CIJEN ANTHUS. CANIS ANTHUS. Fr. Cuvier
CaracrTÈRES SPÉCIFIQUES. — De la taille du Chacal, mais ayant des proportions plus élégantes et des formes plus légères; pelage gris, parsemé de quelques taches jannâtres en dessus, blanchâtres en dessous; queue descendant jusqu'au talon, fauve, avec une ligne longitudinale noire à la base, et quelques poils noirs à la pointe.
Cet animal, que les voyageurs indiquent sous la dénomination de Chacal du Sénégal, d'après le pays qu'il habite, n'est très-probablement, ainsi que le pense M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, qu'une simple variété de l'espèce suivante, c’est-à-dire du Canis aureus. I en diffère par son odeur un peu moins forte; mais ses mœurs sont absolument les mêmes. En captivité, ses habitudes sont assez douces, et sa voix est un son prolongé, et non pas un aboïement éclatant comme celle du Chacal.
Une femelle de cette espèce vivait à la ménagerie du Muséum; on mit avec elle, dans la même cage. un Chacal mäle de l'Inde, et ils ne montrèrent aucune répugnance L'un pour l'autre, ce qui n'arrive habituellement pas aux animaux d'espèces différentes quoique très-rapprochées. Le 26 décembre, ils s'accouplèrent, et, le 1°* mars suivant, la femelle mit bas cinq petits, qui eurent les yeux fermés pendant dix jours. Deux seulement ont vécu, et, lorsqu'ils furent adultes, l'un était farouche, méchant,
indomptable ; l'autre très-doux et caressant.
15 CHACAL ou JACKAL. CANIS AUREUS. Linné.
Caracrènes spécriques. — Yeux très-petits; pupilles rondes; pelage très-fourni; queue touffue comme celle du Renard; les poils soyeux étant épais, durs, et d'une longueur moyenne, et les laiueux en petite quantité; tête, cou, côtés du ventre, cuisses et face externe des membres et des oreilles, d’un fauve sale; dessous et côtés de la mâchoire inférieure, bout de la lèvre supérieure, dessous du cou et du ventre, face interne des membres, blanchâtres; dos et côtés du corps, jusqu'à la croupe, d'un gris jaunâtre qui tranche avec les autres couleurs environnantes; queue mélangée de poils fauves et de poils noirs, ces derniers dominant à son extrémité; mufle et ongles noirs; prunelles fauves. Longueur totale du corps, 0"68; de la tête, 0",16; de la queue, 0,20.
Fig. 49. — Chacal,
Le Chacal, que lon nomme aussi Jackal, est le Thos de Pline, le Thoes d'Aristote, le Gola des
Indiens, le Loup doré de G. Cuvier, ete., et il forme la section des Sacalius de M. H. Smith.
On le trouve dans presque toute l'Afrique, mais plus particulièrement dans les régions qui s'éten-
dent depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu’à la Barbarie; en Asie, il est répandu depuis la Turquie jusque dans l'Inde; enfin, on le rencontre én Morée et dans quelques parties de l'Europe. En raison des nombreuses contrées qu'il habite, on conçoit que son pelage peut varier beaucoup, et, d’après M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, on pourrait distinguer des Chacals du Caucase, de l'Inde, d'Algérie, de Morée, et l’on pourrait même y joindre les Canis variegatus, Rüppell, et anthus, Fr. Cuvier. La seule de ces variétés dont il nous importe de donner les caractères est celle d'Algérie, parce qu'elle est très-répandue aujourd'hui, et qu'on a voulu la regarder comme une espèce particulière sous les dénominations de Canis barbarus, Shaw, et de Canis Algeriensis, Bodichon. Elle est un peu moins grande que le type, et son pelage est plus rude : les parties supérieures sont abondamment variées de noir, surtout à la croupe et à l'extrémité de la queue; le dessous du corps est d’un fauve clair: il y a, sur le devant des jambes de devant, une ligne noire interrompue. Cette espèce se prive très-bien, et on l’a presque à l’état de domesticité, comme notre Chien ordinaire, dans les villes de l'Algérie; son caractère est assez doux, quoique capricieux. et on l'élève très-bien dans nos ménageries. Du reste, ce que nous disons ici d'unevariété s'applique également aux autres, et a été observé pour celle de l'Inde.
