‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 3)Chapitre 25 sur 81 · MACAQUE OUANDEROU. MACACUS SILEXUS. ( Desmarosl.l · texte numérisé non relu

MACAQUE OUANDEROU. MACACUS SILEXUS. ( Desmarosl.l

C.viiACTÈREs SPÉCIFIQUES. — Pclagc Hoir; une grande barbe blanchâtre ou gri.se, une crinière cendrée; le visage et les mains noirs; les callosités rougeâtres; la queue floconneuse à l'cxirèmité

Habite Ceylan et le continent indien.

Cette espèce , nommée ouanderou par Buffon , et macaque à crinière par Cuvier, est connue, à Ceylan et dans l'Inde, sous les noms de nil-bandar, lowando et elwandu. L'ouanderou femelle, observé par Cuvier, est d'un beau noir. L'abdomen, la poitrine et le tour de la tète, sont blancs. Les poils sont généralement longs, mais surtout ceux de la tète et ceux de la fraise blanche, qui part de chaque côté du front et vient se réunir sous le menton, en couvrant la pariie postérieure des joues; ceux de l'extrémité de la queue aussi sont longs, et forment un flocon ; le visage et les mains sont noirs, mais les callosités sont rougeâtres. Cette femelle, dit Frédéric Cuvier, n'a jamais montré le be- .soin du rut, soit parce que sa santé ne le permettait pas, soit parce que la captivité n'était i)as favorable au développement de ce besoin. L'ouanderou dont nous parlons était généralement doux et caressant, mais très-capricieux, comme, au reste, toutes les autres espèces de ce genre, sur la durée des sentiments desquels il n'est jamais possible de compter. L'individu que Buffon vit à la foire Saint-Laurent était un mâle, dont la méchanceté était extrême. Depuis, la ménagerie du Jardin du Boi, dans ses premiers temps, a possédé un autre ouanderou mâle, qui est aujourd'hui dans les ca- 13- is

IIISTOIRE NATURELLE.

binets de rétablissement, et qui était aussi tiés-niéehanl. Schreber et Pennant en avaient, auparavant, publié eliacun un; le premier, sous le nom de silenns, l'aiitie, sous celui de lion tailcd (singe à queue de lion). (EKÉDÉRie Cuvier.)

Viii. 110. — M;icai|ue ouanderou

11. MiVCAOUli HHÉSUS MACACUS nitYTIIIl.EVS ( l.si.loro GeollVoy Sniiii-lliliircl

Caractîiiœs spécifiques. — Pelage fauve ou roux grisâtre, passant au roux doré au bas du dos, et à la face externe des membres inférieurs; les membres supérieurs grisâtres en dehors; les inférieurs et les supérieurs blaiicbâlres en dedans, ainsi que le dessous du corps et de la tète; queue d'abord rousse en dessus et en dessous dans sa portion terminale; dessus de la lète de même couleur que le dessus du corps; queue courte

Habite l'Inde, el particulièrement le.s bords du Gange.

QUADllUMANES

Celte espî'ce a reçu, de Bulïoii, k's noms de macaque à queue courte, et de patas à queue courte; et celui de maimon ou rhésus, par Frédéric Cuvier. Ces animaux, dit Frédéric Cuvier, ont tous les caractères génériques des macaques, le même nombre de dents et les mêmes organes des sens, du mouvement et de la tçénération.

Fig. 111. — Hliésus.

Toutes les parties supérieures du corps sont d'un beau gris verdâtre, résultant de poils gris dans presque toute leur longueur, et jaunes et noirs au bout. Le jaune pâlit sur les bras et les jambes, et rend ces parties tout à fait grises; au contraire, prenant une teinte plus vive sur les cuisses, elles

Fii; ll'i — Ithcsus leiiiellc.

