CHANTRE PREMIER
GÉNÉRALITÉS
M. Berthelot a donné le nom de Carbonyles aux aldéhydes qui dérivent des alcools et des carbures incomplets.
Les corps qui se rangent actuellement dans celte catégorie des aldéhydes sont encore peu nombreux : l’oxyde d’allylènc, le camphre du Japon et ses isomères, le diphénylène-carbonyle, dernier corps précédemment décrit parmi les acétones sous le nom d e diphénylacétone. On doit vraisemblablement placer encore ici le suberone, C ,4 H 1! O a .
Ces corps aldéhydiques doivent être considérés comme les types de séries homologues et de beaucoup d’autres composés, doués des mômes propriétés et des mêmes réactions fondamentales.
Voici ces réactions, dont les trois premières appartiennent à la fonction aldéhydique :
1° Les carbonyles fixent de l’hydrogène et se transforment en alcools incomplets.
Tel est le cas du camphre, qui se change en alcool campholique par simple fixation d’une molécule d’hydrogène :
C ,o n io 0* + H* = C“H 18 0*.
C’est là la réaction la plus générale que l’on puisse invoquer pour caractériser la fonction aldéhydique, car elle s’applique aussi bien aux aldéhydes proprement dits ou primaires qu’aux aldéhydes secondaires ou acétones, aux aldéhydes à fonctions mixtes et aux quinons.
Réciproquement, les alcools ainsi formés reproduisent leurs générateurs par perte d’hydrogène. C’est ainsi que le camphre de Bornéo se transforme en camphre par oxydation :
C*°H 18 0* -f-0* = IPO 3 + C 20 II 16 O s -
2° Les carbonyles peuvent être formés, directement ou indirectement, par la substitution de deux équivalents d’oxygène à deux équivalents d’hydrogène dans les carbures incomplets. Tel est le cas de l’oxyde d’allylène, qui dérive directement du propylène par oxydation :
CH" + 20 s = IPO* -+- C*H*0*,
c’est-à-dire :
C 6 H* (—) (H*) + 20* = IPO* C 6 H 4 0’(—).
3° On peut aussi les obtenir synthétiquement, à la manière des aldéhydes primaires et secondaires, en oxydant par l’acide cliromique des carbures encore plus incomplets que les précédents, dérivant de ces derniers par perte d’hydrogène. Par exemple, l’allylène engendre l’oxyde d’allylène :
Le térécamphène engendre un camphre lévogyre :
4" Us se forment dans la distillation sèche des acides bibasiques, avec élimination des éléments de l’eau et de l'acide carbonique. C’est ainsi que l'acide succinique donne naissance à de l’oxyde d’allylène :
C 8 11 6 0 8 =C*U*0*4-C ! 0* -4- IPO*.
Mais on conçoit que les acides bibasiques, dont la nature est si variée, puissent engendrer des aldéhydes très différents les uns des autres : des carbonyles, susceptibles de s’oxyder sans perte de carbone pour former des acides organiques ; des acétones, capables de se scinder par oxydation en deux acides organiques renfermant par conséquent moins de carbone dans leurs molécules que le générateur, etc.
5° Ils fixent l’oxygène sous l'influence des alcalis ou des métaux alcalins pour engendrer les acides monobasiques correspondants.
Ainsi, d’après de Montgolfier, le camphre ordinaire peut fixer directement, sous l’influence du sodium, deux équivalents d'oxygène pour former du camphate de sodium :
CARBONYLES.
6° Ils s’unissent aux éléments de l’eau et se changent en acides monobasiques (Dclalande) :
7° En fixant six équivalents d’oxygène, ils se transforment en acides bihasiques. Tel est le cas du camphre, qui fournit de l’acide camphorique par oxydation :
C S0 II 1 «O*(—) + 30* = C 80 H le 0 8 .
Ces deux dernières réactions, qui sont liées à la nature incomplète de la molécule, appartiennent en propre aux carbonyles et différencient nettement ces derniers des autres aldéhydes.
En effet, les carbonyles sont des corps doublement incomplets : d’abord par leur fonction aldéhydique, ensuite parce que le carbure dont ils dérivent n’a pas été saturé par la fixation de l’oxygène. Voici d'ailleurs comment M. Berthelot s’exprime à ce sujet :
« Il résulte de leur synthèse que les carbonyles sont eux-mèmes des corps incomplets, et cela indépendamment de leur fonction d'aldéhyde. Outre l’aptitude à se changer en alcool par hydrogénation, en temps qu’aldéhydes en général, ils offrent ce caractère spécial de fixer par surcroît les éléments de l’eau, IPO 2 , et même, en principe, de tout autre corps simple ou composé occupant le même volume gazeux.
« C'est ainsi que la fixation des éléments de l’eau change les carbonyles en acides., monobasiques. Elle est pareille à la fixation de l’eau sur l’oxyde de carbone, laquelle engendre l'acide formique, et elle s'opère de même avec le concours des alcalis.;
C* 0 ! (—) 4- IPO* = C*II 2 0* Acide formique C S0 H 16 0 , (—) 4- IPO 3 = C M H ,8 (P — campholiquc C ac IP 0’(—) + IPO’ = C**H io O l — diphénylformique C 6 H‘0*(—) + IPO* = C e H 6 O l — propionique.
« En vertu du même caractère incomplet, les carbonyles sont changés en acides bibasiques par fixation de six équivalents d’oxygène :
C ,0 Il 16 O s (—) 4- O 8 = C lo H 16 0*,0* Acide camphorique C° H* 0*(—) 4 - O* = C“ IP O*,O* — malonique.
Cette fixation peut être interprétée de deux manières : soit que le camphre fixe d’abord O 3 , à la manière de l’aldéhyde ordinaire qu$ devient acide acétique : le caractère incomplet de l’acide dérivé du camphre le rendrait apte aussitôt à fixer O* additionnel, soit que le camphre tende à former du premier coup les deux acides
C 3 IPO* + C 18 IP*OS
suivant le type de l’oxydation de l’acétone, qui engendre C«H«0*-+-C»H*0»;
mais les deux acides dérivés du camphre se combineraient ensemble à l’état naissant, toujours en raison du caractère incomplet de l’un d'entre eux.
« Ces carbonyles pouvant être formés analytiquement au moyen d'une seule molécule d'acide bibasique, par perte d’eau et d’acide carbonique,
c’est-à-dire,
ce mode de formation rappelle celui des acétones. Mais ceux-ci dérivent de deux molécules distinctes d’acide monobasique, ce qui leur assigne une composition bien différente, surtout au point de vue du caractère incomplet des carbonyles.
« Le tableau suivant exprime l’ensemble des réactions parallèles des carbonyles et leurs relations expérimentales avec les carbures générateurs :
carbonyi.es.
fi « fü,H: