‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 3)Chapitre 23 sur 81 · MACAQUE BONNET CHINOIS. MACACVS SINICUS. (Dfsmarest · texte numérisé non relu

MACAQUE BONNET CHINOIS. MACACVS SINICUS. (Dfsmarest

Caractèues si'ÉciFiQUEs. — Pclagc d'un roux brillant à la face supérieure du corps et à la face externe des membres; blanc à la partie inférieure du corps et interne des membres; queue grisâtre en dessous, noirâtre en dessus.

[labite le Bengale.

On a longtemps supposé que le bonnet chinois et le macaque toque appartenaient à la même espèce; il est bien constaté aujourd'hui que ce sont deux espèces différentes, mais très-voisines. Le bonnet chinois, dit Frédéric Cuvier, a toutes les parties supérieures du corps d'un fauve brillant et

Fig. 104. — Bonnet chinois.

duré qui résulte de poils gris à leur base, et couverts d anneaux noirs et fauves sur le reste de leur longueur, mais où les anneaux fauves dominent. Sa queue est un peu plus brune; ses favoris, la face interne de ses membres, le dessous de son cou, sa poitrine et son ventre, sont blanchâtres; ses mains, ses pieds et ses oreilles, noirâtres; et sa face est couleur de chair : seulement, la lèvre inférieure est bordée de noir. Ses yeux sont bruns. Les poils de la tète semblent former des miciu's. 1" 17

plutôt qu'une calotte unirornic, ce qui vient de ce qu'ils sont fort longs-, car, lorsque l'animal était plus jeune, ils ne se divisaient point ainsi, et ressemblaient entièrement ù ceux du toque.

Fig 105 — Tète du bonnet chinois.

5 MACAQUE COMMUK. NACACVS CYNOMOLGUS (Desmarcst.)

CvRACTÈr.Es SPÉCIFIQUES. — Pclagc olivàtrc, tiqueté de noir; membres un peu plus grisâtres que le dessus du corps et de la tète; dessous du corps et face interne des membres couverts de poils blancs très-peu abondants; queue noirâtre en dessus, cendrée en dessous

Habite Sumatra et Java.

Toutes les formes de ce macaque sont lourdes et trapues, dit Frédéric Cuvier, et surtout aux parlies antérieures; il a la tète large, aplatie en dessus, et très-forte, à proportion du corps; le museau est court, obtus, le nez plat, et une forte crête, qui s'avance au-dessus des sourcils, couvre les yeux; les doigts sont réunis par une membrane jusqu'à la deuxième phalange. Il se tient à quatre pattes, ou assis sur les callosités de ses fesses, mange dans l'une ou l'autre de ces attitudes, soit en portant les aliments à sa bouche avec ses doigts, soit en les ramassant avec sa bouche elle-même; avant d'avaler, il remplit toujours ses abajoues, et il boit en humant; il dort conché sur le côté et reployè sur lui-même, la tète entre les jambes, ou assis, avec le dos courbé et la tète appuyée sur la poitrine. Sa voix est un cri rauque qui peut éclater dans la colère avec beaucoup de force; mais, lorsqu'il n'exprime qu'un sentiment paisible, il fait entendre un petit sifflement assez doux.

Les couleurs du macaque, sur toutes les parties supérieures du corps, résultent du mélange d'un jaune doré avec du noir sur un fond gris, c'est-à-dire que son pelage a une teinte brun verdàtre un peu pâle, toutes les parties inférieures sont d'un gris blanchâtre, ainsi que le côté interne des membres. La queue est noirâtre; les pieds sont entièrement noirs; et la face est livide et à peu près nue; mais entre les deux yeux se trouve une partie beaucoup plus blanche que celles qui l'environnent, et c'est un des caractères assez remarquables de l'espèce. Des poils verdâtres, courts, s'avancent sous les pommettes comme des favoris. La tête ne présente ni aigrette ni crête; les poils du sommet sont couchés uniformément d'avant en arrière; et les poils des joues, qui sont gris et rares, se dirigent en avant. Le tour de la prunelle est brun. Les parties de la génération sont couleur de chair; le gland est piriforme, et le scrotum volumineux. Les canines sont très-fortes et trè.s-longues. Cette espèce est une de celles qui résistent le plus aux moyens qu'on emploie pour soumettre et apprivoiser les singes,

