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Fig. 1. — Gros-Bec Linotte.
Fig, 2. — Verdier Chlonis.
(Troisième partie)
5 TT, à Suube des Geuutrosttes Suspeuseurs
DEUXIÈME TRIBU. — MÉLIPHAGIDÉS.
Les Méliphagidés, ou Philédons, sont des Giseaux presque exclusivement propres à l'Australie.
Le nom de Philédon, ainsi que celui de Philémon, avait été donné, par Commerson, à l’Oiseau que Buffon a décrit sous la dénomination de Po-
lochion. Cuvier l'adopta pour désigner un genre nouveau, dans lequel il fait entrer cet Oiseau, et qui comprenait une grande partie des Oiseaux de cette tribu. Il rangea ces Philédons dans sa famille des Passereaux dentirostres, entre les Cineles et les Martins, et les regarda comme voisins des Merles. Ce naturaliste y établit trois sections :
4° Ceux qui ont à la base du bec des pendeloques charnues;
2 Ceux qui l'ont privée de caroncules, et à joues dénudées de plumes:
3° Ceux qui n'ont ni caroncules ni partie nue sur la face.
Vieillot, ayant reconnu, dans son Système d’'Ornithologie, que la plupart des Oiseaux nommés Philédons par Cuvier devaient être séparés génériquement, partagea ces Philédons en deux genres, qu'il plaça dans deux familles très-éloignées l'une de l'autre, dans sa méthode, savoir : le genre des Créadions (Creadion), dans celle des Caronculés, et le genre Polochion (Philemon), dans celle des
Épopsidés. Le premier comprenant les Philédons, dont le bee est pourvu d’une proéminence sur sa mandibule supérieure, et ceux qui ont la base du bec garnie de pendeloques charnues; le second renfermant les Philédons à bec simple, et dont le tour des yeux est le plus souvent emplumé, mais quelquefois entouré d'un espace nu, et où la peau a l’apparence de maroquin coloré en rouge ou en jaune.
C'est M. Swainson qui a constitué celte tribu, que M. Gray divise en trois sous-familles :
1° Myzomelinæ; 2° Meliphagine; 3° Melithreptine.
M. Ch. Bonaparte, réunissant ensemble les deux premières et une partie de la troisième, et en détachant le genre Phyllornis pour l'élever au rang de sous-famille, a réduit ce nombre à deux, qui sont :
1° Meliphaginæ; 2° Phyllornithine,
qui n’en comportent pas moins à elles deux vingt genres, sans y comprendre les genres Jora, Horsfield; Yuhina, Hodgson, et Zosterops, Vigors, que M. Ch. Bonaparte a, par innovation, introduits dans les Méliphagidés, tandis que jusqu’à présent on les avait toujours rapprochés, soit des Timalidés, soit des Sylviadés.
Nous adoptons la division de M. Gray.
Tous ont la langue extensible et garnie de papilles allongées imitant des fibres soyeuses; les ailes dépassant le croupion; la queue médiocre, légèrement échancrée ou rectiligne; le bec effilé, pointu, arqué, et généralement avec une petite dent ou échancrure apicale : c’est même ce caractère qui les avait fait placer par Cuvier dans ses Dentirostres; les doigts généralement assez courts, robustes, mais toujours armés d'ongles forts et très-arqués; le pouce long, robuste, paraissant beaucoup plus fort, à proportion des doigts antérieurs, que chez les autres Passereaux, ce qui est un caractère propre à tous les Suspenseurs.
Ces Oiseaux, ainsi que l’observe M. de La Fresnaye, sont en effet obligés, pour pomper le suc des fleurs, dont ils se nourrissent, de se tenir souvent, pour ne pas dire constamment, dans une position plus ou moins verticale, où même renversée en arrière, et dès lors ce pouce vigoureux leur devient nécessaire. (Mag. de zool., 1833.)
Toutes les espèces, ajoute Lesson, vivent d'Insectes et d'exsudations qu'elles retirent des sues ou mannes qui découlent des écorces et des feuilles des arbres de l'Océanie et de l'Australie, leur patrie exclusive.
Ce sont, au total, des Souï-Mangas à plumage variable, sans éelat métallique, mais de taille qui atteint souvent celle d’un Merle. (Complément de Buffon, 1858.)
Au sujet de la région du globe habitée par ces Oiseaux, MM. Quoy et Gaimard ont fait quelques remarques qui, pour être disséminées dans des généralités écrites par eux au retour de leur voyage de cireumnavigation, n'en méritent pas moins d’être conservées et méditées par les naturalistes, paree qu'on y retrouve, dans la vivacité d'imagination, la netteté d'observation et la finesse des aperçus, un certain parfum de jeunesse mise à la maturité de la science. ;
Toute la partie du comté de Cumberland (Nouvelle-Hollande), disent ces voyageurs, qui repose sur des couches de grès, même une portion des montagnes Bleues, nous ont paru avoir plusieurs rapports d'organisation générale avec la péninsule que forme le cap de Bonne-Espérance, en Afrique. Le sol, alternativement, ou y est montueux, ou présente des plaines sablonneuses, arides, recouvertes d'arbres plus ou moins rabougris, d'un aspect monotone et triste. Les arbrisseaux et les plantes herbacées ont leurs feuilles dures, épineuses; mais la plupart ont un caractère particulier : c'est que leurs fleurs sont remplies d’une liqueur sucrée abondante, seule nourriture que la nature ait pour ainsi dire accordée à quelques espèces d'Oiseaux, et pour laquelle ils ont reçu, par une admirable prévoyance, une langue rétractile, en pinceau, remplissant l'office d'un siphon vivant. C'est ainsi que nous avons vu, au cap de Bonne-Espérance, les Soui-Mangas et les Promerops, tou-
jours suspendus aux virgilias et aux protéas, employer presque tout leur temps à pomper un aliment aussitôt digéré que pris.
Au Port-Jackson, une famille tout entière participe de la même organisation. Si les Philédons ont aussi la langue plumeuse. et sont obligés de picorer comme les Abeilles, la nature ici plus soigneuse a mis à leur portée, avec une sorte de profusion, un bien plus grand nombre de végétaux mellifères. En effet, on ne peut pas faire un pas sans rencontrer d'énormes banksias, dont les cônes élégants fournissent un suc abondant; des forêts entières de gigantesques eucalyptus; des xanthoréas, plante ou arbre singulier, tout à fait propre à la Nouvelle-Hollande; des mélaleucas, des styphélias, et une foule d’autres arbres donnant plus ou moins de liqueur mielleuse aux Oiseaux qui parcourent leurs branches.
Il serait curieux de rechercher si, ayant constamment la tête plongée dans la corolle des fleurs, le sens de la vue, chez eux, est moins parfait. Tout ce que nous savons, c'est qu’en général ils se laissent approcher de fort près. (Ann. des Sc. nat., tom. V, 1825.)
Fig. 1. — Entomophile peint
PREMIÈRE FAMILLE. — MYZOMÉLINÉS.
Les Myzomélinés ont le bec plus ou moins long, mince, arqué et aigu à la pointe, qui est très- Los échancrée; les narines basales, recouvertes par une écaille membraneuse: les ailes cour- , les troisième et quatrième rémiges étant généralement les plus longues; la queue courte et égale; ls. tarses variables, et le plus souvent Pile s; les doigts médiocres : les deux externes égaux, et soudés à la base, M. Gray compose cette famille des quatre genres suivants :
1° Myzsomela, Vigors et Horsfeld; 2° Entomophila, Gould;
3° Glyciphila, Swainson;
Acanthorhynchus, Gould.
