‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 3)Chapitre 30 sur 81 · IG · texte numérisé non relu

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170 HISTOlItE NATURELLE.

Cl' singe est il'un iiatiiicl tiès-inéeliaiil, dit riéeltric Cuvier. Les ifanliens de celui qui a été observé par ce savant natufalistc étaient ohliyés de le craindre; la haine était le seul sentiment qu'il parût éprouver. Même lor.sque la i'aim le pressait, et qu'on lui donnait sa nourriture, il s'en emparait brusquement, et menaçait aussitôt du reg^ard, du sieste et de la voix.

.lusqu'à présent, continue le même auteur, toutes les observations conduisaient à regarder comme règle générale que les femelles des cynocéphales ne dii'térent point des mâles par la couleur, règle qui s'étendait même à tous les singes; il paraîtrait que la femelle du tartarin fait exception à cette règle, du moins dans l'âge adulte. Nous avons vu que le pelage du tartarin mâle était, en général, d'un gris légèrement verdàtre résultant de poils couverts d'anneaux alternativement noirs et gris jaunâtre, (jù CCS derniers dominaient. Dans notre femelle, la teinte verdàtre l'emporte sur la teinte grise, sans doute parce que les anneaux noirs et jaunâtres sont dans des proportions plus égales, et que la couleur de ces derniers est plus jaune. Ces différences, assez considérables, et surtout cette exception à une rî'gle établie sur des faits nombreux, auraient pu conduire les naturalistes qui n'auraient vu qu'isolée de tout auti'e individu de son espèce cette jeune femelle de tartarin à la regarder comme la femelle d'une espèce inconnue, intermédiaire entre celle du tartarin et celle du chacnia; mais M. Ehrenberg ayant observé cette espèce dans les lieux mêmes qu'elle habile, et avec des individus de tout âge, les préserve de cette erreur. Aussi avons-nous appris par lui que les jeunes mâles ne diffèrent point des femelles, qu'ils sont aussi dépourvus de crinière, et que celle espèce vit en pet tes troupes; caractère qui parait être commun à toutes les espèces de singes. (FriiDiinic CuviEr,.]

4 CYNOClîriIALU; ClIACMA f JAOf^r;//i;.IS POHCMIIl'S. (DosHioiiliMs)

CAr.ACTÈr.ES seÉciFiQUES. — Pelage noii' verdàtre, très-long sur le dos et le cou. cl formant en quelque sorte uiu> crinière; queue terminée par' un pinceau de poils noirs; ])eau de la face et des oreilles d'un noir violâtre; favoris dirigés en arrière et grisâtres.

ILabite rAfri(iue australe.

Le chacma décrit par Frédéric Cuvier était, en général, d'un noir verdàtre, plus pâle â la partie

antérieure des épaules et sur les lianes que le long du dos; les poils étant gris â leur base, et noirs ensuite, avec quelques anneaux de jaune plus ou moins sale. Sa tète avait plus de vert; sa face et ses oreilles étaient nues, ainsi que la plante des pieds et la paume des mains, et l'on ne voyait que très-peu de poils cuui'ts, rudes et noirs; la queue se terminait par une forte mèche noire, et le cou était garni de poils très-longs qui formaient une sorte de crinière; enfin les favoris, dirigés en arriére, étaient grisâtres. La peau des mains, de la face et des oreilles, était d'un noir violâtre, mais le leur des yeux avait une teinte plus pâle, et la paupière supérieure était blanche comme celle du mangabey; les deux narines étaient séparées en dessus par une forte échancriire; la partie supérieure et antérieure de la tète tout à fait aplatie; et les callosiiés des fesses très-petites. Du reste, toute son organisation était celle des cynocéphales.

Le chacma auquel se rapporte cette description était mâle, et appartenait à M. C**". qui l'avait eu fort jeune. Durant les premières années, ses sauts, ses grimaces, le rendaient supportable, et amusaient même; mais bientôt ses malices devinrent dangereuses, et il fut relégué et attaché par une forte chaîne dans une niche, à l'entrée d'une cour. Là il lit l'office de chien de garde; mais, après dix ans, il devint, par sa méchanceté, la terreur de ceux mêmes qui le soignaient, ce qui obljgea son maître à s'en défaire. Il pouvait avoir alors prés de quinze ans.

lia Ménagerie du roi a possédé plusieurs chacmas, de tout âge et de tout sexe; et ceux dont on a connu l'origine venaient du cap de Bonne-Espérance. Nous avons reçu du capitaine lîandin un mâle et une femelle de cette espèce, et ils ont vécu fort longtemps. La femelle conserva toujours sa douceur; elle entrait en rut chaque mois, et avait des menstrues; alors ses parties génitales è|)rouvaient un gonflement qui, à sa partie su|iérieure, représentait une portion de sphère

QUAWIUM.-VNES.

èchancréo en dessus, et qui s'allongeait en dessous après s'ètie rétréci subitement. Son cou n'était pas garni d'une erinière coninie le cou du niàle, et, en général, elle n'avait pas autant de poils. Le mâle perdit bientôt sa doeililé Un jour iju'il s'était éebappé de sa loge, dans l'eneeinle où il était renfermé, son gardien l'ayant imprudemment menacé d'un bàlon pour le faire rentrer, il se jeta sur lui en un tlin d'oeil, lui fit à la cuisse, avec ses fortes canines, trois profondes blessures c[ui pénétrèrent jusqu'au fémur, et qui firent longtemps craindre pour la vie de cet homme. On ne parvint à le renfermer que par un subterfuge qui réussirait toujours sur de tels animau.x, dans des cas semblables. Son gardien avait une fille qui lui donnait souvent à manger, et à laquelle il témoignait une affection particulière ; elle se plaça du coté de la cage de cet animal opposé à la porte par laquelle il devait rentrer, et un homme fit semblant de la flatter en s'approcliant d'elle; dès qu'il s'en aperçut, il jeta un cri furieux, et, pour se jeter sur celui qui excitait sa jalousie, il s'élança dans sa cage, qui se referma à l'instant même. (FnÉDÉmc Cuvier.)

144 — Ch iciiia.

Le chacma vit par bandes de dix ou trente individus, et les lieux qu'il fréquente sont les montagnes et les collines; rarement il entre dans les bois. Les fruits et les végétaux forment la base de sa nourriture, aussi fuit-il des ravages considérables dans les champs cnllivès. Souvent il arrive qu'une troupe de ces animaux fait irruplion dans la plaine à l'époque de la malurité des céréales. Ses déprédations ne cessent que lorsqu'on envoie à sa poursuite des hommes à cheval pour mettre les maraudeurs en fuite. Kolbe raconte que quelquefois un voyageur, prenant son repas au milieu des champs, se voit audacieusement enlever ses provisions par un insolent chacma qui, en voleur impudent, s'arrête à quelque distance, et, par une pantomime expressive, semble insulter à la surprise de celui qu'il a spolié, en lui montrant les objets dont il l'a dépouillé; il accompagne cette action de

172 HISTOIRE NATUltELLE.

grimaces si comiques et de gosles si grotesques, que la victime de son audace ne peut s'empêciur de rire, à moins pourtant qu'elle ne soit obligée de se passer de dîner, ce qui ne doit pas peu contribuer à tempérer sa gaieté. Ces faits ne sont pas improbables; et Kolbe, dont le témoignage est assez souvent équivoque, peut, dans cette circonstance, être cru sur parole.

