe dans la rate une réserve de combinaisons organiques du fer que l’on voit disparaître au cours de la grossesse, à mesure que l’embryon se développe. Mais au delà de ces faits, qui paraissent aujourd’hui bien établis, on ne sait presque rien sur le mécanisme chimique de la destruction et de la régénération de l’hémoglobine. — On connaît les relalions qui existent entre la matière colorante du sang d’une part, la bilirubine et l’urobiline d’autre part, et l’apparition constante de pigments biliaires, à la suite de toute destruction de globules rouges (1).
On admettait volontiers autrefois que, dans le foie, la bilirubine prend directement naissance aux dépens de l’hématine dont le fer s’élimine par la bile. Mais on sait aujourd’hui que cette humeur ne contient habituellement que des traces de fer (voy. t. I, p. 139) et que le tissu hépatique est au contraire très riche en combinaisons organiques de fer. Ce métal serait donc retenu par le foie sous la forme d’albuminates et de nucléines ferrugineuses. Pour Nencki et Siebcr, la destruction de la malière colorante du sang aboutit à la production simultanée des deux isomères, bilirubine et hématoporphyrine : la première est éliminée et aboutit à l’urobiline; la seconde servirait à la régénération de l’hémoglobine, et, à ce propos, il n’est pas sans intérêt de rappeler ici ce fait encore isolé, il est vrai,, à savoir que l’hématoporphyrine a été trouvée en grande quantité chez le porc dans le tissu osseux altéré, c’est-à-dire au voisinage de la moelle osseuse, qui est un centre de nouvelle formation des globules. On serait donc conduit à admettre que c’est entre l’hématoporphyrine et certaines combinaisons organ iques ferrugineuses (des tissus hépatiques et spléniques, etc.), que se passent les réactions chimiques qui aboutissent à la reconstruction de l’hémoglobine ; mais ce ne sont là que des hypothèses, déjà trop éloignées des quelques faits mal reliés encore que nous possédons.
En ce qui concerne la formation de l’hémoglobine dans le cas de réfection totale de la molécule à l’aide d’éléments apportés du dehors par l’alimentation, nos connaissances ne soht guère plus avancées. Ce qui est certain, c’est que le problème n’est pas aussi simple qu’on se l’était figure autrefois, principalement en ce qui concerne la participation directe des sels de fer (fer minéral) à ce phénomène. Il paraît probable que des matières organiques riches en fer, telles que l’hématogène de Bunge, et qui existent toutes formées dans nos aliments, constituent la matière première à l’aide de laquelle l’organisme prépare de nouvelles quantités d’hémoglobine et que le fer minéral ne peut intervenir dans ce phénomène que d’une manière tout à fait indirecte. (Voy. au livre 11, p. 133, l’exposé complet de cette question.)
La formation de l’hémoglobine pendant ce développement de l’embrvon est enveloppé de la môme obscurité. Les seuls faits positifs que l’on puisse signaler •ici sont la présence de l’hématogène de Bunge dans le jaune d’œuf et la diminution très nette, pendant la période de la conception, des réserves de fer que contient la rate chez les mammifères. (Voy. livre II, p. 142 et loi.)
(1) Voy. livre III, p. 289. — L’expérience de Latschenberger (Maly's Jahresb., t. XVIII, p. 57, 1888) est particulièrement intéressante et démonstrative. ‘ '