I.NFLUENCE DE L'AGÉ
A ce moment, la richesse en hémoglobine du sang fœtal est à peu près égale à celle du sang maternel (laquelle est diminuée, comme on le verra plus loin), mais sans atteindre jamais celle du sang d’adulte ou celle du sang de l’enfant quelque temps après la naissance. D’après Scherrenziss, la richesse en hémoglobine serait, à ce moment, environ les 76/100' de ce qu’elle est chez l’adulte, dans les conditions ordinaires. En ce qui concerne la fibrine, on constate que le sang fœtal présente au moment de la naissance une grande tendance à la coagulation, mais qu’il se coagule lentement. L’analj'se montre, d’autre part, qu’il contient à ce moment environ 0,12 p. 100 de fibrine, soit environ trois fois moins que n’en contient le sang maternel (Krüger, Scherrenziss). On trouve, en outre, le sang fœtal plus riche en sels et spécialement en sels insolubles que le sang des adultes. 11 est enfin plus riche en sodium et beaucoup moins riche en potassium que le sang de l’adulte, résultat conforme aux analyses de Bunge(l), qui a trouvé que l’embryon des mammifères est toujours plus riche en chlorure de sodium que l’animal nouveau-né, et que ce dernier devient plus pauvre en sel marin au fur et à mesure qu’on s’éloigne du moment de la naissance.
Le sang aux divers âges de la vie. — Au moment où le nouveau-né exécute ses premières inspirations, il se produit une aspiration très énergique de sang placentaire, soit donc une véritable transfusion de sang faite dans l’organisme du nouveau-né (2). Cette transfusion physiologique s’accompagne des mêmes phénomènes que la transfusion expérimentale. Le nombre des globules est considérablement augmenté, et cette augmentation se maintient pendant quelque temps, en même temps qu’on constate un véritable épaississement du sang qui s’enrichit notablement en matériaux solides. Il arrive en effet, comme à la suite de toute transfusion, que la partie aqueuse du sang transfusé s’élimine rapidement, et dans ce cas particulier cette élimination a des effets d’autant plus rapides que l’organisme commence brusquement à perdre des quantités considérables d’eau par la peau et les poumons, pertes que l’alimentation ne répare d’abord que très incomplètement et au bout d’un assez grand nombre d’heures.
C’est pour cette raison que le sang des nouveau-nés est si riche en matériaux solides. Ce fait a été signalé d’abord par Denis (3) qui reconnut, le premier, que le sang des très jeunes enfants se distingue par sa richesse en matériaux solides, en globules et en fer, et, après lui, cette particularité a été vérifiée par un grand nombre d’observateurs, notamment par Fourcroy, Poggiale (4) et Panum (3). Relativement au sang de la mère, la différence est considérable. Dans un cas rapporté par Denis, les matériaux solides s’élevaient à 21,90 p. 100 pour le sang de la mère et à 29,83 p. 100 pour celui du cordon ombilical. Chez le chien.
(.1) Bange, Chimie physiol., trait, par Jaquet, Paris, 1890, p. 98. — Voy. aussi le présent ouvrage, au chapitre consacré aux aliments, p. 150.
(2) Cohnstein et Zunts ont vu cette aspiration se produire chez des animaux dont l’utérus était incisé, ce qui montre qu’elle est produite par l'aspiration thoracique du nouveau-né et non par l'expression du placenta sous l’action des contractions utérines.
(3) Denis, Recherches exp. sur le sang humain considéré à l'état sain, Paris, 1830, p. 286.
(i) Poggiale, Comptes rendus, t. XXV, 1817.
(5) Panum, Virchow’s Arch., t. XXIX, 1861.
20G ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.
Paiium a trouvé en moyenne 22,56 p. 100 pour le sang de l’animal nouveau-né contre 13,83 p. 100 pour le sang de la mère.
Cette augmentation tient surtout à la forte proportion de globules et par suite d’hémoglobine. Ce fait, déjà établi par les dosages de fer de Denis {loc. cit.) a été confirmé par Panum, Preyer (1), Wiskemann (2), Leichtenstern(3), Kornilotf (4), J. Otto (3), etc., qui ont trouvé le sang du nouveau-né plus riche en hémoglobine que celui de la mère et même que celui de l’adulte, à n’importe quel âge de la vie. D'après Otto, la teneur en hémoglobine est maxima au 2” jour et peut atteindre à ce moment jusqu’à 20e", 62 (garçon) et 20s',73 (filles) pour 100" de sang. Enfin plus récemment l’étude de la richesse globulaire a conduit à des résultats analogues (6). Le nombre des globules du sang foetal s’élève bien audessus de celui du sang maternel et dépasse même celui du sang d’adulte. Cette augmentation est d’autant plus sensible que Ton a attendu plus longtemps pour lier le cordon. Sur 17 enfants, Hayem a trouvé, par millimètre cube de sang, 4.340.000 à 6.262.000, en moyenne 5.368.000 globules, chiffre bien supérieur à celui que fournit le sang de la mère à la fin de la grossesse. Chez six enfants dont le cordon fut immédiatement lié, le chiffre moyen fut 5.087.000, tandis que huit autre enfants dont le cordon ne fut lié qu’après cessation des battements de l’artère ombilicale, fournirent en moyenne de 6.576.000 globules par millimètre cube, soit une différence de près de 500.000 globules. Ces résultats sont confirmés par les déterminations de Cohnstein et Zuntz (7) sur les animaux. Sur quatre fœtus de lapin ces auteurs ont observé les résultats suivants :
Cordon lié Cordon lié Sacrifié Sacrifié
immédiatement, après 3 minutes, après 1“ 12. après 3" 25.
Nombre do globules par millimètre cube . 3.200.000 3.300.000 3.228.000 5.295000
Nombi'e de centimètres cubes
de sang pour lOO" de poids vif. 6,93 6,60 5,77 3,54
Poids d’hémoglobine pour 100"
de sang . 7,06 7,43 9,03 9,41p.l00
La diminution de la masse du sang constatée dans ces expériences atteint son maximum au bout de dix jours environ. Elle n’est d’ailleurs que relative, car en valeur absolue la masse du sang augmente comme aussi la réserve en globules rouges.
Cet épaississement du sang du nouveau-né est un phénomène de peu de durée. En peu de jours le sang redevient plus aqueux, et sa richesse en maté-
(1) Preyer, Die Blutkrystalle, Icna, 1871.
(2) Wiskemann, Zeitschr. f. Biol., t. XII, p. 434, 1876.
(3) Leichtenstern, IJntersuch. über den Hæmoglobulingehalt des Blutes, Leipzig, 1878.
(4) Korniloff, Zeitschr. f. Biol., t. XII, p. 313, 1876.
(3) J. Otto, Maly's Jahresb., t. XVII, p. 133, 1887.
(6 Les premières recherches sur ce point sont de Lépine et de deux de ses élèves, Germent et Schlemmer (voy. Lépine, Soc. de Biol., 1876).
(7) Cohnstein et Zuntz, loc. cit.