Ceux qui vivent en captivité dans les maisons des habitants de la colonie sont de très-bonne garde, et avertissent de l'approche des personnes étrangères. Sur l'ordre de leur maître, ils apportent les objets qu'on leur désigne avec la même docilité que nos chiens domestiques; mais, pour qu'ils accomplissent leur tâche jusqu'au bout, il fautque la personne qui leur commande ne les perde point de vue; car, pour peu qu'elle détourne les yeux, le naturel indocile de l'animal reprenant le dessus, il fuit, laissant tomber l'objet qu'il a entre les mains. Certains d'entre eux sont quelquefois même employés à des travaux utiles : ici, c'est un forgeron, d'après ce que nous dit M. Verreaux, qui se sert d'un chacma pour entretenir le feu de sa forge; là, un laboureur qui fait conduire, à l'aide d'une corde, la première paire de bœufs attelés à son chariot ])ar un autre de ces animaux, qui, toutes les fois qu'il s'agit de passer une rivière, saute sur un des premiers bœufs de l'atlelage, et se tient accroupi sur sa monture pendant toute la durée du passage. Les Ilottentots ne touchent jamais aux substances alimentaires qu'un chacma aura refusées; ils savent que, guidés par l'excessive sensibilité de leur odorat, ces singes repoussent ce qui peut leur être nuisible; aussi rien de plus difficile que de les empoisonner, si même cela est réellement possible; car un de ces animaux, dont voulut se défaire, par le ])ûison, la personne qui le possédait, resta dix jours sans toucher aux alinients qui lui étaient présentés, et il fallut le tuer d'un coup de fusil. (Puchehan, d'après Kolbe et Veriieaux.)

§ m. — CYNOCEPHALES (a queue très-couute).

5. CYNOCEPHALE MANDRILL. CYNOCEPUALVS ItlORMON. (De.'imouliiis )

CARACTÈnEs SPÉCIFIQUES. — Muscau très-p*oéminenl; parties latérales du nez bordées d'une masse de tissu érectile formant des sillons de couleur bleue ; nez rouge vif; organes génitaux, et parties qui les entourent, offrant les mêmes couleurs bleu et rouge; pelage gris-brun verdiitre en dessus; barbe et collerette jaune-citron; queue rudimentaire.

Habile la Guinée.

Dans leurs premières années, dit Frédéric Cuvier, et avant le développement des canines, ces animaux ont la tête large et courte, et le coips assez trapu; leur face est noire, avec les deux côtes maxillaires bleues et ridées; les fesses ne montrent encore aucune couleur particulière; et les testicules sont de couleur tannée. Dès que les canines commencent à pousser, leur corps et leurs membres s'allongent, et prennent des proportions élancées en mènie temps que leur physionomie devient plus grossière par l'allongement du museau. Alors l'extrémité du nez rougit, les fesses se parent de leurs belles couleurs, et les testicules deviennent rouges. Après deux ou trois ans, les canines ont pris un accroissement considérable; les muscles des membres se sont fort épaissis; toutes les parties du corps ont acquis de l'ampleur, les postérieures principalement; et le museau s'est développé dans les mêmes proportions; de sorte que ce mandrill à membres si grêles, à corps si mince, a pris des formes si trapues et si lourdes, qu'on pourrait à cet égard le comparer à un ours. Durant cette époque, le nez devient rouge à peu prés dans toute sa longueur, et les brillantes couleurs des cuisses s'avivent, ainsi que le rouge des testicules et des parties voisines de l'anus. Quant au pelage, il n'éprouve aucun changement important : il est généralement d'un brun verdâtre, plus clair sur la lête que sur le reste du corps, et qui résulte de poils colorés dans leur longueur d'anneaux alternativement noirs et d'un jaune sale; derrière chaque oreille se trouve une tache d'up blanc grisâtre; les côtés de la bouche sont d'un blanc sale, et le menton est garni d'une

barbe jaunûtre. La partie postérieure du ventre est blanchâtre; mais les autres parties inférieures du corps sont brunâtres. Dans les vieux individus, les poils de la tête se relèvent quelquefois de manière à former une sorte d'aigrette; l'iris est d'un brun clair; les oreilles et les mains sont noires. La voix de ces animaux est sourde, semblable à un grognement, et semble exprimer rariiculalion aou, aou. Les femollos restent constamment plus petites que les mâles, et leur peau ne se colore pas d'une manière aussi vive et aussi biillante; leur nez ne devient jamais entièrement rouge; mais, par contre, à l'époque du rut. c'est-à-dire chaque mois, leur vulve se trouve entourée d'une protubérance monstrueuse, qui résulte d'une grande accumulation de sang dans ces parties, et qui a généralement une forme sphérique. Lorsque le rut cesse, cette protubérance s'efface petit à petit, pour reparaître vingt-cinq ou trente jours plus lard.

Fi". 145. — Mandrill

Les mandrills ont le caractère féroce et brutal des autres cynocéphales; assez doux et confiants dans leur jeunesse, ils deviennent de la plus atroce méchanceté avec l'âge. Les meilleurs traitements ne peuvent les toucher, et les actions les plus insigniiiantes, un geste, un regard, une parole, sufiisent pour exciter leur fureur; mais aussi la circonstance la plus légère les apaise.

Tous les mammifères, â l'époque où ils deviennent capables de se reproduire, acquièrent un accroissement de vie et de force, une vivacité et un éclat de couleurs, une harmonie de projiortioiis qui fra])pent les esprits les moins observateurs; et ce n'est pas un faible sujet d'admii'atiun pour celui qui se plaît à considérer la nature comme l'œuvre d'une Providence qui a tout créé, non-seulement par une puissance, mais surtout par une science et une sagesse infinies; cependant, parmi tous ces êtres, qui s'embellissent précisément à l'époque où ceux de sexes différents doivent se rechercher et se plaire, on n'en connaît aucun qui se revête de teintes plus riches et plus brillantes que le maii-

174 HISTOIRE NÂTUllEI.LE.

(li'ill. Nous avons docrit les belles eouleiiis de cet animal, mais nous sommes sans doute encore bien loin de la vérité, tant il est difliiile de donner une idée exacte des richesses de la nature.

En comparant la ligure du mandrill jeune à celle de l'adulte, on verra que le dernier a une teinte générale beaucoup plus brune que le premier, qui est plus verdâtre; ce que nous aui'ions pu indiquer par analogie, car le pelage de tous les vieux cynocéphales est beaucoup plus foncé que celui des jeunes, comme nous l'avons déjà vu pour l'espèce du papion, pour celle du babouin.