Fig. 2. — Myzomèle à tête rouge,
C'est, dit Jules Verreaux, sur les fleurs des eucalyptus et des banksias que se trouvent les Myzomèles; comme les Soui-Mangas, ces petits Oiseaux se cramponnent aux fleurs pour en pomper le suc et y saisir les petits Insectes qui servent à leur nourriture, voltigeant de l'une à l’autre, et grimpant en contournant toutes les feuilles. On les voit souvent aussi parcourir Jes petits buissons, où ils semblent se complaire à se cacher; ils en sortent alors avec la vivacité de l'éclair pour aller se cacher dans un autre. Is vont par paires, et, à peu de distance l’un de l’autre; leur ramage est très-agréa-
Fig. 1. — 1. Merle Grive. 2. Merle Mauvis
Fig. 2. — Etourneau vulgaire
ble, aussi quelquefois n'est-il arrivé de passer un assez long temps à les écouter. Mais, à part ce gazouillement, ils poussent des cris aigus qui les font reconnaître instantanément.
Un nid de ces Oiseaux, que je me suis procuré en décembre, se trouvait attaché en arrière, vers la sommité, à une branche d’eucalyptus, et était à environ douze ou treize pieds du sol. Quoiqu'il fût à l'extrémité d'une petite branche, il n'était pas facile à voir, et ce ne fut qu'en apercevant le mâle y porter quelque chose avec son bec que j'en fis la découverte, et, pour mieux m'en assurer, je tuai ce dernier et fis abattre l'arbre pour avoir le nid. Une espèce fait le sien dans les buissons, à quatre pieds d’élévation. Ce nid, d’une forme gracieuse, est composé de filaments d'écorce d'eucalyptus, de mousse, de brins de graminées extérieurement, et l'intérieur est soigneusement garni de plumes et de substances moelleuses; l'ouverture en est assez petite, et se trouve en avant vers le haut. {Notes mss. de z0ol. austral. et tasm.)
Les Entomophiles, d’après M. Gould, suspendent leur nid à l'extrémité des branches, et presque toujours de celles des acacias.
Nous croyons que le travail de classification des Méliphagidés est encore tout à faire, malgré les améliorations qu'y ont apportées successivement MM. Swainson, Gray et Ch. Bonaparte. Plusieurs espèces manqueraient, d’après les observations de quelques voyageurs, de l'appareil pénicillé de la langue; d’autres apprendraient aisément à parler, ce qui semble peu d'accord avec cette conformation de la langue; certaines, enfin, n'auraient aucune des habitudes propres à ces Oiseaux. De nouvelles études sont donc nécessaires pour lever tous les doutes et rendre à chacune des familles qui composent cette tribu, ou aux divers genres de ces familles, leur véritable place dans la série.
4e GENRE. — MYZOMÈLE. MYZOMELA. (Nigors et Horsfield, 1826.)
Mubw, je suce; met, le miel
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Bec assez long, grèle, large, et coupant à sa base, comprimé sur les côtés jusqu'à la pouute, qui est aiguë, recourbé sur son ærêle.
Narines basales, longitudinales linéaires, recouvertes d'une membrane égalant en longueur le tiers des mandibules
Fig. 3. — Myzomela nigra Fig. 4 — Myzomela nigra
Ailes médiocres, subobtuses; la première rémige la plus courte, ensuite la seconde, puis les troisième et quatrième, égales entre elles, qui sont les plus lonques.
Queue courte, ou égale, ou légèrement échancrée.
Tarses minces, de la longueur du doigt médian, recouverts de larges écailles; doigts minces : les deux latéraux égaux et unis à la base, le pouce long et robuste; ongles allongés, comprümés et aiqus.
Langue terminée en pinceau, et fendue au milieu vers le bout.
Neuf espèces, de la Malaisie, de l'Océanie et de l'Australie exclusivement. Nous citerons le Myzomèle chermesine (Myxomela chermezina), Gray.
Ce sont des Oiseaux qui joignent au port et aux caractères généraux des Soui-Mangas l'aspect, les mœurs et la conformation des Philédons; leur plumage est orné de vives couleurs, mais sans aucun éclat métallique.
MYZOMÈLE SANGUIN. MYZOMELA SANGUINEA. (Latham, Gray.)
Tête et cou rouges : cette couleur s'étendant sur la poitrine et sur les flancs; mais, ici, elle se trouve mélangée du gris qui colore une partie de chaque plume; le reste des parties inférieures est grisâtre, tirant sur le blanc vers le milieu du ventre; parties supérieures noires, y compris les ailes et la queue; mais le rouge vif qui couvre la partie antérieure se prolonge au centre du dos, du croupion et sur les couvertures supérieures de la queue : la base de ces plumes, comme celles de la tête et du cou, est noire, et cette couleur est plus apparente à cette dernière partie; un petit trait noir se trouve entre le bec et l'œil, et l’entoure; les plus grandes couvertures alaires bordées de gris blanc; les rémiges lisérées d’olivâtre, les couvertures inférieures des ailes et une partie des barbes internes des rémiges d'un blanc mélangé de grisâtre sur la première partie; bec et iris noirs; tarses brun clair, tirant sur l'olivâtre; le dessous des doigts jaunâtre; langue assez longue, jaune, terminée en pinceau, et fendue au milieu vers le bout. (J. Verreaux, Notes mss. de z0ol. austral. et tasman.)
Longueur totale, 0,115.
Habite l'Australie et les îles Sandwich.
2m GENRE. — ENTOMOPHILE. ENTOMOPHILA. (Gould, 1837.)
Evrouov, Insecle; @tco, j'aime.
Bec de la longueur de la tête, large à la base, à arète et côtés arrondis, comprimé vers la pointe, qui est très-légèrement échancrée.
Narines basales, à ouverture lunulée et percée sur le devant d’une pièce membraneuse.
Ailes longues, subobtuses, la première un peu plus courte que la seconde, la troisième et la quatrième égales, les plus longues.
Queue médiocre et égale.
T'arses courts, de la longueur du doigt médian, recouverts de larges écailles; doigts médiocres et nunces, les deux latéraux unis à la base, inégaux, l'interne un peu plus court; ongles comprimés et aigus; pouce fort.
Quatre espèces de l'Australie. Nous citerons l'Entomophile Pie (Entomophila picata), Gould. (Gray.) :
ENTOMOPHILE PEINT. ENTOMOPHILA PICTA. (Gould.)
Tête, joues et dessus du corps noirs; les plumes auriculaires bordées à leur extrémité de blanc: ailes noires; les rémiges primaires et secondaires ayant leur page externe d’un jaune brillant; rectrices caudales noires extérieurement, jaunes intérieurement, et toutes, à l'exception des deux médianes, terminées par un liséré blanc plus ou moins large; menton, gorge et tout le dessous du
corps blanes. cette couleur marquée de taches longitudinales d'un brun obscur sur les flancs; bec
jaunâtre; pieds noirâtres.
Longueur totale : 0,16.
Fig. 5 — Entomophila picta Fig. 6. — Entomophila prcta
3% GENRE. — GLYCIPHILE. GLYCIPHILA. (Swainson.)
Pvxv:, mielleux; @uEw, j'aime.
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Bec assez long, plus ou moins nünce et arqué, à mandibule supérieure arrondie en dessus el sur les côtés, comprimée seulement vers la pointe, qui est échancrée et aiquë.
Fig. 7. — Glyciphile à front blanc
Narines basales, percées dans une large ouverture linéaire, el closes par une espèce d'écaille
membraneuse.
Ailes longues, surobtuses, à première rémige beaucoup plus courte que la seconde, les troisième et quatrième égales, les plus longues Queue médiocre et échancrée.
Fig. 8. — Glyciphila melanops. Fig. 9. — Glyciphila melanops.
Tarses de la longueur du doigt médian. recouverts de larges squamelles: doïigis courts, les latéraux égaux, unis à la base, le pouce assez long et robuste, ongles courts, recourbés et aigus.
Sept espèces de l'Australie. Nous figurons le Glyciphile à front blanc (Glyciphila albifrons), Gould.
GLYCIPHILE FASCIÉE. GLYCIPHILA FASCIATA. (Gould.)