i-iO

sont (l'un jaune plus brillant, plus doré, que les parties voisines. La gorge, le cou, la poitrine, le ventre et la face interne des membres, sont d'un blanc pur; la queue est verdâtre en dessus et grise rn dessous; la peau de la face, des oreilles et des mains, a une teinte cuivrée très-claire, et est tout à fait dénuée de poils; les fesses sont d'un rouge trés-vif, et celte couleur descend sur les jambes, ti'monte sur la croupe, et embrasse la queue à son origine. Cette couleur, qui subsiste toujours, est entièrement due au sang; et elle est d'autant plus étendue et d'autant plus vive, que l'époque du rut est plus prés d'arriver pour le maimon femelle. Alors les mamelons sont couleur de rose, et toutes ces parties colorées de rouge sont tendues, sans cependant être gonflées; car le rut ne se manifeste pas chez cet animal par ces exubérances qui caractérisent cet état chez d'autres espèces; il paraîtrait que le sang, se répandant sur une plus grande surface, ne tend pas â distendre autant les vaisseaux que s'il ne s'accumulait qu'en un point plus circonscrit. Lorsque le rut est passé, on voit des plis se former derrière les cuisses et à la base de la queue, plis qu'Audebert, dans son rhésus, et Buffon, dans son macaque à queue courte, avaient déjà remarqués, sans pouvoir s'en rendre raison.

Fig. 113 — Hliésus niàle très-jeune.

Les poils dont le pelage de cette espèce se compose sont extrêmement lins et doux, et assez épais sur les parties supérieures du corps, mais très-rares aux autres parties; et ils sont d'une seule iiaUire : tous sont soyeux. La peau du maimon offre aussi un caractère qui ne parait point se trouvii' chez les autres macaques; c'est une flaccidité extrême : les jeunes individus ont déjà, de chaque cùlé de la gorge, ces deux plis pendants, qui sont, ordinairement, des signes de vieillesse; et les mamelles, ainsi que le ventre, prennent bientôt aussi ce caractère. Il en résulte que, lorsque l'animal s'engraisse, il acquiert des formes tellement arrondies, qu'il en est monstrueux. Alors les mar.ielles sont pruéminenles et gloLuleuses comme celles d'une femme ; le ventre s'agrandit, et la face devient si large, que l'animal en est presque méconnaissable. Les montreurs d'animaux prolitent ordinairement de ces circonstaaces pour présenter au public les maimons comme des animaux d'une espèce très-extraordinaire, et voisine de l'oraiig-outan; mensonge, que la vue d'une gorge arrondie et couleur de chair, leiiiiinee par un mamelon couleur de rose, contribue à favoriser.

Les mâles ne diffèrent des femelles ([ue par des favoris plus touffus, des proportions plus trapues, une taille plus grande et des canines plus fortes.

Ces quadnimanes sont originaires de l'Inde; ce sont eux qui peuplent les forêts des bords du Gange, et qui viennent jusque dans les villes, encouragés par la répugnance invincible des Indiens pour tuer les animaux, afin d'y chercher une nourriture plus agréable que celle qu'ils trouvent dans les forêts. Je me suis assuré de leur origine par des vaisseaux arrivés au Havre, qui venaient de l'Inde, et qui avaient pris plusieurs maimons à bord.

^f^i-'Qm^a

Fis. 114 — Rhésus

Le naturel des maimons m'a toujours paru intraitable. Tant que ces animaux sont jeunes, ils sont susceptibles d'une certaine famiharité; mais bientôt ils deviennent méchants, et l'âge les rend féroces, .l'ai vu peu d'exceptions à cette règle; et, comme ces singes ont beaucoup de pénétration, leur mé-

chanceté est très-dangereuse.

Bulïon, n'ayant qu'un jeune maimon mâle sous les yeux, n'a pu en indiquer exactement les caractères; c'est i)Oiir([uoi il lui donne de très-petites canines, et ne lui reconnaît point de scrotum; et la

ligure qu'en fit son dessinateur, vue de face et assise, en donne une idée peu précise. On retrouve mieux ce singe dans le macaque à queue courte femelle de ce célèbre naturaliste. Cet individu avait tous les caractères des femelles adultes; et il est impossible de méconnaître l'animal dont je donne la figure, dans la description qu'il fait du sien , et qui avait surtout cette couleur rouge si remarquable des cuisses, qui n'a encore été observée sur aucun autre singe. La figure de ce macaque est d'ailleurs si exacte, qu on pourrait diflicilement, en le voyant, ne pas se rappeler les traits de l'espèce à laquelle elle appartient. Je ne doute pas aussi que son patas à queue courte ne soit un rhésus; mais il a été décrit d'après un individu empaillé qui avait perdu ses caractères principaux. Audebert a donné une nouvelle figure de l'individu d'après lequel Buffon avait formé cette espèce de patas, et son rhésus représente une femelle adulte, mais vue de face, ce qui en déguise un peu le caractère. Schreber a copié le macaque à queue courte de Buffon, auquel il a faussement donné une couleur d'un brun presque noir, et il l'a nommé siin'ia erijllirœa. C'est le nom que les auteurs systématiques me paraissent devoir conserver; et, lorsqu'on connaîtra mieux les espèces du genre macaque, on décidera si celle qui fait l'objet de cet article doit conserver le nom de maimon ou prendre définitivement celui de rhésus. (Frédéric Cuvier )