On sait que les sexes d'espèces différentes ne sont point naturellement ])ortés à se réunir : ce n'est qu'au moyen de circonstances particulières qu'on airive à former de ces associations contre nature, et, s'il en provient une race métisse, elle n'a point la faculté de se conserver. 11 semble que, plus on se rapproche de la race humaine, plus s'affaiblit la répugnance qui éloigne les espèces l'une de l'autre et les empêche de se confondre, ou, autrement, de s'anéantir, puisque les métis sont impropres à la reproduction. En effet, il n'est pas rare de voir, parmi les singes, des individus d'espèces différentes se livrer à tous les actes de la reproduction, comme pourraient le faire ceux d'une même espèce.

Ces exemples se sont reproduits plusieurs fois dans notre ménagerie, mais ces accouplements irréguliers n'ont jusqu'à présent jamais été féconds. Ce sont les macaques, et surtout les cynocéphales, qui éprouvent avec le ])lus de violence ces besoins d'accouplenent ; il paraît même que ces derniers singes, dans l'égarement de leur passion, pourraient devenir dangereux pour les femmes. Ce qui est certain, c'est qu'ils les distinguent très-bien des hommes; on ne peut en douter aux signes nombreux qu'ils en donnent. Et comment font-ils cette distinction dans une espèce si différente de la leur, et sur des individus couverts de vêtements au milieu desquels on ne peut apercevoir qu'une partie du visage? Quoi qu'il en soit, le mandrill est un des singes qui, dans ses désirs d'amour, montre le moins d'éloignement pour l'espèce humaine. Voici ce que mon frère dit du mandrill qu'il a décrit dans la ménagerie du Muséum d'histoire naturelle : « Nous avons déjà eu occasion de parler de l'amour des singes pour les femmes : aucune espèce n'en donne des marques plus vives que celui-ci. L'individu que nous décrivons entrait dans des accès de frénésie à l'aspect de quelques-unes, mais il s'en fallait bien que toutes eussent le pouvoir de l'exciter à ce point; on voyait clairement qu'il choisissait celles sur lesquelles il voulait porter son imagination, et il ne manquait pas de donner la préférence aux plus jeunes. 11 les distinguait dans la foule; il les appelait de la voix et du geste; et on ne pouvait douter que, s'il eût été libre, il ne se l'iit porté à des violences. Ces faits bien constatés, observés par mille témoins éclairés, rendent très-jligne de foi tout ce que les voyageurs rapportent sur les dangers que les négresses courent de la part des grands singes qui habitent leur pays. On a attribué à l'orang-ouîan, ou plutôt au chimpanzé, plusieurs traits de ce genre qui appartiennent vraisemblablement au mandrill. 11 est clair, par exemple, que le barris de Gassendi est bien plutôt un mandrill qu'un chimpanzé; et, ce qui paraîtra peut-être singulier, il n'est pas sûr que le nom même de mandrill n'appartienne pas même en revanche au chimpanzé plutôt qu'à l'animal que nous décrivons aujourd'hui; il paraît du moins certain, ainsi que l'a observé Audcbert, que Smith, dontliuffon a emprunté ce nom, a réellement voulu parler du chimpanzé, etc., etc.» (Fréd.

CuVIEK.)

6. CYNOCÉniALE IJRILL. CiAOCEPIlALUS LEVCOPILEUS. (Dosmoulins.)

Car.ictkres SPÉCIFIQUES. — Facc noire; scrotum cl fesses rouge vif; pelage verdâtre, foncé dans les parties supérieures, et blanchâtre dans les inférieures; peau de toutes les parties nues, noire, à l'exception des régions anale et génitale; peau des parties couvertes de poils, bleuâtre.

Habite la Guinée.

C'est Frédéric Cuvicr qui, le premier, fit connaître cette espèce, d'après un jeune individu femelle. 11 lui donna le nom de ximia Icucophwa, nom qui a été conservé, mais qui ne convient guère à l'adulte.

Plus tard, dit Frédéric Cuvier, nous avons possède un mâle et une femelle adultes de la même es-

pèce, de sorte que toutes les incertitudes qui pouvaient encore rester sur la réalité de son existence sont dissipées. Le drill a tant de ressemblance avec le mandrill , que c'est à cette cause sans doute qu'il faut attribuer le peu d'attention qu'on y a fait jusqu'à présent; l'un a été pris pour l'autre, et, en effet, le caractère le p'us apparent qui les distingue, c'est que le premier a la face entièrement ncire, tandis que le second a le nez roui^e et les côtes saillantes des joues d'un beau bleu de ciel. La figure du drill que nous publions montre assez que cet animal appartient au groupe des singes des cynocéphales. En effet, il en a tous les caractères : des narines sans mufle, placées à l'extrémité du museau; des abajoues; des fesses nues, avec des callosités; des membres à peu près d'égale longueur; des oreilles pointues; un front très-effacé; des sourcils qui couvrent les yeux; des côtes saillantes sur les joues; et, enliu, le naturel grossier et brutal qui est commun à tous les autres cynocéphales. Ses yeux sont semblables à ceux des autres singes à tous égards; ses narines ont le caractère qui est particulier à celles des mandrills, c'est-à-dire qu'elles se dirigent un peu en arrière; ses oreilles sont sans hélice, proprement dit; ses lèvres minces, entières; et sa langue est douce. La verge, dont le gland est piriforme, se retire et se cache dans le scrotum, qui est volumineux cl peiidanl.

FiR. UG.

Di-ill.

La couleur de son pelage se rapproi liait aussi de celle du mandrill; seulement, elle était plus verdàlre aux parties supérieures, et il y avait plus de blanc aux autres jiarties. Le dos, les côtés du

corps, la tète, la face extérieure des membres, et une bande au bas du cou, en avant des pattes antérieures, étaient couverts de longs poils très-fins, gris à leur moitié inférieure, et alternativement noirs et jaunes à leur autre moitié. Ce sont ces deu\ dernières couleurs qui formaient la teinte verdâtre de l'animal à toutes les parties supérieures du corps. Des poils également longs et fins, d'un blanc grisûlre, garnissaient toutes les parties inférieures. Cependant, la diverse direction des poils, et la plus ou moins grande étendue de l'une ou de l'autre de leurs couleurs, présentaient les modifications qui sont peut-être caractéristiques.

