‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 4)Chapitre 101 sur 129 · II. CHATS DU NOUVEAU CONTINENT · texte numérisé non relu

II. CHATS DU NOUVEAU CONTINENT

19° Coucouar ou Puma (F. concolor et discolor); 200 Jacuar (F. onça);

21° Jacuarunni (F. jaguarundi);

29° FELis À VENTRE TACHETÉ (F. celidogaster); 23° Feuis Bat (F. rufa);

24 Ocecor (F. pardalis);

25° Feus oceLoine (F. macroura):

26° Cnari (F. mütis);

27° Marcay (F. tigrinu).

En outre, M. Temminek indique encore, mais il a soin de dire qu'il ne les à pas vues en nature, les espèces suivantes :

40 Le Rimau maugin, Raffles;

90 Le Felis manul, Pallas;

3° Le Chat pampa, D'Azara;

4° L'Eyra, D'Azara;

5° F'elis fascié, Rafinesque;

6° Felis montagnard, Rafinesque;

7° Le Felis de la Floride, Rafinesque.

Les autres espèces, décrites avant l'époque où M. Temminek publia sa Monographie, sont réunies

par lui à celles qu'il adopte; nous l'avons indiqué, en grande partie au moins, en donnant nos descriptions des espèces; aussi n’y reviendrons-nous pas actuellement.

Fig. 101. — Félis oceloïde.

Nous avons désigné la plupart des espèces de Féliens fossiles admises par les auteurs, et nous avons cru devoir donner leur histoire immédiatement après celle des espèces récentes, auxquelles elles se rapportaient ou dont elles étaient voisines. Cette méthode nous a semblé meilleure que celle qui aurait consisté à nous occuper séparément des espèces vivantes et des espèces fossiles : nous n'avons cependant pas pu la suivre, au moins en apparence, pour quelques-unes d’entre elles, parce qu’elles différaient de tous les Féliens connus par des caractères trop importants. Ce sont de ces fossiles dont il nous reste à parler maintenant, et nous les plaçons naturellement ici parce qu'ils ont un certain rapport avec les Lynæ; nous observerons cependant qu'on pourrait en faire un genre particulier, auquel on appliquerait le nom de Smilodon, tiré du Felis smilodon, Lund, l'un des plus remarquables d’entre eux. Ces espèces sont les Felis megantereon, Bravard; Felis cultridens, Bravard; Felis palmidens, De Blainville, et Felis smilodon, Lund, qui proviennent, les trois premières d'Europe et la dernière du Brésil; toutes sont surtout remarquables par suite de la longueur et de la forme de la canine supérieure, et, selon De Blainville, formeraient une division parmi les Lynx, ce qui parait confirmé par la proportion des os des membres : ces espèces, étudiées chacune séparément, présentent principalement les particularités que nous allons noter.

1° Felis megantereon, Bravard. — Cette espèce a été fondée, par M. Bravard, sur une mandibule du côté droit, assez extraordinaire pour qu'on ait pu douter de sa normalité, doute qui a augmenté à mesure qu'on a cru devoir lui rapporter un fragment de mâchoire supérieure, et surtout des dents, en forme de couteau, trouvées isolées, et dont G. Cuvier avait fait d'abord son Ursus cultridens, qui avait depuis reçu les noms de Machairodus et Steneodon, et qui a été confondu ensuite avee l'Ours du val d’Arno, nommé Ursus Etruseus. I y à une dizaine d'années, le même M. Bravard a découvert

une tête presque complète de la même espèce, armée de sa dent falciforme. En outre, on attribue aussi à la même espèce un bumérus et une moitié inférieure du même os, une vertèbre lombaire et une dorsale, une partie inférieure d'omoplate, un radius et un cubitus.

