Influence du climat, de l'altitude, etc
On possède un certain nombre d’observations sur les modifications que subit le sang sous l’influence des climats tropicaux. En ce qui concerne le nombre des globules rouges et le taux de l’hémoglobine, des recherches assez nombreuses établissent nettement que ni l’un ni l’autre ne sont abaissés chez l’Européen qui vit depuis quelques années sous l’influence du climat tropical, en dépit de l’ensemble de signes bien connus (pâleur, diminution des forces physiques, etc...) que l’on résume sous l’expression d’anémie des pays chauds. Ainsi, M. Glogner (3), médecin à Sumatra, rapporte que chez 20 Européens bien portants, vivant aux Indes depuis un temps variant de 6 mois à 29 ans, la richesse globulaire allait de 4.080.000 à 5.840.000 (moyenne : 5.060.000) globules. Ces résultats sont confirmés par Marestang (4), van der Scheer, Eijkmann (5). Ce dernier n’a pas constaté de différence bien sensible entre le sang des indigènes et celui des Européens. Il s’est assuré en outre que le pouvoir colorant du sang, mesuré à l’hémomètre de Fleischl, se maintient également dans des limites normales. En ce qui concerne la densité, elle serait un peu abaissée, d’après Clogner (6), (de 1047,5 à 1057,6; moyenne: 1033,6, contre 1061, moyenne normale en Europe chez l’homme, d’après Hammerchlag), et cet auteur conclut de là à une hypoalbuminose, c’est à une diminution la proportion des albuminoïdes du plasma. Eijkmann, au contraire, a trouvé par la méthode de Schmaltz, une densité allant de 1054,9 à 1060,8 (moyenne 1057,4), chez 20 Européens qui vivaient à Sumatra depuis des laps de temps variant de 1 mois à 21 ans. Comme la densité moyenne
(1) Subbotin, Zeitschr. f. Biol., t. VII, p. 183, 1871.
(2) Landsteiner, Zeitschr. f. physiol. Chem., t. XVI, p. 13, 1891.
(3) Glogner, Yirchow's Arch., t. CXXVI, p. 109, 1891.
(4) Marestang, Arch. de méd. nav., 1889, n' 2.
(5) Eijkmann, Yirchow's Arch., t. CXXVI, p. 113, 1891 ; Scheer, cité d’après Eijkmann, toc. cit.
(6) La méthode employée était celle de Hammerschlag. (Voy. p. 173.)
du sang chez le Malais indigène se trouva être d’autre part de 1057,5, Eijkmann conclut finalement quel’aspect anémié queprennentsirapidementles Européens, même bien portants, lorsqu'ils sont transportés dans un climat tropical, n’est pas dû à de l’hydrémie. Peut-être est-ce la quantité totale du sang dont dispose l’organisme qui est diminuée; peut-être aussi s’agit-il d’actions vaso-motrices. De nouvelles recherches s’imposent sur ce point.
Les climats à’allitude dont les effets thérapeutiques peuvent être mis si heureusement à profit, exercent une action très rapide sur la composition du sang. Déjà Bert avait constaté que le sang des animaux vivant sur les hauts plateaux de l’Amérique du Sud présente une capacité respiratoire considérable. Ce fait a été confirmé récemment par Viault (t), qui a trouvé chez les animaux, comme chez les hommes vivant à Morococha (Pérou), à 4.392 mètres d’altitude, une richesse globulaire très élevée (de 6.770.000 à 7.960.000 globules chez l’homme ; 9.000 000 chez une chienne; 6.000.000 chez un coq). C’est cette circonstance qui explique comment l'organisme peut , malgré la dépression considérable (H = 450"“, à Morococha), maintenir dans le sang une quantité d’oxygène suffisante. Et, de fait, à Morococha, Viault a trouvé dans le sang artériel de deux moutons 13,16 p. 100 (A) et 13,30 p. 100 d’oxygène (ramené à 0° et 760""). La capacité respiratoire du sang A déterminée sur les lieux se trouva être de 17 p. 100. Cette adaptation de la composition du sang aux conditions de pression se fait très rapidement. Ainsi Viault a trouvé dans son propre sang, à Lima, 5.000.000 de globules, et à Morococha, au bout de 15 jours, 7.100.000, et, 8 jours après, 8.000.000. Les mômes conclusions ressortent clairement d’expériences faites par Müntz (2), sur des lapins de garenne transportés au sommet du Pic du Midi, à 2.877 mètres d’altitude (Il = 540""). La richesse du sang en matériaux solides et en fer, la densité et la capacité respiratoire sont considérablement augmentés. Cet effet se produit déjà au bout de quelques semaines, mais il paraît peu durable.