Ainsi, ceux qui garnissent les joues ne rencontrant point la base de ceux qui naissent derrière eux sur le cou, il en résulte que la moitié inférieure et grise de ces derniers n'est point cacliée comme aux autres parties, et que là elle présente une sorte de collier gris qui commence sous le cou, et qui se termine au-dessus de l'oreille. Ces poils des joues sont assez rares; ils ont moins de noir que les autres, et sont couchés en arriére; ceux qui garnissent en dessous la mâchoire inférieure sont jaunes, et forment une sorte de barbe. Les poils du dessus de la tète se réunissent, vers la ligne moyenne, en une petite crête que l'âge rendra vraisemblablement plus grande; les poils de la queue sont gris, et disposés en pinceaux; la face et les oreilles sont nues, ainsi que le derrière de celles-ci, et il en est de même des fesses et des testicules; les doigts ne sont garnis que de quelques poils, et la plante des pieds, comme la paume des mains, en sont tout â fait dénuées; la peau de toutes les parties couvertes est bleue, et cette couleur s'aperçoit un peu au travers du pelage, sur les côtés des fesses et à la partie postérieure des mâchoires, où les poils sont plus rares qu'ailleurs; la face est entièrement noire, et deux côtes larges, saillantes et ridées, mais non plissées comme celles du mandrill, garnissent les côtés du nez; les mains antérieures et postérieures ont une teinte cuivreuse; les fesses et les testicules sont d'un rouge très-vif.

Fij;. 147 — Drill femelle Irès-jeune

La femelle ne diffère du mâle que par une tète moins allongée, par sa taille, et par la teinte beaucoup plus pâle de son pelage. A l'époque du rut, c'est-à-dire tous les trente jours environ, le sang se porte aux organes génitaux; toutes les parties environnantes se tendent, se gonflent, et bientôt elles ne présentent plus qu'une forte protubérance, plus large du côté de l'anus que du côté opposé;

dans cette dernière partie, est un étranglement qui partage (^etle protubérance en deux portions inégales.

Si nous rapprochons actuellement la description du siinia leiicophœa de celle que je viens de donner du mftle et de la femelle adultes de cette espèce, nous voyons dans le jeune âge la tête plus arrondie, les crêtes sourcilières moins développées, et les teintes du pelage grises, et se rapprochant de celles qui sont propres à la femelle; les autres parties du corps ont les mêmes formes et les mêmes proportions que dans l'adulte, et présentent tous les caractères essentiels à l'espèce.

Un nom était nécessaire à ce cynocéphale nouveau; celui de babouin des bois (wood baboon), en supposant qu'il lui appartint, serait assez peu convenable. Le grand rapport qu'il avait avec les couleurs de la face m'a suggéré l'idée de lui donner le nom de drill, qui a l'avantage, en quelque sorte, d'indiquer les rapports intimes de ces deux espèces.

Je n'ai pas eu cet animal assez longtemps en ma disposition pour étudier son intelligence et son caractère. Il ressemblait sans doute aux cynocéphales par ses facultés intellectuelles comme par son organisation; tout ce que j'ai pu voir, c'est qu'il était assez doux, et qu'il répondait par de grands témoignages de joie aux caresses de son gardien; mais on ne doit pas oublier qu'il était encore trèsjeune. (KrÉD. CllVlER.)

Nous avons donné l'histoire des singes de l'ancien monde (catarruimens) formant la premier section de la famille et se divisant en dcus. tribus ■ primnlcs L'iiniliécieus. Dans la seconde section, comprenant les singes du nouveau monde (i'l.vtïrbhimeins), nous tiouvons un assez grand nombre d'espèces formant aussi deux tribus : cébicns et arclopilhédens .

L'Amérique a donc des singes qui présentent une organisation particulière; la cloison de leurs narines est large, et les ouvertures nasales sont latérales.

C'est une autre nature d'êtres ambigus entre l'homme et les carnassiers; c'est, dit M. Geoffroy Saint-Hilaire, un autre lijpe singe qui remplit les forêts du monde découvert par Colomb. Car si, comme les singes de l'ancien continent, ils vivent également sur les arbres, ce n'est plus en recourant à la même industrie qu'eux. Ils n'ont ni les callosités ni les abajoues des premiers; mais on trouve chez eux, ou de doubles moyens de saisir les branches, la queue et les mains, ou des on"les longs, courbés et formant des griffes à l'aide desquelles ils grimpent facilement le long des tiges. C'est vraiment un autre type, ajoute le savant professeur, comme si les singes d'Amérique provenaient d'une autre époque de création, et comme si les espèces qu'on y trouve se fussent multipliées en retenant dans leurs modifications les traits fondamentaux du système primitif. Les uns, en effet, ont un système dentaire augmenté d'une molaire de chaque côté des deux mâchoires, et les autres, qui n'ont que cinq molaires, comme les espèces de l'ancien monde, sont à peine des quadrumanes, car ils n'ont plus félément caractéristique de cet ordre, le pouce, chez eux, n'étant que rudimentaire.

En comparant les espèces de l'ancien continent à celles du nouveau, on peut dire que, sous le rapport de la conformation de la tête, il n'y a point, en Amérique, de singes ni aussi voisins, ni aussi éloignés de l'homme que l'on en rencontre parmi les premiers. Aucun n'a la tête aussi haute et aussi large et saillante au front, que l'orang-oulang; mais aucun ne l'a non plus aussi allongée, au point que la face soit de beaucoup plus longue que la boite cérébrale. Tous, au contraire, ont la tête ronde, le museau court, et l'angle facial de 55 à 60 degrés; aussi cet angle cesse-l-il d'être un caractère bien utile. La tête sphéroidale des singes américains contient, â proportion, autant de cerveau que celle des singes les plus favorisés à cet égard parmi ceux de l'ancien monde. Enfin la distinction d'un type à part se montre presque dans le mode de variation de toutes ces têtes, don[ les différences semblent dériver les unes des autres.

De même que l'on considère une guoioii comme l'idéal de l'être sina;e pour les quadrumanes ca- 1" ' 23

tarihiiiiens, do.nipmc aussi l'on trouve un type correspondant chez les plalvrrliiniens, c'est un sajou dette conformation typique est également susceptible d'être, en quelques points, niodiiiée; mais ce qui seiiil)lc un effet nécessaire de ce point de départ, cliaque modification y puisera des conditions autres que celles qui dislint;upnt les i;enres des sing-es de l'ancien monde; et l'on doit porter attention à un tel résultat, car c'est tout au plus si d'autres variations étaient ou devaient sembler encore possibles; toutes les combinaisons supposables ne paraissaient-elles pas épuisées"?

Mais il n'en est point ainsi. Autour des sajous sont d'autres conformations, parce qu'il est, en effet, plusieurs parties organiques, jusque-là restées dans le médium des développements, qui, sans quitter le caractère sinçie, et sans manquer aux rap|)orls harmoniques qu'elles doivent conserver avec les organes du voisinage, pouvaient être portées à l'état d'hypertrophie; le crâne, l'appareil liyoidien, les extrémités, les ongles et la queue, sont ces parties encore susceptibles d'être plus ou moins profondément transformées. Effectivement, comme affinités naturelles, il y a deux sous-types bien distincts de singes américains :

i" Ceux qui restent plus ou moins assujettis aux formes caractéristiques des quadi'umanes, mais qui prennent une dent molaire de plus à chaque coté de chaque mâchoire; ils vivent, pour la plupart, sur les arbres, en employant l'action préhensile des mains; et leurs ongles sont courts.