Tête en dessus d’un noir brunâtre, chaque plume marquée d’une tache blanche arrondie; croupion teinté de roux; côtés de la face, gorge et dessous du corps blancs; une ligne étroite d'un now obseur partant de l'angle de la bouche et descendant sur les côtés du cou; poitrine fasciée en travers de lignes demi-cireulaires d'un noir brunätre; flancs et région anale jaunâtres; les plumes des flancs marquées à leur centre d’une tache longitudinale noirâtre.
Longueur totale : 0",11.
Du port Essington.
4%e GENRE. — ACANTHORHYNQUE. ACANTHORHY NEHUS. (Gould.)
Azav0x, aigu; 0%770:, bec.
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Bec plus long que la tête, mince et courbé, la pointe des deux mandibules très-aiquë, comprmée sur le côté.
Narines basales, comme dans le genre précédent.
Ailes idenr.
Queue médiocre, échancrée au milieu, arrondie sur les côtés.
Turses et doigts comme dans le genre précédent.
Loriot,
Trois espèces de Van-Diémen. Nous citerons l’Acanthorhynque à bec grêle (Acanthorhynchus tenuirostris), Gould. :
sue , ASS 7 \ | MAS A \& SE \ FE Fig. 10. — Acanthorhynchus tenuirostris. Fig. 11. — Acanthorhynchus lenuirostris
ACANTHORHYNQUE A SOURCILS. ACANTHORHYNCHUS SUPERCILIOSUS. Gould.
Dessus de la tête et du corps, ailes et les six rectrices intermédiaires de la queue d'un cendré obseur; le surplus des rectrices terminé par une large bande blanche; lorums et plumes auricu-
Fig. 12. — Acanthorhynque à sourcils.
laires d'un brun noirâtre; haut de la gorge, joues et ligne sourcilière blancs; gorge et cou couleur
marron, brillante à la première partie, pâle à la seconde, cette couleur entourée en dessous d’une où 2
bande blanche bordée elle-même de noir; ventre et région anale d'un cendré pâle; bec et pieds noirs.
Longueur totale : 0,14.
De Van-Diémen.
be GENRE, — MOHO. MOHO. (Lesson, 1831.)
Bec de la longueur de la tête, fort, recourbé, pointu, à commissure bordée, à bords rentrés.
Narines ovales, pointues, longitudinales, ouvertes.
Ailes moyennes, subobtuses, à troisième, quatrième et cinquième rémiges les plus longues.
Queue étagée, à rectrices médiocres, pointues.
Tarses allongés, scutellés, plus longs que le doigt médian; doigt du milieu peu prolongé «u del des latéraux; le pouce long et robuste, à ongle arqué et aigu.
Une seule espèce des îles Sandwich, dont nous donnons la description.
Fig. 13. — Moho pacifica Fig. 14 —- Moho pacifica.
Il semblait que l'Oiseau type de ce genre ne dût jamais quitter la place que Cuvier, avec quelque doute, il est vrai, lui avait assignée dans son genre Philédon, exemple que Vieillot ne tarda pas à suivre en le mettant dans son genre Polochion, qui lui est identique, et qu'imila également Lesson. M. Gray seul, dans ces derniers temps, a cru devoir le sortir des Méliphagidés pour le comprendre dans ses Proméropidés ou Souï-Mangas. Mais M. Ch. Bonaparte vient tout récemment de le rendre à sa véritable destination de Méliphagidés, dont il a la langue en pinceau et les habitudes.
MOIIO NOIR, MOHO NIGER. (Gmelin, Lesson.)
Il a la grosseur d’une Alouette; sa queue, qui est très-étagée, a 0®,19 de long; son plumage est généralement noir, si ce n’est sur le bas-ventre et sur deux grandes touffes de plumes placées près des ailes, qui sont de couleur jaune, ces dernières n'étant pas visibles lorsque les ailes sont fermées; les plumes de la tête et de la gorge sont courtes et pointues; toutes les pennes caudales sont pointues au bout; la plus extérieure est bordée en dehors et terminée de blanc, et toutes les autres sont noires.
Longueur totale : 0",36.
Une variété a toutes les pennes caudales terminées de blanc; une seconde a toutes ces pennes noires et les flancs roux; enfin, une troisième a le plumage tout noir et parsemé de croissants et de traits blancs.
Le Moho est des îles Sandwich, et son nom est celui qu'il reçoit des naturels de ces îles, qui se
servent des plumes de sa queue pour faire des chasse-mouches (Drsmaresr, Dictionneire des Sciences naturelles, 1826), et des plumes soyeuses jaunes de ses flancs pour orner les manteaux de leurs chefs.
DEUXIÈME FAMILLE. — MÉLIPHAGINÉS.
Les Méliphaginés ont le bec comme les Myzomélinés; les ailes médiocres et arrondies, avec les quatrième et sixième rémiges les plus longues; les tarses courts et forts; les doigts comme les Myzomélinés, mais le pouce long et vigoureux, les ongles médiocres, courbés et aigus.
M. Gray a introduit dans cette famille sept genres :
1° Meliphaga, Lewin;
2 Antochæra, Nigors et Horsfield;
3° Prostemadera, Gray,
4° Anthornis, Gray;
»° Pogonornis, Gray;
6° Phyllornis, Boié;
7° Tropidorhynchus, Vigors et Horsfield, Créadion, Vieillot.
Quant aux mœurs des Méliphaginés, nous ne pouvons mieux faire que de citer les observations si intéressantes faites par J. Verreaux sur les principales espèces de cette famille.
Le Méliphage australasien, dit Jules Verreaux, m'a paru assez commun dans les environs de Iobart-Town, surtout dans les ravins ou sur le penchant des montagnes. Cette espèce se tient de préférence sur les arbustes; cependant elle est quelquefois aussi sur les grands arbres, et même sur diverses petites plantes, dans le calice des fleurs desquelles elle cherche les petits Insectes qui servent à sa nourriture. On ne voit guère que les deux sexes ensemble. Dans la matinée, elle fait entendre un petit gazouillement agréable qui se prolonge assez longtemps. Lorsque le banksia australis est en fleurs, il parait être son arbre de prédilection; il est vrai que ses fleurs, qui ont beaucoup de sue, y attirent une quantité de petits Insectes. Un fait assez curieux est que le mâle a les yeux d'un brun noirâtre et que la femelle les a toujours rouges. Il m'est arrivé plusieurs fois de rencontrer six où huit femelles ensemble, surtout à l'approche de l'hiver. À cette époque, elles semblent plus farouches et choisissent les grands arbres. Cette espèce, comme toutes ses congénères, fait souvent des évolutions dans l'air avant de se poser, et souvent se laisse tomber, d'une assez grande hauteur, jusqu'au buisson dans lequel elle entre immédiatement pour se cacher, ou en ressortir précipitamment pour recommencer le même manége. . Elle aime surtout les petites bruyères, parmi lesquelles on la voit souvent chercher les Insectes sur les fleurs, dont elle suce aussi le suc… Les quelques individus que j'ai tués, au milieu des banksias dont les fleurs rougetres sont si curieuses et si belles, s’y trouvaient en compagnie des Meliphaga Novæ Hollandiwæ et sericea. Y'en ai également tué sur les eucalyptus, dont les fleurs leur offrent une abondante nourriture ; ces fleurs contenant beaucoup de suc, les Insectes y sont attirés en nombre, surtout une petite espèce de Staphylin qui ÿ fourmille. De même que toutes les autres espèces de Méliphaginés, lorsque notre espèce est posée sur une branche, elle se cramponne aux feuilles, qu’elle contourne dans tous les sens avec beaucoup d'agilité. On remarque souvent dans les matériaux servant à la confection du nid de cette espèce quelques débris d'un métrosidéros, qui est très-commun dans les environs de Sydney, et qui porte une fleur blanche dont l'odeur est très-agréable.