Un jeune rhésus est né à la ménagerie du Muséum en novembre 1824, et, dès sa naissance, il avait tous ses sens parfaitement formés. Je ne puis fi.\er la durée de la gestation, dit Frédéric Cuvier, auquel nous empruntons ces détails : la rareté du phénomène ne permet pas d'en faire un sujet d'expérience; j'ai seulement lieu de présumer qu'elle a duré de cinq à sept mois. Immédialer.ient après être né, ce jeune rhésus s'attacha sous le ventre de sa mère, en se tenant fortement, de ses quatre mains, au pelage, et porta sa bouche aux mamelons, qu'il saisit et qu'il ne quitta pas pendant environ quinze jours; gardant continuellement la même situation; toujours prêt à teter, lorsqu'il en sentait le besoin; dormant quand sa mère était assise, mais ne lâchant pas, même pendant son sommeil, les poils qu'il avait saisis. Quant aux mamelons, il n'en abandonnait un que pour prendre l'autre, et c'est ainsi que les premiers jours de sa vie se sont écoulés, ne faisant pas d'autre mouvement que celui de ses lèvres et de sa langue, pour teler, et de ses yeux, pour regarder; car, dès qu'il vit le jour, il parut distinguer les objets et les regarder véritablement; il suivait des yeux les mouvements qui se faisaient autour de lui, et rien n'annonçait qu'il eût besoin du toucher pour apprécier, non pas l'effort qu'il aurait fallu qu'il fît pour atteindre les corps, mais la plus on moins grande distance où les corps étaient de lui.

Les soins de sa mère, dans tout ce qui tenait à l'allaitement et à la sécurité de son nouveau-né, étaient aussi dévoués, aussi prévoyants, que l'imagination peut se le figurer. Elle n'entendait pas un hruit, n'apercevait pas un mouvement, sans que son attention ne fût excitée, et qu'elle ne manifestât une sollicitude qui se rapportait entièrement sur lui; car elle ne l'aurait jamais eue pour elle, apprivoisée au point où elle l'était. Le poids de ce petit ne paraissait nuire à aucun de ses mouvements, mais tous étaient si adroitement dirigés, que, malgré leur variété et leur pétulance, jamais son nourrisson n'en souffrait, jamais elle ne l'a heurté, même légèrement, contre les corps très-irrêguliers sur lesquels elle pouvait courir et sauter. Jusqu'au moment de la mise bas, elle avait eu le visage et les fesses fortement colorés en rouge; mais, presque immédiatement après, cette couleur, formée par l'accumulation du sang, disparut entièrement, et sa face redevint couleur de chair. Au bout de quinze jours environ, le petit commenva à se détacher de sa mère, et, dès ses premiers pas, il montra une adresse et une force qui ne pouvaient être dus ni à l'exercice, ni à l'expérience, et qui montraient bien de nouveau que toutes les suppositions qui ont été faites sur la nécessité absolue du toucher, pour l'exercice de certaines fonctions de la vue, sont illusoires. D'abord il s'accrocha aux grillages verticaux dont sa cage était garnie, et montait ou descendait à sa fantaisie; mais sa mère semblait le suivre des yeux et des mains comme pour le soutenir dans sa chute; et, après quelques secondes de liberté, à un simple attouchement, il retournait à sa place habituelle; d'autres fois, il faisait aussi quelques pas sur la paille qui leur servait de litière; et, dès ces premiers moments, je l'ai vu se laisser tomber volontairement du haut de sa cage en bas, et arriver avec précision sur ses quati'e pattes, puis s'élancer contre le treillage, à une très-grande hauteur pour sa taille, et en saisir les mailles pour s'y accrocher, avec une prestesse qui égalait au moins eelle des singes les plus expérimentés. Bientôt on vit la mère chercher, de temps en temps, à se débarrasser de sa charge, tout en conservant la même sollicitude; car il n'était plus pour elle un fardeau dès que le moindre