2° Les singes américains, qui ne font plus ressource des quatre mains, mais qui restent singes à tous autres égards : ils n'ont que cinq molaires au lieu de six, et, s'ils habitent encore sur les arbres, c'est en grimpant le long de leurs tiges à l'aide d'ongles transformés en de véritables griffes.

Ceux-ci forment une tribu, sous le nom cVarciopitliccicns. Les autres formant aussi une tribu se partagent en deux sections-, car, ou ils ajoutent aux usages de leurs mains l'action de leur queue prenante : tels sont les liél<>pillii(jncs; ou bien, faute d'aider au premier effet par ini effet complélif, et d'ofl'rir le recours de la queue, reprenant pour soi le service quand il est abandonné par les extrémités qui seraient trop fatiguées, ils ne peuvent vivre sur le haut des arbres : tels sont les (/copitlnqiics, ou singes de terre.

Les hélopithéques ont la colonne épinière et les muscles qui la recouvrent portés au maximum de leur dcvelojipement, et leur queue gagne en volume et en puissance, parce que l'augmentation de force dans I axe vertébral se propage de proche en proche et s'étend à l'appareil caudal. Ce n'est qu une nname; mais ce degré en plus fait que la queue, qui d'ailleurs n'est qu'un appendice trèsinutile, prend tout à coup l'essor d'un véritable et tout-puissant organe. Les hélopithéques, avec les mêmes moyens locomoteurs des autres singes, sont, de plus, pourvus d'un instrument capable d'actions pour son compte et de bons offices à l'égard de quelques autres organes, qu'il soulagera d'un excès d'activité. Comme les singes doivent leur queue prenante au renforcement de tous les muscles de l'épine, ils sont généralement plus forts que les autres espèces de même taille qui ne sont point ainsi favorisées; et, ce que produit toujours l'excès de la force, ils en abusent; car, sans qu'ils en aient sujet, on du moins sans ([ne cela leur soit profitable, ils maltraitent les autres singes.

Les géopithèques, exposés à de tels caprices, n'attendent point le renouvellement de ces actes do tyrannie pour s'y soustraire; ils évitent la rencontre des singes à queue prenante, en se tenant à terre; ils recherchent des lieux où ils puissent trouver quelque sécurité : des broussailles ou des cavernes d'une retraite possible pour eux, et inaccessible à leurs ennemis. Pourquoi d'ailleurs tiendraient-ils à vivre sur les arbres'? ils n auraient à y employer que leurs mains, insuffisantes à saisir constamment les branches, parce que la fatigue musculaire les en détournerait. Les géopithèques sont donc nécessairement des singes vivant à terre. Mais il semble qu'il y ait contradiction entre l'organisation ambiguë du singe et sa non-existence sur les arbres. Les géopithèques marcheront-ils exclusivement sur le sol? Serions-nous arrivés avec eux et par eux à la plus fâcheuse modification du type, à des singes réellement misérables? Il n'en est point ainsi. Il est tant et de si différents reliefs à la surface du globe, tant de sortes de localités à habiter! Le plus faible abri, sous l'éveil du besoin et de l'industrie, peut devenir un lieu assuré de refuge.

Les singes à queue prenante, bien établis sur les arbres, ne prétendront point à une retraite souterraine, qu'un sentiment d'infériorité et une situation |iresque de détresse auront fait préférer et adopter. Cependant, dans ces mêmes lieux, les géopithèques sont aussi exposés à des ennemis plus dangereux : les nombreu.ses espèces de carnassiers. Forcés de fuir, ils n'ont souvent de refuge, contre ceux-ci, que les arbres, et de ressources, dans les moments de danger, que l'instinct et les apti-

tildes du sini^p; alors ils mettent :i prufit la fanillé de saisir, qu'ils tiennent du fait de leurs quatre mains. Les géopilhèques sont donc renvoyés d'un ennemi sur un autre. Cependant, pour qu'ils puissent se maintenir au milieu de tant de traverses et de danjjers, il faut qu'ils soient plus attentifs, plus habiles dans la défense que l'ennemi dans son attaque, et généralement plus intelligents que le commun des singes. Or, c'est ce qui ari'ive et ce qui est suflisammenl prouvé pai' leur nombre proportionnel; mais, de plus, c'est encore ce qui paraît non moins bien établi par la dimension de leur crâne et le volume de leur cerveau. (Geoffuov S.m.m'-IIii.aihe.)

ÏIIOISIEME TUIItU.

CÉDliiNS.

Dans cette tribu nous plaçons tous les singes américains ayant, comme nous l'avons déjà dit, les narines ouvertes latéralement et séparées par une large cloison; trente-six dents; des ongles aux quatre mains; une queue le plus souvent longue, et, dans ce cas, prenante ou enroulante, mais aussi quelquefois trés-conrte. Us n'ont ni abajoues ni callosités.

On a établi dans cette tribu trois groupes assez caractérisés par l'organisation particulière de la queue, qui, chez les uns, est prenante, en partie nue et calleuse, et remplit les fonctions d'un cinquième membre; tandis que chez les autres, qui Font entièrement velue, elle est enroulante; chez les derniers, enlin, elle n'offre rien de particulier que l'inertie on la brièveté. Les singes du premier groupe sont désignés sous le nom de sapajous ou hélopithèques; ceux du second sont connus sous le nom de sajous, et les derniers sous celui de sagouins ou (icopiilihiucs.

Cette tribu comprend les sapajous et les sagouins de Bnffon ; les sapajous et les sakis de Cuvier et de la plupart des auteurs; et les hélopithèques, et les géopithcques de M. Geolïioy Saint-Ililaire. M. Isidore Cieoffroy Saint-Uilaire les a aussi désignés, dans ses leçons, sous le nom général d'urupithéciens.

Jrteimet iitoiipc — c)<tpo;|oiut ou kelopilbcmitv.

E>.c:, eii-TTiiis; -lô/.H, sinj;c.

Singes à queue nue et calleuse à l'extrémité, et pouvant s'enroider comme un doigt sur les objets ((u'ils veulent saisir. Ce groupe comprend quatre genres : les alouates ou hurleurs, les atéles, les ériodes et les lagotriches; Spi.\ a désigné ces singes sous le nom de gymnuriens.