Le Méliphage de la Nouvelle-Hollande recherche de préférence les fleurs des buissons, surtout celles d’un grand aloës qui fleurit en février, pour y butiner les Insectes qu'elles renferment, ainsi
que les fleurs si nombreuses des beaux protéas. Ces dernières, contenant aussi beaucoup de suc, attirent beaucoup de petits Insectes qui servent à la nourriture de cette espèce. Il n’est pas rare d'en compter plus d’une douzaine dans un de ces buissons, y pénétrant dans leur plus grande épaisseur, ei prenant toutes sortes d'attitudes pour chercher les Insectes. Ces Oiseaux y sont accompagnés d'autres espèces, aussi arrive-t-il souvent de les voir se quereller ensemble. Ils sont d’un naturel vif et turbulent. Quelquefois on en voit se percher sur les branches les plus élevées, mais en un clin d'œil ils disparaissent dans le fourré. Le nid de cette espèce, qui a un peu l'apparence de celui de la précédente, est le plus souvent fourni de débris d’écorce de string-bark, de débris de diverses autres plantes, de plumes, ete.; l'intérieur est garni de laine, de poils de Phalangiste fuligineux, de débris de fleurs cotonneuses et de plumes de Platycerques; il a 0",08 à 0",09 de diamètre; l’ouverture d'environ 0,07, et presque autant de profondeur.
Fig. 15. — Méhiphage de la Nouvelle-Hollande.
Combien de fois ne me suis-je pas reposé à l'abri d'un buisson pour suivre tous les mouvements du Méliphage séricéeux, et observer la grâce avec laquelle il se cramponne, soit aux branches, soit aux fleurs, pour chercher sa nourriture! S'il lui arrivait de se quereller avec l'espèce précédente, alors on les voyait partir comme un trait, et se battre dans l'air, retombant quelquefois tous deux près du sol, puis remontant, et s'arrachant les plumes, jusqu'à ce que le plus faible prit la fuite. L'autre aussitôt le poursuivait avec acharnement jusqu'au buisson dans l'épaisseur duquel ce dernier avait soin de se cacher, et d’où il ne ressortait que lorsque son antagoniste avait disparu. Mais aussi, assez souvent, un autre prenait part au combat dans le buisson, et alors on les entendait au ramage bruyant qui en sortait, et on ne tardait pas à les voir recommencer leurs manœuvres dans l'air.
J'ai rencontré fréquemment le Méliphage séricéeux dans les lieux marécageux, sur une plante dont j'ai rapporté plusieurs échantillons, mais souvent isolé et presque toujours au milieu des touffes les plus épaisses. Aussi fallait-il choisir le moment où il se perchait sur la sommité, sans quoi il était impossible de le voir. Cette espèce ne paraît se percher sur les arbres qu'accidentellement, et pendant la forte chaleur; car là elle reste immobile et cachée parmi les feuilles.
Parfois ces Oiseaux restent longtemps en l'air avant de se reposer, et battent des ailes en montant et en descendant.
De tous les Méliphaginés, le Méliphage à oreillon d'or se distingue par son chant, qui est peutêtre plus agréable que celui de la plupart de ses congénères, surtout dès le matin, lorsque les premiers rayons du soleil viennent animer tous les êtres; le mâle surtout parait déployer toute son éloquence; car, placé sur la sommité d’un buisson assez élevé, il y reste fort longtemps à faire entendre sa mélodie, tandis que sa femelle, plus turbulente, s'occupe à chercher parmi les fleurs et les feuilles les petits Insectes, et ne parait répondre à son mäle que par quelques notes échappées furtivement; quelquefois même elle vient se reposer près de lui avec une sorte de timidité craintive.… Il arrive aussi qu'en s’envolant tous les deux à une assez grande hauteur, ils s'amusent en l'air tout en paraissant se quereller.
Quoiqu'en général les Méliphagidés paraissent difficiles à élever, il en est que les naturels apprivoisent et gardent même en liberté dans leurs cases. Tel est le Prosthémadère et l'Anthornis mélaaure ou Philédon Duméril. J'ai eu occasion d'en voir plusieurs excessivement doux et même parlant très-bien. Les deux qui me furent donnés par mon ami Stephenson parlaient aussi bien que le font nos Étourneaux. Bien malheureusement, en rentrant chez moi, après quelques jours de chasse, j'eus la douleur de les trouver morts, le Chat ayant détaché la cage; un seul fut en état d’être mis en squelette, c’est celui qui fait partie de ma collection.
L'Anthochære caronculée, très-commune, fréquente les forêts d’eucalyptus, et quelquefois aussi la voit-on parmi les wattels et les banksias. Elle se nourrit d'Insectes, et, vers le mois de novembre, elle est si grasse, qu'il est alors très-difficile de la conserver. Elle vit par petites troupes et ne vole que d'arbre en arbre avec peu de vitesse; son cri, assez fort, la fait reconnaître aisément. Il m'est arrivé souvent d'en voir en cage, où on les nourrit avec de la pâtée; et ils semblent devenir assez familiers. Dans l'estomac de ceux que je me suis procurés en grand nombre, je n’ai toujours trouvé que des Insectes, et plus particulièrement des larves, des Cureulios, ete.; il est de fait que leur estomac est très-musculeux. Je n’ai jamais observé cette espèce descendre sur le sol; mais elle parcourt avec vitesse chaque branche de l'arbre sur lequel elle se repose, puis passe à un autre. Son vol ressemble beaucoup à celui de notre Pie européenne, lorsqu'elle vole d'arbre en arbre. Dans le Jour, c'est-à-dire lorsque la chaleur est forte, il est presque impossible de l'approcher, quoique pendant cette période elle fasse entendre de temps à autre son eri, qui est fort difficile à rendre et qui ne peut guère s'exprimer que par crou-ou, crou-ou-ou, répélé cinq ou six fois de suite. Combien ai-je perdu de temps en les cherchant! Il faut dire aussi que ces Oiseaux ne se rencontrent communément que par localités. Ainsi, dans les environs de Hobart-Town, ils ne sont nulle part plus communs qu’à Kangouroo-Pointe, plus spécialement sur les wattels. Dans une chasse que je fis en cette localité, et qui dura trois jours, il me serait impossible de dire le nombre que j'en tuai dès que le jour commençait à paraître, ou lorsque la nuit approchait. C'était alors un vacarme épouvantable avant que chaque individu fût casé. Ils dorment généralement en nombre sur le même arbre; mais ils choisissent les branches hautes et très-touffues. Pendant une de ces nuits, en tirant un Phalangiste de Cook que j'avais observé très-longtemps, au clair de lune, mangeant les feuilles de l’eucalyptus sur lequel il était, quel fut mon étonnement, après l'avoir tiré, de voir tomber avec lui sept de ces Oiseaux, et d'entendre les autres recommencer leurs cris, puis s'envoler au hasard à perte de vue! Vers le mois de février, leur chair contracte un fort mauvais goût dû aux larves d’une grosse espèce de Mouche qui se trouvent par paquets sur les branches des eucalyptus, et dont ils font leur nourriture dans cette saison. J'ai effectivement trouvé de ces larves et même des Chenilles dans l’estomac d'un grand nombre. Il est à remarquer aussi que, pendant cette période, la graisse n'est plus aussi abondante.
On voit très-souvent le nid de ces Oiseaux sur les wattels, les banksias et même sur les gommiers (eucalyptus). Le nid est assez volumineux et composé de débris de diverses plantes; mais les débris d'écorces du string-bark y entrent pour beaucoup. L'intérieur est garni de quelques plumes; le tout a de 0®,16 à 0®,17 de diamètre sur près de 0m,08 de profondeur. (Notes manuscrites de Zoologie tasmanienne et australienne.)
Du reste, ce sont des Oiseaux courageux, qui mettent en fuite des Oiseaux beaucoup plus forts et plus grands qu'eux. Une de ces espèces (Antochæra mellivora) est souvent aux prises avec une
espèce de Perroquet à ventre bleu (Psittacus hæmatopus), et c’est toujours avec avantage qu'elle lui dispute le miel dont il fait sa principale nourriture; souvent deux seuls individus suffisent pour mettre en fuite des troupes nombreuses de Perroquets.