Plusieurs paléontologistes se sont particulièrement occupés de cette espèce, mais De Blainville principalement lui a surtout consacré de nombreuses pages dans son Ostéographie du genre des Felis, et nous allons lui emprunter quelques passages de son travail. «La mandibule, pièce principale, puisque c'est elle qui est le fondement du Felis megantercon, indique un animal de la taille d'une petite Panthère, elle est surtout fort remarquable par sa forme, si singulière qu'au premier aspeet on pourrait la regarder comme monstrueuse. En effet, la branche horizontale, la seule existant dans le fragment, est d'abord un peu renflée, et, par conséquent, convexe sous la dent carnassière, aussi bien un peu en dehors qu'à son bord inférieur; mais, au delà, la supérieure et la face externe rentrent en dedans, et l'inférieure s’est relevée, puis s’est éloignée en formant une apophyse géni-dilatée en une sorte de crochet très-prononcé en dessous; comme le bord supérieur, à peu près droit dans presque toute son étendue, arrivé vers l'extrémité antérieure, s’est relevé fortement en haut en soulevant les canines et les incisives, il en résulte un menton fort singulier en paroi verticale élargie, d'une hauteur presque égale à la longueur de la branche horizontale de la mandibule. C’est cette particularité qui a valu à cette espèce le nom bien mérité de Felis à grand menton. De cette disposition, qui augmente un peu très-probablement avec l'âge, il résulte que le trou mentonnier à dû être plus considérable, et surtout s'est trouvé percé plus bas que dans les autres Felis. Quant aux dents, les trois molaires sont tout à fait normales et complétement adultes. Leur proportion est : 0.014, 0,017, 0,018, proportion fort normale, et qu'on trouve dans plusieurs individus adultes de Panthère, et leur forme n'offre réellement rien de particulier qui puisse faire admettre, avee MM. Croizet et Jobert, que la dernière, pas plus que les deux autres, soient des dents de lait, qui sont bien differentes dans ce genre et seulement au nombre de deux inférieurement. Quant aux dents de devant, leur position est au moins fort singulière, d'abord par l'étendue de la barre qui sépare la première molaire de la canine, mais surtout par la médiocrité de celle-ci, comprimée et tranchante au bord postérieur, et qui semble presque une incisive par l'élévation de son collet au-dessus de celui des molaires. Les incisives ellesmêmes ne sont pas connues, sauf la troisième, qui est médiocre, et de forme assez ordinaire; mais, outre leur grande élévation, elles étaient sans doute fort serrées, et par conséquent très-aplaties transvers#ement. »

La mâchoire supérieure que l'on rapporte à la même espèce n'offre rien de bien particulier, si ce n'est dans l'existence de canines toutes particulières. Ces canines, que l'on a quelquefois rapportées au Felis cultridens, sont principalement remarquables, non-seulement par leur grandeur, mais encore par leur forme en lame de couteau : elles sont fusiformes, c’est-à-dire très-comprimées, tranchantes, en arrière surtout, et arquées régulièrement dans toute leur longueur, et principalement dans leur partie émaillée. Ces sortes de dents cultriformes ont été trouvées d'abord isolées de la màchoire à laquelle elles appartenaient, en Italie, par M. Nesti, et, depuis, en Allemagne et en Angleterre; mais aussi, assez récemment, M. Bravard en a découvert, aux environs d’Issoire, en Auvergne, dans le diluvium volcanique, dents qui étaient implantées dans les alvéoles de la mâchoire supérieure.

Nous ne décrirons pas les autres fragments attribués justement, selon toute probabilité, au Felis megantereon, et nous dirons seulement, en terminant, que MM. Croizet et Jobert, en fondant leur calcul sur la proportion de la ligne dentaire et des parties des membres qu'ils connaissaient, ont pensé que cette espèce devait être d’une taille plus élevée que celle du Cougouar, qu'il devait égaler le Tigre en hauteur, et que sa forme élancée le rapprochait beaucoup du Guépard; mais ajoutons cependant avec De Blainville que ces suppositions ne reposent évidemment que sur des bases assez peu fondées.

20 Felis cultridens, Bravard. — C'est particulièrement sur des canines supérieures, de forme semblable à celles de l'espèce précédente, mais beaucoup plus grandes, que repose cette espèce; on lui à aussi attribué quelques ossements, tels qu'un fémur, un métacarpien et un métatarsien, trouvés en Auvergne. M. Croizet représente une de ces dents, découverte dans le diluvium volcanique d'Auvergue : elle est cultriforme, et a 0,165 en ligne droite, d'une extrémité à l'autre. M. Kaup a figuré, dans ses Ossements du Muséum de Darmstadt, une dent, trouvée en Allemagne, qui devait avoir 0.16%,

Fig. 1. — Hérisson à front blanc.