Fig. 50 — Cordofan.
Plusieurs naturalistes, tels que Guldenstædt et Tilesius, pensent que le Chacal est le type de notre Chien domestique; mais nous croyons, avec presque tous les zoologistes modernes, que cet animal n’a fait que contribuer pour une part à l'existence des nombreuses variétés du Chien domestique, et que toutes les autres espèces sauvages du même genre y ont également plus ou moins contribué. Quoi qu'il en soit, le Chacal produit très-bien avec le Chien domestique.
Les Chacals vivent en troupes d'une trentaine d'individus au moins, et quelquefois de plus de cent, particulièrement dans les vastes solitudes de l'Afrique et de l'Inde. Ils répandent une odeur
s0 HISTOIRE NATURELLE.
forte, désagréable. Ils dorment, en général, le jour; et, la nuit, ils parcourent la campagne pour chercher leur proie tous ensemble, et, pour ne pas trop se disperser, ils font entendre continuellement un cri lugubre ayant quelque analogie avee les hurlements d'un Loup et les aboïements d'un Chien, et pouvant se traduire par les voyelles oua.… oua.… oua. Ils sont tellement audacieux, qu'ils s’approchent des habitations et entrent dans les maisons qui se trouvent ouvertes, et alors ils se jettent sur tous les aliments qu'ils rencontrent; toutes les matières animales leur conviennent, et ils vont déterrer les cadavres dans les cimetières; ils ne rejettent même pas les charognes les plus puantes, mais cependant ils préfèrent s'emparer de jeunes animaux, surtout des Ruminants, auxquels ils font une guerre acharnée. Lorsqu'une armée est en marche, ou qu'ils rencontrent une caravane, ils les suivent continuellement, dans l'espérance de s'emparer d'aliments pendant les campements; et par là ont de l'analogie avec les Loups qui agissent de même. :
Quelques débris fossiles doivent constituer des espèces qui entrent dans le sous-genre Chien; nous devrions peut-être en parler maintenant, mais nous préférons ne le faire qu'après avoir exposé l'histoire du sous-genre des Renards, parce que nous nous occuperons alors en même temps des Chiens et des Renards fossiles.
9€ SOUS-GENRE. — LES RENARDS. VULPES. H. Smith.
Incisives de la mâchoire supérieure mins échancrées que dans les Chiens, où même rectilignes sur leur bord horizontal; les rangées dentaires, au lieu d’être continues, ont les trois premières molaires séparées, ne se touchant pas, et il reste surtout un large intervalle entre la canine et la première molaire.
Museau plus conique. plus pointu que celui des Chiens.
Pupilles prenant, en se fermant, la fiqure de la coupe d'une lentille, et dénotant des animaux nocturnes.
Queue plus longue que dans les Chiens, plus touffue.
Animaux exhalant une odeur fétide.
Les Renards, quoique aussi forts à peu près que les Chacals, n'attaquent pas les animaux qui pourraient leur résister, et ils se borneut à vivre de petits Mammifères, d'Oiseaux, de Reptiles, d'Insectes, et même de fruits ou baies quand ils ne trouvent pas mieux; ils aiment surtout les raisins. Ils ne touchent au cadavre d'un animal mort, ou à quelque autre voirie, que quand ils sont très-pressés par la faim, car il leur faut habituellement une proie vivante. Les Renards montrent moins de courage que les Chiens, mais, en même temps, ils ont plus de finesse, et leurs races sont célèbres depuis la plus haute antiquité. Ils ne chassent que la nuit, tandis que le jour ils dorment dans des terriers qu'ils savent se creuser avec assez d'art. Leur vie est solitaire, et ee n’est même que rarement, et pour peu de temps, que le mâle habite le même lieu que la femelle. Néanmoins, ils aiment assez à rapprocher leurs terriers les uns des autres, et ils se mettent volontiers deux ensemble pour chasser le même Lièvre. Ces animaux n'uhoient ni ne hurlent, ils glapissent. On en connaît une vingtaine d'espèces, parmi lesquelles plusieurs doivent probablement être réunies. Du reste, ils sont moins répandus sur le globe que les Chiens, et l'on n’en a encore trouvé ni en Australie, ni dans les iles de l'archipel indien.