4 GENRE. — MÉLIPHAGE ou PHILÉDON proprement dit. MELIPHAGA. (Lewin.)
Me, miel, ®zYo0, je mange.
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Bec long, assez mince, large et élevé à la base, à arête arrondie et recourbée, comprimée sur les côtés vers la pointe, qui est échancrée el aiquë. Narines basales, larges, largement ouvertes, el recouvertes par une espèce d'écaille mem-
braneuse.
Ailes médiocres, surobtuses; la première rémige très-courte, la seconde beaucoup plus courte que la troisième, qui est de même longueur que la quatrième et la cinquième.
Fig. 16. — Meliphaga carunculata,
Queue assez longue, large, échancrée au milieu, étagée sur les côtés. Tarses aussi longs ou plus longs que le doigt du milieu, recouverts de larges squamelles; doigts médiocres : les latéraux égaux et unis à la base; ongles longs, minces, courbés et très-aigus.
Les joues et l'espace entre l’œil et le bec souvent nus.
Vingt-huit espèces de l'Australie. Nous citerons le Méliphage jaune (Heliphaga flava), Gould.
MÉLIPHAGE SOYEUX. MELIPHAGA SERICEA. (Gould.
Front blanc, mais la base de chaque plume noire, le blanc se prolongeant au-dessus de l'œil, et s'étendant de chaque côté de l’occiput; milieu de la tête, de l'occiput, tout le tour de l'œil, la gorge et le devant du cou, d’un noir foncé; les plumes des joues longues, susceptibles de se redresser, d’un blanc pur; parties supérieures noirâtres, mélangées de brunâtre et de blanc; ailes et queue brunâtres, avec du jaune sur les rémiges et à la base des rectrices; le reste de ces dernières olivâtre sur une grande partie de leur longueur, dont l'extrémité est légèrement teinte de blanchâtre; elles sont légèrement échancrées et un peu pointues; parties inférieures blanches, avec des bandes longitudinales noires sur la poitrine, les flancs et les couvertures inférieures de la queue; iris brun; bec noir; tarses noirâtres. (J. Verreaux, Notes mss. de Zool. tasman. et austral.)
Fig. 1. — Merle érralique
CSL
9e GENRE. — CRÉADION. CREADION. (Vieillot, 1816.)
Koezdtev, caroncule.
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Bec allongé, recourbé et atténué à la pointe, mu d'une arêle qui est carénée à la base. Narines linéaires, et occupant la moitié du bec.
Fig. 17. — Creadion lunulata Fig 18. — Creadion lunulata.
Ailes médiocres, arrondies, surobtuses; les quatre premières rémiges étagées, les cinquième et sixième, égales entre elles, les plus longues.
Queue assez grande et étagée.
Tarses et pieds comme dans le genre précédent.
Langue se terminant, de même que chez les vrais Philédons, en un pinceau de fibres. La base du bee souvent garnie de caroncules ou pendeloques charnues; parfois aussi les joues et l'espace entre l'œil et le bec nus.
Cinq espèces d'Australie. Nous citerons le Créadion à caroncule (Greadion carunculata, Latham), Vieillot.
Nous croyons devoir restituer à ce genre le nom que Vieillot lui a imposé le premier, de préférence à celui d'Antochæra de Vigors et Horsfield (1826), que M. Gray a pensé pouvoir lui substituer, réservant la première dénomination de Vieillot pour un autre genre d’Oiseau dont celui-ci n'avait pas plus fait son type que des Philédons caronculés, puisqu'il indique comme espèces typiques, non-seulement Sturnus carunculatus, mais encore Merops carunculatus et Corvus paradoæus, qui sont tous deux synonymes du Philédon caronculé. Mais cet ornithologiste formant en conséquence deux sections dans ce genre, l'une pour le Sturnus carunculatus, l'autre pour les Philédons caronculés, et le premier étant seul de son genre dans la première section, tandis que l’autre renfermait un beaucoup plus grand nombre d'espèces de ces Philédons, il est évident que, s’il y avait à choisir, c'était pour celle-ci et non pour celle-là. Tel est aussi le motif de notre option; d'autant mieux qu'en agissant ainsi, il n'y avait pas crainte pour M. Gray de se trouver dans l'obligation de créer un nom générique nouveau pour le Sturnus carunculatus, M. Isidore Geoffroy Saint- Hilaire ayant depuis longtemps pris ce soin, en le nommant, dès 1832, Philesturnus. Nous craignons bien qu'encore ici M. Gray se soit laissé entrainer plutôt par son faible à pencher du côté qui flatte le plus l'esprit national de ses compatriotes, que laissé guider par les lumières d’une critique saine et impartiale.
CRÉADION DE LEWIN. CREADION LEWINII. (Vigors et Horsfield.)
Dessus de la tête et une moustache qui prend de la base de la mandibule inférieure, se prolongeant jusqu’à la caroncule, d’un noir brun; les côtés d’une partie des plumes de la tête d’un brun clair, et, sur la moustache, on aperçoit du blanc argenté mélangé au brun de cette partie; toute la partie supérieure est grise, variée de brun et de blanc; les plumes du dessus du cou sont plus étroites, et l’on voit au centre de chacune une ligne étroite blanche, tandis que sur celles du dos le blanc est plus large, le brun plus apparent, et toutes sont bordées de gris. Les couvertures alaires sont brunes, bordées de blanc, et quelques-unes, les plus petites, ont une ligne blanche au centre. Lés rémiges sont brunes, bordées de gris blanc; les six premières sont terminées de blanc, et l’on en aperçoit quelque trace sur l'extrémité des autres : la quatrième est la plus longue. Les couvertures supérieures de la queue sont fortement frangées de blanc tout autour. La queue est noirâtre, teintée de brun et de gris : toutes les rectrices sont terminées de blanc; elle est très-étagée. Les côtés de la tête sont recouverts de petites plumes brunes à leur base, et argentées sur le reste; une tache d’un gris blanc se trouve sur les côtés du cou. Toute la gorge et le devant du cou sont recouverts de plumes étroites, lancéolées de blanc au centre, et d’un brun clair sur les côtés; la poitrine et les flancs sont de même, mais le blanc est plus élargi, et le brun est plus clair. Tout le milieu du ventre et du bas-ventre est d’un jaune serin. Les plumes des couvertures inférieures de la queue sont brunes au centre, largement frangées de blanc.
Fig. 19. — Créadion Inauris
Le Créadion de Lewin estintermédiaire entre le Creadion carunculataetle C.mellivora. Sa longueur totale est de 0",405; la queue à elle seule en compte 0,195. Son bec est noir-brun, l'intérieur en est jaune; la langue est plus pàle, assez longue, et terminée en pinceau, c’est-à-dire divisée en quatre parties fibreuses vers l'extrémité. Les tarses sont brun rougeâtre, et les ongles bruns. La partie
nue qui est au devant des oreilles est blanchâtre. Les caroncules sont rougeätres et d'une forme arrondie; elles sont aplaties. L'iris est d’un rouge carminé.
La femelle est généralement plus petite que le mâle. (J. Verneaux, Notes mss. de Zool. tasman. el austr.)
3° GENRE. — VERDIN. PHYLLORNIS. (Boié.)
Du22,07, feuille; cavts, Oiseau.
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Bec médiocre, droit, fléchi à la pointe, comprimé, fortement échancré, à bord des mandibules rentrant, base un peu dilatée, pointe très-comprimée; langue en brosse.
Narines basales, latérales, ovoides, s'ouvrant par devant, fermées par derrière, et en partie cachées par les petites plumes qui couvrent la membrane; fosse nasale profonde.
Ailes médiocres, obtuses; la première penne très-courte, la deuxième moins longue que la troisième : celle-ci et la quatrième à peu près de la longueur de la cinquième.