La femelle est sensiblement plus petite que le mâle; elle n'a guère que quatorze pouces de Ion-

gueur; ses proportions sont plus ramassées, sa tête est plus petite, et sa crête sourcilière n'est pas, à beaucoup près, aussi saillante, quoiqu'elle recouvre également les yeux. Elle a deux mamelles sur la poitrine, et ses parties sexuelles ne paraissent point entourées, à l'époque du rut, de ces exubérances si remarquables, et quelquefois si monstrueuses cliez d'autres espèces de macaques et de babouins. Les canines sont petites, et ne dépassent pas les incisives, caractère de toutes les femelles du genre; sa face est entourée de poils gris, longs et droits, qui lui donnent un air hérissé que n'a point le mâle. Les poils du sommet de la tête se dirigent vers la ligne moyenne, et forment là une crête assez élevée qui s'étend du haut du front à l'occiput, ce qui forme le caractère de l'aigrette. Du reste, cette femelle ressemble entièrement à son mâle; elle en a les habitudes, le caractère, etc.

Fig. 106. — Macaque comiiiun

Le mâle et la femelle dont je viens de donner la description, ajoute Frédéric Cuvier, se trouvaient dans des loges contiguës et pouvaient se voir; ils annonçaient la meilleure intelligence, et bientôt ils furent réunis. L'un et l'autre étant adultes, habitués à l'esclavage, et en bonne santé, l'accouplement eut lieu; et, dès lors, j'eus l'espoir que la femelle concevrait, et qu'on pourrait suivre, sur les petits qu'elle mettrait au monde, le développement de son espèce; en conséquence, j'ordonnai qu'on la séparerait de son mâle, dès qu'elle paraîtrait le fuir, ou dès qu'elle ne montrerait plus de menstruation. Ces animaux vécurent ensemble environ une année, et s'accouplèrent, chaque jour, trois ou quatre fois, à la manière, à peu près, de tous les quadrupèdes. La menstruation n'ayant plus reparu vers le commencement d'août, cette femelle fut soignée séparément; et, pendant les quatrevingts jours qui .suivirent, aucun accident n'eut lieu : les mamelles se gonflèrent, et le ventre prit son accroissement, sans que la santé de l'animal en parût altérée; enfin, dans la nuit du 16 au 17 octobre 1847, elle mit bas un macaque femelle très-développé et fort bien portant; ses ongles étaient entièrement formés, et ses mouvements étaient libres; mais il ne pouvait point se soutenir, et restait couché ; on ne lui a pas entendu jeter de cris. Cependant, sa mère ne l'adopta point; il ne fut, pour

HISTOIRE NATURELLU:.

elle, qu'un animal étranger; rien ne la porta à lui donner des soins; elle ne manifesta, d'aucune manière, le besoin de l'allaiter, et l'abandonna bientôt entièrement. J'avais craint cette disposition instinctive; je savais que cbez les animaux en esclavage, lorsqu'ils ne sont pas soumis jusqu'à la domesticité, les facultés de l'intelligence s'altèrent au plus haut degré.

On essaya d'allaiter ce jeune macaque artificiellement; mais il ne vécut que jusqu'au lendemain. La mère ne parut point souffrir du lait qui remplissait ses mamelles, et qui s'écoula, en partie, au dehors; vers le ([uatriénie jour, ces organes s'affaissèrent, et reprirent leur état ordinaire. Le rut reparut dix jours après. Il était peu vraisemblable que la gestation n'eût duré que depuis l'époque de la dernière menstruation jusqu'à celle de la mise bas : ce qui aurait fait environ trois mois ; une autre es|)èce de ce genre ayant eu une portée de sept mois; il faudrait donc en conclure que la menstruation de notre macaque reparut plusieurs fois depuis la conception.

Fig. 107. — Tèle lio macaque jeune.