Il y a peu de mammifères, dit Lesson, chez lesquels la queue aequièi'e une aussi grande force et remplisse d'aussi importantes fonctions. Cette partie, qui n'a presque toujours que des usages tout à fait secondaires, ou même entièrement nuls, devient, chez les sapajous, un instrument tout-puissant de préhension; c'est en quelque sorte une cinquième main à l'aide de laquelle l'animal peut, sans mouvoir son corps, aller .saisir au loin les objets qu'il veut atteindre ou se suspendre aux branches des arbres. L'étendue de la partie calleuse de la queue, toutes cho.ses étant égales d'ailleurs, parait se trouver dans un rapport assez exact avec la force de préhension de cet organe; et, comme elle est très-constante pour chaque espèce, elle pourrait fournir d'excellents caractères spécifiques. Tûîitefois elle n'est sujette qu'à de bien légères variations, non-seulement d'une espèce à l'autre, mais même entre deux genres différents. .Viusi, la partie nue et calleuse comprend toujours le tiers environ de la queue chez les uns {liuricurs et atclcs}, et les deux cinquièmes chez les autres (criodes), un autre trait commun à ces sapajous consiste dans le peu de largeur de leur nez; les narines sont ouvertes latéralement, comme chez tous les autres singes américains, mais elles sont en général beaucoup plus rappiochécs que chez les espèces du second et du troisième groupe; et nous verrons

même que te caractère est li'lleineiit oxagéré clans le genre èrmlcs, que la disposition des narines rend les espèces qui le composent véritablement plus voisines des singes catarrhiniens que des platyrrhiniens. Cette remarque avait déjà été faite, à Tégard d'une espèce, par Spix, et elle doit être étendue à tous les ériodes. Une condition organique, qui est commune à tous les sapajous à

Fig. 148. — Hurleur :ilouulo, ( Vùlins du Slusûuni )

queue nue, consiste dans l'ampleur de l'os hyoïde, qui arrive à son maximum de développement dans les espèces du genre hurleur, qui sont remarquables aussi par le développement des forces de la queue. (Lessop*.)

1" GENRE. — HURLEUR. STENTOR. (Geoffroy Saint-Ililaire.)

Alouala, nom local; Stentor, nom tiré du cri de ces singes.

CAU.\CTEHES GÉNÉRIUL'ES.

Queue Ircs-lotifiue, preuuuic, nue et ailleuse !i l'e.vlrémhc cl en dessous. C).s ntax'itUùre inférieur h branches très-dcveloppérs. Os lujoïde renflé, caverneux et formant une boule creuse. Membres anlérieurs el postérieurs robustes et presque d'éçiale lonçiiieur. Tcte pijrdtn'idalc .

Pouces (les mains anlcrieures de moitié moins lomjs (jue le second duicjt. ircs-peu libres dans leurs mouroncnis cl It pciiir opposables.

Ces singes, tous de l'Aniérique intertropicale, sont lourds, paresseux et très-farouclies; ils vivent dans les forêts, en troupes nombreuses, que M. de HumboUlt évalue à deux mille par lieue carrée, et ils font entendre leurs cris à une grande distance.

Dans les espèces de ce genre, la mâchoire inférieure est excessivement développée, soit dans son corps, soit surtout dans ses branches; celles-ci, dit Lesson, sont tellement étendues en largeur et en hauteur, que leur surface est presque égale à celle du crâne tout entier. Elles forment ainsi deux vastes parois, comprenant entre elles une large cavité dans laquelle se trouve logé un os hyoïde modifié d'une manière non moins remarquable. Le corps de l'os est transformé en un tambour ou caisse osseuse, à parois très-minces et élastiques, présentant en arrtère une large ouverture sur le côté de laquelle sont articulées deux paires de cornes, et figurant à peu près, lorsqu'elle a atteint son dernier degré de développement, une moitié d'ellipsoide. Cette caisse a cinq ou six centimètres de diamètre. Aussi, ce qui est une suite de cet énorme accroissement, le corps de l'hyoïde dépasse, en bas, la mâchoire inférieure, et forme au-dessous d'elle une saillie recouverte extérieurement et cachée par une barbe longue et épaisse. La grande influence qu'exerce, dans la production de la voix, cette conformation singulière de l'hyoïde, ne peut être douteuse. Cette voix est rauque et désagréable, et se fait entendre à plus d'une demi-lieue à la ronde, ainsi que l'assurent tous les voyageurs.

Fis

149 — Os hyoïde vu de face.

Fig. 150. — Crâne du Imrkur niouutc.

Fii; 151. — Os hyoïde vu de prolil.

D'Azara la compare au craquement d'un grand nombre de charrettes non graissées, et d'autres voyageurs aux hurlements d'une troupe de bètes féroces.

Ces singes se font entendre de temps en temps dans la journée; mais c'est surtout au lever et au coucher du soleil, ou bien â l'approclie d'un orage, qu'ils poussent des cris effi'ayants et prolongés. Margraaff donne aussi à ce sujet quelques détails que nous rapporterons, sans toutefois nous porter garant de leur exactitude : il assure qu'un individu se fait d'abord entendre seul, après s'être placé dans un lieu élevé et avoir fait signe aux autres de s'asseoir autour de lui et de l'écouter. Dés qu'il les voit placés, dit le voyageur saxon, il commence un discours à voix si haute et si précipitée, qu'à l'entendre de loin on croirait qu'ils crient tous ensemble; cependant il n'y en a qu'un seul; et, pendant tout le temps qu'il parle, tous les autres sont dans le plus grand silence; ensuite, lorsqu'il cesse, il fait signe aux autres de répondre, et, à l'instant, tous se mettent à crier, jusqu'à ce que, par un autre signe, il leur ordonne le silence. Immédiatement ils obéissent et se taisent;

I8t> IIISTOIRK NATURELLE.

alors le |)i'emipi- rfpi'cnd son discours, et ce n'est qu'apivs l'avoir écoiité bien attentivement (|u'ils se sépacent et lèvent la séance.

Quelques voyageurs assurent que les hurleurs se taisent lorsqu'un approche d'eux; quelques autres affirment, au contraire, qu'ils redoublent alors leurs cris, et font un bruit épouvantable, qui devient leur principal moyen de défense quand on les attaque. Ils cherchent en même temps à éloigner l'agresseur en lui jetant des branches d'arbres, et aussi en lançant sur lui leurs excrémeni;., après les avoir reçus dans leurs mains.

La peau de ces singes est employée, au Brésil et dans les Cordillères, pour recouvrir les selles cl le dos des mulets; mais leur chair parait être d'un goût peu agréable, quoiqu'on l'ail conipaiée à celle du lièvre. Comme ils se tiennent toujours sur les branches élevées des grands arbres, les liées et les armes à feu peuvent seules les atteindre; encore, avec leur secours même, a-t-ou beaucoup de peine à se procurer un certain nombre d'individus, parce que, s'ils ne sont pas tués sur le coup, ils s'accrochent avec leur queue à une branche et y restent suspendus, même après leur mort.

Les femelles des hurleurs, de même que celles des autres singes américains, ne paraissent point sujettes à l'écoulement périodique; et elles ne font qu'un seul petit, quelles portent sur leur dos. HAzara assure que, lorsqu'on pousse près d'elles de grands cris, elles abandonnent leurs petits pour s'enfuir plus rapidement; et quelques autres voyageurs rapportent aussi des observations d'où il résulterait que l'instinct de l'amour maternel a sur elles beaucoup moins de pouvoir que sur toutes les autres femelles de singes Cependant on trouve, dans le grand ouvrage de Spix sur les singes du lîrésil, nu fait dont ce voyageur nous dit avoir élè lui-même témoin, et qui tendrait à faire adopter nue opinion toute contraire. Ayant fait à une femelle une blessure mortelle, il la vit continuer à porter son petit sur son dos jusqu'à ce qu'elle fut épuisée par la perte de son sang; se sentant alors près d'expirer, elle rassembla le peu de forces qui lui restait pour lancer son précieux fardeau sur les branches voisines, et tomba presque aussitôt; trait (|ui, ajoute Spix, suppose une sorte de réflexion.