Fig. 2. — Chiens normands

CARNASSIERS. 225 en admettant que la longueur de la partie émaillée fût égale à celle de la racine, et de 0",170, en supposant que celle-ci soit dans la proportion de ce qu'elle est dans la canine des Felis en général, ce qui n'est pas rigoureusement nécessaire.

3 Felis palmidens, De Blainville. — M. Lartet a découvert cette espèce dans le célèbre dépôt de Sansans, et il la désignait comme d’un Felis megantereon, mais De Blainville en à fait une espèce à laquelle il a appliqué le nom que nous avons indiqué, et il y rapporte un fragment de mandibule portant toutes ses dents, différant assez peu de celles du Felis megantereon, et une canine supérieure isolée, cultriforme, et ayant 0",09 de largeur à la base sur un longueur présumée de 0",13.

4 Felis smilodon, Lund. — Cette magnifique espèce repose sur une tête presque complète, sauf l'occiput, et qui présente toutes ses dents, qui sont venues confirmer ce que l'on avait présumé jadis relativement au système dentaire du F. megantereon, animal du même groupe naturel.

Fig. 102. — Félis smilodon,

Ce crâue est en totalité de la grandeur d'un crâne de Lion, mais la grandeur de sa canine supérieure le fait paraître beaucoup plus grand,'et surtout lui donne un aspect tout particulier. Le côté doit de cette tête est complet, tandis qu'il ne reste guère du côté gauche que la canine supérieure, ctles dents inférieures privées des os qui les soutiennent, sauf toutefois les canines, qui sont encore à leur place naturelle. La mâchoire supérieure manque d’occiput, mais on peut distinguer facilement les autres os qui la constituent; sans nous en occuper ici, nous dirons seulement quelques mots des dents qu'ils supportent. Les molaires de chaque côté de la mâchoire supérieure sont, comme chez les Lynx, au nombre de trois, quoique, d'après la figure qu’en donne De Blainville, elles ne sembleraient être qu’au nombre de deux seulement, et cela tient à ce que la molaire la plus postérieure est excessivement petite, qu'elle est déplacée et cachée par la deuxième ou moyenne, qui, elle, est très-développée, et atteint à environ une largeur de 0,05; enfin, la molaire antérieure est médiocre. Après une courte barre, on voit la canine cultriforme, cannelée et énorme pour sa longueur; car, en totalité, mesurée par son milieu et en ligne droite, elle a 0,27, tandis que la partie qui sort de l’alvéole a 0°,2(L La barre qui suit est assez courte. Les canines sont peu développées, au nombre de trois, et vont en grandissant de linterne à l'externe. La mâchoire inférieure est déplacée dans le fossile que nous étudions; elle offre, de chaque côté, un système dentaire composé de trois molaires, une canine et trois incisives. Les molaires, médiocres, vont en diminuant de grandeur de l'antérieure

à la postérieure, qui est excessivement petite, et a un seul mamelon. Une barre assez longue sépare les molaires de la canine, et c’est là que devait venir se placer la pointe de l'énorme canine supérieure, ainsi que le montre une dépression des os maxillaires. La canine est petite, car sa partie sortie de l’alvéole n'a environ que 0",03. Les trois incisives vont en grandissant de l’externe à l'interne, et celle ci est séparée de celle de l’autre branche de la mandibule par une courte barre.

On ne connaît encore que cette seule tête de Felis smilodon, et pas d'os, et elle provient des cavernes du Brésil. Ce superbe fossile a été acheté deux mille francs par l'Académie des sciences de l'Institut de France, et il fait aujourd'hui partie de la magnifique collection paléontologique du Muséum d'histoire naturelle. On n’en a pas encore donné la description; De Blainville Pa seulement représentée de grandeur naturelle dans son Ostéographie, et nous avons reproduit cette figure, qui donnera mieux que nous ne pourrions le faire par quelques paroles une idée exacte de ce fossile, Pun des plus remarquables de ceux qu'on ait découverts jusqu'ici.

Fig. 103. — Félis bai.

Page 1