CHTEN TURC. CANIS FAMILIARIS ÆGYPTIUS. Liané
Tête très-grosse, arrondie; museau assez fin; oreilles droites à la base, assez larges et mobiles, se tenant horizontalement; corps rétréci sous le ventre; membres grêles; queue moyenne; peau presque entièrement nue, comme huileuse, noire où couleur de chair obscure, tachée de brun par grandes plaques. Taille du Carlin.
Peu intelligent; assez attaché à l’homme; souffrant continuellement de la température de notre pays, et grelottant sans cesse; n'étant élevé que comme Chien d'appartement, et y étant très-turbulent lorsqu'il est en bonne santé.
On l'a cru d'abord originaire de Turquie, puis de PAfrique, particulièrement de la Barbarie ou de l'Égypte. Mais ce qui semble plutôt certain, ainsi que le fait observer Lesson, e’est que le Canis caribæus de Linné doit être rapporté à son Ægyptius, et que c’est le même animal que Christophe Colomb trouva en Amérique, dans les îles de Lucayes, lors de la découverte, en 1482, et qu'il retrouva, en 149%, dans l’île de Cuba, où les habitants lélevaient pour le manger. Les Français qui abordèrent les premiers à la Martinique et à la Guadeloupe, en 1655, l'y rencontrèrent également, et il est encore assez commun à Payta, dans le Pérou.
Lesson le nomme Canis nudus, et le place auprès du Chien de berger, quoiqu'il n'ait aucun rapport avec lui.
On peut n’en regarder que comme une variété le Chien ture à crinière de Buffon, qui présente une sorte de crinière formée par des poils assez longs et roides, derrière le nez, et dont ce dernier organe est plus où moins allongé. Gette variété provient du Chien ture et du petit Danois, ou du petit Lévrier.
Fig. 59 — Chien turc.
Tel est, d'une manière générale, le tableau des races du Chien ordinaire; ce tableau est incomplet pour beaucoup de races qui nous sont inconnues, et il en est un grand nombre qui ne doivent leur existence qu'au caprice et à la mode, et qui n’offrent aucune particularité dont la science puisse faire son profit. En effet, on est toujours sûr de former des races ou plutôt des variétés lorsqu'on prend le soin d'accoupler constamment des individus pourvus des particularités d'organisation dont on veut faire le caractère de ces races. Après quelques générations, ces caractères, produits d'abord acciden-
tellement, seront si fortement enracinés, qu'ils ne pourront plus être détruits que par le concours de circonstances très-puissantes; les qualités intellectuelles s'affermissent aussi, comme les qualités physiques; seulement, comme il dépend de nous de développer les premières, jusqu'à un certain point, par l'éducation, et non pas les secondes, nous sommes pour ainsi dire absolument les maîtres de créer des variétés en modifiant l'intelligence. C'est ainsi que les Chiens se sont formés pour la chasse par une éducation dont les efforts se propagent, mais qui a besoin d'être entretenue pour qu'ils ne dégénèrent pas. Gette éducation est un art particulier, dont les règles reposent entièrement sur lexcellence des sens, de la mémoire et du jugement des Chiens.
Si, ainsi que nous venons de le dire, on peut conserver intactes des races de Chiens, il n’en est pas moins vrai que ces mêmes races, abandonnées à elles-mêmes, ne tardent pas à se méler de telle sorte, que l’on ne peut plus en reconnaître aucune, et c’est à ce mélange auquel on à donné le nom de :
40. CHIEN DE RUE. CANIS FAMILIARIS HYBRIDUS. A.-G. Desmarest.
Ce Chien ne peut se rapporter à aucune des quatre races précédemment décrites, ainsi qu'à aucune de ces variétés, parce qu'il résulte du croisement fortuit de deux ou plusieurs variétés appartenant à des races différentes. 11 varie de mille manières en grandeur, en forme, en couleur et en intelligence. Très-souvent, la femelle met bas, à la fois, des petits de races différentes de la sienne, et qui n'appartiennent pas même entre eux à la même variété, quoique tous enfants du même père.
D'après ce que nous venons de dire, on ne peut tracer aucure règle pour la taille ni le pelage de cette sorte de Chiens (1).
M. Hamilton Smith, dans l'ouvrage que nous avons déjà cité, admet un plus grand nombre de variétés, mais nous ne croyons pas devoir en parler ici, nous étant borné à nous occuper des principales.
(1) On pourrait, sans s'inquiéter des races auxquelles ils appartiennent, rapporter des traits nombreux de l'instinct de quelques Chiens. Sans indiquer ce que tout le monde sait relativement à l’utile intelligence que montrent plusieurs races de Chiens, tels que le Chien de berger, le Chien de garde, le Chien de Terre-Neuve, le Chien du mont Saint-Bernard, celui des Ésquimaux, celui de chasse, qui sont devenus les véritables domestiques, nous dirons même les € mpagaons de l’homme, sans parler de ces Chiens qui savent mendier, voler avec adresse, où de ceux qui font des tours d’adresse, ou qui, comme Munito, apprennent en quelque sorte à jouer aux dominos pu aux cartes, sans parler de ce Chien si utile à l'homme et qui devient le guide de l’aveugie, nous exposerons cependant en quelques lignes, d'après M. Thiébaut De Berneau, l'histoire de quelques Chiens devenus célèbres.