Enliu un autre auteur affirme aussi que les femelles de hurleurs sont remarquables par leur attachement pour leurs petits, et qu'on ne peut se procurer de jeunes individus qu'en tuant leurs mères. Le même auteur ajoute que ces singes savent s'enti''ni(ler pour passer d'un arbre ou d'un ruisseau à l'autre, et que, lorsqu'un individu est blessé, ou voit les autres s'assembler autour de lui et mettre leurs doigts dans la plaie comme pour la sonder; alors, si le sang coule en abondance, l'un tient la plaie fermée, pendant que d'autres apportent des feuilles qu'ils mâchent et poussent adroitement dans l'ouverture pour arrêter l'hémorragie, .le puis dire, ajoute l'auteur que nous citons (Œxmelin, llisioireiles avcuturiers), avoir vu cela plusieurs fois, et l'avoir vu toujours avec admiration.

Les hurleurs vivent en troupes nombreu.ses, et se tiennent habituellement sur les arbres; on prétend même qu'ils n'en descendent jamais. Spix affirme qu'ils sont monogames; mais le contraire semble résulter des observations de d'Azara. Us sautent avec agilité d'une branche à l'autre, et se lancent sans crainte de haut en bas, bien certains qu'ils sont de ne pas tomber jusqu'à terre, et de s'accrocher où il leur plaira, au moyen de leur queue à la fois longue, bien flexible et robuste. Ils se nourrissent de différentes espèces de fruits et de feuilles, et l'on assure qu'ils mangent quelquefois aussi des insectes.

Bien loin de redouter le voisinage des grands amas d'eau, comme le font un grand nombre de singes, ils se plaisent dans les forêts les plus rapprochées des fleuves et des marais; c'est ce qui a été vérifié également au Paraguay par d'Azara; au Brésil, par Spix; et à la Guyane, par un observateur que lUiffon cite sans le nommer, et qui est très-vraisemblablement le voyageur de Laborde. Enfin M. de Iliimholdt, dont l'autorité suffirait seule pour établir ce fait, l'a constaté dans plusieurs paities de l'Amèricfue espagnole. On ne doit donc pas s'étonner, quoique la plupart des singes appartiennent exclusivement aux régions continentales, que quelques lies renferment des hurleurs.

Enfin, en terminant ce qui concerne les habitudes des hurleurs, nous dirons que ce sont des animaux tristes, lourds, paresseux, farouches, et d un aspect désagréable. Il est rare, pour cette raison, et sans doute à cause de leur voix, qu'on cherche à les apprivoiser; et il est plus rare encore qu'on y réussisse. Us paraissent, en effet, s'habituer très-difficilement à vivre en domesticité; et c'est ce qui nous explique pourquoi on ne les amène jamais vivants dans nos climats, malgré la fréquence des relations coiumercialcs de l'Europe avec plusieurs des régions américaines où ils sont le plus conniiuns. (Lesson.)

OIIADBUMANES.

(aivior et (îrollroy Saint-Ililniir ;iv;iieiil |iiii]Hisé pour ce yenre le nom de ccbus, qui est mieux employé pour un ;iuti-e genre. Depuis, Geolfioy Saiul-Ililaire trouva un nom générique qui exprime le cararlère le plus remarquable des hurleurs, celui de stentor; ce nom a été généralement adopté. Le nom d'alouales, indiqué par Lacépéde, est aussi employé, et celui de mycètes, proposé par llliger, se trouve préféré par quelques naluralistes étrangers.

. I. HURLEUR ALOUATE. STENTOR SI^MCULUS. (Geoffroy Saint-Ililaire.)

Caractères spécifiques. — Face nue et noire; dessus du corps d'un beau roux; tète, extrémités Il queue d'un roux foncé très-vif; poitrine et ventre peu velus.

Habile la Guyane, où il est connu sous le nom de )?(o»o Colorado, le Brésil, le Paraguay et presque licile l'Amérique méridionale.

On a qui'bpiefois don'né à ce singe le nom de hurleur roux, nom insignifiant, puisqu'il convient à plusieurs espèces du même genre. L'alouate est remarquable par la nudité presque complète de sa lace, où l'on remarque seulement des poils irés-couris et trés-claii semés au-dessous des yeux et cuire les orbites, sur la ligne médiane. Le corps est eu dessus d'un fauve doré éclatant qui, vers la base de la queue et près des cuisses et des épaules, se change en roux brillant. La barbe, les joues, les bras, les cuisses et la partie supérieure des jambes, sont d'un marron clair très-vif,

[•'l^', 152. — lllIll.MM ,lll.tl,ltC.

et le reste des membres, le dessus de la tète et de la queue sont d'un marron foncé tirant un peu sur le violet. Les poils de la partie antérieure de la tète naissent du front, et se portent d'avant en arrière et de dedans en dehors.

La longueur d'un individu adulte, mesuré du bout du nuiseau à l'origine de la queue, est de deux pieds environ, et la queue est un peu plus longue. Les jeunes individus ont le corps uniformément d'un ruiix brunâtre. (Lesson.)

■2. IlLRLIiLR A QIJEUE DORÉE. STEXTOR CIIRÏSVRVS. (Isidore Geoffroy Saiia-llil;iii-e.)

Caractères SPÉCIFIQUES. — Partie antérieure du corps, tète, barbe et membres d'un marron foncé, avec quelques reflets violacés, surtout sur les bras; partie postérieure du corps d'un fauve doré brillant; queue marron foncé et d'un fauve doré brillant à son quart terminal.

Habite l'Ainérique méridionale, mais parliiulièrement la Colombie.

La dernière moitié delà queue et le dessus du corps jusqu'en arrière des épaules, sont d'un fauve doré très-brillant; le reste de la queue est d'un marron assez clair, et le reste du corps, la tête tout entière et les membres, sont d'un marron très-foncé, principalement les membres, où il prend une teinte violacée. 11 est presque impossible d'exprimer par des paroles la nuance de ces couleurs : mais la figure suppléera à ce que je ne puis dire ici. La face est en grande partie nue, mais moins cependant que chez l'alouate.

Fiy. 153. — Hurleur î\ quouc dorée et son petit.

Le hurleur à queue dorée sera distingué très-facilement, au moyen des remarques suivantes, de cette dernière espèce, la seule avec laquelle il serait possible de le confondre. Chez le stcnior cltrysiirns, la tète et les membres sont d'une seule couleur, et la queue et le dessus du corps de deux couleurs; chez le stentor .tcuiculits, c'est l'inverse qui a lieu .• la tête et les membres sont de deux couleurs, et la queue et le dessus du corps d'une seule. Le premier est aussi sensiblement plus petit, et présente quelques différences de proportion : la queue forme seulement chez lui la moitié de la longueur totale; elle forme au contraire manil'estement plus de la moitié chez le stentor svniciiliis. La callosité de la queue est aussi sensiblement plus étendue dans notre nouvelle espèce.