Queue médiocre, et légèrement arrondie. .
Pieds très-courts, de la longueur du doigt médian, grèles; doigts courts, trois devant : l'externe réuni jusqu'à la première phalange, l'interne soudé à la base; doigt postérieur le plus long et le plus fore. (Tenuier.)
Fig. 20. — Phyllornis aurifrons. Fig. 21. — Phyllornis aurifrons
La seule espèce bien connue, décrite sous le nom de Verdier de la Cochinchine, ou de Turdus Cochinchinensis des méthodes, a été rangée par tous les commentateurs, pendant longtemps, dans le genre Merle (Turdus). Plus tard, G. Cuvier, dans son Règne animal, à classé cet Oiseau parmi les Philédons (Meliphaga). M. Boié en a fait le type d’un nouveau genre, auquel il a donné le nom de Phyllornis (Oiseau-Feuille), traduction littérale de la dénomination malaise Bouron-Dauson, sous laquelle on désigne cette espèce à Java.
Le genre de vie de ces Oiseaux n’est pas encore complétement connu; on sait seulement que tous ont le bout de la langue filamenteux ou terminé en brosse.
Dix espèces, toutes de l'Asie méridionale et de l'Océanie. Nous figurons le Verdin à tête jaune (Phyllornis icterocephala), Temminek.
VERDIN DE HARDWICK. PHYLLORNIS HARDWICKII. (Jardine et Selby, Gray.
Gette espèce a le plumage des plus agréablement varié; tout le dessus est vert-pré un peu doré, se nuançant insensiblement d'olivâtre sur la tête, et de jaunâtre sur les sourcils et derrière les os 3
yeux. Les lorums, le dessous des yeux, la région des oreilles, la gorge, tout le devant du cou, ainsi que le haut de la poitrine, sont noirs, couleur qui, sur cette dernière partie, se reflète un peu en bleu de roi très-foncé. De chaque côté du bec, une bande d'un beau bleu barbeau, en forme de moustache, borde la gorge latéralement, et descend jusque sur le cou. Le bas de la poitrine, le ventre et le reste du dessous, sont d'un jaune mordoré. Les petites couvertures de l'aile, à barbes
Fig. 22 — Verdin à tête jaune
allongées et décomposées, forment sur son pli une sorte d'épaulette du plus beau bleu luisant d'aigue-marine. Les moyennes et grandes couvertures, les rémiges primaires et secondaires, et les rectrices, sont noires; mais toutes ont leurs barbes extérieures d'un beau bleu indigo, plus foncé sur les couvertures que sur les rémiges et les rectrices; les troisième, quatrième, cinquième et sixième rémiges sont finement bordées de gris-blane avant leur extrémité, et la dernière rectrice latérale est striée de roux à sa pointe et sur sa tige. Le bec est noir, allongé, très-comprimé, comme celui du Verdin à front d’or, mais un peu plus arqué, ce qui lui donne entièrement l'apparence d'un bec de Philédon. Les pieds sont de couleur plombée. Longueur totale, 0",20.
Il se trouve dans l'Inde, dans le Bottan. (A. Decessenr, Magas. de Zool., 1840.)
4° GENRE. — POGONORNIS. POGONORNIS. (Gray.)
Hoyov, barbe; 055, Oiscau.
Bec médiocre, très-mince, très-comprimé sur les côtés, à arête graduellement recourbée depuis la base jusqu'à la pointe, qui est fortement échancrée, qarni à sa base de longs poils fins.
Narimes basales, larges, percées dans une ouverture linéaire, oblique, et recouvertes par une écaille membraneuse.
Ailes médiocres, obtuses; la quatrième rémige la plus longue.
Queue médiocre et échancrée.
Tarses longs el robustes. couverts de larges squamelles; doigts longs : les deux latéraux égaux, unis à leur base; le pouce long et vigoureux; ongles longs, comprimés et aigus.
Une seule espèce de la Nouvelle-Zélande, dont nous donnons la figure et la description
Fig. 1. — Merle de White.
Fig 2 — Merle à plastron blanc
Ce Philédon a ce caractère particulier, qu'il est le seul de tous les Méliphagidés qui ait la base du bec garnie de longs poils dirigés en avant.
g. 25. — Pogonornis cincla. Fig. 24. — Pogonornis cincta
POGONORNIS A ÉCHARPE. POGONORNIS CINCTA. (Dubus, Gray.)
Ce Philédon a la tête, le cou et Le haut du dos, d'un noir de velours; derrière chaque œil, un pinceau de plumes blanches, se détachant sur le noir, rappelle le Conophage ou Fourmilier à oreilles blanches de Buffon Le noir de la poitrine est bordé par une bande étroite jaune doré, qui remonte sur le pli de l'aile jusqu’au dos. Les ailes et la queue sont noires, et leurs pennes sont bordées de jaune pâle. Le pli de l'aile et une tache en carré long vers son milieu, près du dos, sont blanes. Le dessous est gris sale. Les flanes et le dessous de la queue sont marqués de quelques stries obscures. Le bec est noir, et les pieds sont noirâtres. (De La Fresnaye, Mag. de Zool., 1840)
l'ig, 25. — Pogonoruis à écharpe.
5° GENRE. — ANTHORNIS. ANTHORNIS. (Gray.)
Avbcs, fleur; 2gvts, Oiseau
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Bec courbé sur l'arête.
Narines revêtues d'une membrane.
Ailes médiocres, subobtuses; la première rémige courte el pointue, la seconde plus courte que la
troisième. et également pointue dans le mâle, mais échancrée dans la femelle; la troisième aussi courte que la quatrième, la cinquième et la sixième égales, les plus longues, el arrondies.
Queue assez longue et très-fourchue, mais arrondie sur les côtés.
Tarses et pieds comme dans les genres précédents.
Fig. 26. — Anthornis melanura. Fig. 27. — Anthornis melanura. L-] o
Deux espèces de la Nouvelle Zélande. Nous figurons l'Anthornis à tête noire (Anthornis melanocephala), Gould. $
Fig. 28. — Anthornis à tète noire.
Ce genre avait été créé par Swainson, en 1837, sous le nom d'Anthomyza (av0::, fleur; uso, je suce); mais ce nom, ayant été employé antérieurement par Vieillot pour une partie de ses Oiseaux- Mouches, a dà faire place à celui de M. Gray.
ANTHORNIS SANNIO. ANTHORNIS MELANURA, (Sparrmann, Gray.)
Le bec est noir; le plumage est en entier d’un vert olivâtre uniforme, se teignant de jaune sur le bas-ventre. Des reflets d'un pourpre brillant, et comme métallisés, colorent le dessus de la tête jusqu'à l’occiput, les joues et la gorge. Deux faisceaux de plumes d'un beau jaune d'or recouvrent les
épaules. Les grandes rémiges sont brunes, bordées d'olivâtre; les moyennes sont teintées de vert. La queue est d’un bleu intense. Les pieds sont gris, et l'iris d'un beau rouge. Longueur totale, 0,15.
Cet Oiseau vit à la Nouvelle-Zélande, où les naturels le connaissent sous le nom de Koko-i-Mako (Lesson, Voyage de la Coquille.)
6" GENRE. — PROSTHÉMADÈERE. PROSTHEMADERA. (Gray, 1840 }
: N Hocobeuz, appendice; deg, cou
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Béc et narines comme dans les genres précédents.
Ailes médiocres, presque pointues, subobtuses, la première rémige très courte et acuminée, la seconde plus courte que la troisième, celle-ci profondément échancrée dans le premier tiers de sa longueur à partir de sa naissance, et également acuminée, la quatrième un peu plus longue, la cinquième la plus longue de toutes, ces deux dernières échancrées seulement au dernier quart de leur largeur près de la pointe, et très-larges et très-développées dans le surplus; les ailes ployées s'étendant un peu au delà de la naissance de la queue.