La tête de ce jeune macaque était longue d'arrière en avant, comparée à sa largeur de droite à gauche; le museau saillant, mais le front droit; sa peau avait une teinte livide, excepté entre les yeux, où elle était blanche; tous ses poils étaient noirs; les parties supérieures du corps en avaient le plus, mais nulle part ils ne couvraient assez la peau pour qu'elle ne se vît pas. Les parties inférieures étaient presque entièrement nues. Le poil de l'extrémité de la queue paraissait le plus long, et la terminait en une mèche. Au sommet de la tèle, il s'écartait de la ligne moyenne, en se dirigeant obliquement en arrière, et il se réunissait ensuite à l'occiput en une sorte de crête. On voyait deux petites mamelles sur la poitrine; les callosités étaient saillantes, mais non encore calleuses.

En janvier 1818, notre femelle macaque fut de nouveau réunie à son mâle, qui la couvrit le 25. Aussitôt CCS animaux furent séparés, et, dans le courant de mars, on s'aperçut que la conception avait eu lieu, par le développement du ventre et des mamelles, quoique la menstruation fût toujours

(JUADRUMÂNES.

ri'veiiuc clinijnc mois; cntin, le lit juillet, noire macaque mit bas une femelle, qui eut le sort de la première, et qui lui ressemblait à tous égards. Ainsi, par cette nouvelle expérience, sur l'exactitude de laquelle il ne pouvait s'élever aucun doute, la portée avait duré sept mois, comme je l'avais déjà observé sur une autre espèce de ce genre.

Fig. 108. — Macaque mâle très-jeune.

Pendant le cours de la première année, il paraîtrait que le museau s'allonge, et que la tête se rétrécit, sans qu'il se forme de crête sourcilière ; que les incisives se développent, et que les premières canines commencent à paraître à la mâchoire inférieure.

Le pelage vcrdàtre de l'adidle remplace, dès la première mue, le pelage du nouveau-né, excepté à la partie antérieure du sommet de la tête; mais la léte n'est point encore entourée, à cette époque, de ces poils épais qui se montreront plus tard. Dans l'individu que je décris, on voit, au sommet de la tète, le caractère de l'aigrette de Buffon, une crête produite par la convergence des poils. L'intervalle qui sépare les yeux est toujours blanc, et les organes génitaux ne diffèrent de ceux de l'adulte que par moins de développement. Le jeune macaque a de la gaieté, mais la méchanceté perce déjà au travers de ses yeux; la longueur de son corps est de onze pouces, et toutes ses parties sont à peu près dans les proportions de celles de l'adulte.

A la troisième année, le macaque ressemble beaucoup à la femelle adulte, par les proportions et par la taille, si j'en juge par un individu de cet âge que j'ai possédé; mais le front n'est point encore en saillie au-dessus des yeux; les canines ne dépassent pas non plus les incisives, et on voit encore, au-dessus des sourcils, des restes de pelage noir qui y forment une bande assez marquée. Le dessus du nez et de la partie des paupières qui en est voisine conserve le blanc assez pur que nous avons vu dans cette partie chez tous les individus que nous venons de décrire. Ses couleurs sont les mêmes que celles de la femelle, et sa face est aussi entourée de poils gris et hérissés. Ses organes génitaux sont, ù peu de chose près, semblables à ceux de l'adulte. Cet animal est doux, mais il est déjà pesant et triste. (FnÉnÉnic Cuvier.)

G. MACAQUE ROUX DORÉ. MACACVS AVIIEUS. (Isid Geofl'roy Sainl-IUbire.)

CAPiACTÈnEs SPÉCIFIQUES. — Dessus du corps d'un beau roux, tiqueté de noir; face externe des membres d'un gris clair; dessous du corps noirâtre; queue noirâtre en dessous vers la base, grise dans sa portion terminale.

Habite le Bengale, le Pégu, Sumatra et Java.

