GALOCÉPHALE LIÈVRE. CALOCEPHALUS LEPORINUS. Fr, Cuvier
CaracTÈReS SPÉCIFIQUES. — Poils longs, peu serrés, non couchés sur le corps; peau ayant une épaisseur remarquable; pelage d’un blanc sale, mêlé d’un peu de jaune, et jamais moucheté. Jeunes individus ayant un pelage semblable à celui du Lièvre, variable par sa longueur, sa flexibilité et sa blancheur. Longueur, depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité de la queue, 2,09; celle-ci n'ayant guère que 0,05.
Ce Calocéphale, le Phoca Lepechemi de Lesson, dont la taille est de 2" environ, est des mers d'Islande, et se trouve fréquemment entre le Spitzherg et le pays des Tehutkis. Dans les mois d'été, il
se trouve dans la mer Blanche, où il a été observé par Lepechin, qui Pa nommé Phoca vitulina, et en a donné la description suivante : C1 ressemble beaucoup, pour la forme et la grandeur, au Phoque du Groënland; mais il a sur tout son corps un blanc sale, mêlé d'un peu de jaune, et il n'est jamais moucheté. Ses poils sont plus longs; ils ne sont point serrés et se tiennent droits. Le poil des jeunes surtout, par sa longueur, sa flexibilité et sa blancheur, ressemble à celui des Lièvres variables : de là leur dénomination. La tête n’est pas aussi grande que celle du Phoque à croissant, mais elle est allongée: la lèvre supérieure est plus grosse et aussi épaisse que celle d'un Veau; les Yeux ont la prunelle noire; les dents sont semblables, pour le nombre, à celles du Phoque du Groënland mais elles sont beaucoup plus fortes; les poils des moustaches sont différemment distribués : ils ne placés sur quinze rangs, épais et forts. Les bras sont beaucoup plus faibles; les mains petites, serrées et comme coupées; la membrane qui unit les doigts ne forme point une demi-lune; elle est égale partout; la queue est plus courte et plus épaisse; la peau est d'une épaisseur remarquable ayant jus qu'à quatre lignes sur un animal qui vient d’être tué. » aan à
Fig. 119. — Calocéphale lièvre.
Pendant son séjour sur les bords de la mer Blanche, ce Phoque se tient à l'embouchure des fleuves qui se.rendent dans cette mer, les monte avec le flux et les redescend avec le reflux. On le tue pour en avoir la graisse et la peau; son euir est surtout estimé à cause de son épaisseur; on le coupe en ligne spirale pour en fabriquer des traits ou des harnais d’une certaine longueur, que l'on rend droits en les suspendant et en attachant une pierre au bout libre; on travaille la peau des jeunes; les poils out une couleur noire, et l'on en fait des chapeaux qui imitent le castor, mais qui sont rudes au toucher.
Fr. Cuvier a été à même d'étudier à la Ménagerie du Muséum un très-jeune individu de cette espèce qui avait été pris dans la Manche. Chez cet animal, le dos était garni d'un très-grand nombre de pe-
tites taches noirâtres sur un fond gris jaunâtre, et elles formaient une ligne le long de l’épine dorsale; la bande du cou paraît ne se montrer que lorsque les taches du dos s'effacent, lesquelles ne se voient que quand l'animal est mouillé; lorsqu'il est sec, sa couleur, dans ces parties, est uniformément jaunâtre. L'individu qui a vécu au Muséum a pu aisément être apprivoisé; lorsqu'il était contrarié, il soufflait à peu près comme un Chat, et, lorsque son impatience était portée plus loin, il faisait éntendre un petit aboiement; il ne cherchait point à mordre pour se défendre, mais à égratigner avec ses ongles, et ne mangeait jamais qu'au fond de l'eau; sa nourriture consistait en Poissons de mer: il n'a jamais été possible de Ini faire manger du Poisson d'eau douce.