Queue allongée, ample, les deux rectrices latérales seulement de 0,03 plus courtes à peu près que les autres, qui toutes sont également longues entre elles.
Tarses forts, courts, recouverts de larges écailles sur le devant et réticulés dans le bus en arrière, presque plus courts que le doigt médian, qui est démesuwrément allongé, de méme que le pouce, celuici robuste, égalant le tarse avec son ongle, qui est lui-même de la longueur du pouce, très-développé. Lrès-arqué el très-aiqu.
Une seule espèce de la Nouvelle-Zélande et des îles Auckland : nous en donnons la description.
Fig. 29. — Posthemadera Novæ Zelandiæe. Fig. 30. — Posthemadera Novæ Zelandiæ.
Rien chez ce singulier Oiseau n’est plus caractéristique, après les plumes qui composent sa cravate, que la conformation de ses pattes, qui, par leur force et leurs proportions, rappellent une véritable patte de Picucule.
Cet Diseau, décrit d'abord par Cook, est appelé Kogo à la Nouvelle-Zélande. Sa voix est agréable et sa chair très-bonne. Les Nouveaux-Zélandais ont pour lui beaucoup de vénération.
Par le brillant métallique de son plumage, observe Garnot, par la disposition de ses narines et des plumes serrées veloutées qui s'avancent sur la base du bec, ce Philédon à cravate frisée (Prosthémadère) a quelques rapports avec les Oiseaux de paradis. (Voyage de la Coq., xool., Ois., page 598.)
CRAVATE FRISÉE. (Lovaillant.) PROSTHEMADERA NOVÆ ZELANDIÆ. (Gmelin, Gray.)
Nous avons, dit Levaillant, appliqué à cet Oiseau le nom de Cravate frisée, parce qu'il est des mieux caractérisé par une belle fraise, composée de plumes conformées d'une manière très-particulière. Elles naissent au bas de la gorge et ornent une partie du devant du cou, en s'étendant jusque sur ses côtés. La forme de ces plumes est des plus singulières; étroites de 0w,005 à leur naissance, elles diminuent insensiblement de largeur jusque vers le milieu de leur longueur, au point de n'avoir plus là que l'apparence d’un cheveu, puis, s'élargissant tout à coup en se creusant et en se retournant par un crochet, elles forment autant de petits godets et se montrent toutes de cette manière en entourant presque entièrement le cou. Ces plumes sont verdätres à leur naissance et blanches comme la neige à leurs extrémités saillantes, de manière que la fraise est d’une blancheur éclatante. Toutes celles du bas du cou par derrière se terminent en pointes chevelues blanches, et elles sont aussi contournées en S.
Les moyennes couvertures sont d'un beau blanc sur toute la longueur du pli de l’aile, où elles forment une large bande qui la traverse diagonalement dans son milieu.
Le reste du plumage de ce bel Oiseau est d'un vert brillant, à reflet bleu, plus éclatant sur les petites couvertures de l'aile, sur les ailes elles-mêmes, sur la poitrine, la queue et la tête, et plus sombre dans tout le dessous du corps, depuis la poitrine jusqu'aux recouvrements du dessous de la queue. La tête et la gorge sont aussi d'un vert brillant à reflet bleuâtre. Le bec, les pieds et les ongles sont noirs. Bords du bec et langue de couleur jaune. (Histoire naturelle des Oiseaux d'Afrique.)
Longueur totale : 0,98.
7% GENRE. — TROPIDORHYNQUE. T'ROPIDORHYNCHUS. (Nigors et Horsfield )
Teens, rpomdes, carène; puy40s, bec. (Bec caréné )
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Bec long, large et élevé à la base, très-comprimé sur les côtés jusqu'à la pointe, qui est échancrée, à arête arrondie, surmontée parfois d'une protubérance membranense.
Narines basales, latérales, percées dans une membrane découverte el souvent à jour, c'est-à-dire sans cloison médiane.
Ailes longues, subobtuses, à première rémige très-courte, la quatrième et la cinquième égales, les plus longues, toutes aiquës.
Queue plus ou moins longue et arrondie.
Tarses robustes, de la longueur du doigt médian, recouverts de larges écailles; doigts forts, les latéraux égaux et unis à la base, le pouce long et vigoureux, ongles courbés, comprimés et aigus.
Quatorze espèces de l'Australie et de la Nouvelle-Guinée. Nous citerons le Tropidorhynque Corbi- Calao (Tropidorhynchus corniculatus), Vigors et Horsfeld.
Ce n’est encore qu'avec le plus grand doute et la plus grande hésitation que nous maintenons ce genre parmi les Méliphagidés, et uniquement pour ne point faire dans les méthodes suivies aujourd'hui un changement qui pourrait revêtir l'apparence d'une innovation. Aussi profiterons nous avec empressement de l’occasion pour exposer les causes de notre incertitude à cet égard.
Fig
Fig
BEVALET. ESESTRE
— Mésange bicolore.
— Merle à gorge noire.
Ainsi, Quoy et Gaimard, parlant en général des Philédons dans la zoologie du Voyage de l'Üranie, en 1824, s'exprimaient dans les termes suivants :
€. Le plus grand des Philédons est celui à pendeloques. Vient après une espèce grisätre dont nous avons nourri pendant quelques jours des individus en leur présentant de l'eau sucrée, dans laquelle ils plongeaient tout d'abord leur langue effilée.
«Nous avons dit vrais Philédons, parce que le Corbi-Calao, le Philédon à front blanc et le Philédon olive, qui est très-rare, sont des Oiseaux qui, quoique placés dans ce genre, diffèrent infiniment des premiers, non-seulement par la forme de leur langue simplement échancrée à la pointe sans être rétractile, ce qui fait qu'ils ne se nourrissent pas de sucs, mais encore par leurs mœurs beaucoup plus vagabondes, si l'on peut se servir de cette expression, que celles des Philédons proprement dits, car ces derniers, comme tous les Oiseaux qui sont ainsi organisés, demeurent par nécessité fixés à certaines espèces de végétaux, dont ils ne peuvent s'éloigner sans courir le risque de périr. »
Fig. 51. — Tropidorhynchus corniculatus. Fig. 32. — Tropidorhynchus corniculatus.
Puis plus tard, dans la zoologie du Voyage de l'Astrolabe, en 1833, revenant sur cette idée :
« Nous avions dit, dans la zoologie du Voyage de l'Uranie, en étudiant les mœurs du Philédon Corbi-Calao et du Philédon moine, que, par la forme de leur langue, leurs habitudes et leur nourriture toute végétale, ces deux espèces ne doivent pas être considérées comme de vrais Philédons. Notre opinion vient d’être confirmée par celle de M. G. Cuvier, qui, dans la deuxième édition de son Règne animal, a placé ces Oiseaux dans le genre Goulin. En effet, üls n'ont point la langue ciliée des Philédons; cet organe, chez eux, est court, large et simplenent bifurqué. Is ne vont point, comme les premäers, chercher dans le nectaire des fleurs le miel et les Insectes qui s'y trouvent.
De la part de naturalistes instruits et sérieux comme Quoy et Gaimard, une pareille opinion partagée par Cuvier ne manque pas d’une certaine autorité, et nous ne sachions pas que l'on ait depuis cherché à la combattre ou à en démontrer l’inanité.