Cette espèce, depuis longtemps décrite par M. Isidore Geoffroy Saint-IIilaire, est très-voisine du macaque commun et du macaque à face noire. A Sumatra, on lui donne le nom de carray, et celui de croé à Ja\a. Le macaque roux doré a le dessus du corps et de la tète couvert de poils gris à la base, avec la pointe annelce de noir et de roux, d'où résulte, pour l'ensemble, une couleur rousse, tiquetée de noir. Les membres sont grisâtres à leur face externe, et blancs à leur face interne, de même que le dessous du corps et de la queue; celle-ci est, ù sa face supérieure, d'un noir tiqueté de roux ou de gris roussàlre dans sa première portion, puis, dans la portion terminale, d'un gris brunâtre. (Isidoue Geofihoï Saim-Hilaire.)

7. MACAQUE A FACE NOIRE. IHACACUS CARBONAniUS. (riéJéric Cuvicr.)

Caractères spécifiques. — Pelage vert grisâtre sur le dessus du corps et sur la partie externe des membres; les parties inférieure ou interne correspondantes, les favoris, les joues et la queue, gris blanchâtre, face noire; une légère bande noire au-dessus de l'œil.

Habite Sumatra.

Cette espèce, très-voisine du macaque commun, n'en diffère guère que par la couleur de la face, noire dans l'un, de couleur tannée dans l'autre.

Le macaque à face noire, en effet, a un pelage presque en tout semblable au macaque â face tannée; il se compose, aux parties supérieures, de poils gris à leur base, et annelés de jaune et de noirâtre sur le reste de leur longueur, ce qui lui donne une teinte d'un vert grisâtre dans res parties et sur la face antérieure et extérieure des membres; les favoris et les joues, le cou, la poitrine, le ventre, les fesses, la face Interne des cuisses, des jambes et des bras, sont gris; et il en est de même de la queue, excepté vers sa base, où elle est de la couleur du dos. Un léger bandeau noir se montre sur la crèle sourcilière. La face est noire, avec une légère teinte brune; et il en est de même des oreilles, de la plante des pieds, de la paume des mains, des doigts et des callosités. Les paupières supérieures sont blanches, particularité singulièrement commune chez les singes. Les testicules sont d'un jaune tanné.

Celle espèce parait très-rarement en Europe aujourd'hui, et, si elle s'y est montrée plus fréquemment autrefois, lorsque les idées sur la valeur des caractères spécifiques étaient beaucoup moins précises qu'à l'époque actuelle, on aura pu la confondre avec l'espèce de laquelle nous la rapprochons. (FnÉDÉnic Cuvier.)

8. MACAQUE DES PHILIPPINES. MACACUS r/y/i/PP/A'EAS/S. (Isid Geolfroy Saiiil-llll.iire )

Caractères spécifiques. — Pelage blanc.

Habite Manille.

Ce macaque albinos, qui a vécu à la ménagerie du Muséum, n'est sans doute qu'une variété albine d'une espère encore inconnue; M. Geoffroy Saint-Hilaire lui a, provisoirement, donné le nom de macaque des Philippines, et il l'a étudié tout particulièrement, et comparé aux autres espèces avec la

plus scrupuleuse attention ; aussi croyons-nous devoir reproduire ses savantes observations. Ce singe, dit-il, dont la détermination offre d'assez grandes difficultés, a fixé de suite l'attention de tous les zoologistes et celle du public. Est-ce un macaque commun ou un macaque roux doré? ou bien encore, appartient-il à une troisième espèce, voisine des deux précédentes, et non encore établie dans la science?

Les caractères de coloration ne peuvent fournir le moindre élément pour la détermination de l'espèce. Tous les poils sont d'un blanc légèrement jaunâtre, toutes les parties nues sont d'un rose tendre; l'iris est très-peu colorée; je n'ai pu examiner la choroïde; les yeux, affectés de strabisme et de myopie, paraissent, sous certaines influences de la lumière, d'une couleur bleuâtre; sous d'autres, d'un rouge pâle. Ce singe offre, comme on le voit, un exemple d'albinisme complet.

La nature du pelage, la longueur des poils, ne peuvent guère, plus que leur couleur, fournir de bons caractères; car l'albinisme les modifie aussi à un très-haut degré. Dans l'albinisme, les poils deviennent souvent plus moelleux, et surtout plus courts qu'à l'état normal. Il n'y a donc aucune conséquence à tirer de la longueur des poils, moindre, chez notre albinos, que chez les individus normaux des espèces auxquelles je l'ai particulièrement comparé.

