‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 4)Chapitre 102 sur 129 · TROISIÈME SOUS- FAMILLE · texte numérisé non relu

TROISIÈME SOUS- FAMILLE

AMPHIBIES.: AMPHIBLÆ. G. Cuvier.

Carnassiers à pieds empêtrés, c'est-à-dire joints les uns aux autres par des membranes, et permellant à ces animaux une vie aqualique en même Lemps qu'une vie aérienne; molaires montrant des habinules carnivores et herbivores; circonvolutions cérébrales plus où moins développées.

Le principal caractère des Amphibies consiste dans leurs pieds si courts et tellement enveloppés dans la peau, que les animaux qui les ont ne peuvent, sur terre, s'en servir que pour ramper, ou plutôt se trainer avec assez de difficulté; mais, comme les intervalles des doigts y sont remplis par des membranes, ce sont des rames excellentes, et ces Carnassiers peuvent passer la plus grande partie de leur vie dans la mer, et ne viennent à terre que pour se reposer au soleil, quelquefois rechercher leur nourriture, et allaiter leurs petits, qu'ils déposent dans les anfractuosités des rochers auprès des eaux. Leur corps allongé, leur épine dorsale très-mobile, et pourvue de muscles qui la fléchissent avec force, leur bassin étroit, leur poil ras et serré contre la peau, se réunissent pour en faire de bons nageurs, et tous les détails de leur organisation confirment ces premiers aperçus.

Fig. 104 — Phoque du Groënland

On voit, par le peu que nous venons de dire, que les Amphibies ont, par leur aspect général, quelques rapports avec les Cétacés, que nous étudierons plus tard, où même avec la plupart des Mammice? 29

fères aquatiques, tels que les Loutres, par exemple, et &’est pour cela que l'on a quelquefois réuni les uns et les autres dans un même groupe, basé sur une seule considération, celle du séjour, et qui, dès lors, est loin d’être naturelle, puisque une classification véritablement naturelle en z00logie doit être basée, non pas sur une seule considération, mais sur l'ensemble même de tous les caractères que nous présentent Les animaux. Et, en effet, si l’on étudie avec plus de soin la réunion des caractères qu'offrent les Amphibics, on verra que c'est avec les Carnassiers qu'ils ont le plus de rapport, et que l'on ne peut pas mettre les uns dans un groupe et les autres dans un autre. C'est pour cela que les Amphibies ont dû être rangés dans là famille des Carnivores, dans laquelle on peut voir tous les passages, depuis les animaux les plus éminemment terrestres jusqu'à ceux qui nous oceupent, et qui sont, au contraire, essentiellement aquatiques.

Fig. 105. — Morse

Les Amphibies renferment les deux grands genres linnéens des Phoques et des Morses, et, par ce dernier, on peut, jusqu'à un certain point, nous Pavouons, passer aux Lamantins, qui entrent dans la division des Cétacés, si l’on doit les laisser réellement dans cet ordre; mais, d'un autre côté, on peut aussi trouver des rapports avec les Rongeurs, ordre d'animaux que nous étudierons après celui des

À propos des Carnassiers, dont nous parlons actuellement, nous croyons devoir rapporter maintenant une remarque intéressante, donnée par M. Boitard dans le Dictionnaire universel d'Histoire naturelle. «Le mot amphibie, dit-il, a été appliqué assez mal à propos, par G. Cuvier, aux Phoques, car il n'a pas du tout, ici, la signification que lui donnaient nos pères, et qu’on lui donne encore assez généralement dans le monde. Les anciens croyaient qu'il existe dans la nature des êtres privilégiés ayant la faculté de vivre également sur la terre et dans Peau, ou plutôt sous l’eau. Des observations mieux suivies, et faites avec plus de philosophie, ont prouvé que, à deux ou trois exceptions près, tous les animaux n’ont chacun qu'un seul système de respiration, etne peuvent pas, par conséquent, respirer dans deux éléments différents. Les uns sont munis de poumons ou d'organes analogues, dont l'appareil est propre à décomposer l'air pour en soutirer Poxygène indispensable à l'entretien de la vie. Ceux-là sont obligés de respirer l'air en nature, comme l'homme, et, si on les submerge pendant un certain temps, ils périssent asphyxiés. Les autres sont munis d’ouies ou branchies, propres seulement à décomposer l'air pour en extraire l'oxygène, et ils périssent égatement asphyxiés s'ils sont plongés dans l'air pur. » Les Phoques sont essentiellement des animaux à respiration aérienne, et ils sont obligés de venir à la surface de l'eau pour respirer Pair en nature; on voit done que ce ne sont réellement pas des Amphibies véritables. Cependant, ce nom à prévalu, et ceux qu'on à proposé de lui

substituer n'ont pas été adoptés. Tel est le nom de Cynomorphes, indiqué par Latreille, qui fait de ces animaux un ordre particulier, qu'il place entre les Mammifères quadrupèdes et les Cétacés, et celui d'Aquatiques pinnipèdes, donné par Lesson. Du reste, les Phoques et les Morses ne sont pas les seuls animaux qui portent la dénomination générale d'Amphibies, car le même nom a été appliqué à une division primaire des Reptiles, ou même, selon quelques auteurs, à une elasse particulière d’animaux, qui, eux, méritent un peu mieux la dénomination qu'ils portent; car, presque tous, dans leur Jeunesse, ils ont des branchies, et par conséquent une respiration aquatique, tandis que, dans leur äge adulte, ils sont pourvus de vrais poumons, et ont une vie aérienne.

Quoi qu'il en soit, nous adopterons, pour les Carnassiers qui vont nous occuper, le nom généralement admis d'Aupmmies, et nous les subdiviserons, avec M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, en deux tribus distinctes, celle des Paocinés, comprenant particulièrement l'ancien genre Phoque, et celle des Tricuécmpés, ne comprenant que le genre Morse on Trichechus.

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