« Le Caniche Moustache s’est fait distinguer par son audace militaire, durant les premières campagnes d'Italie; ce fut surtout à la bataille de Marengo qu'il s'atlira l'amitié de nos soldats, par ses marches et contre-marches pour découvrir les mouvements de l'ennemi er détourner les nôtres des erubüches qu'on leur tendait. 11 était sans cesse à l'avantgarde, et allait toujours le premier à la découverte. Nos soldats avaient en lui une telle confiance, qu'ils suivaient aveuglément le chemin qu'il leur indiquait. Ils ont plus d’une fois, grâce à sa vigilance, surpris et mis en déroute l'ennemi qui s’avançait de nuit et par des routes détournées. Quand Moustache fut blessé au champ d'honneur, il fut soigné ave sollicitude, et l’armée lui rendit les hommages militaires à sa mort.
« Un autre Chien, Parade, aimait la musique; le matin, il assistait régulièrement à la parade aux Tuileries; il se plaçait au milieu des musiciens, marchait avec eux, et, lorsqu'ils avaient terminé leur exercice, il disparaissait jusqu’au lendemain à la même heure. Le soir, 1l allait à l'Opéra, aux Italiens ou à Feydeau; il se rendait droit à l'orchestre, se plaçait dans un coin, et ne sortait qu'à la fin du spectacle.
« Un Chien braque, nommé Tropique, né à bord de la corvette la Géographe, avait un tel attachement pour son habitation flottante, qu'il ne la quiltait pas sans peine pour suivre, dans ses excursions sur terre, le naturaliste Lesueur. Comme le vaisseau terminait son voyage aux terres australes, et se disposait à revenir en France, l'équipage consentt à laisser Tropique à l'ile Maurice, chez l’un des habitants où il avait été bien recu; mais, le Chien ayant trouvé moyen de s'échapper, vint à la nage rejoindre une première fois le bälinent, éloigné de la côte d'une demi-portée de canon. On le rendit à son nouveau maitre, et, le départ approchant, on changea de mouillage, et on alla se placer dans la grande rade, à environ une lieue du fond du port, dans l'endroit où les bâtiments prêts à partir ont coutume de faire leurs dérnières dispositions. Tropique, s'étant encore échappé, nagea d’abord du côté où il avait trouvé la corveite une première fois; mais, ne l’y ayant pas rencontrée, il vint, par un prodige d'intelligence et de courage, la rejoindre à une aussi grande distance, On l’aperçut de loin, se reposant de temps en temps sur les bouées ou bois flottants destinés à marquer l'entrée du chenal. On le vit redoubler de force et d’ardeur dès qu'il put entendre la voix des personnes du bâtiment; et, cette fois, du moins, son attachement reçut sa juste récompense; on le garda à bord. Arrivée au Havre, d’où elle était partie
On indique plusieurs débris fossiles qui peuvent se rapporter au Chien ordinaire, Canis fumiliaris, mais l’on comprend, lorsque l'on étudie l’ostéologie du Loup, si voisine de celle du Chien, combien il est difficile d'assurer positivement que ces débris appartiennent plutôt à l'une qu’à l’autre de ces deux espèces.
Fig. 40. — Dingo.
Esper le premier, dès 1772. dit que les cränes d'Ours et de Loup des cavernes de Franconie étaient mélés avec des crânes de Chiens de même grandeur et d’autres plus petits. Il en est de même de MM. Marcel De Serres, Dubreuil et Jean-Jean, pour des fragments de mâchoires supérieures et inférieures trouvés dans des cavernes des environs de Montpellier. Mais c’est principalement M. Schmer-
ling, en 1855, qui a démontré l'existence du Chien domestique à l’état fossile : les débris qu'il in-
dique consistent dans une tête presque entière et dans plusieurs os des membres, et ont été trouvés avec des ossements d'Ours, d'Hyènes et de Chats dans des cavernes des environs de Liége, et qui se
trois ans auparavant, la corvette fut désarmée, l'état-major logé à terre, et peu à peu le bâtiment devint désert, Tropique allait et venait pendant tous ces travaux, suivant tour à tour Lesneur ou ses compagnons, mais ne manquant jamais de revenir à bord le soir ou à l'heure des repas. Bientôt il ne resta sur la corvette qu'un seul gardien inconnu à Tropique; il devint alors triste et rêveur. Lesueur mit lout en œuvre pour se l’attacher et l'empêcher de retourner tous les soirs à bord. Il ne put y réussir. Un jour, l’on changea de place la corvelte, qui fut amenée dans le bassin intérieur du port; Tropique, à son retour, ne l'ayant pas trouvée, passa la nuit sur un ponton qui avait été placé entre la terre et le bâtiment. Il y demeura encore la journée du lendemain jusqu'au soir, qu'étonné de ne l'avoir point vu, Lesueur alla le chercher. Tout son extérieur était changé, il avait perdu sa gaieté; eraintif, la tête et la queue basses, n'avançant plus qu'avec lenteur, les regards tristes, abattus, tout indiquait chez lui le plus violent chagrin. Ce fut en vain que Lesueur pressa le Chien dans ses bras, l’appela de la voix, et qu'il chercha à le distraire par ses caresses, par ses attentions : tout fat inutile. Tropique retournait constamment sur le ponton; enfin, il refusa toute espèce de nourriture, et le malheureux, les yeux fixés sur l'endroit où avait été la corvette, expira bientôt. »
rapportent à un animal plus faible que ne l'est le Loup, et au contraire plus grand que ne l’est le Renard. On peut encore signaler deux crânes donnés comme fossiles, l'un imprégné d'oxyde de cuivre et trouvé dans un bain, à Antemina, par M. Pentland, et l’autre provenant des tourbières d’'Iogogne, près de Château-Thierry, découvert par M. Boblaye, et dont la taille très-petite et la forme de la tête sont tout à fait semblables à ce qui existe dans la race des Doguins.
À ces débris fossiles, qui semblent se rapporter au Chien domestique, on pourrait probablement en joindre quelques autres avec lesquels on a cru devoir faire des espèces particulières; nous reviendrons sur ce point en terminant l'histoire du genre des Chiens.