Mais il est d'autres caractères que ne modifie pas l'albinisme ; les uns, relatifs au pelage lui-même, résultent de la disposition et de la direction des poils; d'autres, sont ceux que fournissent les formes et les proportions. Or, d'après les premiers, je crois pouvoir affirmer que notre albinos n'est point un macaque roux doré, et, d'après les seconds, qu'il n'est point un macaque ordinaire.

Chez le macaque roux doré, le roux des parties supérieures s'avance sur la tête en une sorte de triangle, limité à droite et à gauche par du blanchâtre, et dont le sommet se perd, en avant, dans quelques poils noirs placés entre les deux éniinences sourcilières. Les poils qui forment ce triangle sont, pour la plupart, dirigés obliquement.

Chez le macaque albinos, au contraire, les poils du dessus de la tête sont parallèles, et leur ensemble forme sur la tête, non un triangle, mais un rectangle parfaitement limité, au défaut de différences de couleurs, par la direction différente des poils latéraux. Il faut ajouter que, chez le macacus attrcus, il existe, sur les cotés du crâne et de la face, de longs poils divergents, que l'on ne retrouve pas chez notre albinos : celui-ci a les poils de la région auriculaire couchés et dirigés en avant, et ceux des côtés des mâchoires sont couchés et dirigés en arrière. Les uns et les autres se rencontrent selon une ligne qui, commençant un peu en arrière de l'angle externe de l'orbite, vient se terminer un peu en arrière de l'angle de la commissure des lèvres : sur cette ligne de rencontre seulement, les poils sont un peu longs et relevés.

Les résultats de cette comparaison ne permettent pas de rapporter à l'espèce du macaque roux doré notre albinos, qui , au contraire, sous ce point de vue, se rapproche du macaque ordinaire. Mais, à d'autres égards, par ses proportions, et notamment par la longueur plus considérable de sa queue, il se distingue de celui-ci. La distance du bout du museau à l'anus étant d'un demi-mètre chez notre individu, la queue est d'environ six décimètres. Chez le macaque ordinaire, la queue forme à peine la moitié de la longueur totale.

Le résultat de cette double comparaison est que le macaque albinos n'est ni un inacacit.s aiticiis ni un niacacus cijuoinolyus, et qu'il appartient à une espèce non encore établie dans la science. Cette supposition, déjà très-vraisemblable par ce qui précède, est confirmée par l'origine de notre macaque albinos. M. Adolphe Chenest, qui a fait don au Muséum de ce singe précieux, l'a acquis à Manille, et il le croit originaire de cette île; et l'on sait, en effet, qu'il existe, aux Philippines, des macaques, très-vraisemblablement d'une espèce particulière. Une note manuscrite, que M. Gervais a bien voulu me remettre, il y a quelques semaines, au retour d'un voyage en Angleterre, m'apprend que déjà même un macaque des Philippines, en pelage normal, a été transporté â Londres, où M. Gervais l'a vu et décrit. .le transcris ici textuellement le passage de cette note, qui est relatif au macaque des Philippines : « Le macaque de Manille, que j'ai vu vivant à Régent' s-Parck, est plus olivacé foncé pour la couleur de son pelage, et plus noir de face que le macaque ordinaire. Sous ce rapport, il ressemble plus au roux doré. Est-ce une troisième espèce? »

La conjecture que faisait ici M. Gervais me parait acquérir, par l'examen comparatif que j'ai fait plus haut, un très-grand degré de probabilité. Je laisse d'ailleurs aux zoologistes de Londres le soin de prononcer et de caractériser exactement l'espèce dont l'état normal ne m'est pas connu.