(iann-er pouvait être A rraiiidrp. A mesure que les forces du petit se développaienl, ses sauts et ses gambades devenaieul plus surprenants. Je me plaisais à l'examiner dans ses moments de gaieté, et je puis dire que jamais je ne l'ai vu faire un faux mouvement, prendre de fausses dimensions, et ne pas arriver, avec l'exactitude la plus parfaite, au point vers lequel il tendait. J'ai eu, par là, la preuve évidenle qu'un instinct particulier le dirigeait , pour juger des distances et déterminer le degré de force qu'il devait déployer dans chacun de ses sauts.

Il est certain qu'avec l'intelligence même de l'homme il aurait fallu à cet animal de nombreux essais, des tâtonnements multipliés, pour acquérir l'adresse qu'il avait, et, cependant, il atteignait à peine le premier mois de sa vie. Quand il s'agit de la cause des actions des animaux, c'est bien le cas de dire : Que savons-nous!

Ce n'est qu'après six semaines environ qu'une nourriture plus substantielle que le lait lui est devenue nécessaire, et, alors, un spectacle nouveau s'est présenté à nous; de nouvelles révélations nous ont été faites, par ces animaux, sur leur nature intellectuelle. Cette mère, que nous avons vue si pleine de tendresse, mue par une sollicitude si active, qui portait son petit suspendu sans aucune relâche à son corps et à sa mamelle, et qu'on aurait jugée devoir porter l'amour maternel jusqu'à prendre les aliments de sa propre bouche pour les lui donner, ne lui permit pas de toucher à la moindre portion de ses repas lorsqu'il commença à vouloir manger. Dés qu'on lui avait donné les fruits et le pain qui lui étaient destinés, elle s'en emparait, le repoussait aussitôt qu'il voulait approcher, et s'empressait de remplir ses abajoues et ses mains pour que rien ne lui échappât; et qu'on ne cherche pas d'autres causes que la gloutonnerie à cette action singulière; elle ne pouvait vouloir forcer ce petit à teter : elle n'avait presque plus de lait. Elle ne pouvait craindre non plus que ces aliments lui fussent contraires; il les recherchait naturellement, et il s'est toujours bien trouvé d'en avoir mangé. Aussi la faim le rendait-il très-pressant, très-téméraire et très-adroit; les coups de sa mère, qui, à la vérité, n'étaient jamais très-violents, ne l'intimidaient point, et, quelque soin qu'elle prît pour l'éloigner et s'emparer de tout, il parvenait toujours à dérober un assez bon nombre de morceaux qu'il allait manger loin d'elle, en ayant toujours soin de lui tourner le dos; et cette précaution n'était pas inutile; car j'ai vu cette mère plusieurs fois quitter sa place et aller à l'autre bout de sa cage oter des mains de sou petit le morceau qu'il était parvenu à se procurer.

Pour éviter les inconvénients d'un sentiment si peu maternel, on eut la précaution de pliicer dans la cage une beaucoup plus grande quantité d'aliments que celle qui lui était nécessaire, et dont elle pouvait s'emparer; alors le petit put avoir une nourriture abondante sans trop faire d'efforts pour l'obtenir.

11 continue à vivre et jouit d une sanle qui parait très-forte, toujours soigné par sa mère, tant qu'elle ne mange pas. Il distingue fort bien ceux qui le nourrissent et le caressent, ne montre aucune malice, et n'a encore du caractère du singe que son adresse et sa vivacité.

Comme nous l'avons dit, tous ses sens étaient ouverts au moment de sa naissance, son corps était entièrement couvert d'uu pelage qui ne différait de celui des adultes qu'en ce qu'il avait une teinte plus pâle, car la partie plus fauve des fesses se montrait déjà. Ce qui le distinguait dans ses formes, c'est que ses membres étaient plus grêles et sa tête plus grosse. (Frédéric Cuvier.)

Page 1