Le hurleur ;i queue dorée m'est connu par l'examen de trois individus, savoir, deux adultes entièrement semblables entre eux, et un jeune différant seulement par la nuance un peu moins claire de sa queue. 11 est probable que les très-jeunes individus sont même, comme dans les espèces voisines, géuèralenuMil bruns.

La comparaison du crâne avec ceux de ses congénères a pleinement confirmé le résultat de mes premières observations.

La partie antérieure de la tète a moins de largeur que chez le stentor senkulns, et se détache ainsi davantage de la partie moyenne, l'ar suite de celte modilicaiion, le palais devient plus étroit; mais, en revanrhe , il s'étend davantage en arrière , d'où il suit que les arrière-narines sont plus couvertes, et que leurs orilices sont placés dans un plan presque vertical, au lieu de l'èlre dans un

OIIAOIIIIMANES

plan iri^s-nbllqiic. Les rnnyèes dos (Iciils, plus l'icmlues on longurur que dans les autres espèces, sont parallèles entre elles, principalement à la mâchoire inféri(^ure. La symphyse de cette mûchoire est aussi remarquable par sa direction très-oblique en arrière, et son bord inférieur est tellement sinueux, qu'il ne peut soutenir la tèle sur un plan horizontal, tandis que chez le sloilor semcitlus la mâchoire inférieure, en posant sur sa symphyse et son bord inférieur, fournit à la léte une base de sustentation très-solide. Enlin, je puis ajouter que chez le sicntor (lirijsnrtis les apophyses zygomaliques sont plus larges que chez aucun autre hurleur.

Le nom A' amcjuulo (nom local) donné à ce singe a été appliqué aussi à d'autres hurleurs et même à des singes de genres dilférenls, mais perlant également une barbe.

Le hurleur à queue dorée, d'après M. le docteur lloulin, est commun dans la vallée de la Madeleine. Colombie?

Comme presque tous les autres singes, il vit en troupes. M. lioulin, qui a eu l'occasion de l'observer plusieurs fois, a remarqué que lorsqu'une troupe doit passer d'un arbre à l'autre, tous les individus qui la composent agissent d'une manière toute semblable, sautent successivement aux mêmes poinis et posent leurs pieds aux mêmes places, comme si chacun d'eux était obligé d'imiter celui qui le précède. (Isidore Geoffroy Salnt-Hilaire.)

5. lll'RLIiCU ÛL'liSO.N. STliNTOR lltSlAVS (Gec.ffroy Saint-llilairc.)

CvRAC.TÈRts SPÉCIFIQUES. — Polagc d'uii roux doré uniforme; poils longs et abondants; face en partie velue; barbe longue et épaisse.

Habite le Brésil.

Cette espèce a été décrite et figurée pour la première fois, sous le nom de simia ursina, par M. de

Fii:. 1Û4 — llmliui innsdii.

Ilumbûldt. Le pelag:e de l'ourson est composé de poils plus longs et plus abondants que celui des autres espèces, et il est d'un roux doré à peu près uniforme. Les poils de la base du front sont diiigés cil arrière; ceux de la partie postérieure de la tète dirigés en avant, de manière à former, au point de jonction au sommet de la tète, une sorte de créle. Les oreilles sont petites et cachées sous les poils. La barbe est plus foncée que le reste du corps, et à son centre on trouve des poils d'un noir intense. La face est beaucoup plus velue que celle des autres hurleurs, et il n'y a guère que le tour de la bouche et des yeux qui soit nu. Les jeunes individus sont bruns. La taille de l'ourson est un peu plus faible que celle de l'alouate. (Lesson.)

4. IIURLIiUIl NOIB. STENTOR MGEIt. (Geollroy Saint-Hilaire.')

Cab.utèhes si'iîciFiQUEs. — Pelage des mules noir; celui des femelles jaune cendre; barbe longue. Habite le Brésil.

Ce singe est très-probablement le caraifa d'Azara. Les mâles adultes sont généralement noirs, avec quelques poils jaunes : les femelles et les jeunes sont d'un jaune paille à la face inférieure du corps,

Kl". ir

lliii'kur noir.

sur les flancs, sur les membres (à l'exception des mains) et sur la lète; mais le dos est couvert de poils noirs avec la pointe jaune, et parait dans son ensemble' d'un fauve cendré. La taille de cette espèce n'est que de trente à trente-deux ceniimèlres, du boni du museau à l'origine de la queue. (Lesson.)

5 UURLKUn Al'X MAINS HOUSSES. STENTOn FLAVIMANUS. (Kulil.)

Caractères spécifiques. — Pelage nuii'; les mains et l'extrémité de la queue de couleur rousse. Ilal)ite les l'urèls voisines de la rivière des Amazones.

Le hurleur aux mains rousses ne se dislingue des espèces à pelage noir que par la coloration rousse des mains et de l'extrémité de la queue. Cette espèce, à laquelle on doit, suivant Spix, rapporter le ijuarilm de Maregraff, que la plupart des auteurs considèrent comme le hurleur brun {■itoilur fuscus de Geoffroy Saint-llilaire), présente un grand nombre de variétés.

Cette espèce est recherchée par les Indiens, qui trouvent sa chair de leur goût et emploient sa peau à divers usages.

1). IHJRLEUK A MANTEAU. STEXTOR PALilATUS. ((îray.)

Caractères srÉciFiguES. — Pelage noir-brun; poils des flancs très-longs et d'un jaune brunâtre. Habite les forêts des environs de Caracas, Amérique du Sud.

Fig. 15G. — Uui'leui' ù iiuiUeau.

Celte espèce, décrite et ligurée tout récemment par M. Gray, est d'un noir-brun; les poils du milieu du dos et de la parlie supérieure des flancs sont d'un brun légèrement fauve, avec la pointe noire; ceux de la parlie inférieure des flancs sont d'un fauve plus clair, très-longs, et forment, de chaque côté, une espèce de manteau. La figure que nous donnons à ce singe est copiée sur celle de Gray, et, il faut l'avouer, elle laisse beaucoup à désirer.

Les auteurs citent encore plusieurs espèces qui scmblenl au moins douteuses; ce sont:

7. llURl.liUR BKUN. STEXTUa FUSCUS. .GeolTioy Saint-IIilairc.)

M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire pense que c'est à cette espèce que 1 on peut rapporter ro«r(/'i»c (le Biiffûu et le sîniia bcch-chitlli de Gniclin. Ce singe habite le Brésil avec l'ourson, et présente, comme lui, plusieurs variétés ([iie l'on ]ieut atlribuer, au moins en parlie, à des difl'érences d'âge et dont plusieurs semblent former le passage du slcnlor itrsiniis au stentor fii.sciis.

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