On avait vu déjà plusieurs fois des singes albinos. Les collections du Muséum possèdent même des exemples d'albinisme dans un assez grand nombre d'espèces. Tels sont, dans la première tribu, quelques gibbons, cbez lesquels l'albinisme n'est, il est vrai, qu'imparfait; dans la seconde, un mangabeij, dont les auteurs ont fait une espèce, sous le nom de shnïa atijs; dans la troisième, plusieurs sapajous, dont les poils s'étaient, en partie, décolorés en captivité, et un autre sapajou complètement albinos, érigé en espèce sous le nom de cebus albus; enfin, dans la quatrième, des marikinas , chez lesquels l'albinisme n'est qu'imparfait, et un liapale mclaniints, que l'on a considéré comme une espèce, et désigné, à ('anse de sa couleur entièrement blancbe, sous le nom de siiuia argciitata. Mais ces singes n'avaient point été observés vivants (sauf quelques exceptions d'un genre particulier, relatives à des sapajous et à deux niarikinas, qui n'étaient point nés albinos, mais qui avaient subi, sous l'influence de la captivité, des décolorations seulement partielles. Voy. Histoire des anomalies, t. I, p. dl8); et notre macaque albinos est le premier dont on ait pu étudier les habitudes, fort remarquables par leur analogie avec les mœurs et les habitudes des albinos humains. Comme ceuxci, le macaque albinos évitait constamment l'éclat de la lumière; ses yeux ne pouvaient supporter un jour un peu vif, sinon sans souffrance, au moins sans fatigue et sans gêne. On le voyait se tenir habituellement, triste et mélancolique, dans un coin de sa loge; et, lors même qu'il prenait ses ébats, c'était presque toujours avec une gravité et une lenteur qui contrastaient avec la vivacité turbulente de ses congénères.

Comme les albinos humains, auxquels leurs anomalies imposent une vie et des habitudes exceptionnelles, le macaque albinos était donc loin d'avoir entièrement le naturel et les mœurs des macaques.

Le parallèle entre les conséquences de l'albinisme chez notre macaque et chez l'iiomme peut être poussé plus loin.

On s-iit que, chez presque tous les peuples encore sauvages ou barbares, les hommes affectés d'albinisme sont en butte au mépris et aux mauvais traitements de ceux qui les entourent. Dans quelques parties de l'Afrique, les nègres voient en eux, non des hommes, mais des ennemis, qu'ils chassent des lieux habités. Les noirs de quelques parties de la Guinée, si l'on doit en croire des renseignements recueillis dans les colonies, font périr les enfants albinos, dans l'espoir de détourner les calamités dont ils se croient menacés par la naissance de ces malheureux. Dans d'autres parties du monde, dans plusieurs archipels de l'Océanie, à l'isthme de Panama, le sort des albinos est également digne de pitié. Il en est de même encore des bédos, ou albinos de Ceylan : des renseignements, recueillis par Buffon, nous apprennent, en effet, que les bédos sont réduits à se tenir cachés dans les bois, et à éviter le commerce des autres habitants de l'île.

Fig. 109. — Tète Ae macaque.

II est curieux d'avoir à rapprocher de ces faits, constatés chez l'homme par les relations des voyageurs, des faits complètement analogues ohservés à l'égard de notre macaque blanc. Dans les rares occasions où cet albinos s'est hasardé à sortir, au milieu de ses congénères, dans la partie la moins éclairée de la cour dis singes, sa couleur exceptionnelle, sa physionomie singulière, sa démarche embarrassée et incertaine, en ont fait l'objet d'abord de la curiosité très-marquée, puis des mauvais traitements des autres singes. Aussi, après quelques sorties, dont chacune lui a valu des contusions ou des morsures, s'est-il confiné dans sa loge intérieure, fuyant à la fois, comme le font les albinos iiumains, la lumière et ses semblables.

La comparaison des caractères crâniens fait reconnaître une épaisseur considérable des bourrelets sus-orbitaires et de toute la paroi supérieure des orbites, une forme étroite, allongée, presque rectangulaire de l'ouverture des fosses orbitaires, une brièveté de la face, la forme des ouvertures antérieures des narines à peine plus longue que large, disposition qui est en rapport avec la brièveté générale de la face. Sont-ce réellement des caractères spécifiques ou seulement des caractères anormaux? (Isidohe Geoffroï Saim-Hiluiœ.)

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