Nous eussions donc à l'instant suivi le jugement de ces voyageurs, et éloigné ces Philédons, notamment les Tropidorhynques, des Méliphagidés, si nous n'avions trouvé dans le journal de J. Verreaux des observations diamétralement opposées que nous transcrivons lei :
« Cette espèce. dit-il en parlant des Tropidorhynques Corbi-Calao, est facile à reconnaître par son cri rauque, qu’elle pousse en volant, et qui a quelque ressemblance avec celui du Dindon. Elle vit par bandes et se pose le plus ordinairement sur les arbres élevés, où on la voit souvent sur les eucalypuus chercher les Insectes qui servent à sa nourriture, où parn les fleurs en sucer le sue qui en est abondant. J'ai trouvé plusieurs fois des Insectes parfaitement entiers dans l'estomac assez
musculeux des Oiseaux de cette espèce. Parmi le nombre assez considérable que j'en ai tu jusqu'à présent (1844), il se trouvait au moins vingt femelles. La chair de cet Üiseau porte une odeur désagréable; aussi les colons ne le mangent-ils pas. Ils lui donnent différents noms, tels que leather-head, où tête de cuir, old-soldat, vieux soldat, pauvre soldat, ete. Cette espèce, comme je m'en suis assuré depuis, est de passage; aussi, dès le mois de novembre et décembre, on n’en voit plus. J'en ai trouvé une bien grande quantité dans une chasse que nous fimes avec l'ami Arnoux, Charles, et le matelot d’Arnoux, Poncel, dans les alentours de George’s River et à Rook-Pointe. J'en remarquai un assez grand nombre sur les casuarinas, cherchant dans l'écorce rugueuse les Insectes qui s’y réfugient. Les cris de ces Oiseaux sont très-particuliers, comme je l'ai marqué, eu ils se trouvent répétés par ceux qui sont à portée de les entendre. Aussi, quoique farouches, il n'est pas difficile de se les procurer. Par le contenu de l'estomac d’un grand nombre, je me suis assuré d'abord. ainsi que je l'ai déjà dit, que ces Oiseaux mangeaient des Insectes parfaits, mais aussi des larves, et surtout de celles qui vivent par paquets sur les tiges des eucalyptus, et qui appartiennent, à ce que je crois, à ces grosses Mouches grises comme j'en ai pris beaucoup aux alentours de Sydney, qui ont l'habitude de se reposer sur le corps des arbres, et qui sont si voraces, qu'elles chassent avec acharnement jusqu’à des Papillons d’une assez forte dimension; je les ai même vues se battre souvent avec des Libellules, qui, comme elles, sont très carnivores; j'ai trouvé aussi dans leur estomac des débris d'Araignées qui abondent aussi sur certains arbres, surtout sur les eucalyptus. » (Notes manuscrites de Zoologie tasmanienne et australienne.)
J. Verreaux at-il bien vu, bien observé? n'a-t-il pas vu sous l'influence d'une opinion faite à l'avance, et d'ailleurs généralement adoptée par la science? Nous n'osons suspecter son exactitude, qui, dans ce cas, n'aurait failli qu'une seule fois et d’une manière bien excusable.
Toujours est-il qu'en présence de ces détails, fournis par un voyageur tel que lui, qui dit avoir vu par lui-même, qui connait mieux à fond qu'aucun autre tout ce qui concerne les habitudes et le caractère des Oiseaux, nous n'avons pas pensé pouvoir, de notre autorité, passer outre. Nous nous bornons, pour le moment, à soumettre la question aux ornithologistes et aux voyageurs, et à appeler sur elle leur sérieuse attention.
Dans le cas où l'opinion de Quoy et Gaimard serait la vraie, c'est en tête de notre tribu des Néomorphidés qu'il y aurait lieu de placer le Tropidorhynque Corbi-Calao.
Ces derniers voyageurs ajoutent du reste, au sujet de cet Oiseau, qu'il est d'une stupidité extrême, qu'il est très-commun dans les grands bois des environs de Parramatta, où il conserve son goùt pour les baies, et son chant aussi bruyant que sous la zone torride. Enfin, disent-ils, il est bon de prévenir que, lorsqu'on ne fait que le blesser, il enfonce avec force ses griffes dans les chairs du chasseur et fait des blessures très-douloureuses; les cris qu'il pousse dans ces instants attirent ses semblables, espèce d'instinct commun à beaucoup d'autres Oiseaux.
On sait, et ceci mériterait encore quelque examen, que les Corbi-Calao de la mer du Sud ou de l'Océanie, tel que celui de Timor, où l'ont observé la première fois nos voyageurs (Nous vimes là pour la première fois le Philédon Corbi Caluo, nommé Koak à cause de son eri, que nous retrouvämes plus tard au port Jackson. Cet Oiseau, qui a la langue échancrée et les serres excessivement fortes, sc nourrit de baies.), ne sont pas de la même espèce que ceux de la Nouvelle-Hollande.
D'un côté, l'autorité des observations de Quoy et Gaimard; d'un autre, Fautorité non moins grande de celles tout aussi importantes et plus minutieuses de J. Verreaux, sembleraient indiquer que de l’éclaireissement de ce fait dépend la solution de la question que nous veuons de soulever.
Il ne faut pas oublier, en effet, que Quoy et Gaimard avaient déjà fait la remarque que voici, dont la science à depuis fait son profit en distinguant les espèces auxquelles elle se rapporte :
«Le Philédon moine, disaient-ils (Merops monachus, Lath.), des iles de l'archipel de l'Asie, et principalement celui de la Nouvelle-Guinée, ne sont pas identiquement les mêmes que ceux de la Nouvelle-Hollande. Leur plumage est plus terne, plus cendré; leur eou est moins dénué de plumes, et ce qu'ils ont surtout de remarquable, ce sont les plumes du cou et de la gorge, qui sont bien moins longues et moins effilées que dans l'espèce de la Nouvelle-Hollande. Le ventre est aussi plus clair; enfin les excroissances du bee sont moins élevées. Tout nous indique que c’est une espèce diflérente qu'il serait difficile de parfaitement caractériser, mais que l'on reconnait bien lorsqu'on a vu
et rapproché un certain nombre de ces Oiseaux. » (Zoologie du voyage de l’Astrolabe, Oiseaux, page 193.)
De ces différences spécifiques si marquées pourraient naître des différences de mœurs et d'habitudes tout aussi considérables, et qui, du groupe des Tropidorhynques océaniens pourraient faire un genre tout à fait distinct et en dehors de tous ceux de l’intéressante tribu des Méliphagidés, dans le cas où les remarques si caractéristiques que nous avons citées plus haut viendraient à être trou-
vées vraies,
TROPIDORHYNQUE DE BOURO. TROPIDORHYNCHUS BOUROENSIS. (Quoy et Gaimard, Gray.)
Ce Philédon, un peu plus petit que le Corbi-Calao (Merops corniculatus, Latham), a 0",27 de longueur. Son bec est fort, presque droit, triangulaire, à mandibule supérieure arquée seulement à la pointe, avec un légère arête, sans protubérance à sa base. La mandibule inférieure est droite. Le cou et la tête sont garnis de plumes courtes, blanchätres, et rayées de brun. Toute la partie supérieure du corps, les ailes et la queue, sont d’un brun roussätre. Cette teinte est plus marquée sur la barbe extérieure des grandes pennes. La poitrine et le ventre sont d’un fauve sale. La queue est longue, droite, et très-légèrement arrondie; toutes les plumes, à leur extrémité, sont marquées de roux. Les grandes pennes, à leur extrémité, sont rousses, et puis brun clair, comme au-dessous de la queue. Les pieds sont médiocres, les doigts assez grêles, à l'exception du postérieur, qui est le plus long, et dont l’ongle est plus fort et plus recourbé. Le bec et les pieds sont noirs, ainsi que le contour de l'œil, qui est un peu dégarni de plumes.
Cet Oiseau ne saurait être pris pour le jeune âge, ou la femelle du Philédon moine, ou du Corbi. Calao. Nous avons eu occasion de voir un grand nombre de ces derniers dans leurs différents âges, et leurs caractères ne permettaient pas de les confondre avec l’espèce que nous venons de décrire.
Sa patrie est l'ile de Bouro ou Boero, l’une des Moluques. Nous le devons à M. Adolphe Lesson. (Quoy et Garmanp, z0ol.. du Voy. de l'Astrolabe, Üis., pag. 192.)
Fig. 53. — Tiopidorhynque à têle argentée.
où